Sélecteur de candidats (Sdc) sur site Internet, vote électronique en bureau de vote ou projet de e-participation citoyenne - grande enquête touchant 6000 internautes au départ réalisée par Internet dans la région de Turku - ont été déjà utilisés en Finlande. Parallèlement, en Estonie, le e-vote légal (vote par Internet possible à partir de chez soi) fait des ravages (+ 300% d’une élection à l’autre).
Lancé en 2001 de façon expérimentale, il a été utilisé pour la première fois - lors d’élections locales - en 2005 avec un peu plus de 9000 électeurs/utilisateurs. Quatre ans plus tard, au printemps 2009, plus de 100.000 Estoniens votaient de cette manière lors des élections locales suivantes. L’environnement du Net a donc vertu d’attirer toute une génération de nouveaux électeurs sans démotiver les internautes traditionnels que sont les professionnels à hauts revenus ou les retraités.
L’Estonie montrerait-elle une voie à suivre par la Finlande? Justement, en Finlande les abstentionnistes se comptent principalement chez les chômeurs et les immigrés de fraîche date. Resterait à mettre en place des mesures incitatives pour que ces deux groupes sociaux participent davantage et plus activement aux affaires de la Cité. | Prédisposition? |  |
Bref retour historique: en 1983 le taux de participation électoral des Finlandais dépassait les 80%, en moyenne, toutes élections confondues. Quelques 26 ans plus tard les mêmes données sont revenues à 70%, pour les femmes, et à 67% pour les hommes, déficit assez alarmant pour une démocratie. Force est de constater que de plus en plus de Finlandais ne se sentent plus représentés sur l’échiquier politique:
«En Finlande, il me semble que les partis actuellement en place ne tiennent pas forcément à voir apparaître de nouvelles forces politiques», constate le sociologue Kimmo Grönlund de Åbo Akademi, l’université de langue suédoise de Turku. De fait, qu’ils soient «europhobes», «partisans d’un retour aux sources» ou simplement démotivés, une masse de plus en plus critique d’électeurs finlandais ne se sent pas concernée et «vote avec les pieds».
Pionniers dès le milieu des années «1990» de la toute nouvelle «Société de l’Information» d’alors, les autorités finlandaises ont répondu à ce désamour en testant le Net. Timidement, cependant: puisque seules trois communes du Grand Helsinki - Kauniainen, Vihti et Karkkila, soit 12.000 électeurs environ - ont été concernées par cet essai effectué à l’occasion des municipales de 2008. Il s’agissait de bureaux de vote normaux, «doubles», en quelque sorte, comportant une partie «e-vote», avec des ordinateurs destinés au vote électronique, l’électeur ayant la possibilité de voter également de façon classique.
Pas de «e-vote» finlandais à la maison, malgré tout et c’est toute la différence entre Estonie et Finlande. Les deux pays ont des histoires démocratiques qui ne se recoupent pas, les Estoniens ayant retrouvé leur indépendance en 1991, suite à l’effondrement de l’URSS, alors que la Finlande n’a jamais connu d’entrave au processus électoral depuis son indépendance de 1917. S’appuyant sur une tradition démocratique différente, les autorités finlandaises n’ont donc pas souhaité, contrairement aux Estoniens, à mettre en place le «e-vote». Pourtant la densité de l’environnement IT finlandais prédisposerait à l’instauration de ce système de votation.
INTERTITRE
Accessoirement, le phénomène abstentionniste est à relativiser en Finlande. Car si la confiance dans les institutions et les hommes politiques baisse régulièrement dans ce pays depuis les années 1980, cette désaffection ne découple pas la Finlande des quatre autres pays Nordiques (Suède, Norvège, Danemark, Islande) où cet indice de confiance très particulier demeure un des plus hauts mondialement.
D’autre part, toujours dans le but de remotiver l’électeur défaillant, surtout s’il est jeune et friand consommateur d’Internet, la plupart des médias finlandais se sont mis à proposer des sélecteurs de candidats (Sdc), à partir de 2003. Ainsi, au moyen du site internet d’un journal, d’une station de radio ou d’une chaîne-TV l’électeur peut-il, sous la forme d’un «quizz» allant de 27 à 50 questions, confronter ses options politiques à celles du candidat virtuellement - c’est le cas de le dire - le plus proche - ou le moins éloigné - de lui. Ayant complété le questionnaire-quizz le nom de «son» candidat lui sera proposé.
Ce nouveau gadget a attiré des centaines de milliers de Finlandais sans pour autant, jusqu’ici, redresser la courbe fléchissante du taux d’abstention. Remarquons, au passage, que le Sdc ne s’intéresse qu’au «programme à venir» sans mettre en lumière les manques ou les promesses électorales non-tenues d’un candidat. Et c’est probablement ce volet de l’aspect «élections démocratiques» qui génère le plus d’abstentions!
Avec son expérience de «démocratie participative» effectuée sous son égide dans la région de Turku, le sociologue Kimmo Grönlund (voir son ITW plus bas) propose une autre approche: il ne s’agit ni plus ni moins que de raviver -réénergiser - la citoyenneté, non plus en situation d’élection mais par le biais d’enquêtes effectuées sur le Net. Kimmo Grönlund se pose également en partisan du «e-vote» en Finlande. Alors, le futur de la démocratie finlandaise passera-t-il par le Net ou bien devra-t-on se résoudre à observer un écroulement des taux de participation électorale.
Paradoxalement même cette éventualité considérée ne décourage pas le sociologue: «Regardez la Suisse: le taux de participation y est pratiquement «plancher» et pourtant le système démocratique helvétique ne semble pas en souffrir!», rappelle Kimmo Grönlund. La Finlande emboîtera-t-elle le pas à l’Estonie ou bien imitera-t-elle la Suisse? | Interview de Kimmo Grönlund |  |
Interview de Kimmo Grönlund, sociologue et père du projet participatif Pour ou contre une 6ème centrale nucléaire finlandaise?, réalisé à Turku.
L’idée première de ce projet était de constituer deux groupes de participants, tous volontaires, suffisamment nombreux, pour arriver à les faire débattre autour du thème: Pour ou contre une 6ème centrale nucléaire en Finlande?. Le premier groupe, de 135 participants a été recruté de façon normale, pour un débat classique où tout le monde est physiquement présent.
Ces 135 personnes ont été sélectionnés pour la phase finale alors qu’un total de 2500 candidats avaient été sollicités. L’autre groupe, sélectionné sur Internet et ne débattant qu’au moyen du Net n’a été constitué que de 79 participants alors qu’un échantillon de 6000 personnes avaient été contactées. Ce sont donc ces 79 personnes qui ont consenti à débattre au final.
De façon à replacer le débat dans son contexte, rappelons que la décision de construire - ou de ne pas construire - une centrale nucléaire est toujours passée par le Parlement finlandais. Rappelons encore qu’à ce jour la Finlande détient 4 réacteurs en activité avec un cinquième construction. Ainsi, la question Pour ou contre une 6ème centrale nucléaire? se pose en vraie question d’actualité puisque les autorités finlandaises songent sérieusement à augmenter le parc nucléaire d’une centrale supplémentaire, cette hypothétique «6ème centrale» sur laquelle portait le débat.
Kimmo Grönlund nous livre ses impressions sur ce projet qu’il a mené sur trois mois de février à avril 2008:
D’abord pourquoi avoir choisi le thème de la «6ème centrale nucléaire en Finlande»?
Kimmo Grönlund: «Parce que ça nous semblait un des thèmes les plus mobilisateurs, les Finlandais ayant peut-être été les Européens les plus sensibilisés à la catastrophe de Tchernobyl (mai 1986). Suite à cet accident une majorité des citoyens de ce pays étaient résolument antinucléaires. Mais, en même temps, la Finlande est un des pays les plus gourmands en électricité, si l’on compte la consommation «per capita». Enfin, la «6ème centrale nucléaire» est un débat sous-jacent dans l’opinion finlandaise et un thème régulièrement abordé»
Parallèlement, en passant trois mois sur ce thème n’avez-vous pas eu l’impression de perdre du temps sur des points inutiles?
KG : - «Non car, paradoxalement, il ne faut pas sous-estimer le rôle des conversations apparemment «hors-sujet» dans le débat. Nous avons observé tout au long de ce projet que ces types de débordements nous ramènent souvent au débat tout en le gardant en toile de fond. Je tiens donc à souligner que la place tenu par ce que les anglo-saxons appellent le «small-talking» ne doit pas être sous-estimée lors d’une enquête de cette ampleur, quand il s’agit pour les gens d’approfondir et d’affiner leurs vues.»
Avec la division des intervenants en deux groupes, un groupe classique et un groupe Internet, ne pensez-vous pas que vous avez biaisé le débat, puisqu’au moyen du Net on ne s’exprimera pas de la même façon que si on est présent physiquement?
KG : - «La différence est plutôt dans la façon de s’exprimer publiquement. Devant un public, un intervenant aura tendance à «raboter» toute vue extrême, à affiner et à perfectionner son discours. Par exemple, les gens ne mentionneront pas qu’ils habitent physiquement à proximité d’une centrale nucléaire mais le formuleront de façon plus générale mais plus efficace pour leurs auditeurs. En disant: «Lorqu’on réside dans les environs d’une centrale nucléaire…». Alors que par Internet les échanges ont d’abord été plus vifs puisque chaque intervenant était au départ seul chez lui, ne disposant que de sa webcam et d’un micro. A la fin, quand on a réunit tout le monde physiquement, on a à nouveau constaté l’ «effet rabot».
Quel est l’intérêt de ce type de débat puisque la Finlande dispose d’un parlement?
KG : - «Dans un débat participatif comme celui-ci les participants ont des positions bien plus souples que les députés d’un parlement, ces derniers étant impérativement «clivés» dans des rôles distribués à l’avance entre majorité et opposition. Également, nous avons constaté que les participants à notre projet seraient plus actifs une fois les élections venues: il semble qu’ils recommenceraient à faire confiance à leurs représentants, qu’ils comprendraient mieux leur rôle. Finalement les gens ont approché au plus près certaines vicissitudes de la vie politique et mieux saisi les inévitables difficultés allant de pair avec le débat politique.»
Vous dites que l’exemple de la Suisse montre qu’une démocratie n’a pas systématiquement besoin d’une forte participation électorale. Y-a-t-il une leçon à tirer pour la Finlande?
KG: «Je pense que la Finlande aurait besoin que ses citoyens s’investissent davantage dans la vie de la Cité. Les Suisses disposent du référendum pour des questions très «terre-à-terre», concernant la vie de tous les jours (affaire des minarets). Dans ma ville de Turku, 13.000 personnes auraient voulu qu’on organise un référendum sur la création d’un nouveau parking, vraiment en plein centre-ville, sous l’actuelle place du marché. Et c’est un nombre considérable de citoyens actifs pour une ville de 160.000 habitants. Mais le Conseil Municipal de Turku a voté contre cette initiative, arguant qu’elle ne faisait pas partie de la tradition finlandaise. Je pense qu’on aurait pu faire un précédent. Quant au «e-vote», je crois que ça serait une bonne solution pour la Finlande. Personnellement j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le promouvoir depuis 9 ans maintenant!»
Propos recueillis par JP FRIGO
| Sites Internet à consulter: |  |
Pour le Sélecteur de candidats, le terme «vaalikone» est à retenir. C’est la traduction de «Sélecteur de candidats» (Sdc). En revanche les pages Internet de ces Sdc ne sont ouvertes que 3 ou 4 mois avant des élections dans le pays et, selon, un mois après le scrutin.
Voir aussi:
www.otakantaa.fi (en finnois et en suédois), site internet d’«initiative citoyenne» du Parlement finlandais. www.om.fi/en/Etusivu/Ajankohtaista/Arkistoidutsisallot/Kansalaisvaikuttamisenpolitiikkaohjelma/Hankkeet , site en anglais, émanant du Ministère de la Justice de Finlande, sur la participation citoyenne.
www.findikaattori.fi/51/, site de données sur la Finlande, en finnois, donnant ici les chiffres de participation électorale.
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