| Les sculpteurs finlandais |  |
D'innombrables sculptures jalonnent les espaces publics du pays. Les sculpteurs finlandais les plus marquants sont certainement Walter Runeberg (1838-1920), Ville Vallgrén (1855-1940), Emil Wikström (1864-1942), Gunnar Finne (1886-1952) et Wäinö Aaltonen (1894-1966). Dans le processus d'élaboration de l'identité finlandaise, les allégories féminines ont fleuri un peu partout, à la manière d'une Marianne ou de Jeanne d'Arc pour la France. Nous vous proposons de suivre ces dames en ville... | Ambiguïté de la loi |  |
Place du Sénat, la statue d'Alexandre II (Walter Runeberg, 1894) symbolise l'éternelle reconnaissance des Finlandais envers un tsar les ayant traités avec justice, équité et un sens visionnaire assez perçant de leur marche vers l'Indépendance. Sans resituer cette oeuvre dans l'histoire de la Finlande, impossible de comprendre la présence d'un souverain russe au centre de d'Helsinki. Allons plus loin. Le plus intéressant ici ce sont les quatre groupes féminins encadrant l'impérial piédestal : Lex, Lux, Pax, Labor. Avec le groupe Lex (la Loi), le sculpteur Walter Runeberg, fils du poète national J.L Runeberg, déclencha un mini-scandale en représentant une Finlande-femme, protégée par la Constitution (un premier texte octroyé par Alexandre II)... ou la protégeant par un glaive brandi dans l'autre main. Cette femme couronnée de lauriers et munie d'un bouclier - « à la Pallas Athénée » - à l'européenne, montre force et courage en étant revêtue d'une peau d'ours, symbole plus fort, nettement plus national-finnois que le traditionnel lion. L'époque (1894) est plongée dans le National-Romantisme, la fascination pour le Kalevala, la pureté des racines caréliennes. Pourtant nous pouvons imaginer le choc, dans une Finlande encore officiellement ancrée à l'Empire Russe, mais rêvant déjà d'Indépendance. Le groupe Lux symbolise les Sciences et le Savoir ; suivent Pax (la Paix) et Labor (le Travail) avec une paysanne-mère, symbole de double fertilité, la Finlande étant encore agraire à 90 % à la fin du XIXeme siècle. | Phantasmes et limbes |  |
A une centaine de mètres plus bas, dans le port, la très belle et très discutée Havis Amanda (Ville Vallgren,1908) dévoile ses charmes et aura fait jaser : les prudes d'alors ont dû plus d'une fois se voiler la face, eux, tant ce petit bout de femme gracieux ne cache rien de sa généreuse nature. « Immorale », « Sensuelle », « Grossière », si Havis Amanda pouvait écouter ce qui s'est dit d'elle, elle en rougirait jusqu'aux cheveux... En son temps elle fut considérée comme créature « érotique » et « incitation à la prostitution ». Depuis beaucoup de vagues de la Baltique ont battu le rivage s'étendant à ses pieds et tout le monde s'accorde à trouver la statue absolument parfaite. Encore un symbole de liberté trop méconnu. Empruntant l'Esplanade sur la droite nous tombons très vite sur cette haute statue de J.L Runeberg - le père cette fois, mais l'oeuvre est à nouveau du fils ! (1885) - semblant dominer de toute sa taille les « Champs-Élysées » d'Helsinki. Là encore une allégorie féminine de la Finlande couverte d'une peau d'ours veille platoniquement sur Runeberg, en laissant dérouler de sa main droite les strophes du célèbre poème « Maamme », paroles de l'hymne finlandais. A quelques pas de là on croise le duo « Fiction et Réalité » dédié à la mémoire de Zacharias Topelius et réalisé par Gunnar Finne (1932). Deux femmes, deux muses et un ange (Fiction), à la fois. Le groupe suggère légèreté et abstraction avec quelque chose d'aérien. Résultat : une extrémité de l'Esplanade est marquée par une « créature » ayant incarné la Tentation, pour certains et... à l'autre bout, ces deux femmes éthérées, la Réalité et la Fiction.
| Sportive lâchée en forêt |  |
Poursuivant notre route par la place du théâtre suédois, Erottaja, et remontant sur la gauche Erottajankatu (la rue d'Erottaja), on arrive sur le square de Diane et sa statue... Il ne s'agit pas vraiment de Diane mais de son adaptation finlandaise : « Tellervo, fille de Tapio » (Yrjö Liipola, 1928) s'élançant un javelot à la main. Ici la confusion est grande et voulue : s'agit-il d'une sportive, lanceuse de javelot - préfigurant les futures gloires olympiques finlandaises - ou d'une Diane-chasseresse nordique chassant le lynx ou l'ours ? Les frondaisons des arbres alentour accentuent le mélange des genres. Le personnage, vaguement androgyne, n'a pas déclenché le scandale réservé à sa consoeur Havis car à la fin des années 1920 la nudité fut acceptée comme un retour à la nature et un appel au sport, très tendance à l'époque. Non loin de Tellervo, au-delà de Bulevardi, derrière l'ancien cimetière (Vanha Kirkko), nous parvenons à un groupe sculptural dédié à Elias Lönnrot (Monument Lönnrot Itsetiedoton Impi, Emil Wikström, 1902 / Lönnrotinkatu 5-7). Fixant le groupe de face nous remarquons une très jolie Carélienne, agenouillée à droite (pour nous) de Maître Elias. Détrompons-nous : contrairement aux apparences, cette belle est bien la star du groupe et lui donne un titre : La Jeune fille assoiffée de savoir. De plus, elle figure la Kanteletar - femme jouant du Kantele, célèbre instrument à cinq cordes du Kalevala - puisque Emil Wikström s'est appuyé sur cette strophe du Kalevala dans sa réalisation. Pour Lönnrot, Impi, la jeune fille, fut une véritable muse, incarnant le peuple finlandais prêt à l'éveil national.
| Fil de vie et rideau |  |
Derrière la gare d'Helsinki, dans le grand parc de Kaisaniemi, se trouvent deux belles sculptures : Convolvulus de Viktor Jansson (1931) et Le Rideau de Raimo Utriainen (1972). Convolvulus est nue et visiblement est l'une de « ces fées au pied léger hantant nos forêts » avec, cependant, une puissante connotation de maternité. En effet Convolvulus est en finnois à la fois liseron et fil de vie. Ici, aussi Viktor Jansson a probablement désiré jouer sur les deux idées : nature et transmission de la vie par la femme. A deux pas de cette statue apparaît le superbe monument consacré à la légendaire actrice finlandaise Ida Aalberg (1857-1915). Disons-le tout de suite c'est une réussite à ne pas manquer. La diva est schématisée à grands traits profonds, creusés dans le granit, au pied - mais légèrement de côté - d'un colossal rideau, symbolisant le théâtre. Il s'agit d'une oeuvre énigmatique suggérant plusieurs directions d'interprétation : Ida Aalberg semble observer une salle, derrière le rideau, comme le font habituellement les acteurs avant le début d'une représentation. Original. Ou bien est-elle sur scène (ici la position du rideau laisse toutes les possibilités ouvertes) dans une pause d'attente ? Ou bien est-elle elle-même en train simplement d'observer les passants détaillant sa propre sculpture, le rideau n'étant là que pour rappeler la présence du théâtre dans notre dos ? | Traditions |  |
Il faut maintenant retraverser le parc de Kaisaniemi, passer l'axe des voies ferrées par la gare, et se propulser vers Larin Paraske. C'était une poétesse de Carélie, le genre de personne que Lönnrot aurait adorer rencontrer lors de ses pérégrinations en Carélie-Viena. A la fin du XIXeme siècle, Larin Paraske partit de sa Carélie natale, fit le voyage d'Helsinki et se produisit un peu partout en Finlande, chantant et jouant du Kantele. Cette femme fut considérée comme un incontournable symbole de « finnité », à tel point que certains la vénéraient presque. La statue qui l'honore est sous-titrée Naisen Historiallinen Rooli (Role historique de la Femme / Alpo Sailo, 1949) et occupe le terrain - massivement. A l'origine cette statue devait prendre place devant la chimérique Maison du Kalevala, projet qui ne sortit jamais de terre. Du coup, Larin Paraske se retrouve, au bord de Mannerheimintie, l'artère la plus passagère d'Helsinki, à fixer les milliers de véhicules, de trams, de cars passant chaque jour sous ses yeux.
Carrément à l'écart (il faut se rendre à Seurasaari, à deux bons kilomètres de là) nous rejoignons la nature et une dernière statue de femme : Itämerentytär (La Fille de la Baltique - Laila Pullinen, 1971) référant immédiatement à Helsinki, dont c'est l'un des surnoms. L'oeuvre est dédiée à Maila Talvio, une Finlandaise honore une autre Finlandaise. La Fille de la Baltique est l'un des romans historiques les plus connus écrits par Maila Talvio et Seurasaari est une île à voir absolument : y est conservé tout ce qui touche à l'art populaire finlandais.
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LIEUX :
Monument à Alexandre II (Les Fées du Grand-Duché) Place du Sénat (Senaatintori).
Havis Amanda Place du Marché (Kauppatori).
La Finlande de Runeberg Jardins de l'Esplanade.
Fiction et Réalité (Les Muses et les Anges) Esplanade du théatre suédois.
Tellervo, la fille de Tapio (Une Fée sportive de la Forêt) Parc de Diana (Kolmikulma)
Monument à Elias Lönnrot (La Jeune Fille assoiffée de savoir) Square Lönnrot, Lönnrotinkatu 5-7
Convolvulus (La Nymphe au pied léger) Parc de Kaisaniemi.
Le rideau (La Diva) Parc de Kaisaniemi, face au petit théatre.
Larin Paraske (Role historique de la femme) Jardins d'Hakasalmi.
La Fille de la Baltique Parc Maila Talvio, Seurasaari, Meilahti. |