Le sauna est considéré comme un phénomène typiquement finlandais ; il n'a toutefois pas été inventé par les Finlandais, et ceux-ci n'ont pas de monopole sur le sauna : dans la seconde moitié du XIXème siècle, la zone d'implantation du sauna sur le Vieux Continent couvrait une large bande qui courait d'un seul tenant des rives de la Baltique jusque loin dans les monts de l'Oural ; le sauna est tout aussi répandu chez les autres peuples finnois des bords de la Baltique, à savoir les Estoniens, les Caréliens, les Vepses et les Livoniens ; en dehors de ces peuples, de nombreuses populations slaves et baltes (les Lettons et les Lituaniens) ont été adeptes du sauna, de même que les Tatars de Turquie et les peuples finno-ougriens orientaux.
Le sauna traditionnel est une construction en bois dans laquelle on jette de l'eau sur les pierres brûlantes d'un poêle tout en étant assis sur des bancs en gradins et en se battant les flancs à l'aide d'un faisceau de branches de bouleau.
Le mot sauna est de tous les mots du vocabulaire finnois celui qui a connu la plus vaste diffusion dans de nombreuses langues du monde, même si aux yeux des Finlandais, le mot n'est pas toujours interprété comme il convient. L'expression aller au sauna désigne tout à la fois l'acte d'entrer dans un lieu d'ablutions et l'ensemble des opérations consistant à pratiquer le sauna : en fait partie un processus de sudation se déroulant en plusieurs étapes, cette sudation tirant son origine de la chaleur du poêle ainsi que la vapeur d'eau produite par la projection de l'eau sur les pierres, vapeur qu'on exprime en finnois par le mot löyly: c'est précisément dans le löyly que réside l'esprit du sauna, et ce mot finno-ougrien a en tant que tel une existence de 7000 ans dans notre langue.
Les Finlandais ne sont pas les seuls à utiliser le sauna de par la planète ; des constructions à usage d'ablutions et des pratiques comparables ont été observées au sein de nombreuses cultures différentes (les thermes romains, les bains turcs et celtes, le sweat lodge des Indiens d'Amérique du Nord, le furo japonais, le banja des Russes, le temascal des Mexicains), mais on peut voir dans les Finlandais le peuple du sauna par excellence, dans la mesure où c'est en Finlande que la tradition du sauna a été gardée vivace tout en faisant l'objet d'une adaptation au mode de vie contemporain : ainsi, ce sont les Finlandais, gardiens d'une tradition qu'ils ont aussi perfectionnée et transmise, qui sont responsables de la diffusion internationale du sauna sous la marque de fabrique Made in Finland.
| Historique du sauna en tant que construction |  |
Le terme sauna est un mot finno-lapon. Au coeur du sauna se trouvait traditionnellement le poêle, formé par un amoncellement de pierres destinées à être chauffées, autour duquel on prenait son sauna sous un abri de fortune comparable à la cabane à sudation provisoire en usage chez les Indiens d'Amérique.
Il est possible qu'un mode de bain associé à la sudation ait été en usage dès l'Age de la Pierre, voici près de 6000 ans ; les fourneaux des habitations de cette époque étaient creusés à même la terre et présentaient un aspect lisse et circulaire évoquant la forme d'une marmite, avec deux ou trois couches de petites pierres disposées en leur fond.
On tient pour avéré que le bâtiment en bois appelé aujourd'hui sauna a été en usage en Finlande à une époque se situant entre le Vème et le VIIIème siècle de notre ère. Le sauna était alors une construction en rondins consistant en une pièce unique, qu'on chauffait initialement depuis l'intérieur, en faisant du feu et en se servant de la fumée de la combustion : ce type de sauna a pour nom savusauna ou sauna chauffé à la fumée. Ce bâtiment servait à l'origine tout à la fois de demeure et de sauna ; sa technique de construction basée sur les rondins relève d'un savoir-faire de notre pays que les émigrants finlandais ont exporté au gré de leurs migrations au cours des millénaires, quelle qu'ait été leur destination ; l'influence de ces constructions est décelable notamment dans le Nouveau Monde, dans la structure de la Pioneer House caractéristique de la Nouvelle-Angleterre.
Le sauna chauffé à la fumée
Photo Jari Jetsonen
A l'origine, le foyer du sauna était un poêle fonctionnant à la fumée, doté d'un couvercle circulaire et constitué d'un amoncellement de pierres, et ce type de poêle est toujours en usage dans les savusaunas d'aujourd'hui ; cette installation était bien adaptée au chauffage de la maison et du sauna, mais n'était guère propice à la cuisson des aliments et du pain ; c'est pourquoi fut adopté au XIème siècle un type de four fermé destiné à la cuisson, allant de pair avec un fourneau placé devant ce four et permettant de faire bouillir l'eau : c'est ainsi que coexistaient deux sortes de foyers différents, l'un s'adaptant aux besoins de la demeure et l'autre étant destiné au sauna, ceci tendant à donner peu à peu au sauna sa fonction exclusive de lieu d'ablutions ; cependant, une partie des tâches domestiques restèrent encore à cette époque localisées dans le sauna.
A la fin du XVIIIème siècle, on commença à équiper les saunas de Finlande occidentale de poêles fermés en briques, qui offraient une plus grande sécurité contre les incendies que les poêles ouverts, très prompts à s'enflammer. Les poêles fermés présentaient deux ou trois foyers : au niveau inférieur l'âtre, au milieu le foyer à base de pierres, et par-dessus l'ensemble le foyer à fumée par lequel la fumée se propageait dans la pièce.
Une cheminée pour couronner le sauna
Le poêle à dégagement de fumée extérieur représenta à la fin du XVIIIème siècle un tournant important dans la genèse du poêle et du sauna : le poêle à fumée fermé par des briques fut équipé de façon très sommaire d'un tuyau de poêle, le couvercle du foyer se prolongeant simplement sous forme d'une conduite de cheminée munie d'une trappe d'obturation et menant en s'évasant jusqu'au toit du bâtiment ; quant aux cheminées murées sur un socle spécifique et leur poêle attenant, initialement construit en briques, elles firent leur apparition au XIXème siècle.
Le sauna à évacuation par cheminée permit de construire des saunas dans des endroits pour lesquels le poêle à fumée n'était pas adapté, y compris dans l'environnement urbain tant que l'habitat y était à base de bois et que la cour des habitations permettait de dégager un espace propice au sauna.
Dans les années 1910, on se mit à produire industriellement des poêles standard à revêtement métallique ; les industriels ayant pris goût à la commercialisation des poêles, le marché connut bientôt divers nouveaux modèles de poêles, jusqu'à ce qu'apparaisse dans les années 30 un type de poêle unique en son genre : le poêle à chaleur constante, dans lequel la combustion du bois a lieu dans une chaudière séparée, ce qui permet complètement d'éviter que les flammes et la fumée n'entrent en contact avec les pierres brûlantes, comme c'est le cas pour le poêle à dispositif de chauffage unique. De ce fait, on peut entretenir le feu pendant toute la durée des ablutions des usagers du sauna, et les émanations de vapeur se prolongent aussi longtemps qu'on fait brûler du bois.
| Le sauna urbain |  |
Les nouveaux modèles de poêles apparus dans les années 1930 contribuèrent à renouveler le concept du sauna à la finlandaise : pendant les premières décennies du XXème siècle, la vogue du sauna avait en effet eu tendance à régresser, le sauna ne semblant devoir s'adapter qu'avec peine aux conditions de vie urbaine, tout chargé qu'il était d'une forte connotation d'héritage rural.
Photo Matti Karjanoja
L'habitat finlandais ne commença à prendre un aspect urbain que dans les années 1880, avec la mise en service progressive des canalisations d'eau et d'égouts et l'installation de l'électricité, ainsi que la construction de bâtiments en pierre et de maisons à étages. La salle de bains et la nouveauté du début du siècle qu'était la baignoire apportèrent aux Finlandais un élément de confort évocateur du monde occidental, en comparaison duquel la visite au sauna fit figure de rituel complètement désuet et rustique ; en tout état de cause, les habitants des immeubles auraient été totalement privés de sauna s'il n'avait pas existé des saunas publics payants à leur usage.
Les saunas publics offraient des espaces séparés pour les femmes et les hommes, ainsi qu'une aile privée où les familles avaient la possibilité de réserver spécialement leur heure de sauna. Certains établissements de bains importants proposaient les services d'un employé chargé de laver les clients, d'une masseuse, voire parfois d'un thérapeute traditionnel spécialisé dans l'application de ventouses. Dès lors que les clients fréquentaient régulièrement à la même heure le même sauna, ils avaient l'occasion de revoir dans un lieu de rencontre privilégié et dans une atmosphère conviviale diverses personnes de leur connaissance, l'endroit dispensant par ailleurs les clients de se sentir tenus par un rôle social, sauf à se livrer parfois à des concours d'endurance entre hommes, pour s'amuser à voir qui résistera le plus longtemps à la chaleur. Les saunas publics correspondent dans la tradition finlandaise du sauna à une période à part qui a pris fin dans les années 1950. Par exemple, il n'y avait plus au tournant du millénaire que deux saunas publics en service à Helsinki, alors qu'on en comptait près de 150 au lendemain de la seconde Guerre Mondiale.
Le poêle électrique a représenté la troisième étape de l'évolution des poêles et du sauna, après le poêle à fumée et le poêle à dégagement extérieur. Le prototype du poêle électrique était prêt dès la fin des années1930, mais la guerre ne rendit possible une production à grande échelle qu'à partir de la fin des années 40.
Le poêle électrique est sûr et facile à utiliser, car une simple pression sur l'interrupteur suffit pour que les résistances électriques réchauffent les pierres du poêle jusqu'à la température indiquée pour qu'on puisse prendre son sauna. Le poêle électrique ne nécessitant pas de conduite d'évacuation, on peut ainsi installer des saunas dans des endroits où un poêle chauffé au bois n'aurait pas été envisageable : il n'est plus nécessaire de prévoir un bâtiment séparé pour le sauna, et on peut aménager son sauna en tant que pièce spécifique au sein des autres pièces de sa maison ou de son appartement : on en est ainsi venu au sauna intégré.
Le poêle électrique a solutionné définitivement les problèmes se posant à ceux qui veulent pratiquer le sauna dans les villes. A partir des années 1950, on s'est mis à installer régulièrement dans le sous-sol des immeubles d'habitation un sauna collectif à usage des résidents, dont les habitants de l'immeuble avaient la possibilité de profiter sur réservation. Cependant, pratiquement tous les appartements des immeubles en construction sont aujourd'hui équipés d'un sauna privatif jouxtant la salle de bains et venant supplanter le sauna collectif, ce sauna privatif intégré étant une spécificité de l'habitat urbain finlandais ; de même a-t-on entrepris d'aménager de petites cabines de sauna dans le cadre des salles de bains des hôtels, ceci constituant un apport typiquement finlandais à l'image de l'hôtellerie internationale.
Le chauffage du sauna et les pratiques traditionnelles en matière de sauna
Dans les anciens temps, le sauna était un lieu sacré pour les Finlandais ; initialement, le bâtiment du sauna se situait dans la cour des maisons, et ce n'est qu'à partir du début du XXème siècle qu'on prit l'habitude d'installer son sauna au bord des lacs, pour suivre l'exemple de la haute société et de ses villas au bord de l'eau. On allait au sauna en suivant un rythme hebdomadaire, en général une seule fois par semaine ; en particulier le chauffage du sauna à la fumée prenait toute une journée pour que la maisonnée puisse aller au sauna à plusieurs reprises. Ce mode de chauffage demandait un savoir-faire spécifique en matière de choix du bois de chauffage, de disposition et de renouvellement des bûches ; avant tout, la condition essentielle était de savoir prendre son temps, car il était nécessaire de disposer d'assez de temps pour chauffer le sauna tout comme pour confectionner le traditionnel faisceau de branches de bouleau, et ainsi se transmettait-on ce savoir-faire d'une génération à l'autre.
De nombreuses règles de conduite régissent la visite au sauna et les ablutions : comme le dit le précepte populaire, Tu te tiendras au sauna comme si tu étais à l'église, c'est-à-dire en observant un certain recueillement. Il est courant qu'on engage les usagers du sauna à s'abstenir d'y chanter bruyamment, d'y prononcer des grossièretés, de s'y adonner à des racontars ou autres mauvaises paroles, d'y émettre des pets et d'y faire du remue-ménage. On apprenait aux Finlandais ces règles assorties d'avertissements dès l'enfance.
Par rapport à la logique de la tradition séculaire du sauna à la finlandaise, la pratique du sauna, telle qu'elle est perçue depuis l'étranger, donne lieu à un certain nombre de malentendus : hommes et femmes disposaient en effet de tranches horaires séparées pour aller au sauna, et le fait de prendre son sauna en famille est un phénomène plus récent ; par le passé, le maître de maison allait au sauna en premier en compagnie des valets de ferme, après la fin de la journée aux champs, puis c'était le tour de la maîtresse de maison et de ses servantes, la traite des vaches une fois effectuée.
La littérature finlandaise regorge d'épisodes hauts en couleur ayant pour cadre le sauna, dont l'un des plus connus figure dans le roman les Sept Frères d'Aleksis Kivi : les frères prennent leur sauna traditionnel de Noël, arrosant l'événement à la bière de Noël, installés sur la paille de leur cabane nouvellement achevée et chauffée à la fumée... jusqu'à ce que le sauna prenne feu !
On voit que la littérature se nourrit d'une riche tradition populaire. Le sauna était associé de nombreuses façons au rythme de l'année agricole : c'est dans le sauna qu'on accomplissait nombre de gestes essentiels de la vie économique : on y traitait les tissus en lin, on y fumait viandes et saucisses, on y sucrait et séchait le malt, on y faisait germer les pommes de terre et on y lavait le linge ; ces activités périodiques qui duraient plusieurs jours permettaient le côtoiement entre les anciens et la jeune génération et étaient scandées par des chants et des poèmes hérités de la tradition populaire : on accompagnait l'accomplissement des tâches de chansons qui pouvaient même avoir une connotation érotique, on discutait le coup, on rapportait des contes et on posait des devinettes.
Le calendrier populaire accordait une grande importance aux anniversaires et aux fêtes qui étaient l'occasion de faire des voeux, que ce soit à l'occasion d'une année nouvelle, d'un événement lié à la vie économique ou d'un mariage. Au village de Koivisto situé dans l'isthme de Carélie, on avait l'habitude, la nuit de la saint-Sylvestre, de chauffer le sauna de toutes les maisons largement avant que le jour ne se lève : on disait que « toute l'année, le travail se fera à temps et sans retard, pour autant qu'au matin du premier de l'an, la fumée s'élève au ciel avant le soleil ».
| Les joies du sauna |  |
Pourquoi le Finlandais va-t-il au sauna? Parce que c'est une pratique ancienne et qu'il s'y est habitué dès l'enfance. Le sauna assure propreté, santé, paix intérieure, sensations fortes et bien d'autres joies.
- La propreté : la visite au sauna permettait par le passé de se laver avec soin au moins une fois par semaine, et plus fréquemment si nécessaire. Même si le bon niveau d'équipement sanitaire des logements d'aujourd'hui supplante le sauna dans sa fonction première, on considère toujours le sauna comme un élément indispensable de la salle d'eau, et une bonne sudation suivie d'un rinçage nettoie la peau mieux qu'on ne peut généralement l'imaginer.
- La santé : le vieux dicton finlandais selon lequel « si le sauna, l'eau-de-vie et le goudron ne vous font plus rien, alors votre maladie est mortelle » ne suggère nullement qu'il convient d'avoir recours à ces trois « médications » en même temps ; on a toujours fait appel au sauna pour sa santé lorsque se faisait sentir le besoin de rétablir la souplesse de ses membres fatigués et de ses muscles endoloris à la suite d'un travail de force.
- La paix intérieure : le prix Nobel de littérature finlandais F.E. Sillanpää raconte qu'après une longue période passée à écrire, il retournait, fatigué et déprimé, se reposer chez ses parents, dans la maison de son enfance ; le soir de son arrivée, il n'était pas plus tôt installé dans l'obscurité et le silence du sauna qu'il sentait sa fatigue et sa lassitude s'estomper peu à peu. Ses ablutions achevées, ayant recouvert son équilibre et sa force créatrice, il se sentait prêt à retourner pratiquement tout de suite à sa table de travail : le sauna détend, apaise et rétablit la paix intérieure, et des ablutions pratiquées en commun ont bien souvent dénoué des situations de négociations commerciales tendues, qui ont fini par déboucher sur de bonnes décisions prises à l'unanimité à la suite du passage au sauna.
- Des sensations fortes : les personnes pressées et tenues par un rythme de vie où prime l'efficacité ressentent comme une sensation forte le sentiment de l'arrêt de la course du temps que leur procure le sauna. A supposer que notre horloge intérieure y mesure quelque chose, ce ne pourra être que le temps que l'usager du sauna aura plaisir à passer sur les gradins ; ainsi le sauna offre-t-il sur tous les plans des sensations fortes génératrices de bien-être.
On ne se sent pressé d'aller nulle part après un sauna : vos pensées et votre état d'âme se sont élevés au-dessus des affaires et des préoccupations quotidiennes, vos membres vous semblent agiles, vos muscles élastiques, et vous éprouvez une sensation de légèreté de tout votre être.
Les effets du sauna sur la santé
Dans le passé, on allait au sauna spécialement pour soigner les maladies dont on était atteint ; c'était là que les guérisseurs traditionnels pouvaient en toute tranquillité se concentrer sur leur tâche, sachant que les patients se trouvaient dans un état d'esprit réceptif aux soins, dès lors que de nombreuses croyances et un certain respect étaient associés au sauna. La croyance dans l'effet thérapeutique du sauna n'a toujours pas disparu à notre époque, même si l'on sait que l'usage du sauna ne prévient ni ne guérit les maladies chroniques. Par contre, il est bien exact que le fait d'aller au sauna améliore le bien-être général et a un effet favorable sur la santé, voire sur les symptômes de certaines maladies : le pouls devient plus rapide au sauna, la respiration et la circulation sanguine s'accélèrent, la température du corps s'élève, le métabolisme se trouve stimulé et la tension artérielle est susceptible de baisser momentanément.
La médecine attribue au sauna des effets considérables sur la santé : la pratique du sauna renforce le corps et apaise l'esprit. La connaissance des effets du sauna sur la santé a longtemps occupé une place privilégiée au sein des méthodes thérapeutiques traditionnelles finno-caréliennes pratiquées par les poseurs de ventouses, les rebouteux et les guérisseurs spécialisés dans l'art de la saignée.
Sur quoi l'effet curatif du sauna se fonde-t-il ? Il est question ici avant tout d'un savoir hérité de la tradition des guérisseurs : « Quand on est au sauna, on est comme en couveuse ; quand vous avez les membres qui vous font mal et que vous avez mal aux côtes, c'est le sauna qui est la médication qu'il vous faut. Si la tête vous fait mal, allez donc au sauna ; mais si vous toussez, n'y allez pas : n'y allez qu'une fois votre toux guérie. Si vous avez froid partout et que vous allez au sauna, le froid gagnera le coeur : réchauffez-vous de l'intérieur pour commencer, et n'allez au sauna qu'ensuite ».
| Le sauna dans les grandes étapes de la vie |  |
Le sauna a toujours été pour les Finlandais un espace sacré où on allait pour se purifier non seulement le corps, mais aussi l'esprit, et ceci à toutes les étapes de l'existence, depuis la naissance jusqu'à la toilette mortuaire. Tous les rites de passage ayant pour cadre le sauna étaient sans exception du ressort des femmes. Dans le cas où le passage d'un état à un autre qui était à l'ordre du jour ne réussissait pas pour une raison ou une autre du point de vue de la communauté, et seulement dans ce cas-là, on envoyait chercher un chaman ou une sorcière, le sage du village ou un guérisseur, comme par exemple si un enfant ou un patient était gravement malade. On était alors confronté à une situation de crise qui nécessitait l'intervention de la personnalité spirituelle la plus forte du voisinage ou de la famille, homme ou femme à qui il revenait de rétablir par des rites de guérison l'ordre interne naturel de la communauté.
Jusqu'à la seconde Guerre Mondiale, la femme finlandaise a en règle générale accouché au sauna. Il faut se souvenir que le sauna est un espace propre et chauffé offrant les meilleures conditions d'hygiène dans un contexte de vie rurale. Jusqu'au début du XXème siècle, le traditionnel « séjour du nourisson au sauna » auxquelles seules les femmes étaient admises pouvait durer jusqu'à une semaine avant que le bébé ne soit amené en grande cérémonie dans la pièce commune de la maison ; conformément à la tradition ancestrale, ce n'était qu'alors que le père était autorisé à voir son enfant ; une pratique en cours dans les pays nordiques dans les temps préhistoriques et préchrétiens voulait que l'enfant reçut son prénom en étant oint avec de l'eau par le doyen de la famille ; cette onction fut par la suite remplacée par le baptême chrétien.
La signification profonde du sauna
Le sauna fait partie intégrante de l'identité finlandaise, et c'est une institution nationale qui se porte toujours bien au XXIème siècle. Le fait de comparer le sauna aux lieux et aux pratiques d'ablutions des autres peuples donne aux Finlandais autant une vision de leurs propres traditions qu'elle leur permet de comprendre le caractère et l'essence des autres cultures ; en nous penchant sur ce qui se fait ailleurs, nous apprenons aussi à nous connaître nous-même plus en profondeur. Malgré toutes leurs différences, l'inipi des Indiens d'Amérique, le furo japonais et le sauna finlandais ont beaucoup en commun, et ceci avant tout sur un plan profond. La sudation générée par le « löyly » se dégageant du poêle, par la vapeur du « sweat lodge » indien ou le bain chaud qu'est le furo ne tend pas prioritairement à purifier le corps : c'est une pratique qui a pour caractéristique d'apporter la détente tant au corps qu'à l'esprit, et le maître mot de cette pratique est la re-création qui se produit dans un esprit régénéré au contact du bain de vapeur.
|