| La spécificité de la Finlande |  |
Le même dialogue entre la forêt et l'eau se poursuit sur le littoral, où un des archipels les plus fragmentés et les plus riches, quant à la diversité de leurs formes, ont vu le jour. Au total, environ 95.000 îles parsèment, en effet, le littoral finlandais. Les petits affleurements et les îlots rocheux en constituent la majeure partie; la plus étendue est l'île principale d'Aaland, qui s'étend sur 685 kilomètres carré. La longueur du littoral maritime représente l'équivalent d'une ligne droite de 1.000 km; en fait, il est maintes fois plus long, car ses presqu'îles et ses baies innombrables lui donnent un contour très sinueux. La longueur totale du littoral maritime, îles comprises, représente quelques 40.000 km. Plus considérable encore, le littoral lacustre s'étire sur environ 130.000 kilomètres. On dénombre ainsi, pour chaque Finlandais, près de 33 mètres de littoral, chiffre voisin du record mondial.
La Finlande détient aussi un autre record du monde: les marais et marécages y occupent environ un tiers de la superficie émergée - proportion supérieure à toute autre dans le monde. La majeure partie de la superficie palustre est diversement boisée, et plus de la moitié a été drainée afin d'améliorer l'accroissement forestier. L'abondance des zones humides trouve son reflet dans les espèces qui constituent la flore. Palustres, littorales ou aquatiques, elles représentent une proportion significative de la flore finlandaise.
Les oiseaux d'eau et les échassiers abondent, car ils trouvent en Finlande les biotopes qui leur conviennent. On y observe des espèces rares, comme le bécasseau falcinelle, dont deux tiers de la population mondiale nichent sur le territoire de la Finlande. C'est le cas, également, du garrot à oeil d'or: la majorité des individus de l'espèce – plus de 60% – vivent là.
| La nature septentrionale |  |
La situation géographique de la Finlande est septentrionale, au point d'être déconcertante – nous sommes à la même latitude que l'Alaska ou que le coeur de la Sibérie. Le quart environ de la superficie émergée du pays est situé au nord du cercle polaire arctique.
On pourrait conclure de cette situation que les conditions climatiques qui y prévalent sont quasiment arctiques: très froid en hiver et même frais en été. La réalité, heureusement, est autre. Le formidable Gulf-Stream fait bénéficier la Finlande d'un effet de réchauffement: la température moyenne de l'année atteint environ 5oC dans le sud, et deux degrés sous zéro, seulement, dans les régions les plus septentrionales.
D'une manière générale, les hivers sont si froids que tous les lacs, sans exception, gèlent pendant les mois d'hiver, et les eaux littorales elles-mêmes se couvrent d'une chape de glace. L'enneigement perdure, dans le pays, pendant plusieurs mois. En été, par contre, la température diurne peut atteindre 25oC voire approcher 30oC. La période de croissance estivale n'en reste pas moins de courte durée, en moyenne de 3 à 4 mois.
Avec le temps, le cadre naturel finlandais s'est adapté à la vigoureuse alternance de l'été et de l'hiver. En majeure partie, les plantes et les animaux hibernent durant les mois d'hiver, et trois quarts des oiseaux sont migrateurs.
Le climat qui prévaut en Finlande est plutôt un mélange de climat continental et de climat maritime.
La flore et la faune révèlent également des éléments maritimes (l'ouest) et continentaux (l'est). De nombreux oiseaux maritimes illustrent les premiers, et certaines espèces végétales, comme la fougère aigle, qui ne supportent pas les rudes frimas de l'hiver du climat continental, les seconds. Les espèces de l'est, de leur côté, comme la chouette lapone et la lède des marais, sont typiques de la taïga.
Pour maintes espèces qui peuplent cette dernière, la Finlande est leur avant-poste le plus occidental; le pays est en effet situé sur la frange occidentale de la forêt boréale. L'écureuil volant, parmi les espèces de la faune, et le cassandre réticulé, pour la flore, atteignent en Finlande la limite occidentale de leur diffusion.
Une essence aussi commune que l'épicéa n'a fait son apparition que récemment, voici un peu plus de 3.000 ans, dans l'ouest de la Finlande. Sa diffusion naturelle n'a pas encore atteint la côte occidentale de la Norvège, sans parler du Danemark ou des îles Britanniques. Maintes espèces de la flore et de la faune européennes atteignent en Finlande leur limite septentrionale; l'explication tient à la situation géographique du pays. Le chêne, le lièvre commun et le chardonneret élégant ne réussissent que dans le sud et sont absents dans les autres régions du pays. D'un autre côté, dans le centre et le nord on observe la présence de nombreuses plantes et de nombreux animaux qui sont totalement absents dans le centre et le sud de l'Europe; le glouton, le renne sauvage et le mésangeai imitateur sont dans ce cas.
| La diversité des paysages |  |
Les traces de l'ère glaciaire sont omniprésentes dans le décor finlandais. Il y a plus de 10.000 ans encore, la Fennoscandie tout entière était recouverte d'un épais glacier, qui pouvait atteindre un kilomètre d'épaisseur. La lente dérive de l'inlandsis nivelait les montagnes, lissait les rochers et générait des bassins lacustres de tailles diverses. La masse glaciaire accumulait aussi des matériaux formant des eskers, dont les plus allongés atteignent des dizaines de kilomètres de long. Les eskers ne sont guère élevés; rares sont ceux qui culminent à plus de cent mètres d'altitude. D'ailleurs, on n'observe, en Finlande, ni montagnes aux versants brupts ni vigoureux éléments du décor ni fleuves larges. La douceur du relief, ses traits atténués caractérisent le décor. L'ère glaciaire a laissé, en Finlande, un sol mince: sept mètres seulement, en moyenne. Sous le sol minéral, la roche mère ancienne se compose principalement de granites, de gneiss et d'autres roches dures, qui se désagrègent très lentement et n'enrichissent pas le substrat en substances minérales, importantes pour les plantes. Aussi, le sol est pauvre en éléments nutritifs et il est acide. Les terres argileuses du sud-ouest de la Finlande sont les plus fécondes. En raison du climat, le sol mais aussi l'agriculture sont concentrés dans le sud et le sud-ouest. Même là, on ne trouve pas de vastes champs ouverts s'étendant à perte de vue; les forêts, les rivières et les lacs rompent la monotonie du paysage. Les lacs sont les plus nombreux dans le Sud-est de la Finlande, où les étendues d'eau occupent jusqu'à plus d'un tiers de la superficie. Les forêts, quant à elles, dominent le décor de la Finlande orientale, où l'habitat, les cultures et les marécages ouverts sont plus rares que sur la côte occidentale. Plus on s'avance vers le Nord et plus le décor s'élève en altitude; l'habitat s'amenuise, les terres sauvages se font plus étendues. La partie la plus septentrionale de la Finlande, la Laponie, représente environ 28% de la superficie du pays, mais 4% seulement de sa population y vit. Les monts situés le plus au Nord de la Laponie, les “tunturis”, s'élèvent nettement au-dessus de la limite de la forêt. Leurs sommets sont des landes qui recouvrent ces monts chauves; seuls y croissent des buissons, des laîches et des plantes herbacées. Sur la frange qui borde la limite de la forêt, une ceinture de bouleaux des montagnes occupe le décor. Les forêts de conifères s'étendent depuis la Laponie des monts jusqu'au littoral méridional du pays. La Finlande, en pratique, est une coupe longitudinale de la forêt boréale de conifères. La flore et la faune finlandaises s'y révèlent à l'envie: élans, chouettes, fourmilières, myrtilles, airelles et mousses.
| Sur le littoral de la Mer baltique |  |
Dès le 17ième siècle, les humains observent d'étranges phénomènes sur le littoral finlandais. Les anciennes voies d'eau devenaient impraticables, les ports semblaient s'affaisser, les quais et les hangars à bateaux restaient à sec. Les vallées fluviales du littoral occidental souffraient, par ailleurs, des crues printanières qui semblaient empirer d'année en année.
Deux siècles passèrent avant que l'on comprît de quoi il retournait. La raison n'était pas un reflux de l'eau de la Mer Baltique après le déluge, mais le lent relèvement de la masse continentale, appelé l'isostasie. Celui-ci résulte du fait que le continent se dégage progressivement de la pression exercée par l'inlandsis durant l'ère glaciaire. Le relèvement de la masse continentale se poursuit. En conséquence, la superficie de la Finlande gagne près de dix kilomètres carré par an. Le relèvement est le plus vigoureux dans les parties septentrionales de la Baltique, où il peut atteindre, par endroits, environ 90 cm par siècle. Sur les côtes basses, la ligne littorale peut avancer de plusieurs dizaines de mètres par siècle. Le Golfe de Botnie est également une zone maritime intéressante d'un autre point de vue: sa salinité n'atteint que cinq pour mille, soit un sixième seulement de celle des océans. Ailleurs dans la Baltique, la teneur en sel de ses eaux est cependant un peu supérieure à celle du Golfe de Botnie; mais comparé aux océans, elle reste très faible. La Mer Baltique est considérée comme le plus vaste bassin d'eau douce de la planète. La Mer Baltique tout entière est très peu profonde. Elle ne contient qu'une faible masse d'eau, l'équivalent des eaux du lac Baïkal. Par de nombreuses caractéristiques, la Baltique évoque plutôt un lac qu'une mer. Ainsi, le phénomène de la marée y est pratiquement inexistant. On observe, dans la flore et la faune marines, un certain nombre d'espèces qui sont familières dans les lacs, comme les brèmes et les gardons. Dans l'ensemble, les espèces présentes dans la Baltique restent néanmoins très pauvres, car celles qui vivent dans les eaux continentales ne supportent pas, en général, la moindre salinité; quant aux espèces marines, les eaux de la Mer Baltique sont trop douces pour elles. Alors que l'on observe quelques 200 espèces de coquillages dans le Golfe de Botnie, on n'en trouve que six dans la Baltique. La déperdition d'oxygène qui ne cesse d'affecter les fonds de la Baltique rend de plus en plus difficile la vie des coquillages et d'autres espèces vivant dans ces zones. Le manque d'oxygène dans les fosses marines est probablement, du moins en partie, un phénomène naturel, et résulte du lent remplacement de l'eau de la Baltique. L'eutrophisation de la mer est cependant un problème qui s'est aggravé à tel point que la déperdition d'oxygène affecte désormais la moitié des fonds du bassin principal de la Baltique et, par endroits, du Golfe de Finlande. Maintes espèces nouvelles venues ont trouvé dans la mer, au cours des dernières décennies, une niche écologique libre; la relative rareté des espèces originaires de la Baltique y est pour quelque chose. De nouveaux crustacés et de nouveaux mollusques, dont bon nombre viennent de rivages aussi lointains que le continent américain, s'y sont établis en abondance. La faune marine a d'ailleurs changé, ces derniers temps. Les populations de phoques, durement touchées dans les années 1900, se sont rétablies; mais l'on assiste au recul de la population du hareng Baltique. Pour la faune avicole, le changement le plus stupéfiant concerne le cormoran, dont la rapide diffusion est constatée de plus en plus vers le nord, sa population connaissant une vigoureuse croissance. Sur le littoral finlandais, le cormoran niche depuis 1996.
| L'éventail de la flore et de la faune |  |
Au total, la flore, la faune et les champignons observés en Finlande représentent environ 42.000 espèces. Les insectes forment, de très loin, le groupe le plus important: un peu moins de 20.000 espèces, selon les estimations.
Le nombre des insectes et, d'une manière générale, des espèces végétales et animales est nettement plus faible que dans les contrées plus méridionales, où le climat est plus doux. La différence, pourtant, n'a rien de bouleversant. La flore et la faune de Finlande sont très récentes, car la dernière ère glaciaire a balayé toute vie à la surface du sol de la région fennoscandinave. Favorisé par la période de réchauffement survenue au lendemain de l'ère glaciaire – elle dura quatre millénaires – le retour des espèces a été étonnamment rapide. Malgré le refroidissement climatique qui suivit et malgré le départ de nombreuses espèces qui quittèrent alors à nouveau la Finlande, on observe encore, dans la nature, des vestiges de ces époques: de petites aires distinctes où vivent des plantes, dont la principale aire de distribution est située beaucoup plus au sud ou plus à l'intérieur du continent eurasiatique. Pour les espèces marines, végétales et animales, des situations diverses apparurent au lendemain de l'ère glaciaire, le relèvement continental tantôt obstruant tantôt ouvrant l'accès de la Baltique au Golfe de Botnie, entraînant de vigoureuses fluctuations de la salinité. Une maigre proportion seulement des espèces marines réussit à s'adapter à la faible salinité des eaux et à survivre jusqu'à nos jours, parmi les espèces vivantes de la Baltique. A l'origine, le vaste système lacustre formé par le Saimaa faisait, lui aussi, partie de la Mer Baltique. Le phoque du Saimaa et le phoque du lac Ladoga forment, avec le phoque du lac Baïkal, les seules populations de phoques lacustres. Avec une population de 250 individus seulement, le phoque du Saimaa est considéré comme un des mammifères les plus menacés d'Europe. On dénombre en Finlande, au total, 65 espèces de mammifères. L'écureuil volant, que l'on n'observe dans aucun autre Etat membre de l'Union européenne, ainsi que quatre grands prédateurs européens – l'ours, le loup, le glouton et le lynx – sont les plus importants, sur le plan européen. Les grands prédateurs jouissent, en Finlande, de conditions qui, en principe, leur sont favorables, car les terres sauvages propices à leurs biotopes y abondent et ils y trouvent suffisamment de proies nécessaires à leur survie. Ces prédateurs, toutefois, furent impitoyablement pourchassés, en Finlande comme partout ailleurs, surtout au 19ième siècle. Au cours de ces dernières décennies, leurs populations ont bénéficié d'efforts résolus en vue d'assurer leur sauvegarde; rétablies, elles sont désormais stables. Les plus grands rapaces également, tels l'aigle royal et le pygargue à queue blanche, souffrirent jadis d'une persécution féroce. Le pygargue à queue blanche fut même tout près de l'extinction dans le pays. A l'heure actuelle, environ 150 couples de pygargues à queue blanche et plus de 25 couples d'aigles royaux y vivent. La faune avicole de la Finlande compte plus de 430 espèces, dont 240 nichent dans le pays. En particulier, les oiseaux vivant sur les littoraux eutrophes et dans les aires couvertes de broussailles ont proliféré, tandis que certains rapaces et certaines espèces qui vivent dans les forêts anciennes ont reculé. On dénombre en Finlande, au total, environ 3.000 plantes vasculaires si l'on inclut les espèces dont la présence est fortuite. Environ 1.300 espèces de plantes vasculaires y sont bien établies, dont à peine un tiers sont de nouvelles venues, arrivées avec les humains. Une partie des nouvelles venues s'est adaptée de bonne heure, avant l'histoire écrite, mais d'autres continent d'arriver. | Le mystérieux lemming |  |
Parmi les particularités de la faune finlandaise, on trouve le lemming commun. Il s'agit d'une espèce que l'on observe uniquement en dans la région fennoscandinave, c'est à dire en Norvège, en Suède, en Finlande et à l'extrémité nord-ouest de la Russie – et encore, uniquement dans la région des monts. Dans le reste du monde, ce lemming est parfaitement inconnu. Pourtant, les spécificités de l'espèce ne sont pas uniquement liées à sa diffusion géographique restreinte; si le lemming commun a attiré l'attention de l'Homme, c'est avant tout en raison des importantes variations de sa population. Certaines années, ce rongeur semble omniprésent, d'autres années il brille par son absence.
Pour les lemmings, comme pour les autres rongeurs des contrées septentrionales, les soudaines variations de population, à intervalles de 3 à 5 ans, sont caractéristiques. Et lors des années qui marquent les pics de leur population, le nombre de ces rongeurs peut être plusieurs fois supérieur à leurs effectifs lorsque la population de lemmings est au plus bas. Les pics eux-mêmes varient: il semble que leur population atteigne son plus haut pic à environ 30 ans d'intervalle.
Les densités de lemmings sont alors telles qu'il est pratiquement impossible de se déplacer en Laponie sans rencontrer de lemmings, n'importe où et n'importe quand. En outre, ceux-ci peuvent se comporter sans la moindre crainte, allant jusqu'à refuser de céder le passage à l'Homme qui vient à croiser sa route.
Dès le Moyen-Age, les grandes années à lemmings ont fasciné les humains. Pendant longtemps, on a cru que les lemmings tombaient du ciel, comme la pluie; certains allaient même jusqu'à avancer que ces animaux étaient à la recherche de leur ancien territoire, la légendaire Atlantide disparue. Les lemmings étaient aussi considérés comme des présages de guerre, raison pour laquelle prêtres et pasteurs inscrivaient dans les registres paroissiaux les apparitions massives de lemmings.
Autre croyance bien ancrée: au terme de leur déplacement massif, d'immenses troupeaux de lemmings se précipiteraient du haut des littoraux dans la mer et s'y noient. Bon nombre de quadragénaires se souviennent d'un “documentaire sur la nature”, américain, diffusé à la télévision et décrivant le phénomène. Il s'agissait en fait d'une simple mise en scène: un grand nombre de lemmings capturés avaient été introduits dans le studio, puis lâchés en même temps et poussés sur une pente en direction de l'eau.
Deux théories scientifiques ont été proposées pour expliquer la vraie raison des années à lemmings; l'une est liée aux prédateurs dont ils sont les proies, l'autre aux plantes dont les lemmings se nourrissent -les lichens. L'explication qui prédomine est la suivante: la population de lemmings augmente quand celle de leurs prédateurs- hermines et belettes principalement- sont faibles. Peu à peu, la population de ses prédateurs se renforce et les lemmings se retrouvent de plus en plus souvent entre leurs griffes; l'accroissement de la population du rongeur s'inverse. Les prédateurs poursuivent leur chasse, la population de lemmings s'effondre et, finalement, celle des prédateurs faiblit à son tour, faute de nourriture. Le cycle peut recommencer.
Selon l'autre théorie, les lichens commencent à développer des substances chimiques vénéneuses ou ayant mauvais goût, lorsque les lemmings consomment abondamment les lichens. La nourriture du lemming se fait plus rare, la population du rongeur régresse. La pression exercée par les lemmings diminue, entraînant un répit pour le lichen qui n'a plus besoin de produire de substances chimiques destinées à repousser le lemming; celui-ci peut à nouveau proliférer.
Le dialogue entre l'Homme et la Nature
La nature finlandaise et les Finlandais partagent une longue histoire, qui les a marqués. Les premiers humains, qui arrivèrent sur le sol finlandais au lendemain de l'ère glaciaire, furent peut-être attirés par les hordes de rennes sauvages. En plus des rennes sauvages et des élans, les habitants de l'Âge de la Pierre tiraient également partie d'autres avantages que leur offrait la nature: baies, oiseaux aquatiques, poissons, castors et, surtout, phoques.
Les premiers signes d'agriculture remontent à 4.000 ans. Le sol acide, faible en éléments nutritifs, qui caractérise les forêts de conifères ne se prête guère à l'agriculture, ce qui explique, sans doute en partie, la lente diffusion de l'agriculture. En tout cas, il est manifeste que la civilisation fondée sur la chasse, la pêche et la cueillette se maintint longtemps aux côtés de l'agriculture.
Aux yeux des Finlandais, certaines pratiques de cette civilisation perdurent. La cueillette des baies et des champignons restent un loisir auquel chacun s'adonne, tandis que les pêcheurs amateurs prennent presque autant de poissons que l'ensemble des pêcheurs professionnels du pays.
L'exploitation traditionnelle des dons de la nature permet, quant à elle, l'exercice du droit de libre accès, dit “droit de tout un chacun”. Tout Finlandais a le droit de circuler librement dans la forêt, d'y ramasser des champignons et d'y cueillir des baies quel que soit le propriétaire du lieu. Seul le droit de chasse est lié à la propriété foncière et la pêche autrement qu'à la ligne est, de même, lié à la propriété des eaux, même si les eaux de pêche sont, en règle générale, indivises, c'est à dire la propriété commune des propriétaires fonciers riverains. Les collectifs de pêche constitués par ceux-ci délivrent aussi des permis de pêche aux tiers, contre une modeste redevance.
L'étroite relation que les Finlandais entretiennent avec la nature revêt également un autre aspect, bien visible: les habitants du pays, ils sont un plus de cinq millions, possèdent près de trois millions de chalets et cabanons d'été. Presque sans exception, ceux-ci sont situés sur les littoraux marins et lacustres ou sur des îles, et environ la moitié de ces résidences secondaires sont habitables en hiver.
Depuis des siècles, le bois est la plus importante ressource naturelle des Finlandais. Dès le 17ième siècle, on prospérait en Finlande grâce à la production de goudron; tiré de la combustion du bois, c'était une importante marchandise commerciale à l'ère où les bateaux et les navires étaient construits en bois. Bientôt, le pays fut également réputé pour sa construction navale, laquelle engloutissait, elle aussi, un énorme volume de bois. Le 19ième siècle fut la grande époque des scieries; mues par la force hydraulique, puis par l'énergie tirée de la vapeur, des centaines furent construites à cette époque. Les premières usines de cellulose furent créées à la fin du 19ième siècle, mais c'est au 20ième siècle que la fabrication du papier est devenue une grande industrie.
Si le centre de gravité de l'économie forestière était situé dans le sud et le centre de la Finlande, on alla très tôt s'approvisionner en bois jusque dans les régions les plus reculées de la Laponie, d'où la matière première était acheminée par flottage jusqu'aux scieries et aux papeteries. Les chenaux de flottage totalisaient environ 40.000 kilomètres, dans toute la Finlande, ce qui revient à dire qu'en pratique toutes les voies d'eau qui s'y prêtaient étaient ainsi utilisées.
Le cadre naturel de la Laponie a également été utilisé pour une autre activité, traditionnelle dans cette région: l'élevage du renne. Les rennes errent librement dans les forêts et se nourrissent de la végétation du substrat forestier, principalement de lichens. Le troupeau représente, au total, plus d'un quart de million de têtes; l'effectif a été réduit de près d'un tiers, par rapport aux pics des années 1990, afin de prévenir l'épuisement des pâturages de lichens.
Contrastant avec l'élevage traditionnel du renne, l'agriculture finlandaise compte parmi les plus modernes et les plus mécanisées d'Europe. Cette situation n'est pas nouvelle, car le conseil en agronomie et la formation des agriculteurs ont favorisé la propagation des innovations jusque dans les petites exploitations situées dans les contrées les plus reculées.
La modernisation s'est traduite pour l'environnement par des avantages et par des inconvénients. La grande diversité des cadres de vie, que l'ancienne économie de subsistance entretenait, s'est amenuisée comme une peau de chagrin, comme dans le reste de l'Europe. Les prairies et les herbages succédant aux coupes ont commencé à diminuer dès la fin du 19ième siècle, lorsqu'on entreprit de faire pâturer le bétail sur les prairies artificielles et de cultiver du fourrage hivernal pour l'élevage stabulant, au lieu d'aller le chercher dans les forêts, les marécages et les prairies littorales.
Malgré l'efficacité de l'agriculture, la petite échelle, le caractère domestique et familier caractérisent la culture et l'élevage. A l'heure actuelle, les vaches sont principalement de races Ayrshire ou Holstein (provenant de la Frise), mais on trouve encore suffisamment de bétail de race indigène, épargné par l'extinction totale. Les vaches de race domestique, tout comme le cheval et le mouton finlandais, sont l'objet de soins méticuleux afin de préserver ces races uniques au monde.
Le vaste chantier de la protection de la nature
La sauvegarde des biotopes finlandais, avec les espèces végétales et animales qui y vivent, est depuis longtemps déjà l'objet d'une vigilance soutenue. Dans certains domaines, la Finlande peut être considérée, à juste titre, comme un pays précurseur en matière de protection de la nature. La Loi sur la forêt adoptée dès le 18ième siècle interdisait sa destruction et obligeait notamment à procéder à la régénération forestière après la coupe, par exemple en laissant sur pied, sur le site d'exploitation, des arbres reproducteurs.
Le même principe de développement durable est en vigueur depuis cette époque; il est appliqué non seulement dans la foresterie mais également, et d'une manière générale, dans l'exploitation des ressources naturelles.
La première zone de protection de la nature fut créée en 1916, à l'extrémité nord-ouest de la Finlande. Par la suite, la superficie des espaces protégés et leur diversité ont été multipliés. Les espaces émergés et les eaux qui sont l'objet de mesure de protection de la nature représentent aujourd'hui environ trois millions d'hectares, soit approximativement un dixième de la superficie de la Finlande.
Les terres sauvages situées en Laponie forment la principale catégorie; leur protection, il est vrai, n'est pas des plus stricte. Les activités traditionnelles, l'élevage du renne, la pêche et la chasse et même, sur certaines terres, une foresterie prudente y sont autorisés. Tous ces espaces sont importants, tant sur le plan de la biodiversité que pour le maintien de la culture Sâmie traditionnelle, propre à la Laponie.
Les divers autres types d'espaces protégés – parcs nationaux, parcs naturels et zones de protection palustres – sont les plus nombreux en Finlande du nord, région très faiblement peuplée; l'Etat y possède, de longue date, la majeure partie des terres. La création d'espaces protégés sur les terres privées du sud du pays s'est avérée plus difficile; c'est là, précisément, que la protection de la nature est confrontée aux plus grands défis de l'avenir.
L'état de la flore et de la faune sont très bien connus en Finlande; trois inventaires systématiques, consacrés aux menaces qui pèsent sur les espèces, y ont déjà été effectués. Le plus récent, bouclé au tournant du millénaire, couvrait un nombre considérable d'espèces- au total près de 19.000. Cet inventaire a établi le constat que l'on fait dans de nombreux autres pays: les espèces menacées sont nombreuses. Elles représentent environ un dixième des espèces présentes en Finlande.
De nombreuses mesures ont été mises en oeuvre pour tenter d'améliorer la situation des espèces menacées: en protégeant les espèces elles-mêmes et en protégeant leurs biotopes. Ces mesures ont été suivies de résultats probants pour un certain nombre d'espèces. Les populations de grands prédateurs se sont renforcées, de nombreux rapaces ont retrouvé leurs anciens territoires et, dans le cas du phoque du Saimaa, le pire est passé.
La Finlande a même retrouvé un gros gibier, déjà disparu une fois: le renne sauvage de la forêt. Ce renne fut chassé, jusqu'à extinction au début du 20ième siècle, jusqu'à l'extinction de l'espèce; heureusement, de l'autre côté de la frontière, en Russie, la population fut préservée. De là, le renne sauvage de la forêt est revenu lors ses pérégrinations sur le sol finlandais, dans les années 1950, marquées par une renaissance de l'espèce en Finlande. Le renne sauvage est désormais l'objet d'une plus grande sollicitude et sa chasse n'est plus autorisée. A l'heure actuelle, environ 2.400 rennes sauvages de la forêt vivent en Finlande, et la population de l'espèce est en augmentation. |