CultureEconomiePolitiqueSociétéTourisme
Recherche
Entreprendre
Etudier
Travailler
Visiter
Naissance d'une nation

Société > Histoire
10-01-05
Auteur : Nicolas Benard
En 1808, la Finlande passe d’une simple province suédoise à un Etat gouverné constitutionnellement. L’identité nationale finlandaise prend forme et se développe durant tout le 19ème siècle. La Russie se montre tantôt conciliante, tantôt récalcitrante. Elle ne peut cependant pas éviter la construction et le développement d’une conscience finnoise nouvelle. L’idée d’une nation finlandaise est en marche.
La naissance de l’Etat finlandais

Durant tout le 18ème siècle, plusieurs conflits, dont la « Grande Guerre nordique » (qui se déroule de 1700 à 1721) opposent la Suède à la Russie. En 1808, la Russie attaque à nouveau la Suède en envahissant la Finlande. Ce conflit, appelé « Guerre de Finlande », aboutit en 1809 à la défaite de la Suède. Le traité de Hamina oblige celle-ci à céder la Finlande au vainqueur. Le lien qui unit Suédois et Finnois depuis 700 ans est rompu. La « Nouvelle Finlande » - ou Finlande suédoise - est rattachée à la « Vieille Finlande » - la partie de la Finlande russe - sous la forme d’un Grand-duché. Ces habitants deviennent des « sujets finlandais du tsar », mais avec leur propre citoyenneté.

C’est l’empereur Alexandre Ier (1801-1825) qui ouvre la séance de la première Diète de Finlande en mars 1809, à Porvoo. Il crée en quelque sorte l’acte fondateur de l’Etat finlandais. La Finlande est donc rattachée à la Russie en tant que Grand-duché autonome. Le Tsar prend le titre de « Grand-duc » et est représenté sur le territoire finlandais par un gouverneur général qui veille à l’exécution des ordres impériaux. Par ailleurs, un procureur est chargé du respect des lois. La Finlande se voit donc dotée d’une administration propre. L’objectif principal de la paix d’Hamina est de permettre aux Finlandais de bénéficier d’avantages supérieurs à ceux que la domination suédoise leur avait octroyés : allègement des impôts, attribution aux nobles et aux fonctionnaires de prérogatives et de distinctions honorifiques, moyens accrus donnés à l’Université, etc. L’instance suprême, c’est le Sénat (on l’appelle d’abord Conseil gouvernemental, ce jusqu’en 1816), dont les membres sont tous Finlandais. Celui-ci s’adresse directement à l’empereur pour les affaires le concernant. L’intermédiaire est assuré par un secrétaire d’Etat et un Comité particulier des affaires finlandaises. Résultat : le Grand-duché jouit de droits étendus et constitue ainsi une entité politique originale au sein de l’empire russe.

Certaines choses évoluent pourtant plus difficilement. Les lois, la religion et l’ancien régime social datant de la période suédoise sont conservés. La langue suédoise garde la primauté face au finnois. Pourtant, en 1812, Alexandre Ier montre une nouvelle fois sa volonté de rompre avec le passé lorsqu’il décide de changer la capitale du pays. C’est donc Helsinki qui succède à Turku, considérée comme trop proche de la Suède, géographiquement et dans les mentalités. Le nouveau centre névralgique du pays prend de la hauteur, notamment grâce à l’architecture d’inspiration pétersbourgeoise. On appelle même la place du sénat le « petit Saint-Pétersbourg », à cause de son style inspiré de la citée fondée par Pierre le Grand.

Finalement, les dirigeants finlandais sont satisfaits de la nouvelle union politique, aussi bien d’un point de vue économique qu’en ce qui concerne la sécurité. Quant au tsar Nicolas Ier (1825-1855), il apprécie la paix qui règne dans son Grand-duché, pourtant soumis aux décisions impériales.

Le développement d’un mouvement national finnois

En 1825, Nicolas 1er succède donc à son frère Alexandre et entame une série de réformes sur le territoire finlandais, ce malgré une politique aux accents réactionnaires en Russie. Pendant les trente années de son règne se développe un mouvement national original que les historiens ont appelé « mouvement fennophone ». Le concept d’un Etat finlandais germe dans l’esprit de nombreux intellectuels comme l’écrivain romantique Adolph Ivar Arwidsson (1791-1858), le philosophe Jacob Tengström (1755-1832) et surtout Israël Hwasser (1790-1860) qui publie, dans les années 1830 et 1840, un certain nombre de brochures développant cette notion. D’autres auteurs comme Zacharias Topelius (1818-1898) véhiculent dans leurs écrits l’idée d’une « Finlande nouvelle », soutenus par les étudiants de l’Université Alexandre d’Helsinki.

Le règne de Nicolas Ier est aussi le théâtre de manifestations poétiques et lyriques. Le Kalevala, épopée finnoise composée de fragments recueillis de la bouche de bardes populaires en Carélie par Elias Lönnrot (1802-1884), est publié en 1835. Le poète finlandais d’expression suédoise Johan Ludwig Runeberg (1804-1877) écrit ses premiers poèmes épiques (Le Roi Fjalar) et patriotiques (Récits de l’Enseigne Stal, 1848-1860). Son œuvre lui vaut d’ailleurs le surnom de « poète national finlandais ». Il est aussi l’auteur de Notre Pays, l’hymne national qui côtoie déjà l’hymne impérial lors des manifestations publiques… Tous ces intellectuels forment le terreau d’un mouvement fennophone de plus en plus affirmé.

Symbole de ce mouvement national, le finnois prend une autre dimension dans la société finlandaise. L’étude de la langue et l’histoire des peuples finno-ougriens sont largement favorisées. Le philosophe et sénateur Johan Wilhelm Snellman (1806-1881) plaide pour le finnois comme langue administrative. L’empereur Alexandre II (1855-1881) promulgue en 1863 une ordonnance qui prévoit d’instaurer, dans un délai de vingt ans, l’utilisation du finnois dans les domaines de l’administration et de la justice. Malgré ces différentes mesures, le suédois reste prédominant, ce jusqu’au début du 20ème siècle.

L’émancipation de l’Etat finlandais prend d’autres formes encore. Sous le règne d’Alexandre II sont entrepris réforme de l’administration communale et développement de l’éducation, avec par exemple la création de l’école primaire. En 1860, La Finlande obtient sa propre monnaie, le mark (markkaa en finnois), en grande partie grâce à J.W. Snellman. Enfin, à partir de 1878, le Grand-duché possède sa propre armée.

Si Alexandre Ier a fait de la Finlande un Etat, Nicolas Ier en fait une Nation. Cette réalité prend forme essentiellement après la guerre de Crimée (1854-1856). Ce conflit fait apparaître des mouvements pacifistes et développe l’idée d’une neutralité après que la marine marchande finlandaise eut été entièrement coulée et plusieurs villes de la côte endommagées.

Une scission inéluctable ?

Face à toutes ces revendications, Nicolas II (1894-1917) choisit d’intensifier le phénomène de russification. En réponse à cette politique, un mouvement de résistance national se met progressivement en place. En 1898, l’empereur nomme gouverneur Nikolaï Ivanovitch Bobrikov et lui demande de russifier le pays. Le droit constitutionnel finlandais est remis en question. Le tsar tente, en vain, d’imposer le russe au Sénat. En février de la même année, un manifeste interdit à la Finlande de légiférer. En réaction, 500.000 Finlandais signent une pétition adressée à l’empereur, relayée par près d’un millier d’intellectuels européens. Mais Nicolas II reste sourd face à ces revendications. Plusieurs périodes d’oppression font suite, de 1899 à 1905 puis de 1909 à 1917. La révolution russe de 1905 assouplit quelque peu la politique impériale à l’égard des Finlandais. Le Parlement remplace la Diète à quatre états, devenant ainsi une chambre unique où chacun des membres est élu par les électeurs – homme et femmes ! – de plus de 24 ans.

Après la défaite de la Russie face au Japon en 1906, le tsar est encore obligé de libéraliser le régime et de ralentir le processus de russification. Nicolas II tente un baroud d’honneur en 1908, qui se solde par un échec en raison du nombre peu élevé de russophones sur le sol finlandais. Il est de toute façon trop tard. La révolution russe se désintéresse du Grand-duché. Les Finlandais n’attendaient que ça. En 1917, la Finlande proclame son indépendance. Lénine ne trouve rien à y redire.

 

Les grands-ducs russes (date de leurs règnes)

- Alexandre Ier, 1809-1825

- Nicolas Ier, 1825-1855

- Alexandre II, 1855-1881

- Alexandre III, 1881-1894

- Nicolas II, 1894-1917

 

Bibliographie sélective

- Seppo Hentilä, Osmo Jussila, Jukka Nevakivi, Histoire politique de la Finlande, XIXème –XXème siècle, Paris, 1999.

- L.A. Puntila, Histoire politique de la Finlande de 1809 à 1955, Neuchâtel, 1966.

- A. Sauvageot, Histoire de la Finlande, 2 volumes, Paris, 1968.

 

 

Liens
Pas de sélection à vous proposer pour le moment.
Si vous souhaitez nous proposer un contenu éclairant le sujet, utilisez le formulaire commentaire.
 
Vos commentaires
Vous souhaitez réagir sur cet article, écrivez-nous.
Retour à la liste

 
Essentiel de la Finlande
 
  Février
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
             
 
 
 
 
dirdon