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Les symboles nationaux de la nature

Société > Environnement
26-05-03
Auteur : Finfo
Le peuple finlandais se reconnaît dans six symboles naturels, sur lesquels il a fixé son choix. Faute de symboles nationaux évidents, un scrutin aura été nécessaire pour désigner ces emblèmes. Pourtant, à l'exception peut-être du muguet, ces choix sont liés à de solides traditions nationales, dont les origines remontent à l'antiquité. Ils exprimaient le double souci d'attirer l'attention sur notre environnement naturel et la valeur qu'il revêt à nos yeux. par Seppo Vuokko
Mastère ès sc., Journaliste indépendant,
spécialiste de la nature et de la protection de la nature
Oiseau sacré

Il aura fallu attendre les années 1980 et la décennie en cours pour arrêter le choix de ces emblèmes; leur utilisation symbolique ne perpétue donc pas de traditions. A l'heure actuelle, le cygne inspire le symbole le plus communément utilisé. Le muguet et le bouleau sont utilisés comme ornements des salles de fêtes. Par contre, la perche de rivière n'a qu'une faible valeur de symbole. Quant au granite, il est abondamment utilisé en Finlande dans la construction et en sculpture.

La Finlande a connu plusieurs civilisations de la vie sauvage, ce qui explique la diversité des attitudes observées également vis-à-vis du cygne: gibier à l'ouest, gibier et oiseau sacré à l'est. Au fur et à mesure que se généralisent les armes à feu, le cygne disparaît, d'abord à l'ouest. A l'aube des années 1950. Le cygne avait déjà pratiquement disparu de notre pays. Une dizaine de couples nichaient dans les régions reculées du nord et de l'est, tandis que du autre côté de la frontière orientale, en Carélie, son caractère sacré protégeait encore l'oiseau.

La persévérance d'un homme sauva le cygne. La commune d'Enontekiö, en Laponie, avait un vétérinaire nommé Yrjö Kokko, qui rêvait de photographier le cygne au nid et de suive l'existence de cet oiseau. Après des années de tentatives infructueuses, il finit par réussir et relata son expérience dans un livre intitulé Laulujoutsen (Le cygne chanteur), paru en 1950. Ce livre suscita l'intérêt des Finlandais et modifia leur attitude, qui devint favorable à la protection de notre cygne. La population de cygnes commença d'augmenter au point qu'Yrjö Kokko put intituler son livre suivant Ne tulevat takaisin (Ils reviennent), paru en 1954. Le cygne a remarquablement proliféré encore du vivant d'Yrjö Kokko (décédé en 1977); aujourd'hui, le cygne est présent dans tout le pays. L’oiseau niche déjà sur le littoral méridional du pays où l’on observe aussi la présence d’une autre espèce, le cygne (Cygnus olor), introduit à l'origine dans le dessein d'orner les parcs. Grâce à la protection dont ils sont l'objet, le nombre de cygnes chanteurs qui nichent s'est multiplié par cent en 40 ans. Environ 2000 couples nichent déjà en Finlande et la population continue de s'accroître. Il n'est plus difficile, désormais, de voir des cygnes, car en maints endroits, l'oiseau niche tout près de foyers de peuplement.

A sa première nichée, le cygne chanteur est âgé de 3-4 ans. Dès l'âge de deux ans, cependant, ces oiseaux forment des couples et s'installent souvent dans la contrée où ils nicheront par la suite. Les cygnes arrivent, au terme de leur migration, dès mars-avril, alors que les lacs sont encore gelés. Ils passent leur temps là où l'eau a dégelé et commencent à nicher dès le départ des glaces. Le nid volumineux, est construit de préférence sur un îlot entouré d'eau. Entre la ponte et le développement des jeunes cygnes capables de voler, 130 à 140 jours sont nécessaires. En Laponie, les lacs gèlent souvent avant que les jeunes cygnes soient capables de voler; la portée est alors condamnée. Dans le sud de la Finlande, le résultat de la nidification est plus sûr.

Les cygnes n'entreprennent leur migration que lorsque des eaux se mettent à geler. Ils hivernent dans la région de la Mer Baltique et, si celle-ci est prose par les glaces, ils migrent ver la Mer du Nord.

La valeur de symbole du cygne perpétue de longues traditions. Il y a plusieurs milliers d'années déjà, les rochers qui bordent le littoral de ce qui est alors le lac Ääninen (après 1'ère glaciaire les terres qui deviendront la Finlande émergent et ce littoral marque une étape du développement de ce qui deviendra la Mer Baltique) sont ornés de dessins dans lesquels le cygne a une valeur mythique. Le cygne de Tuonela (la rivière de la mort du Kalevala, l'épopée nationale) et le cygne chanteur furent des thèmes privilégiés de l'art, dans la période romantique en particulier. Le vol du cygne blanc sur fond de ciel bleu forme comme l'image en négatif du drapeau finlandais: croix bleue sur fond blanc. A l'heure actuelle, le cygne est une des figures animales les plus en vogue dans les milieux publicitaires. Le symbole du cygne atteste le caractère favorable à l'environnement d'un produit dans les Pays Nordiques.

Le roi de la forêt

L'ours est le roi, respecté et craint, de la forêt finlandaise. Dans l'antiquité, l'ours et l'élan, cet autre grand animal de nos forêts, furent sans doute des animaux totémiques de tribus locales, leurs emblèmes.
Bien que sacré, l'ours était chassé. Chasser l'ours était un travail d'homme et un honneur. Pour s'adjuger ses faveurs, le plantigrade abattu était honoré par des rites complexes et prolongés, au terme desquels, le crâne de l'ours était ramené, en procession solennelle, dans la forêt. L'ours ne devait pas non plus être appelé par son vrai nom; ses appellations étaient légion, certaines survivent encore. Le mot "forêt" lui-même servait de nom de couverture de l'ours: la forêt bouge quand l'ours bouge. D'autres appellations renvoient à la poésie populaire, certains noms renvoient à un lien de parenté.
Jadis, l'ours était chassé à l'épieu, le plus souvent dans la tanière où hivernait l'animal. Au fur et à mesure que les armes à feu se généralisèrent, il devint plus facile d'abattre l'ours; mais l'action restait dangereuse. La chasse devenue plus intense eut pour effet de faire disparaître l'ours du sud de la Finlande, dès le 19ème siècle; au milieu de 20ème siècle, il était repoussé dans les grandes forêts des régions frontalières du nord et de l'est du pays.
La Finlande reçut la visite, de plus en plus nombreuse, d'ours venus du autre côté de sa frontière orientale, ce qui était alors URSS; l'ours fut protégé, sa population augmenta rapidement et diffusa de plus en plus vers l'ouest. A l'heure actuelle on dénombre un millier d'ours sauvages vivant en Finlande, et seuls l'archipel du sud-ouest et les Iles Åland sont dépourvus de sa présence.
Habitant les terres sauvages, l'ours s'est aussi adapté au voisinage de l'homme. Des tanières où il hiberne ont même été découvertes près des maisons d'habitations. Malgré le nombre élevé d’individus, l'ours se laisse voir très rarement: il s'écarte dès que l'homme fait son apparition dans la forêt. Les traces du passage de l'ours, par contre, sont faciles à observer: arbres griffés, troncs ou fourmilières détruits.

De nos jours, la chasse à l'ours est autorisée tout en étant limitée. Les permis délivrés le sont essentiellement pour éliminer les individus perturbés ou en mauvaise santé. Il est important d'éliminer les ours observés dans le voisinage des maisons d'habitation, où ils constituent un danger pour l'homme.
L'ours blessé est dangereux. L'ourse qui défend ses petits peut charger l'homme. Si l'on voit en forêt des oursons, il faut rebrousser chemin, en gardant son calme et en revenant sur ses pas. Le danger est maximum pour qui se trouve entre l'ourse et ses petits. C’est probablement ce qui est arrivé à l’homme qui trouva la mort en 1998, lacéré sans doute par une ourse. La plupart de blessures corporelles infligées à l'homme par l'ours ont été infligées durant la chasse.
L'usage symbolique de l'ours est sans doute limité par le fait que l'Union Soviétique hier, la Russie aujourd'hui, ont été représentées sous les traits de l'ours, dont il est bon de suivre les mouvements et les humeurs. Dans le langage imagé, en Finlande, l'expression "vivre en voisin de l'ours" n'est pas communément utilisée et les caricaturistes Finlandais n'associent pour ainsi dire pas l'image de l'ours et la Russie. Pour les Finlandais, l'ours et tristement familier sous les traits du percepteur d'impôts, affublé d'une casquette et muni d'une sacoche sans fond…

Contreplaqué et faisceau de branches pour le sauna

Le bouleau verruqueux est, avec l'épicéa, le pin sylvestre et le bouleau pubescent, une des principales essences forestières de notre pays. Il est lié, à maints égards, au mode de vie des Finlandais. Ce n'est pas sans raison que l'ancienne civilisation, essentiellement agraire, est appelée civilisation de l'écorce du bouleau bien que cette formule soit aussi quelque peu dédaigneuse. Le bouleau offrait beaucoup de choses à ceux qui étaient habiles de leurs mains: au printemps sa sève à boire, son écorce pour faire la toiture de la maison, comme matériau servant à lier, pour faire des récipients, des corbeilles, des hottes voire des chaussures; son bois servait dans la construction, l'ameublement, et tout particulièrement à fabriquer des outils. Les branches feuillues fournissaient ces faisceaux utilisés pour se fustiger à l'étuve vivifiante. Les branches feuillues étaient aussi séchées et servaient de fourrage au bétail, en hiver. Le bouleau était également important dans la pratique de l'écobuage et cette forme spéciale de défrichage par brûlis l'était aussi pour le bouleau: les terres défrichées puis abandonnées étaient conquises par les boulaies lesquelles, après maturité, pouvaient à nouveau être brûlées avant d'être mises en culture. On trouva l'écorce blanche de cette essence, exportée comme produit exotique, parmi les trésors du pharaon Toutankhamon.

La relation de nos ancêtres avec le bouleau fut cependant une relation ordinaire, basée sur les considérations pratiques. Le bois sacré, qui donnait au logis sa sécurité et protégeait les solitaires qui se déplaçaient dans les terres sauvages, était le sorbier. Lors du scrutin organisé pour établir quelle devait être l'arbre national, beaucoup étaient prêts à parier pour le sorbier; pourtant, il fut devancé, nettement, par le bouleau et même par le pin sylvestre, le genévrier et l'épicéa.
Durant les cent dernières années écoulées, le bouleau s'est aussi vu donner une coloration romantique. Dans un conte de Sakari Topelius, "Le Bouleau et l'Etoile" des enfants qui se retrouvent à l'étranger cherchent leur logis qu'ils finissent par retrouver en reconnaissant le bouleau qui se dresse dans la cour de leur maison. L’image de la jeune fille vêtue d'un costume national et adossée au tronc d'un bouleau est devenu un cliché du symbole de la Finlande: on le trouve sous des formes diverses qui illustrent des centaines de cartes postales! Combien de jeunes gens n'ont-ils pas, par jeu, demandé la main de leur promise en lui offrant une bague en écorce tressée, de bouleau avant d'aller quérir les alliances en or.
Le bouleau est donc l'arbre national, un arbre qui mérite bien la place qu'il occupe. Un cinquième des forêts sont dominées par cette essence, également présente, sans être dominante, dans les forêts mixtes. Cet important bois de chauffage des habitations, jadis, l'est encore dans un dixième d'entre elles, tandis que la plupart de saunas, au chalet d'été, sont chauffés avec des bûches de bouleau. L'industrie du contreplaqué vécut, pendant des décennies, grâce au bouleau qui lui fournit sa matière première; mais la consommation de contreplaqué diminuant, le bouleau devint un bois dédaigné, sans valeur, jusqu'au jour où l'on s'aperçut qu'il fournit un excellent bois de fibres pour produire du papier.
Le sucre de bouleau - appelé aussi le xylitol - est de plus en plus utilisé en confiserie; en effet, comparé au sucre habituel, il présente une plus grande sécurité pour les dents. La revalorisation de cette essence explique, de nos jours, la création abondante de nouvelles boulaies.

Le bouleau verruqueux est une essence forestière des terres ingrates, tandis que les sites exposés aux inondations et d'origine marécageuse sont propices à une essence soeur, le bouleau pubescent. Le bouleau fleurit avant de se parer de feuilles, en mai. Dans le sud de la Finlande, les feuilles jaunissent et se dessèchent en octobre, dans le nord de la Finlande dès septembre. Le tronc du bouleau verruqueux est droit; il faut un demi-siècle de croissance pour que cet arbre soit exploitable en billes ou en grumes. Le bouleau, lorsqu'il devient centenaire, commence à se délabrer peu à peu mais, si les conditions lui sont propices, il peut atteindre jusqu'à trois cents ans d'âge. Le plus haut de nos bouleaux verruqueux mesure 32 m de haut.
Le bouleau se protège contre ceux qui cherchent à se nourrir à ses dépens, grâce à plusieurs agents néfastes pour eux. Pourtant, il fournit un appoint de nourriture au lièvre et à l'élan, en hiver. En été, des centaines d'espèces animales se repaissent de ses feuilles: un seul bouleau peut abriter plus de cent papillons à l'état de chenilles qui se nourrissent de ses feuilles

Le parfum enivrant

Le muguet n'occupait pas, dans la tradition, de place qui le distinguait particulièrement: les différents noms qui lui ont été donnés - comme "langue-de-vache", en raison de la forme de ses feuilles - le laisse clairement entendre, On connaissait par contre ses vertus médicinales et toxiques; le muguet compte en effet parmi les espèces les plus vénéneuses en Finlande. A l'issue du premier scrutin en vue de choisir la fleur nationale, le muguet ne n’occupait guère une place de choix; dans les années trente, la population de la Finlande, encore fortement agraire, donnait ses faveurs au bleuet et à la grande marguerite. Pourtant, c'est finalement le muguet qui l'a emporté, avec l'appui des populations citadines de la Finlande urbanisée, qui fixa son choix sur lui et en fit la fleur nationale, en 1982.

Le muguet croît dans presque tout le pays, s'il est vrai que dans certaines contrées de la Laponie, il devient très rare. Courant dans le sud de la Finlande, il y abonde même dans les forêts de conifères, dans les bocages et à la lisière des bois. Le muguet fleurit en juin. Ses fleurs blanches dégagent une senteur délicate et enivrante, dont l'industrie de la parfumerie tire parti.
Le muguet se caractérise par un rhizome solide, d'où fusent les pousses bifoliées. Les rhizomes peuvent aussi être exploités en hiver pour donner des fleurs; mais comme toutes les pousses ne fleurissent pas, son exploitation n'est pas aussi aisée que celle des tulipes et des crocus, que l'on peut faire fleurir en hiver.
Les baies de couleur orange mûrissent en automne. Le violent contraste entre les graines bleues et la chair orangée signale déjà le caractère vénéneux des baies. Leur toxicité est généralement connue, ce qui explique que le muguet n'a pas entraîné de cas d'empoisonnements graves. Les gallinacées peuvent consommer les baies sans danger, probablement les merles aussi, qui dispersent les graines du muguet sur des nouveaux supports de croissance.
La perche est le poisson le plus courant en Finlande; on la trouve pratiquement dans tout le pays et dans presque toutes les eaux. Son absence n'est constatée que dans la Laponie des monts, dans les lacs situés à plus de 450 m d'altitude. Ce poisson à la vie frugale se plaît aussi bien dans les eaux des ruisseaux et des étangs forestiers que dans les grands lacs et même dans les eaux peu salées de la Mer Baltique.

La perche est aussi la prise la plus courante et, souvent, la plus convoitée des pêcheurs - des amateurs pour la plupart - qui en prennent, chaque année, environ 10 millions de kilos. A eux seuls, ceux qui pêchent à travers un trou pratiqué dans la glace retirent 2 millions de kg de perches des eaux gelées en hiver. La chair de la perche est blanche et savoureuse. L'inconvénient de ce poisson est sa petite taille et la lenteur de sa croissance. La plupart des perches capturées pèsent mois de 100 grammes. Il faut près d'une vingtaine d'années à une perche pour atteindre un poids d'un kilo. Pourtant, la vitesse de croissance varie fortement selon les caractéristiques des eaux dans lequel vit ce poisson; elle est la plus rapide dans les grands lacs et en mer. La plus grosse perche jamais capturée en Finlande pesait 3,6 kg mais les perches pesant plus de deux kilos sont déjà rares.

Une roche-mère solide

La roche-mère, en Finlande, constitue la partie la plus ancienne de l'Europe. En majeure partie, elle s'est constituée voici 1,8 à 2 milliards d'années, l'âge des granites les plus récents atteignant environ 1,6 milliards d'années. Les roches plus jeunes ne sont représentées que par de rares affleurements.
Pour moitié, cette roche-mère est constituée par des granites et par d'autres roches profondes, riches en silice. Le granite s'est formé dans la roche en profondeur, aux racines des chaînes de plissement, où le magma acide qui s'est infiltré a lentement cristallisé. Les principaux constituants du granite sont les feldspaths, alcalins et plagioclases, le quartz et le mica. Les cristaux sont souvent de forte taille, faciles à différencier; la composition minérale varie, ce qui explique la coloration variable du granite - du gris sombre au gris clair et au rouge. Le granite est un matériau résistant, qui se prête à de nombreuses utilisations; il est exploité dans des carrières en plusieurs points du pays. L'utilisation peut-être la plus originale - et la plus finlandaise - du granite est son emploi pour réaliser les calandres des machines à papier. Les cylindres de roche pesant plusieurs tonnes sont lissés et affinés à une précision égale à des fraction de millimètres.

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