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Rouler au plancton?

Société > Environnement
17-11-08
Auteur : Jean Pierre Frigo
Verrons-nous un jour des automobiles rouler au plancton? Pas demain mais sans doute dans deux ou trois ans: des chercheurs finlandais viennent de trouver comment produire du biodiesel à base de plancton.

Du plancton? Absolument. À partir de cette algue microscopique cultivable n’importe où, n’ayant besoin que de soleil et d’eau, on pourrait produire des millions de tonnes de biodiesel. De quoi faire rouler pas mal de véhicules. Au surplus, le nouveau carburant consomme autant de gaz carbonique (CO2), agent le plus actif du réchauffement climatique, que sa combustion n’en dégage. Le carburant miracle est-il né?   

Comme les olives


Père de cette invention, Kristian Spilling, chercheur au SYKE d’Helsinki, Centre finlandais pour l’Étude de l’Environnement, explique:

“En fait, le plancton se récolte et se traite exactement comme les olives: on en récolte la biomasse (masse végétale), on presse le tout pour en extraire l’huile destinée à la fabrication de notre biodiesel”. A ceci près qu’il ne s’agit pas ici de produire de l’huile pour l’assaisonnement des salades, mais une huile raffinable en biodiesel.

Tous les pays cherchent à produire une forme de carburant ou une autre. Les réserves en pétrole s’épuisant, il y a urgence à trouver! Après avoir exploré les possibilités offertes par les huiles de palme, de colza et de tournesol, les recherches se poursuivent avec le plancton. On sait qu’il existe des problématiques, d’espaces pour les cultures et de bilan énergétique avec les plantes végétales “énergétiques”, supposées remplacer le pétrole. Satisfaire aux besoins mondiaux en la matière demandera d’immenses plantations de ces végétaux.

Enfin, calculette en main, on s’aperçoit progressivement que la production d’un litre de biodiesel d’huile de palme exige d’en brûler quasiment un demi-litre en amont. S’il faut consommer autant d’énergie pour créer de l’énergie, le processus entier se fragilise.

Éparpiller les sites?


Avec son biodiesel à base de plancton, Kristian Spilling jure ses grands dieux que l’on échappe à tous ces inconvénients: “Pour arriver à produire suffisamment de biodiesel à base de palme, un pays comme le Brésil faire pousser des palmiers sur d’immenses plantations. Cette agriculture énergétique concurrence directement les agricultures vivrières en prenant sur leurs surfaces”. De plus cela nuit considérablement à la biodiversité locale puisqu’on n’a que du palmier sur des kilomètres.

Et au final la dépense en énergie étant significative, le processus n’est pas très rentable. À surfaces agricoles égales, les sauts entre les différentes options apparaissent clairement: le plancton donnerait 100 fois plus de carburant que l’huile de palme, 500 fois plus que le colza, 600 fois plus que le tournesol, 1400 fois plus que que le soja et 2500 fois plus que le maïs.

N’empêche que pour faire face à la consommation mondiale actuelle en carburant diesel, il faudrait couvrir de réservoirs de plancton un pays comme la Belgique, ce qui plonge dans une certaine réflexion. On peut aussi concevoir un éparpillement des sites de production de par le globe, avec des réservoirs de plancton à proximité de métropoles comme Helsinki ou Paris produisant du biodiesel à portée de pompe, pour le plus grand nombre d’automobilistes.

Manger ou conduire, il faut choisir


Dans quels pays et dans quelles conditions pourrait-on produire du biodiesel à partir de plancton? Kristian Spilling répond: “Il ne faut que de l’eau et du soleil. Simplement. Le plancton sera produit dans de grands réservoirs d’eau, n’oublions pas que c’est une micro algue. Ces bassins doivent-ils rester ouverts ou fermés? Nous l’ignorons encore. Nous savons seulement qu’il leur faudra un maximum de lumière solaire”. Ironiquement cela redonne l’avantage, en matière de production d’énergie, aux pays du Sud, dotés de terres arides ou désertiques, comme l’Arabie Saoudite, l’Iran ou l’Algérie.

En effet, “Pour l’implantation des réservoirs, nous mettrions à profit des terres inutilisables autrement, tels les zones désertiques. Quant à l’eau, il en faut obligatoirement de l’eau de mer ou des eaux usées, indifféremment”, précise Kristian. La production de biodiesel à base de plancton peut s’effectuer en Europe mais uniquement l’été dans un pays annuellement peu ensoleillé, comme la Finlande. Kristian révèle qu’en Allemagne on a déjà commencé à cultiver de larges superficies en algues mais, actuellement, exclusivement aux fins de récolter des algues comestibles mises en vente dans les boutiques-santé à un prix nettement plus élevé que celui, encore théorique, du plancton pour biodiesel.

Écologie à défi

En revanche, une fois l’huile de plancton récoltée, elle pourra être transportée et raffinée à volonté. Un avantage à ajouter à un bilan écologique favorable: “Non seulement ce biodiesel sera moins polluant que le diesel normal mais nous avons calculé que la quantité de CO2 dégagée après combustion équivaudrait à la quantité de CO2 absorbée par ce plancton pendant sa croissance”. Une autre possibilité augmentant encore la valeur de cette invention serait de placer les réservoirs à plancton à proximité de zones industrielles générant du CO2 ou de zones urbaines rejetant de grandes quantités d’eaux usées.

Sur le plan écologique, on sait aussi que la biomasse du plancton se dégrade en quelques jours, voire en quelques heures, alors que la dégradation des autres biomasses (forêts et cultures) exige des mois sinon des années, dans le cas de certaines essences d’arbres. Selon Kristian Spilling, l’unique inconvénient de l’invention touche à la séparation de l’eau et du plancton: “Lors de la récolte de la biomasse de plancton, il faut le séparer de l’eau. Devrons-nous d’abord le sortir de son eau ou vider en priorité les réservoirs où il se trouve cultivé? Et quoi faire de cette eau? Étant données les masses et quantités que cela représente, nous butons ici sur le principal défi de ce projet”, souligne Kristian Spilling.

      
Et aussi…

Brève histoire du projet:
C’est un projet vieux de 30 ans: un programme américain (Aquatic Species Program = ASP) a étudié de 1978 à 1996 la possibilité de produire du biodiesel à partir d’algues. Un  autre programme (RITE = Research for Innovative Technology of the Earth program / Recherche sur les technologies innovatives dans le cadre du programme “Terre”) mené au Japon de 1990 à 2000 s’est intéressé aux photobioréacteurs et aux interactions avec le CO2.
Les changements climatiques et l’augmentation du prix de l’énergie ont poussé les chercheurs à reprendre les recherches.
Actuellement, en coopération avec les Finlandais de SYKE et VTT, deux universités norvégiennes (Oslo et NTNU), l’université de Munich et l’Institut pour l’Énergie d’Islande travaillent sur le projet.

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Qui est Kristian Spilling?
 K. Spilling a rendu en 2007 une thèse de troisième cycle (Phd) sur le phytoplancton observé en Mer Baltique. Il travaille actuellement comme chercheur titulaire à SYKE, Centre Finlandais pour l’Étude de l’Environnement.
Un autre chercheur finlandais - Timo Tamminen - coordonne trois projets lancés sur les algues et les biofuels. 

Liens

Liens possibles (en anglais):
- SYKE = www.ymparisto.fi
- VTT = www.vtt.fi
- Université d’Oslo = www.uio.no
- NTNU (Norvegian University of Science and Technology) = www.ntnu.no
- Université de Munich = www.en.uni-muenchen.de
- Institut Islandais pour l’Énergie = www.os.is
- UE =  www.managenergy.net

 
Vos commentaires

je trouve tres tres interessant cette rubrique et surtout l eventuel possibilite de servir un diesel a base de planctôn, il y a bien des voitures fonctionnant au colza, je trouve que ceux qui s occupe de biodiversite sont les chercheurs de demain et surtout pour la protection de la planete, je fais partie du wwf, de pronatura, de la protection des eaux et de la faune... je passe un peu pour une original parce que je recycle tout, meme au magasin ou je travaille... je dis bravo aux finlandais....et surtout

merci
Marivonne

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