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Un pays bilingue

Société > Population
09-01-02
Auteur : Gunn Gestrin
La Finlande est bilingue. Selon la constitution, les deux langues nationales de la Finlande sont le finnois et le suédois, celui-ci étant la langue maternelle de presque 6 % des Finlandais.
par Gunn Gestrin, journaliste finlandaise de langue suédoise, correspondant du journal Hufvudstadsbladet
Les suédophones de Finlande - pays bilingue

Le bilinguisme finlandais, exemplaire dans le monde, résulte d'un contexte historique et culturel particulier, de la longue histoire commune avec la Suède.
La population suédophone, un peu moins de 300 000 personnes, habite principalement les côtes sud et ouest de la Finlande, ainsi que l'archipel des îles d'Åland. Cet archipel forme une province autonome de 23 000 personnes, d'expression suédoise.
Les Finlandais de langue suédoise sont pour une partie les descendants de colons suédois, venus s'installer sur les côtes finlandaises au moins à partir du XIIe siècle.

La population urbaine compte aussi de nombreux grand-parents et arrière-grand-parents baltes, allemands, russes, voire écossais.

La population suédophone se compose tant de petits paysans et de marins-pêcheurs que d'intellectuels, d'universitaires et de dirigeants industriels.
Depuis le XIIe siècle la Finlande occidentale faisait partie de la sphère d'influence de la Suède. Jusque-là, le vaste pays entre la Suède et les territoires de Novgorod (devenu la Russie) représentait un vide administratif, proie de convoitises tant de l'ouest que de l'est, des catholiques comme des orthodoxes.

La vieille route viking vers l'est, Novgorod et jusqu'à Constantinople, longeait les côtes finlandaises, visitées souvent par les Suédois, parfois aussi par les Danois. Des noms de lieux très anciens en témoignent.
La première présence officielle de la Suède en Finlande date de la prétendue croisade du roi Erik (le saint) de Suède en ll55, accompagné par l'évêque Henrik, missionnaire chrétien d'origine anglaise.
La conquête suédoise se poursuivit au siècle suivant avec la construction des châteaux de Hämeenlinna (Tavastehus) au centre du pays, et Viipuri (Viborg) en Carélie en l293.

Une population suédoise s'installa sur la côte sud

Au début du siècle suivant une paix entre la Suède et Novgorod confirma pour de longs siècles la division du territoire entre les deux puissances, la Suède gardant l'ouest et le sud du pays.

La Finlande à l'époque suédoise n'était pas une entité à part, mais une partie intégrante de la Suède, communément appelée Österland ( le Pays de l'Est). Le nom de Finlande (Finland) s'appliquait à la province du sud-ouest.
L'appartenance à la Suède signifiait l'introduction du système d'administration et de législation suédois, pour les grandes lignes toujours en vigueur en Finlande, ainsi que l'appartenance, d'abord à l'Eglise catholique, puis au luthéranisme.

Les Finlandais était citoyens à part entière et au même niveau que les Suédois, participant à l'élection du roi de Suède et à la Diète suédoise. Une grande partie des notables Suédois de ces siècles étaient, en fait, des Finlandais ( hommes d'état, ambassadeurs, militaires, écrivains, etc).
La langue de l'administration et de la culture était le suédois pour tous les Finlandais, seulement la Bible et quelques textes religieux paraissaient en finnois.

La langue et la littérature finnoise n'ont pu se développer que pendant le temps de l'autonomie sous la Russie. La Suède a perdu la Finlande en l809 , dans une guerre liée à un compromis international pendant les guerres napoléoniennes.

La Finlande fut rattachée à l'empire russe, mais comme grand-duché autonome, gardant sa propre législation, ainsi que ses langues.

Parmi les patriotes finlandais oeuvrant pour une reconnaissance de la langue et de la culture finnoises, se trouvaient beaucoup d'intellectuels suédophones de l'époque, la plupart écrivant en suédois et ne sachant pas eux-même la langue finnoise.

D'autres ont fait le choix d'abandonner leur langue maternelle, le suédois, pour adopter le finnois par solidarité.

Un principe proverbial pour eux était: Nous ne sommes pas des Suédois, nous ne voulons pas devenir Russes, soyons Finlandais.

L'hymne national finlandais (Maamme laulu -Notre pays) fut écrit par Johan Ludvig Runeberg en suédois (Vårt land), et puis traduit en finnois. La Finlande a pu se libérer du joug de la Russie en l917 à la suite de la révolution russe , mais aussi après un long travail pour la reconnaissance nationale et identitaire.

La puissance dominatrice s'était montrée de plus en plus encombrante, posant de nouvelles exigeances concernant la politique linguistique et les droits d'exception de la Finlande.

La jeune république s'est dotée d'une constitution accordant en principe les mêmes droits aux deux groupes de langues, le finnois et le suédois. Le pourcentage des suédophones de la population a depuis baissé, par suite d'une émigration vers la Suède, et surtout de la récente urbanisation, entraînant des migrations, ainsi qu'à cause des mariages mixtes.

Les régions traditionnellement peuplées par les suédophones se trouvent près des centres commerciaux et industriels du pays, comme la capitale, Helsinki, en suédois Helsingfors. Le mot signifie "le rapide où habitent les Helsingar", mot à rapprocher de noms de lieux de la même racine en Suède.

Les migrations des Finlandais vers la capitale et les côtes ont contribué à changer la situation linguistique.

Les Finlandais suédophones peuvent se servir de leur langue dans toutes les démarches auprès des autorités dans les communes avec un pourcentage suffisamment grand (de 6 à 8 %) de suédophones. Ce sont les mêmes règles qui s'appliquent au finnois dans les municipalités à majorité suédoise. La législation est très bonne, mais la pratique n'est pas sans problèmes.

Les suédophones ont leurs écoles, depuis la crèche jusqu'à l'université, où ils peuvent poursuivre leur scolarité entière en langue suédoise.

Ils apprennent, bien sûr, le finnois à l'école, avant même d'aborder d'autres langues, surtout l'anglais. Les Finlandais de langue finnoise apprennent un peu de suédois à l'école, même si l'obligation du suédois à l'école est contestée depuis un certain temps.

Les suédophones ont aussi leurs propres chaînes de radio et leurs émissions de TV quotidiennes, avec journaux de nouvelles, documentaires et fictions.

Dans les communes bilingues les plaques des rues attestent de la présence des deux langues.

Les suédophones de Finlande produisent toujours une riche littérature. Parmi les écrivains récemment traduits en français, on peut mentionner Tove Jansson ("Moumine le Troll"), Bo Carpelan, Johan Bargum et Monica Fagerholm.

Pour la collaboration avec les autres pays nordiques, établie officiellement entre parlements et gouvernements depuis des décennies, le suédois reste la langue de travail par excellence.

Les îles d'Åland ont un statut à part, accordé par la défunte Société des Nations après l'indépendance de la Finlande, probablement la seule décision de cette institution toujours en vigueur. La population des îles, composée entièrement de suédophones, a voulu rejoindre la Suède. La Société des Nations a, pourtant, décidé, que les îles faisaient traditionnellement partie de la Finlande, et sa population était une partie des suédophones de Finlande. Les îles ont, pourtant, eu droit à un parlement provincial (lagtinget) avec un "gouvernement" et son président (lantrådet). L'archipel est doté d'un drapeau et peut émettre des timbres-poste. L'économie se base principalement sur la navigation internationale, de tradition séculaire, et sur le tourisme. Les îles d'Åland sont démilitarisées. L'autonomie des îles d' Åland, bien établie depuis l921, pourrait servir d'exemple dans un monde déchiré par les conflits ethniques.

Les suédophones de Finlande sont actifs politiquement; ils sont représentés principalement par le parti populaire suédois (SFP), mais aussi par d'autres partis. Le SFP a participé à tous les gouvernement depuis l979. Il vient d'obtenir 12 postes de députés sur 200 depuis les élections de ce printemps.

L'Assemblée Suédoise de Finlande est un organisme officieux qui représente les intérêts de tous les suédophones du pays.

Une femme suédophone a failli être élue président de la république de Finlande en l994. Elisabeth Rehn, ex-ministre, première femme au monde en charge de la défense, actuellement représentant du Secrétaire général de l'ONU en Bosnie, était le concurrent le plus sérieux de Martti Ahtisaari, le Président élu.

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