| Les valeurs fortes sont sans valeur |  |
Le mot valeur; n'a pas toujours la grande valeur qu'on lui attribue. Une valeur trop consciente d'elle-même devient parfois encombrante et la manifestation d'une volonté de puissance idéologique, politique ou économique. On en trouve des exemples dans l'histoire de tous les pays européens sans parler de celle des pays non-européens. Les intégristes de toutes les idéologies et les extrémistes de toutes les sectes réclament des valeurs fortes.
Le luthérianisme scandinave et finlandais représente depuis toujours une forme relativement sécularisée du christianisme. La très grande majorité des Finlandais appartiennent encore à l'église luthérienne et bien qu'elle soit aujourd'hui relativement populaire, cette église d'Etat a perdu une grande partie de son prestige religieux et moral antérieur. Elle cherche à s'accommoder à une nouvelle situation culturelle postmoderne; et à une société de plus en plus laïque et matérialiste consommatrice.
Jusqu'aux années soixante l'église luthérienne était un des symboles nationaux du pays et le gardien de sa morale; maintenant elle est un symbole des aspirations sociales et humanitaires de la société finlandaise sans profil spécifiquement religieux.
Le luthérianisme finlandais a ressemblé à plusieurs égards à l'image du protestantisme esquissée par le sociologue allemand Max Weber. Le luthérianisme s'est concentré sur le dogme moral puritain plutôt que sur la mystique, sur la vie intérieure ou sur les formes esthétiques du christianisme.
Le luthérianisme a fortifié l'idéal de l'éducation du peuple, le sens du devoir et le respect du travail. Ce fond culturel persiste encore aujourd'hui dans la conscience, même si l'identité luthérienne n'est pas seulement forte. Il détermine certainement l'éthique du travail des entreprises.
Bien que le luthérianisme s'apparente au calvinisme, il y eu une différence capitale entre le protestantisme et le luthérianisme: les valeurs matérialistes et l'argent n'ont jamais joué un rôle aussi considérable que dans les pays proprement protestants. Le pays a été trop pauvre pour représenter la bonne conscience matérialiste. La tradition luthérienne a ainsi été le gardien de l'esprit égalitaire, car l'égalité des conditions matérielles a garanti aux Finlandais l'égalité toute courte. La politique sociale très démocratique et égalitaire de la Finlande moderne se fonde inconsciemment, au moins en partie, sur l'ancienne éthique luthérienne.
| Le subconscient puritain |  |
La moralité sexuelle ainsi que la lutte contre l'alcoolisme ne sont plus, pour des raisons évidentes, au coeur de la morale puritaine. Le Finlandais se lutte maintenant même contre son fond puritain et cherche actuellement à s'en libérer. Parfois il exagère sur ce plan. Mais quelque chose de la tradition puritaine sommeille encore dans le subconscient.
L'art, l'architecture, la littérature gardent aussi aujourd'hui plus qu'une nuance de la tradition luthérienne classique, fonctionnaliste ou minimaliste - dépouillée. On peut en trouver des traces même dans l'administration, dans la gestion, dans l'ambiance du travail. Tout semble être pragmatique, simple, non rhétorique aussi bien dans des entreprises que dans le comportement publique des politiciens. Evidemment ce n'est pas le luthériansime seul qui détermine la tradition. Mais un artiste finlandais comme un gestionnaire finlandais prend encore aujourd'hui volontiers ses distances vis-à -vis d'une expression ou d'une forme esthétique pompeuse, décorative, rituelle ou cérémonieuse.
Tout le monde sait actuellement que les Finlandais ne sont pas seulement une nation qui lit énormément, mais qu'ils ont un système d'éducation qui fonctionne bien. La société est une des sociétés les plus informatisée du monde entier. C'est le luthérianisme qui a vaincu l'analphabétisme il y a prés de deux siècles. C'est la même tradition de l'éducation du peuple qui a préparé le pays moderne à l'arrivée de la société et de la technologie d'information.
Depuis peu le Finlandais a commencé à réagir contre son ancien puritanisme grâce à une culture américaine et à une commercialisation de la culture. Même les médias trouvent des moyens d'expression extrêmes qui ressemblent paradoxalement à l'ancien expressionnisme allemand ou à un romantisme d'horreur. Le grotesque et le choquant jouent aujourd'hui par exemple dans la culture de la publicité un rôle considérable même en Finlande. Par ces moyens le pays veut se libérer de ses anciennes contraintes puritaines, mais elle ne réussit pas à le faire qu'à moitié.
Il est symptomatique que la salle de bain combinée souvent avec un petit sauna est pour les Finlandais le plus souvent plus luxueux que le reste de leur appartement.
Et est-ce qu'il n'y a pas de fond puritain aussi dans la conscience écologique si intense des Finlandais? La pureté de la nature et de la nourriture a des affinités avec l'idéal puritain. En tout cas cette conscience s'explique aussi par la tradition religieuse chrétienne ou païenne dans laquelle l'adoration de la nature a toujours joué un rôle important.. Même citadin, le Finlandais aussi fuit la grande ville et la vie urbaine et cherche la solitude et le calme des forêts et de la campagne.
| La tentation de l'argent |  |
Depuis les années quatre - vingt et malgré la récession qui a passé, les Finlandais ont commencé à apprécier de plus en plus les valeurs matérialistes. Est-ce le résultat de la globalisation générale du monde ou celui du rôle international de Nokia et d'autres industries ? Les différences de revenus et celle des capitaux des Finlandais sont aujourd'hui plus grandes que jamais. Pourtant l'extérieur du pays reste discret sans l'esprit matérialiste ostentatoire.
Les Finlandais ne sont pas devenus épicuriens ou hédonistes. Ils ont gardé leur simplicité et leur amour pour la campagne et pour la nature. Les cabanes d'été et les chalets sont en Finlande aujourd'hui aussi populaires qu'avant. On aime toujours le sport, et son identité nationale se forme encore par le succès des sportifs, bien que les spécialités pratiqués par eux sont aujourd'hui moins austères et plus spectacularies et techniques qu'avant. Les scandales du doping ont beaucoup attristé les Finlandais, toujours fous du sport.
| Pas de tentation du populisme d'extrême-droite |  |
C'est la création et la montée d'une culture finnoise au milieu du dix-neuvième siècle et la construction d'une Finlande démocratique indépendante au début du vingtième siècle qui ont nécessité une échelle de valeurs fortement politiques et patriotiques.
L'idéalisme et le moralisme du luthérianisme s'est infiltré dès la fin du dix-neuvième et encore pendant la première moitié du vingtième siècle au patriotisme. Le mot patrie; avait pour les Finlandais un sens pratiquement sacré dans la lutte pour l'indépendance ainsi que pendant la deuxième guerre mondiale. Le patriotisme ne s'est pas beaucoup atténue après la guerre, mais il a perdu sa dimension sacrée et il a eu alors une coloration moins conservatrice et plus démocratique qu'avant.
Le Finlandais a toujours rivalisé avec ses voisins. Il a eu des sentiments ambigus à l'égard des Suédois et à l'égard des Russes, mais actuellement son esprit patriotique a une dimension généreuse européenne. On regarde aujourd'hui plus loin que vers la Russie ou vers la Suède. L'esprit d'ouverture est tel qu'il ne résiste même pas à l'influence américaine. Il y a même une petite contradiction dans l'ouverture. Après l'adhésion de la Finlande à l'Union européenne la culture et la société n'est pas moins américanisée.
C'est dans le même esprit libéral que le Finlandais tolère les immigrés venus récemment d'Afrique ou de l'ancienne Union soviétique. Ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux, mais encore marginaux par rapport à la population principale. La tension entre les Finlandais de souche et ces nouveaux venus existe, mais n'est pas alarmante. Le processus d'intégration avance avec quelques difficultés. Mais tout se passe très bien quand on pense, que la population et la culture des plus homogènes de toute l'Europe et que l'on n'a pas connu avant une grande immigration. Les Finlandais semblent garder scrupuleusement l'ancienne tradition et législation qui protègent les droits des anciennes minorités du pays, ceux des suédophones, des orthodoxes et même des Sames.
Le patriotisme n'a pas radicalement diminué à l'heure européenne, parce que ce patriotisme n'a jamais été un sentiment chauvin ou exclusif. L'esprit d'ouverture cosmopolite est malgré tout la vertu des nations qui ne sont pas trop grandes. |