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Prévention anti-marée noire

Société > Environnement
03-09-07
Auteur : Jean Pierre Frigo
Lamor n°1 chevalier de la lutte anti-marée noire.
Une interview

Directeur de la division Europe de Lamor, compagnie finlandaise spécialisée sur le créneau des accidents pétroliers (voir encadré), Christoffer Wallgren fait le point sur le front de la prévention anti-marée noire.
 

Christoffer Wallgren arbore un large sourire: les aventures de Lamor continuent en protection de l’environnement. Utile. Nous ne nous sommes pas vus depuis 2004. Le moment est arrivé de savoir ce qui s’est passé dans l’intervalle sur les mers et côtes de la planète.

200 accidents annuels en Baltique

Christoffer Wallgren: “Il me semble que Lamor va être de plus en plus sollicité: le trafic pétrolier s’est considérablement intensifié. Seulement en Mer baltique nous dépasserons cette année le chiffre qui était prévu en 2005 pour 2010. 

Parallèlement, tant qu’il ne se produit pas de catastrophe majeure, aucun État ne prend sérieusement de vraies mesures pour contrecarrer les marées noires qui ne peuvent manquer d’arriver. C’est mathématique! Ce n’est pourtant pas faute de sensibiliser les uns et les autres.”


Christoffer spécifie qu’en 2006 on a recensé pas moins de 800 accidents pétroliers dans le monde, dont près de 200 en Baltique.

CW : “Nous sommes certains qu’il y en a eu probablement davantage dans le monde mais ceux de la Mer baltique sont quasiment impossibles à dissimuler à cause des systèmes de contrôle dont nous disposons. Attention: par “accident” nous entendons des quantités d’hydrocarbures déversées allant de quelques dizaines de litres à plusieurs centaines de tonnes. En Baltique, 95% des cas sont dus à des dégazages, (nettoyages sauvages de cales de pétroliers, en pleine mer)”

Gel finlandais


Q : Quelles sont les bonnes et mauvaises surprises que vous avez connues entre 2004 et 2007?

CW : ”Je commence par le moins bon: curieusement la plus mauvaise surprise nous vient de Finlande, la bureaucratie de notre pays gelant la mise en place du grand centre de secours prévu chez nous, à Porvoo. Pourtant ce projet a été avalisé et a reçu toutes les signatures gouvernementales, mais, pour d’incompréhensibles raisons, l’avancement en reste bloqué depuis six mois environ. Circonstance aggravante:  tout le monde croit, en Finlande, que le projet progresse, les médias ayant fait grand bruit autour du feu vert accordé. Mais l’administration finlandaise n’arrive visiblement pas à se fier à un projet mixte, privé-public, où Lamor serait en partenariat avec l’État.”


Pourtant, et Christoffer Wallgren le confirme, l’État finlandais investit continuellement dans la lutte anti-marée noire, mais pas encore de façon centralisée.  

Q : Y-a-t-il un facteur quelconque, un signe, qui permette d’espérer que ce projet d’un grand centre de lutte anti-marée noire à Porvoo va repartir?

CW : ”Éventuellement le nouveau gouvernement qui s’est mis en place ce printemps. Je connais un peu le nouveau ministre de l’Environnement, Stefan Wallin, et il me paraît avoir la volonté de faire avancer ce dossier. N’oublions pas qu’il a fallu déjà attendre trois ans avant d’arriver à l’accord de principe. Espérons qu’il ne faudra pas attendre trois ans de plus!”

Selon Christoffer Wallgren le temps presse car si les pays riverains de la Baltique peuvent faire face, bon an, mal an, à de petits incidents pétroliers, ils sont très vulnérables, même en unissant leurs moyens, aux conséquences d’une catastrophe pétrolière majeure.

Pour mémoire, la Baltique a connu sa pire marée noire en 1979, lorsque le pétrolier russe Antonio Gramsci a lâché 5500 tonnes de brut dans ses eaux. Peu profonde et, par conséquent, déjà très atteinte par la pollution terrestre, la Baltique a peu de chances de se remettre d’une catastrophe équivalente.  

Un hôpital pour animaux

 

Q : Les bonnes surprises ont l’air aussi de venir d’ailleurs, des pays africains nouvellement sensibilisés au risque de marée noire?

CW : ”Oui, pour nous l’Algérie, le Nigeria et probablement l’Angola, le Soudan et l’Afrique du Sud sont devenus de nouveaux marchés. C’est très intéressant parce que nous savons qu’afin d’attirer les investisseurs, les pays producteurs se doivent de donner des preuves de bonne volonté dans la lutte pour la protection de l’environnement. Tous ne le font certes pas encore mais les pays que j’ai cités sont passés à l’action! C’est tout simplement remarquable.”

Q : L’Europe étant sous votre responsabilité, comment jaugez-vous la situation sur notre continent?

CW : ”En Europe existent quatre points noirs, où un accident pétrolier peut se produire à tout moment: le détroit turc des Bosphore-Dardannelles, la Manche, le détroit du Kattegatt entre Danemark et Suède et le resserrement de mer Baltique existant entre Helsinki et Tallinn (justement à cause du trafic maritime Finlande-Estonie).

Cette zone-là est sous la responsabilité des Finlandais mais ils ne peuvent faire face que dans certaines limites. Le reste de la Baltique est surveillé par de petites stations allemandes ayant capacité à conjuguer leurs efforts s’il fallait monter en puissance. Les Turcs aussi commencent à être sérieusement sensibilisés à cette problématique. Et puis, depuis deux ans Français et Anglais ont mis en place le concept d’”Action Directe”: c’est-à-dire qu’un bateau fautif ou dangereux est sanctionné sur le champ (alors qu’auparavant les peines traînaient en longueur, ndlr).

Cette initiative très positive n’a malheureusement pas encore droit de cité en Baltique. Imaginons qu’un bateau russe soit arraisonné par la marine finlandaise: une telle décision serait contraire à notre tradition de bon voisinage!” 


Q : La France a-t-elle pris d’autres mesures “au cas où”?

CW : ”Les Français aiment travailler entre eux, même si la principale compagnie française dans la lutte anti-marée noire et notre ex-concurrent, Aérazur; vient de se retirer. Nous sommes en contact permanent avec le Q.G. de la Marine Nationale à Brest. Nous avons réussi à leur vendre une machine à nettoyer les animaux (oiseaux, phoques, etc…) touchés par une marée noire. En octobre nous livrerons aux Finlandais le premier modèle d’hôpital pour animaux victimes. Qui sait, les Français nous en achèteront un peut-être un jour?”

Le litre le plus cher

Q : Comment vous positionnez-vous dans l’univers global de la lutte anti-marée noire?

CW : ”Pour le moment nous sommes largement en tête! Aucune autre compagnie ne dispose d’une offre aussi étendue que la nôtre, en équipements et services. 

Une compagnie danoise ne fait que des équipements, sans s’intéresser aux services. Viacoma, une compagnie anglaise est largement financée par le gouvernement britannique, lequel pourrait devenir notre concurrent le plus dangereux puisqu’avec un organisme appelé OSRL, ils parviennent à proposer une offre comparable à la nôtre. Mais nous les devançons encore.”

Q : Dans vingt ans, peut-être trente, le pétrole arrivera probablement à épuisement. Quel futur alors pour Lamor?

CW : ”Mais le pétrole ne sera jamais épuisé! Je sais simplement que le dernier litre coûtera extrêmement cher! Sérieusement, dans cent ans il n’y en aura peut-être plus mais Lamor sera passé à la lutte contre les accidents chimiques.

Regardez ce qui s’est passé dans le Rhin il y a quelques années et récemment dans le Danube, il s’est agi d’accidents chimiques. Et puis il y a de nouveaux produits qui circulent et servent de carburants: l’huile de palmier, par exemple. Il n’y a pas encore eu d’accident impliquant cette substance. Nous savons qu’on contact avec l’eau elle se solidifie. On peut imaginer qu’un déversage en mer produirait des blocs durcis, tels de petits icebergs flottant sur l’océan! Il faudra probablement adapter notre offre à ces nouveaux produits, à ces biocarburants destinés à remplacer le pétrole brut.”

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Lamor en bref:

Lamor Corporation Ab a été créé en 1982, d’abord en tant que constructeur naval, avant de se spécialiser, à la fin des années 1980, dans la lutte contre les marées noires.

Aujourd’hui la compagnie a un CA annuel de 20 millions d’euros (en hausse de 50% sur 2005), emploie 50 personnes et est présente dans plus de 50 pays. Lamor conçoit, développe, commercialise et livre tous les équipements et services destinés à lutter contre les marées noires et les accidents impliquant des hydrocarbures, en général. Dès 2003 Lamor a lancé le concept global d’implantations de grands centres de secours marins, anti-marée noire, placés à proximité des zones à risques et disséminés autour du globe.

Le PDG de Lamor est Rasmus Guldbrand. Christoffer Wallgren dirige le département Europe. La compagnie a son siège à Porvoo, Finlande, à une cinquantaine de kms à l’Est d’Helsinki.

Liens

Liens:
www.lamor.com (site de Lamor)
www.environment.fi (site du Ministère de l’Environnement finlandais)

 
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