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La météo finlandaise ?

Tourisme > Météo
03-12-03
Auteur : Jean Pierre Frigo
Bulletin actualisé de météo finlandaise.
Le capricieux Kaamos cafouille

Kaamos-aika : en finnois, période « noire », du 25 novembre au 16 janvier, la lumière est au plus bas, le soleil ne se lève plus en Laponie, au-dessus de Cercle Polaire. Dans le reste de la Finlande, l’astre n’apparaît plus que quelques heures par jour. Pénombre, froid, clarté de la neige... pluie, nuages et grisaille aussi. Bulletin actualisé de météo finlandaise.

Allô Paris… vous m’entendez ? C’est un bulletin météo finlandais…

Kaamos, kaamos… Ici, en Finlande, c’est le temps où les habitants trouvent normal de bougonner, se renfermer, se renfrogner, bouder… Bref, morose est la tendance alors que, justement, mieux vaudrait en rire… Anna, une amie finlandaise de Paris, me disait récemment que les Finlandais agissent « sous influence » météo : « L’été, mes partenaires finlandais débordent de projets et réalisent rapidement. Quand l’hiver arrive et, surtout pendant le kaamos, mes Finlandais deviennent tout mou … Ils donnent des réponses de plus en plus vagues à mes propositions. J’ai beau leur tendre toutes les perches, ils s’agitent peu, restent englués… A se demander ce qu’ils font et à quoi ils passent leurs journées… et pourtant le pays tourne, toujours aussi bien organisé ! » A croire que la Finlande hiberne… Un jour d’octobre dernier mon ami Pekka a retiré ses lunettes de soleil et m’a soudain lâché : « A partir de maintenant la lumière va décliner et jusqu’à Noël ça sera très dur… Mais à partir de janvier tout ira mieux… » Etat des lieux.

Les sept neiges

Avec l’étranger de passage, les Finlandais aiment s’amuser en lui glissant sadiquement qu’en finnois – langue déjà complexe – ils utilisent seize cas de déclinaisons… Impressionnant ! … décourageant… Le finnois en comporte effectivement seize, en théorie. Dans la pratique, les Finlandais en utilisent… neuf… c’est déjà bien… Toujours ce penchant à se compliquer la vie… Pour la neige, les Finlandais vous diront qu’il existe une trentaine de mots finnois pour en décrire les divers états et aspects. Propagande. Après enquête, nous en avons trouvé sept couramment utilisés. Les voici en vrac : « räntä » (averse mixte de neige et de pluie, autour de zéro degré Celsius), « pyry » (forte chute de neige drue et glacée), « tuisku » (chute de neige avec grand vent, blizzard, par température négative), « tihku « (bruine avec flocons), « lumipeite » (fine couche de neige vierge au sol, par moins de zéro), « hanki » (couche épaisse de neige), « sohjo » (au sol, « soupe » de neige et d’eau, par température au-dessus de zéro). Bien. Et les habitants ? Comment suivent-ils la météo hivernale ?


Helsinki la variable

Dès les premiers froids, les Helsinkois changent de look et « foncent » au noir et au gris. Les couleurs ternes, surtout pour les hommes, sont de rigueur... si l’on peut dire. Les visages se renfrognent, se dissimulent sous chapeaux et bonnets et les sourire se font rares. Revenons aux « états de la neige » à commencer par un des pires : le « räntä » compliqué de « sohjo » (fréquent à Helsinki, ville maritime). C’est tout simplement la totale. Ça ressemble à un pesant combat collectif contre des éléments hostiles. La rue résonne des bruits de pas, les conversations tendent au zéro absolu, telle la température, les « plouf », « splaash » et « chaaouf » des chaussures et des pneus passant dans la bouillie de neige et d’eau dominent tout, y compris le bruit de fond de l’univers. Ce n’est pas le moment de demander à vos voisins d’infortune, pataugeant avec vous sur le trottoir, l’heure, la direction de la mer ou un numéro de tram. Même si c’est pour aller s’abriter à « Kiasma », le Centre Pompidou d’Helsinki, sous prétexte de visite... Ils risquent fort de vous ignorer ou de répondre par borborygmes… Et puis ça serait de l’insensibilité : dans cette situation-là le mot d’ordre est « survie et arriver à la maison avant d’avoir les pieds trempés… » L’hiver dernier, 2002-2003, a été particulièrement rude en Finlande. A Helsinki, la Baltique a gelé pendant quatre mois. Mais notre hiver 2003-2004 a renoué avec la « normale » de la Finlande du Sud : beaucoup de pluie en alternance avec de la neige, anéantissant au fur et à mesure les chutes les plus tenaces. Donc, pas vraiment la joie… On aurait envie de dire aux Helsinkois de porter des couleurs chaudes et vives, de bien prendre leurs vitamines tous les matins et de repérer les itinéraires secs pour se préparer à toutes les configurations climatiques. Il n’est pas certain qu’ils écouteraient, l’hiver ayant distribué les rôles… C’est un peu comme la saison froide permettait d’expier ses péchés d’été.

Mimer le pire

Par « pyry », « tuihku » et « tuisku », la communication ne se remet en marche que lorsque vous – ou votre véhicule – êtes bloqués, enfoncés profondément dans une neige à laquelle la célèbre voirie finlandaise (fameuse pour sa redoutable efficacité) n’a pas eu le temps de s’attaquer. Il vous faut alors compter sur autrui et, nous pouvons le dire, ça marche ! Les Finlandais ont gardé un sens profond de la solidarité par situations extrêmes. Un Finlandais ne vous abandonnera jamais si vous vous vautrez sur le trottoir, si vous faites le grand écart et restez bloqué, si, tel le scarabée moyen, vous tombez sur le dos et ne réussissez plus à vous relever, si votre voiture a calé, fait un tête à queue, glisse doucement en marche arrière sur un dos-d’âne, parce que vous avez négligé de monter les pneus d’hiver (obligatoires à partir de fin octobre, en général… nous en profitons ici pour le rappeler aux récalcitrants qui auraient oublié…), n’arrive pas à sortir d’un créneau, est enlisée jusqu’au pare-brise... Non… votre « prochain » finlandais ne vous abandonnera pas et vous prêtera toujours une main secourable. Bon de s’en souvenir… Car tant que vous avez une chance de vous en sortir, aussi longtemps que la bête en vous « bouge », le même « prochain » considérera qu’il n’a pas à faire intrusion dans votre espace privé ( !) et vous laissera vous débrouiller. Soyons clair : en Finlande, en cas de problème par grand vent ou grande neige, mieux vaut très vite mettre toutes les chances de son côté et mimer le pire, la catalepsie, la mort probable… sinon… la mort par hypothermie est paraît-il très douce…


Le SnowShow de Laponie

Et puis il y a les belles neiges, les « hanki », les « lumipeite », la féerie des scintillements de glace et d’argent dans les branches d’arbres, des halos du petit matin quand une fine neige magique descend lentement, suspendue, et que le soleil darde à travers… Pas vraiment triste… Ces dimanches d’hiver où, sur la Baltique gelée, des centaines de petits pêcheurs éparpillés dans la blancheur, vers l’horizon, restent patiemment assis auprès de leurs « avanto » (trou dans la glace vers l’eau libre du dessous) pour sortir du poisson. Existe aussi le chuintement des skis de fond dans la poudreuse, quand on glisse, solitaire, dans une clairière, dans le silence, le froid sec et le soleil. Exaltant. Les Finlandais adorent. Cette « perfection » de l’hiver leur remet du baume au cœur, les réconcilie avec le dernier « sohjo » passé… Après tout, ça valait la peine de mettre ses bottes puisque, là, maintenant, on peut s’envoler à skis… Les enfants font des bonhommes de neige et des batailles de boules, les adultes des châteaux de neige à Kemi, Helsinki, sur « Senaatintori », la grand place de la capitale, ou ailleurs… les architectes et artistes un « SnowShow » en Laponie, à Kemi et Rovaniemi, en février et mars prochains…

Une météo comestible

Heureusement l’hiver n’a qu’un temps. En mai, vient le printemps avec « Vappu », grande liesse populaire, se déroulant en général sous la dernière chute de neige de la saison, d’excellent augure... Les mines réjouies font leur rentrée… Puis l’été avec ce merveilleux phénomène nordique qu’est le « suvi » : la perfection estivale faite d’un mélange de « nuits blanches et tièdes », de douceur immobile, de ciel dégagé et de parfums de fraise et de violette… Quand la Finlande se met en état d’apesanteur… Puis revient l’automne où le « ruska-aika » vous donne une dernière chance de croire en la générosité des climats nordiques. Le « ruska » se produit lors du premier gel claquant les feuillus (bouleaux, érables et chênes, dans le Sud) à la fin d’une période sèche. En quelques jours les feuillages des arbres réagissent, par essence, passent des verts aux rouge, jaune, orangé, beige, brun… fascinant et d’une fatale beauté. Si fatale que vous décidez de passer également l’hiver dans le pays… Aujourd’hui, la neige est tombée en une épaisse couche mais refond, imbibée de pluie fine. Comme consistance, c’est un peu comme du baba au rhum… pas aussi bon mais quel gâteau supporte qu’on le traverse en bottes… La météo finlandaise ? C’est de la gastronomie au sol, pâtisseries, sucre-glace, en poudre, miettes de chocolat et vergeoise…

 

 

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