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Société > Population
20-01-07
Auteur : Malika Maclouf
Près d’un millier de soldats : c’est l’ampleur qu'atteint désormais la force déployée par la Finlande à l’extérieur de ses frontières.

Début novembre 2006, 211 volontaires ont en effet rejoint la Force intérimaire des Nations Unies pour le Liban, ou Finul renforcée, portant à 978 le nombre de soldats placés sur des opérations militaires de gestion de crise (Military Crisis Management Operations, ou MCMO). 

 « Notre intégration à la Finul porte à 12 le nombre de MCMOs auxquelles nous participons, indique le Lieutenant-Colonel Esa Vanonen, responsable des opérations de maintien de la paix au Ministère finlandais de la Défense. Cela répond à un choix politique : il s’agit de défendre nos valeurs. »

Unanimement soutenu au Parlement, cet engagement coûtera à la Finlande plus de 43 millions d’euros d’ici à fin 2007, dont 7 millions remboursés par l’Onu.

Mandat de l’Onu


C’est en 1956 que la Finlande inaugure l’envoi de troupes à l’extérieur, lorsque la première force d’urgence des Nations Unies (FUNU I) se met en place le long de la frontière entre Israël et l’Egypte.

Elle a, depuis, collaboré à 30 opérations auxquelles ont pris part 32000 soldats. Non membre de l’Otan, elle a réservé ses interventions aux actions menées sous égide de l’Onu ainsi que par l’OSCE. Une nouvelle loi sur le maintien de la paix a toutefois modifié la Constitution finlandaise au printemps 2006 pour permettre au pays de participer à des opérations même sans mandat de l’Onu –et notamment menées par l’UE. « Même si aucune mission n’est plus exclue a priori, nous continuons de préférer le couvert d’un mandat de l’Onu, insiste Esa Vanonen. Et, encore une fois, il s’agit aussi que le mandat corresponde à nos valeurs. »

La Finlande s’interdit toutefois d’intervenir dans les conflits: « Nous ne venons pas imposer la paix, poursuit Esa Vanonen. Avant chaque décision, nous prenons bien soin de connaître les règles d'engagement dans l'opération et la question clef est toujours celle du recours à la force. »

Au-delà de ces principes, les seules bornes à l’envoi de troupes à l’étranger sont le budget, de 100 millions d’euros par an, et le nombre de soldats engagés, qui ne doit pas dépasser 2000. « Nous avons eu 1912 hommes au-dehors au plus fort de nos opérations externes, en 1989, mais cette limite ne sera plus jamais atteinte, note Esa Vanonen. Elle a été fixée dans les années quatre-vingt, lorsque l’envoi de troupes était moins onéreux : on les affectait dans des régions plus proches que l’Afrique, ou plus accessibles que l’Afghanistan, que l’on n’atteint plus que par avion. Aujourd’hui, le personnel que nous dépêchons sur place, plus spécialisé, et les systèmes de communication ou de construction, plus perfectionnés, reviennent aussi plus chers. »

Les opérations militaires de gestion de crise


Sur la scène internationale, le traditionnel maintien de la paix a laissé la place à des actions plus vastes, telles que l’observation, la distribution d’aide humanitaire, le soutien à la police nationale, etc.

Les actions à l’étranger sont donc désormais regroupées sous le vocable d’’opérations militaires de gestion de crise’, ces fameuses MCMOs. La Finlande participe aujourd’hui à des missions variées.
A la fin des années 80 par exemple, le Lieutenant-Colonel Heikki Pietilä, officier en retraite et président de l’Association finlandaise des soldats de la paix, la Suomen Rauhanturvaajaliitto ry, a mené des actions d’observation.

« Il s’agissait surtout de patrouiller, d’observer et d’écrire des rapports, rappelle le vétéran. La seule source de tension était le dépassement des limites par des bergers qui voulaient accéder aux puits ! Notre présence était utile pour éviter un regain de violence mais c’était un travail relativement facile. En Macédoine, où je suis parti en 1996-1997, il s’agissait aussi d’observation. Un travail assez facile, mais intéressant notamment parce que nous y étions en même temps que les Américains, dont la présence est rare sur les opérations des Nations-Unies. Ils avaient une attitude totalement différente de la nôtre, considérant l’observation comme une mission de guerre. »

A ce type d’action s’ajoutent l’interposition ou la reconstruction, par exemple, qui permettent à la Finlande de s’illustrer dans des domaines spécifiques, tels que les systèmes de communication pour les troupes –elle en a équipé certains commandements internationaux au Kosovo et en Bosnie-, l’ingénierie –comme celle qui sera déployée au Liban pour la reconstruction-, et, surtout, la coopération avec les civils.

« En Afghanistan, notre équipe de coopération va dans les villages rencontrer les autorités locales pour recenser les besoins, poursuit Heikki Pietilä : une pompe pour le puits, la reconstruction d’une école, d’un hôpital ou d’un pont, la mise en place d’un dispensaire, le rétablissement de l’électricité, etc. En fonction de la priorité des besoins, elle établit des contrats avec les entreprises locales, payées par les pays donateurs, puis vérifie la bonne utilisation de l’argent et l’avancement des travaux. »

Dans les Balkans, la Finlande a aussi pris une initiative pionnière : « Nous avons mis en place une formation internationale pour les officiers militaires de Serbie, Monténégro, Croatie, Macédoine, Albanie et Bosnie-Herzégovine, indique Esa Vanonen. Une première session a eu lieu à Sarajevo et la seconde commence à Belgrade. C’est un succès. »


Un choix stratégique


Le choix des opérations, quant à lui, répond à une volonté politique avant tout.

« La Finlande évalue ce qu’elle peut apporter et, en fonction du type de troupe nécessaires, vérifie la disponibilité de ses hommes, précise Esa Vanonen. Au Kosovo, par exemple, nous avons envoyé 800 hommes en 1999 parce que ce pays est situé dans la même région que nous, et que Martti Ahtisaari y a joué un rôle important. »

L’ancien président finlandais y était, en 1993, Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’ex-Yougoslavie et il est aujourd’hui Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies chargé des pourparlers sur le statut final du Kosovo.

« Nous y avons été le premier pays non membre de l’Otan à rejoindre la KFOR, et nous avons encore 400 hommes sur place : c’est notre mission la plus importante à l’heure actuelle. »

Viennent ensuite la Bosnie-Herzégovine (179 hommes), le Liban, puis l’Afghanistan (105 hommes). Les autres opérations se limitent souvent à l’envoi d’un ou deux officiers, en Afrique, par exemple.

« Le concept des groupements tactiques de l’UE impliquera des actions sur ce continent et ces missions préparent notre participation : nous recueillons des informations sur les conditions de vie, les procédures engagées selon les mandats (ONU, UE), etc. »

L’envol des dépenses amène à réévaluer la pertinence de chaque mission mais aucun désengagement n’est à l’ordre du jour. « Il est délicat de se retirer d’une opération organisée en fonction de la présence de chacun, note Esa Vanonen. Du reste, notre limite budgétaire est un peu flexible. »

La Finlande participera d’ailleurs bientôt à de nouvelles opérations par le biais des groupements tactiques (GT) européens : l’un avec l’Allemagne et les Pays-Bas, qui sera en alerte au premier semestre 2007, pour lequel elle prépare 160 hommes, et l’autre, le GT Nordico-Estonien, aux côtés de la Suède, de la Norvège et de l’Estonie, en alerte au premier semestre 2008 et pour lequel elle enverra 200 hommes environ.


Risques du métier

Les risques encourus sur place sont réels et 46 soldats finlandais sont morts dans des MCMOs depuis 1956 (essentiellement à cause d’accidents de la route, d’explosions de mines ou de maladie).

« Lorsque j’étais en mission en Macédoine, avance le vétéran Heikki Pietilä, la situation a dégénéré au printemps 97 dans l’Albanie voisine. Il a fallu multiplier les postes d’observation et l’on y recevait parfois des tirs. Les trafics d’armes, de drogue et de tabac se sont développés et la situation est devenue plus tendue, plus agitée, même si jamais vraiment dangereuse. En Afghanistan, où je suis parti en 2004, un collègue danois a été tué près de moi une semaine après mon arrivée et notre campement a reçu une roquette…

Depuis le début de sa présence, l’ISAF a déploré une centaine de victimes mais ça ne transparaît pas dans les médias. » Markus Markelin, 36 ans, tout juste rentré d’Afghanistan, ajoute : « Nous avons subi quelques attaques à la roquette, ou avec des bombes déguisées en cailloux, le long de la route. On sent que l’ébullition est proche. » Et Keijo Keskinen, 43 ans, pourtant habitué des opérations externes (il s’apprête à rejoindre sa 6e mission à l’étranger, au Liban), confesse : « Je mentirais si je disais que je n’ai pas peur. Du reste, tout le monde a peur, même si la situation semble calme. Nous sommes toutefois bien informés sur l’état du conflit et sur l’équipement dont on dispose. Il faut surtout rester vigilants ! »

Le risque ne décourage aucunement les candidats et le premier GT a attiré 750 volontaires. Au total, ils sont plus de 4000 chaque année pour moins de 1000 places disponibles. « Nous essayons de privilégier les nouveaux venus pour donner leur chance à tous », indique Esa Vanonen. Quelques critères sont déterminants, comme la condition physique, la virginité du casier judiciaire, et, souvent, le métier exercé dans la vie civile. Markus Markelin est garde du corps et revient sur son engagement en Afghanistan. « On avait besoin de quelqu’un comme moi pour accompagner certaines équipes. C’était indispensable à leur travail, autant pour leur sécurité que pour coller à l’habitude locale d’entourer les personnages importants de gardes du corps. »

Le salaire mensuel versé aux soldats envoyés à l’extérieur tient compte des risques encourus : il s’étend de 1600 à 6000 euros en fonction du grade, auxquels s’ajoutent  des indemnités journalières non imposable (53 euros en Afghanistan, par exemple, et autour de 30 euros au Kosovo) et un supplément de 7,5% du salaire pour les missions les plus dangereuses, comme l’Afghanistan. L’indemnité en cas de décès a été renégociée au printemps 2005, pour atteindre 41 666 euros, indépendamment de l’âge.


Motivation et formation


L’argent ne semble pas être le moteur des candidatures, toutefois, mais plutôt une soif de découvertes, de changement. 80 à 90% des partants sont en effet des réservistes, qui trouvent là une source inépuisable de nouveauté –l’armée finlandaise est en effet l’une des dernières de l’UE à pratiquer la conscription et elle dispose d’une réserve considérable-.

« La Finul renforcée est une nouvelle mission et il est toujours intéressant de participer à la mise en place d’une opération, note ainsi Keijo Keskinen, habitué aux greens du club de golf finlandais dont il gère le bureau du maître caddie. C’est la 3e fois que je lance une opération et c’est à chaque fois très différent. Et puis il y a tant à faire qu’on y évite la routine ! » Dans la vie civile, Teemu Pirhonen, 35 ans et membre des futurs GT, est asphalteur l’été et moniteur de ski alpin l’hiver. Il explique : « J’ai voulu participer à une action européenne et m’engager pour aider les gens. »

Majorirairement réservistes, les soldats envoyés peuvent aussi être recrutés parmi les conscrits qui ont terminé leur formation aux MCMOs et choisi de s’engager, pour un an, à partir sur demande. C’est la brigade de Pori, au Sud-Ouest du pays, qui est seule responsable de la formation des aspirants au départ, qui constituent la Force finlandaise de déploiement rapide (FRDF). Soldats et officiers sont entraînés au même endroit que les 2400 conscrits formés chaque année et et dont 95% signent ce contrat de disponibilité.

« Nous entraînons actuellement les deux bataillons du Kosovo et de Bosnie, ainsi que les soldats de la Finul, indique Matti Vihurila, chargé de communication à la Brigade de Pori. La formation de base est la même pour tous mais l’on s’adapte, bien sûr, à la situation locale. Pour le Liban, par exemple, l’entraînement militaire ne dure que 10 jours et il se poursuivra sur place: nous envoyons essentiellement des ingénieurs, qui connaissent leur métier.

La situation est différente pour les GT, que nous préparons aussi, car ils n’ont aucune mission prédéfinie. Leur formation est beaucoup plus longue et inclut des phases internationales : un entraînement est prévu en Allemagne en novembre pour les 1500 hommes du premier GT, Allemands, Hollandais et Finlandais. »

Les missions à l’étranger s’étendent de 6 mois à un an, avec des permissions régulières –en Afghanistan, par exemple, l’équivalent de 4 ou 5 semaines pour 6 mois- et des billets d’avion payés pour chaque retour au pays. « Certains en profitent pour rentrer chez eux, d’autres pour faire des safaris, note Heikki Pietilä, qui a participé à 3 opérations à l’étranger. Pour ma part, j’allais voir du pays, visiter autant que possible la région. Ma première mission, sur le Golan, était à la jonction de la Syrie, de la Jordanie et d’Israël et j’ai trouvé ça passionnant ! »

En dépit de ces permissions, l’éloignement pèse sur la vie de famille.« Je suis rentré chaque fois que j’ai pu, pour que mes enfants continuent à m’appeler ‘papa’…, plaisante Keijo Keskinen. J’ai passé près de 7 ans à l’étranger et j’ai discuté des départs avec ma famille avant toute décision. J’ai tout de même manqué la naissance de mes trois enfants. Le retour à la vie quotidienne n’est pas toujours facile mais je sais que c’est à moi de me réadapter, pas à ma famille. » Markus Markelin, le garde du corps, ajoute : « Il faut quelques semaines pour réapprendre à cuisiner, à payer soi-même ses factures ».

 

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