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1917-1939

Société > Histoire
01-08-05
Auteur : Nicolas Benard
De 1917 à 1939, la Finlande fait l’apprentissage de l’indépendance, ce après plusieurs siècles de domination suédoise puis russe. Mais ce nouveau statut s’accompagne de tensions internes – la guerre civile – et externes, avec la Suède et surtout le voisin soviétique. Malgré ces difficultés, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, la Finlande est une nation unifiée.      
La guerre civile

La révolution bolchevique de 1917 précipite la Russie dans une intense confusion politique. La Finlande profite de ce désordre pour s’affranchir de la tutelle de son voisin. Le 7 novembre 1917, le gouvernement russe installé à Helsinki s’effondre. Le 15 novembre, le Parlement, majoritairement bourgeois, prend le pouvoir et nomme un nouveau gouvernement dont la présidence est confiée à Pehr-Evind Svinhufvud (1861-1944). C’est le moment que choisissent les mouvements séparatistes pour faire entendre leur voix. Le résultat ne se fait pas attendre : le Parlement proclame l’indépendance le 6 décembre 1917. Quelques semaines plus tard, Lénine reconnaît l’état finlandais mais choisit de laisser stationner quelque 42.000 soldats dans le pays.

La Finlande enfin libérée d’un joug étranger quasi millénaire, on se demande alors quelle peut être l’orientation politique choisie. Les troubles en Russie exacerbent les divergences entre la droite et la gauche finlandaise quant à l’avenir politique du pays. Le gouffre se creuse entre les non socialistes – les « Blancs » - et les socialistes radicaux partisans de la révolution – les « Rouges ». Dès le mois de mai 1917, les organisations ouvrières forment des gardes rouges, sortes de milices locales. Au début du mois de janvier 1918, un soulèvement éclate. Le gouvernement de Pehr-Evind Svinhufvud donne l’ordre à la Garde blanche (commandée par le lieutenant général Carl Gustav Mannerheim) de rétablir l’ordre public et de chasser les troupes russes du territoire finlandais. Tandis que les Blancs lancent plusieurs offensives contre les garnisons russes de l’ouest du pays, les Rouges prennent le pouvoir dans le sud. Fin janvier, le Sénat se voit dans l’obligation de quitter la capitale et se réfugie à Vaasa. Un gouvernement révolutionnaire s’installe à Helsinki. Pehr-Evind Svinhufvud est contraint de s’exiler à Berlin.

Quelle est la vision politique des Rouges ? Les révolutionnaires finlandais s’inspirent de leurs voisins soviétiques mais leur objectif n’est pas la dictature du prolétariat prônée par Lénine. Ils aspirent en réalité à l’établissement d’une démocratie parlementaire reposant sur le principe de la souveraineté du peuple. Ce sont des socio-démocrates, pas des bolcheviks.

Le 27 janvier 1918, les combats débutent entre Rouges et Blancs à Vyborg. De chaque côté, 70.000 hommes sont engagés dans cette guerre civile. En avril, au terme de quatre mois d’une lutte acharnée, les troupes de Mannerheim l’emportent grâce à l’aide des chasseurs formés en Allemagne et des 12.5000 soldats allemands du général Rüdiger von der Goltz. Le 4 mai 1918, le Sénat de Vaasa fait son grand retour dans la capitale. Le 16 mai, les Blancs défilent victorieusement derrière Mannerheim dans les rues de Helsinki.

La guerre civile fut courte mais sanglante. 30.000 soldats ont péri, dont 25.000 du côté des Rouges. Des tribunaux spécialement créés pour la circonstance condamnent 60.000 personnes à la prison. Mais le besoin d’unification est trop fort et la plupart des prisonniers recouvrent très rapidement la liberté.

Reconstruction politique et conflits internes

En octobre 1918, la Première Guerre Mondiale s’achève. Plusieurs mois après la fin de la guerre civile, le statut politique du pays reste encore confus. Dans un premier temps, la Finlande envisage de faire appel à un prince allemand pour diriger le pays. On pense d’abord à Oscar, le fils de l’empereur Guillaume II. La couronne de Finlande est finalement offerte au Prince Frédéric Charles de Hesse (1868-1940), beau-frère du kaiser. L’effondrement du Reich en novembre 1918 oblige la Finlande à revoir sa politique pro-allemande. Elle s’oriente alors vers un régime républicain. Au mois de décembre, Frédéric Charles renonce au trône de Finlande. Carl Gustav Mannerheim (1867-1951) devient régent du pays. Après l’épisode de la guerre civile et les tergiversations politiques, la Finlande a définitivement opté pour un régime parlementaire présidentiel. La République est proclamée le 17 juillet 1919 et une nouvelle constitution adoptée. Le 26 juillet, Kaarlo Juho Stahlberg (1865-1952) est élu premier président de la jeune république finlandaise.

Devenue indépendante, la Finlande doit faire face à de sérieuses difficultés, à l’intérieur comme à l’extérieur. La Suède revendique depuis longtemps les îles Aland (ou Ahvenanmaa), petit archipel situé à mi chemin entre la Suède et la Finlande, dans le golfe de Botnie. C’est la toute récente Société des Nations (SDN) qui se charge de régler le conflit. En octobre 1921, l’organisation attribue les îles - administrées entre 1809 et 1917 par la Russie - à la Finlande. 

Jusqu’au début des années 1930, le pays traverse une période d’accalmie politique. Deux grands partis rythment le jeu politique et collaborent à la formation des principaux cabinets centristes : l’Union agraire et le Parti du progrès. Cependant, les difficultés économiques que rencontre la Finlande favorisent l’émergence du « Mouvement de Lapua ». Anticommuniste, antiparlementaire, cette organisation allie populisme paysan et nationalisme. Composé principalement d’enseignants et d’agriculteurs au début, ce mouvement attire par la suite des industriels, des officiers et des religieux, tous nostalgiques de la Finlande blanche de 1918. Il obtient gain de cause dans un premier temps avec l’adoption, en 1930, de plusieurs lois anticommunistes. Une tentative d’enlèvement de l’ancien président Stahlberg la même année, ainsi qu’une tentative de coup d’état en 1932 ternissent irrémédiablement sa popularité.

Les années 1930 sont aussi le théâtre de querelles linguistiques entre fennophones et suédophones. La langue suédoise avait été reconnue comme l’égale du finnois par la constitution de 1919. Pourtant, certains défenseurs du suédois demandent un plus large degré d’autonomie. Cette « guerre des langues » s’achève dès lors que le climat international se détériore et que la Finlande s’attache à resserrer ses liens avec les autres pays scandinaves.

En dépit de ces tensions, l’entre-deux guerres est une période de progrès économiques et sociaux fondamentaux. Une réforme agraire offre désormais aux fermiers finlandais la possibilité d’être propriétaires, ce qui réduit sensiblement les différences de classe (la « lex Kallio »). Par ailleurs, dans le domaine de l’instruction, une loi votée en 1921 rend l’école obligatoire pour tous.

Les relations finno-soviétiques jusqu’à la guerre

Affranchie de la tutelle russe, la nation finlandaise entretient néanmoins des rapports tendus avec la nouvelle puissance soviétique. Un vieux contentieux resurgit dans un premier temps entre la Finlande et l’URSS à propos de la Carélie orientale, région fennophone appartenant au voisin russe depuis le Moyen Age. Les Finlandais essayent d’encourager l’indépendance de ce territoire et envisagent même son rattachement, en vain. La paix de Tartou (en Estonie) du 14 octobre 1920 permet certes à la Finlande d’obtenir la ville de Petsamo, mais elle doit en échange restituer plusieurs communes de Carélie orientale.

Alors que les tensions internationales ne cessent de croître, le pacte de non-agression signé le 21 janvier 1932 avec l’Union Soviétique laisse entrevoir un dégel. Pourtant, le 23 août 1939, les accords Ribbentrop / Molotov signés entre l’Allemagne et l’URSS contiennent une clause secrète qui inclut la Finlande dans la zone concédée à l’Union Soviétique dans le cadre d’un partage de l’Europe de l’Est. Un pacte secret qui n’empêche pas l’URSS, un mois plus tard, de réaffirmer sa neutralité à l’égard de la Finlande. Mais l’illusion est de courte durée… Le 21 octobre 1939, les Soviétiques exigent la presqu’île de Hanko pour installer une base navale, plusieurs îles du golfe de Finlande ainsi qu’une révision de la frontière carélienne. La Finlande refuse. Dès lors, la rupture est inévitable. Le 28 novembre 1939, l’URSS dénonce le traité de 1932. Le lendemain, les relations sont rompues entre les deux chancelleries. Le 30 novembre, enfin, les troupes soviétiques pénètrent sur le territoire finlandais. La Finlande se retrouve en guerre face à l’une des premières puissances militaires mondiales

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