Étonnante Finlande: malgré une désindustrialisation galopante (il ne se passe pas de semaine sans que soient annoncées des fermetures d’usines), malgré les délocalisations vers les Pays baltes, l’Europe de l’Est ou l’Orient, le taux de chômage y est en baisse constante. 2006 devrait le voir passer sous la barre des 8% avec une croissance tournant à plus de 3% (France: 1,6%). En Finlande, il semble acquis que chaque citoyen connaîtra plusieurs carrières professionnelles, même si dans la même branche, passant d’une entreprise à l’autre, pour éventuellement créer sa propre entreprise. Le rôle joué par l’ANPE finlandaise TVT (=Työvoimatoimisto), intermédiaire entre l’entreprise et le demandeur d’emploi, apparaît décisif. Question d’attitude. | Alarme pour 150.000 |  |
- “Il me semble que nous nous différencions des autres pays par deux points: d’abord nos personnels quittent leurs bureaux pour visiter les entreprises afin de comprendre leurs besoins. Ensuite, la plupart de nos personnels ont travaillé autre part avant de commencer chez nous”, expose Helinä Tuominen du Ministère du Travail à Helsinki. Elle indique d’autre part que la différenciation entre bureaux du TVT pour diplômés et bureaux pour non-diplômés, expérimentée à Helsinki, donne d’excellents résultats en pratique: “Ce cette manière les demandeurs d’emploi éprouvent nettement moins de gêne. Par exemple nos agences des quartiers de Kluuvi et de Kamppi gèrent les demandeurs d’emploi universitaires pendant qu’à Haapaniemi nos personnels accueillent les non-diplômés et cette idée fonctionne très bien”, ajoute-t-elle.
Pour l’industrie traditionnelle, la Finlande, tout en perdant des emplois en crée beaucoup d’autres dans les chantiers navals, le BTP et la métallurgie. Sinon, la Hi-tech et le secteur des services (emplois de commerciaux notamment) et de la Santé réalisent également de respectables performances. “Nous aiguillons les demandeurs d’emploi n’ayant pas besoin de formation sur un centre virtuel, raccourci leur permettant de laisser leur CV sur le Net et de s’y faire enregistrer. Par la suite, tous les contacts entre eux et les entreprises se font par téléphone portable ou par ordinateur, ce qui allège notre charge de travail d’autant”, affirme Helinä. Couvrant tout le pays, les agences TVT sont au nombre de 147 et réduisent régulièrement le nombre de sans-emploi de 20 à 30.000 personnes par an, chiffre important pour la Finlande qui ne rassure pas complètement Helinä: “Malgré tous nos efforts en formation, stages et réunions, nous n’arrivons pas à remettre au travail 150.000 chômeurs longue-durée, la plupart âgés de 45 ans et plus. Et nous savons que ce ne sont pas des victimes de la dépression économique de 1991-94.”, s’inquiète Helinä Tuominen. Ces 150.000 personnes représentent 4% de la main-d'œuvre finlandaise. | Sortir du cercle vicieux |  |
L’agence TVT de Kluuvi donne sur Mikonkatu, une des rues les plus centrales et animées d’Helsinki. Nous sommes au cœur du principal quartier de commerces et de bureaux ce qui justifie la spécialité cols blancs du bureau TVT de Kluuvi (voir plus haut). Directeur de l’agence, Tom Åhlgren y consacre visiblement beaucoup de temps et d’énergie: “Nous devons prouver aux entreprises ce dont nous sommes capables. Ainsi, si elles sont amenées à licencier du personnel, elles doivent pouvoir compter sur nous pour rétablir la situation”, indique Tom Åhlgren. Une philosophie probablement mal perçue par un Français puisque plaçant l’entreprise au cœur de l’action et du débat. Pourtant, implacable logique, c’est l’entreprise qui crée de l’activité et non l’employé. D’où l’accent mis sur l’entreprise tout en conservant cette préoccupation très nordique du sort des autres. Appelons cela de la solidarité à la finlandaise. “Notre tâche est de connaître au mieux le marché du travail, les branches industrielles qui décollent et celles qui déclinent. Ce, à un, trois ou cinq ans, afin d’orienter nos demandeurs d’emploi avec le maximum de sécurité”, martèle Tom. Dans leurs face-à-face avec leurs demandeurs d’emploi Tom assure que son équipe et lui font tout ce qui est en leur pouvoir pour leur insuffler de l’énergie et les faire rebondir: “Le problème est que les TVT ne disposent que de 25 employés (sur 400 personnels) de terrain, en contact direct avec nos clients- demandeurs d’emploi. Il en faudrait deux fois plus! Cela dit, en Finlande, ce sont les jeunes diplômés, à l’orée de leur vie professionnelle qui disposent des meilleures possibilités de travail, actuellement.
” Pour résorber le chômage de longue-durée Tom Åhlgren imagine de sortir du cercle vicieux suivant: “Lorsqu’un chômeur longue-durée passe les premiers tests et arrive à l’entretien final en entreprise, s’il a le malheur d’être en compétition avec un demandeur d’emploi qui vient juste de perdre son travail, ce dernier lui sera toujours préféré par l’entrepreneur. Pour en sortir, peut-être faudrait-il lancer un système de primes à l’entreprise pour encourager à engager des chômeurs de longue-durée?” propose-t-il. Tom évoque aussi la concurrence déloyale entre les TVT et les sociétés de recrutement privées: “Trop souvent elles ne viennent nous trouver que pour obtenir des noms. Je trouve cette collaboration souhaitable si elle permet aux gens d’être réellement réemployés mais si c’est pour aligner des noms dans leur catalogue, je ne marche pas!”, s’insurge Tom. | Immigrés en vue |  |
Changement de décor: la grande agence TVT d’Haapaniemi se situe dans le quartier populaire de Kallio, incidemment à deux pas de la rue où la Présidente de Finlande Tarja Halonen a passé son enfance. Des base-balleurs finlandais s’agitent bruyamment dans un parc, sous les fenêtres de l’agence. Plus bas, près de la mer, se trouve la zone industrielle de Sörnäinen: “Dans cette agence d’Haapaniemi nous poussons systématiquement nos demandeurs d’emploi à faire des formations : c’est à 90% ce dont ils ont le plus besoin”, annonce Annika Sorvali, directrice adjointe. Annika précise que la première prise de contact prend un tour plus psychologique qu’éducatif: “Ayant un faible niveau d’éducation et venant nous voir pour la première fois nos clients sont souvent intimidés ou bloqués. Nous nous efforçons de les mettre à l’aise, de savoir un peu mieux qui ils sont et de leur remonter le moral.”
Dans la même agence TVT, Jyrki Sippala occupe un poste de terrain, continuellement en contact avec les demandeurs d’emploi: “J’ai affaire à des gens très différents. En continu, un chômeur longue-durée, un professeur, une mère de famille célibataire suivie d’un préretraité désireux de reprendre un travail peuvent venir me voir. Je trouve donc crucial de me concentrer sur le profil psychologique de mes clients afin de les aider au maximum”, confirme Jyrki.
Un demandeur d’emploi possédant un téléphone portable et ayant accès à un ordinateur - la routine en Finlande - peut se contenter de ne venir qu’une fois à Haapaniemi: le temps de se faire enregistrer pour pouvoir prouver qu’il cherche du travail et toucher ses indemnités de chômage: “Sans oublier que nos pages internet offrent des emplois dans le monde entier. Je suis convaincu que nous donnons la meilleure information possible à nos demandeurs d’emplois”, confirme Jyrki. Avec les entreprises, Jyrki avoue s’y rendre le plus souvent possible: “Pour moi il est clair que je ne peux pas me contenter de prendre tranquillement mes infos sur le Net. Je tiens à rencontrer aussi les entrepreneurs pour arriver à connaître leurs besoins et mettre en place une relation de confiance.”
Pour les trois ou quatre années à venir, Annika et Jyrki prévoient une augmentation de l’immigration étrangère vers la Finlande. Avec les départs en retraite massifs, la situation démographique va devenir telle que les entreprises finlandaises seront obligées d’engager des étrangers: “Au cours de leur histoire ce sont systématiquement les Finlandais qui ont émigré, très peu d’autres peuples émigrant en Finlande. Mais les Finlandais, qui aiment bien résider à l’étranger, devront parvenir à accepter la réciproque et accueillir favorablement les immigrants étrangers”, avertit Jyrki Sippala.
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