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Pierre de Maupertuis

Société > Histoire
21-02-03
Auteur : Louis Pertuzot

Explorateur français du XVIIIème siècle.

Depuis décembre 2002 un vol direct Paris-Rovaniemi permet aux Français d'arriver en Laponie en quatre petites heures. Découvrir la Finlande arctique permet aussi de suivre les traces de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis, explorateur français du XVIIIème siècle.

Mille livres pour Celsius

Maupertuis (1698-1759) est connu pour son périple lapon de 1736. Pourtant, un demi-siècle plus tôt il avait été précédé par l'explorateur français Jean-François Regnard (1655-1709). Aventurier extraordinaire, surdoué, écrivain et dramaturge, Regnard a parcouru la Laponie entre 1692 et 1694, partagé la vie des Lapons et s'est particulièrement intéressé à leurs us et coutumes. Maupertuis, quant à lui, a accompli un véritable voyage scientifique, consistant à vérifier sa vision du léger aplatissement de la Terre aux deux pôles, objet d'une vaste controverse internationale à l'époque.

Son expédition avait été initiée par le célèbre physicien Anders Celsius (1701-1744), d'Uppsala, l'homme qui donna son nom à l'échelle thermométrique centésimale actuelle. En l'occurrence, en 1736, il s'agissait de géographie et, de passage à Paris, Celsius désirait en finir avec un débat traînant depuis déjà trop longtemps : la Terre était-elle oblongue – allongée aux pôles – ou bien, à l'inverse, aplatie ? Encore une fois, nous sommes en 1736 : l'on sait, depuis les travaux de Newton, que la forme de la planète n'a pas la régularité d'une sphère parfaite. Pourtant, qu'en était-il exactement ?

Incidemment, de retour de Laponie en France, le roi Louis XV gratifiera Celsius d'une rente annuelle de 1000 livres. Mais c'est une autre histoire et c'est le nom de Maupertuis qui restera attaché à l'expédition et à l'expérience de comparaison de mesure d'un degré méridien.

268 ans après...

De retour en 1736 : l'Académie Royale de Sciences de France donne son aval à deux expéditions simultanées. La première, dirigée par La Condamine, met le cap sur l'Equateur. La deuxième, emmenée par Maupertuis, prend la direction opposée, et part pour la Finlande et le fleuve Tornio. Il s'agit de comparer la mesure d'un degré d'angle de méridien, à trois latitudes différentes : sur l'Equateur, sur le Cercle Polaire et à Paris. En plus de l'incontournable Anders Celsius, Maupertuis est accompagné de Messieurs Clairaut, Camus, Le Monnier ainsi que de l'abbé Outhier. Sixième membre du groupe, le jeune Hellant (1717-1789), originaire de Tornio, est le benjamin de l'expédition. Il n'a alors que 19 ans mais deviendra un astronome de renom. Nos scientifiques procédèrent ainsi : une ligne de base de 14,3 kms fut tracée à même la glace du fleuve Tornio. Au moyen du système de mesures triangulaires (trigonométrie de Pythagore), on calcula le degré de méridien d'après une aire relativement importante. Qu'on en juge : le point le plus méridional en était le clocher de l'église de la ville de Tornio et le repère le plus septentrional le sommet du Kittisvaara, à 4 kms du village de Pello, à plus de 150 kms au nord de Tornio. De retour en France Maupertuis livra ses conclusions : aux environs du Cercle Polaire un degré de méridien mesurait 57, 438 toises (une toise équivalant à 1949 mètres). Comparativement, la même mesure effectuée à Paris donnait 57.060 toises ce qui prouvait que la Terre était aplatie au Pole Nord, en tout cas… Par la suite on décela de grossières erreurs dans les calculs de Maupertuis. Pourtant, ces premières intuitions se révélèrent exactes : la Terre était bel et bien applatie aux deux poles. Les résultats des travaux de Maupertuis furent publiés dans un ouvrage : « La Figure de la Terre », publié en 1738 à Paris.

Pierre de Maupertuis n'est pas près d'être oublié : le conseil municipal de la petite ville de Gretz-Armainvilliers, en Seine-et-Marne, s'en charge. Gretz-Armainvilliers, qui par ailleurs a accueilli le 9 Octobre 1890 un certain Clément Ader qui profita du parc du château du Baron Isaac Pereire pour effectuer le premier vol humain dans une machine dénommée Eole qu'on appellerait bientôt un avion, est l'une des rares communes franciliennes possédant un observatoire astronomique ouvert au public connu sous le nom d'Uranoscope de l'Ile de France . Depuis longtemps déjà quelques Gretzois menés par, Christian Bourdeille, leur Adjoint à l'Environnement et à la Culture, ressentent une vive attirance pour les aurores boréales et, par conséquent, pour la Laponie. L'idée de jumelage entre Gretz-Armainvilliers et une municipalité lapone fait également son chemin... Mais à l'arrière plan de tout cela on retrouve Pierre de Maupertuis. Ce dernier a également laissé certains vestiges de ses mesures méridiennes en bordure de la forêt d'Armainvilliers (un moulin à vents qui constitua un repère de l'ex-méridien de Paris ).
En juillet 2002, Christian est parti pour la première fois en Laponie, et y a rencontré une Française, résidant à Sodankylä, Dominick Arduin, grande sportive devant l'Eternel et exploratrice dans l'âme. Du coup, la Ville de Gretz-Armainvilliers a sponsorisé à travers l'Uranoscope de l'Ile de France rien de moins qu'une expédition polaire, en solitaire, de cette femme hors-normes. La première tentative a eu lieu en février-mars 2003 et même si Dominick a dû, dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles cette année, rebrousser chemin, 2004 devrait, on l'espère, la voir repartir à nouveau en direction du Pole Nord. Comment ne pas la situer dans la continuation de l'effort entamé par Pierre de Maupertuis il y a 268 ans… ?

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