| Scoumoune |  |
L’année dernière, 2004, Kalle a accumulé les podiums, avec 4 victoires en slalom spécial, 2 en géant et, en prime, une deuxième et une troisième places en spécial.
Saison 2005, carrément maudite, combien de fois ne l’a-t-on pas vu rager, au bord de la piste, victime d’une sortie de piste, la dernière, le week-end dernier, à Bormio, à cause d’une piste très détériorée au moment de son passage et ayant, comme par hasard, bien résisté à ses quatre premiers adversaires, dont trois Autrichiens. Mais ces accès d’humeur ont disparu et c’est un Kalle extrêmement gentil que nous rencontrerons. Deux faces du même homme, le diurne et le nocturne. Mais cette saison il a déjà dû abandonner cinq fois. Une posture nouvelle qu’il fallait tenter d’élucider à la première occasion. Nous avons donc, nous aussi, décidé d’interviewer Kalle Palander, à Helsinki.
“J’y crois pas: je ne me suis jamais senti aussi fort. À l’entraînement je fais des trucs comme jamais auparavant et, paradoxalement, je n’arrive pas à avoir les bons résultats de l’an passé!”, déplore Kalle Palander. Le champion finlandais est assis devant nous, juvénile, presque un ado, faisant encore plus jeune que sur les photos des journaux et, de plus, d’une parfaite courtoisie. Là, dans ce café du centre-ville, nous avons le plus grand mal à imaginer ce sympathique jeune homme entrer dans ces colères noires dont il a le secret quand il tombe où rate une porte: “Désolé, mais je n’ai jamais su perdre: déjà quand j’étais petit, au tennis, je cassais mes raquettes quand ça n’allait pas”, dévoile-t-il. C’est sans doute aussi pour cette raison que ses parents l’ont orienté vers le ski alpin car on ne brise pas aussi facilement un ski qu’une raquette de tennis! Mais les chiffres sont têtus et pour le Finlandais la saison 2004-2005 ne sera pas une répétition de la précédente: “Vous savez en slalom ça va si vite que tout tient à très peu de choses: quelques détails qui clochent, une légère baisse de forme mentale, un zest de malchance et on perd des places. Et le doute peut s’installer”, reconnaît Kalle. Avec une telle série de pépins on peut carrément parler de scoumoune.
S’ouvrir sur l’extérieur
Kalle évoque ses adversaires de 2005: “Les Slovènes sont fantastiques et je trouve qu’ils progressent sans arrêt. C’est d’ailleurs dingue parce que je les vois faire des fautes, toujours les mêmes, et ils passent quand même, sans les corriger! J’ai presque envie d’aller trouver leur entraîneur!”, plaisante-t-il. Comment voit-il les espoirs finlandais?: “Actuellement nous avons Jukka Rajala (23 ans) et Jouni Kaitala (22 ans). Je les verrais bien monter (Jouni a récemment terminé 5ème d’une manche du championnat du monde, avant de craquer dans la seconde). Sinon, malheureusement, chez les femmes, je ne vois personne après Tanja (Poutiainen). C’est dommage mais c’est comme ça!”. Et les Français, qui n’ont pas obtenu de bien fameux résultats? “Les skieurs français ont été excellents il y a 5 ans et du temps de Luc Alphan. Il leur manque une sorte de locomotive, comme Luc. En ce moment ils sont dans le creux de la vague mais je les verrais bien remonter pour les JO d’hiver de Turin-2006. Ça m’étonnerait fort qu’ils n’aient pas de résultats alors!”, prédit Kalle qui avoue parler - anglais, parce qu’il ne manie pas encore assez bien le français - avec Pierre Bourgeat, Sébastien Amiez et Frédéric Covili, de l’Équipe de France de Ski: “Ils sont très sympas et sont les seuls à parler anglais, je pense. Donc on parle!” En ce qui concerne les Français, encore, Kalle Söderholm, agent de Kalle, confirmera qu’il les voit trop rester entre eux, manquer de contacts avec l’extérieur, ne pas assez observer les performances des autres aussi: “Ils devraient prendre des étrangers avec eux, un entraîneur non-français, ça changerait peut-être quelque chose. En tout cas ça donnerait davantage d’ouvertures à leurs jeunes skieurs”, juge Kalle Söderholm.</td><//td> | Un pionnier |  |
Ça restera toujours étonnant de voir ces deux slalomeurs finlandais, Tanja Poutiainen et Kalle, réussir dans une spécialité qui nécessite de la pente, alors que le territoire finlandais manque désespérément de relief: “Vous pouvez le dire: je viens de Tornio (ville sur la frontière finno-suédoise, en basse-Laponie) et là-bas c’est plat comme la main! Quand on a remarqué que j’avais du talent pour le ski, mon père m’emmenait presque tous les jours skier à Rovaniemi, à une centaine de kms, parce qu’on y trouve quelques collines”, se souvient Kalle. À propos, Tanja Poutiainen vient de Rovaniemi et Sami Uotila, un autre excellent skieur finlandais, un an plus âgé que Kalle, vient d’Helsinki: “Aussi bizarre que ça puisse paraître, Sami, à Helsinki, disposait de meilleures possibilités que moi à Tornio!”, fait-il remarquer. Et, en dépit de ces conditions médiocres, Kalle a réussi à écrire la première page glorieuse du ski finlandais: “Avant moi il n’y a jamais eu aucun Finlandais à ce niveau. J’ai défriché! Je n’ai bénéficié d’aucun exemple venu de mon pays”. S’est-il inspiré d’Ingmar Stenmark, le grand Suédois du ski, que Kalle avoue considérer comme une de ses idoles, avec Alberto Tomba? En tout cas il concède avoir compris vers l’âge de 15 ans qu’il pouvait devenir un des meilleurs, sinon le meilleur du monde, en ski alpin.
Les fromages de Disney?
Le côté positif de la série noire 2004-2005 c’est de se dire qu’elle ne peut pas se reproduire. Jamais. Mais il faut exorciser et s’accrocher comme seul M. Palander sait le faire: “Un préparateur mental, un gourou? Vous plaisantez! Je n’ai jamais eu d’autre mentor que ma mère. Elle, et elle seule, est capable de recharger mes batteries”. Kalle évoque aussi l’autre Kalle, son agent, qui le soutient toujours tout spécialement entre les deux manches, instants cruciaux entre tous: “Kalle (Söderholm) a toujours le mot pour rire, me raconte des blagues au bon moment, ce qui est hyper précieux quand je mène dans la première manche et que je dois me préparer à la deuxième”. Mais au diable la malédiction! Même s’il ne termine cette saison qu’autour de la place de 10ème, en spécial, et de la 15ème, en slalom géant, plus grande sera la suite! Kalle est un homme à surveiller dans la perspective des JO de 2006.
Kalle réside à Monaco, c’est-à-dire quasiment en France: “La Côte d’Azur est un coin extraordinaire, il faut le dire! Les paysages, la gastronomie, les fromages, tout me plaît en France. Mon seul regret? Ne pas encore avoir mis les pieds à Paris! Mais si j’y vais ça sera d’abord pour Eurodisney!”, part-il, dans un grand éclat de rire.
Une carrière déjà longue:
Kalle Palander skie en championnat du monde depuis 1996, année de ses débuts chez les juniors. En 1999, il fut le premier Finlandais à devenir Champion du monde, en slalom spécial, à la régulière puisqu’il n’avait pas remporté une seule épreuve de la saison. Une lacune comblée en 2002, année où il remportait ses premières épreuves: pas moins de cinq slaloms spéciaux. En 2002, il devint le premier Finlandais de l’histoire du ski à remporter une épreuve de slalom. |