| Vaisala met la météo à portée de tous |  |
Quatre sociétés de pointe finlandaises se sont lancées dans la prise en charge de l’environnement, misant à fond sur l’électronique, la miniaturisation, le côté soft des microprocesseurs. Ce faisant, ces quatre compagnies - Vaisala, Marioff, Vacon et Lamor - se positionnent sur un secteur émergeant, une niche prometteuse. A travers le monde la hi-tech environnementale reste confidentielle. Dans ce secteur encore au stade du balbutiement, quatre Finlandais ont pris de l’avance.
Vaisala met la météo à portée de tous
La météo, l’atmosphère, tout ce qui se passe dans le ciel est observé et analysé par Vaisala. Cette compagnie finlandaise fabrique de l’instrumentation météo avec, en produit-phare, le ballon- sonde: “Deux fois par jour nous envoyons un ballon dans la stratosphère. Bardé de capteurs, il monte en deux ou trois heures à 30.000 mètres pour y exploser. Entre temps, il a eu le temps de nous transmettre toutes les informations désirées sur la direction et la vitesse des vents, sur l’hygrométrie, la pluviométrie et les températures. Nous transmettons tous ces paramètres à nos clients, centres météo et forces armées”, expose Tapio Engström, directeur financier de Vaisala. Avec 180 millions d’euros de CA (chiffre d’affaires) en 2004, Vaisala est un important acteur dans son domaine d’activités: l’électronique météo. La firme a pris de l’avance puisque depuis sa fondation en 1936, ses chercheurs n’ont jamais arrêté d’innover: “Nos dépenses de R&D (recherche et développement) s’élèvent à 22 millions d’euros - 12% de notre CA - soit à peu près la taille du concurrent qui nous suit de plus près. Dans ce métier la fiabilité décide de tout et les petits ont du mal à devenir crédibles. De plus, certains acteurs n’existent que depuis une quinzaine d’années, alors que nous y sommes depuis 70 ans!”, développe Tapio Engström. S’appuyant sur son avance technologique Vaisala affiche une belle santé et des taux de croissance annuels à deux chiffres. Mais Vaisala produit aussi des équipements de surface pour la sécurité routière et la protection de l’environnement ainsi que des détecteurs de pression, de gaz et de liquides. “La nouveauté dont nous sommes le plus fiers aujourd’hui? Une mini-station météo portable, aussi grosse qu’une boite de gâteaux, donnant la vitesse du vent, l’humidité ambiante et la quantité de pluie reçue. Selon nous c’est une belle avancée technologie dans le domaine de la miniaturisation”, confie Tapio Engström. Cette petite merveille permet à Vaisala de créer une offre pour consommateurs privés: “Ce produit va tenter les propriétaires de terrains de golf, les plaisanciers et même les syndics d’immeubles!”, annonce Tapio Engström tout sourire. Seul obstacle: son prix tourne autour de 2000 euros mais quand on tient à savoir le temps qu’il fait, on ne compte pas. Vers la fin programmée des baromètres et des grenouilles météo?
| Un nuage de gouttelettes dans votre cabine? |  |
Petteri Saarinen, le PDG de Marioff, adore déclarer qu’avec ses extincteurs fixes, Marioff protège le monde entier contre le feu. Difficile de lui donner totalement tort puisque sur mer Marioff a déjà équipé 90% des vaisseaux passagers dans le monde. Non content de dominer l’équipement des flottes marines, Marioff est aussi leader dans les stations offshore (d’où le nom de la compagnie) Pourquoi un tel leadership? Parce que le système d’extinction des feux de Marioff est hyper-léger, sans besoin de beaucoup d’eau puisqu’il produit une brume de fines gouttelettes. Les extincteurs classiques produisent, au contraire, un arrosage lourd, tombant du plafond d’une pièce ou d’une cabine selon un angle relativement fermé, excellent procédé contre les feux de moquettes mais inopérant contre les parois et les rideaux. Tandis que le procédé Marioff vaporise sur l’angle le plus ouvert possible: “Nous sommes détenteurs de 1100 brevets tournant autour de l’extinction des incendies internes, ce qui nous procure un avantage déterminant. Nos concurrents géants sont obligés ou de passer par nous ou de copier nos réalisations”, souligne Petteri Saarinen. Le côté léger et passe-partout d’une installation Marioff joue un rôle déterminant dans l’installation sur un navire ou sur une plate-forme offshore. De plus, la densité de la vaporisation de mini-gouttelettes permet d’éteindre très rapidement un incendie en limitant les dégâts des eaux. “Une de nos forces est aussi que nous disposons de la ligne complète de production depuis le premier design, en passant par la fabrication, la vente, le service après-vente, l’installation et le branding, ce qui nous dote d’une grande capacité de réaction”, précise Petteri Saarinen. Le 1er octobre 2005, une loi internationale obligera tous les navires embarquant des passagers à être équipés de système anti-feu ce qui a épaissi le carnet de commandes de la compagnie: “Un bateau, comme un avion, doit constamment être en service, sinon sa compagnie maritime perd de l’argent. Et Marioff est connu pour envoyer une centaine de personnels sur un navire arrêté à quai de façon à l’équiper en dix jours”, continue Petteri. Actuellement, un des grands projets sur lesquels la compagnie travaille est la protection anti-feu du métro de Madrid, domaine très sensible après les attentats récents: “Marioff est en train d’équiper 200 stations de métro madrilènes, sans compter 150 nouvelles rames que nous modernisons, parallèlement à 77 anciennes”, révèle Petteri. Le futur de Marioff pourrait s’éclaircir encore davantage puisque la compagnie a été retenue dans le dernier carré chargé d’équiper un grand réseau de tunnels européens: “Nous pensons que notre activité pourrait se voir multipliée par dix dans les cinq ans à venir”, prévoit Petteri Saarinen. Dans ce cas, il ne sera plus possible de parler de petite société pour Marioff, en 2010.
Eau et air, en vitesse
L’activité de la société Vacon repose sur de minuscules appareils électroniques appelés convertisseurs de fréquence (CdF). Ces boites naines permettent de moduler la puissance du moteur électrique d’un escalier mécanique, d’une pompe à eau ou d’un ascenseur. Vacon les utilise dans des moteurs électriques réglables. Par exemple, un Cdf permet d’utiliser au mieux l’eau puisqu’il contribue à régler le débit d’une pompe électrique avec la plus grande précision. Sinon, ou bien on gâche l’eau, en la laissant couler, ou bien on gâche l’énergie en s’efforçant de faire tourner un moteur normal au maximum pour bloquer l’eau. La philosophie de Vacon est que la majeure partie de l’énergie gâchée dans le monde provient de moteurs, à essence ou électrique, que l’on laisse tourner inutilement. Néanmoins, en 2005, la force de Vacon est ailleurs: “En quelques années nous avons réussi à former des personnels formidablement efficaces, enthousiastes et solidaires. Il me semble que c’est notre meilleur atout actuel”, confie Heikki Hiltunen, directeur des ventes de Vacon. Sûrs de leurs produits et de leur impact innovant, les Finlandais de Vacon se concentrent actuellement sur leur rang mondial: “Cette année nous sommes entrés dans le club des dix premiers constructeurs et utilisateurs de CdF. Il y en a 150 dans le monde entier. Mais notre croissance est telle que nous pouvons raisonnablement espérer arriver dans le trio de tête”, affirme Heikki. Aux USA, Vacon a déjà progressé très rapidement mais c’est en Chine et en Inde, pays où Vacon escompte ouvrir un jour des unités de production, que sa croissance est la plus prometteuse. Heikki parle de quelques innovations maison: “Notre modèle NXL est une pompe destinée aux systèmes de conditionnement de l’air. Elle est en fonction au bâtiment Honeywell du terminal 5 d’Heathrow et se règle, au poil près, selon les besoins thermiques. Nous avons également lancé un modèle NX très innovant pour la marine: il règle les pas des hélices de navires, grands et petits, paquebots ou hors-bord. C’est un modèle parfaitement silencieux, peu encombrant et très puissant.” Deux applications différentes, l’une pour régler les flux d’air, l’autre pour ajuster la vitesse d’un mouvement. Démonstration faite que l’élément, air ou eau, importe peu, aussi longtemps que Vacon se montre capable de ralentir ou d’accélérer la rotation d’un moteur électrique.
| L’anti-marées noires |  |
Lamor fournit équipements et services complets nécessaires à la lutte contre une marée noire. Une technologie sophistiquée avec de petits bateaux-aspirateurs, des flotteurs pour endiguer les nappes de pétrole, des engins-brosseurs pour nettoyer les côtes, tout une gamme destinée à enlever le pétrole brut puis à nettoyer les côtes touchées: “Le renchérissement du prix du baril de brut, des gisements pétrolifères, jusqu’ici considérés comme non-rentables, vont être exploités un peu partout dans le monde. En conséquence, le trafic des pétroliers va augmenter considérablement et les risques de pollution se multiplier”, avertit Bent Larsén, Pdg de Lamor. Avec 20 millions d’euros de CA, Lamor reste une petite société, pourtant la technologie de pointe utilisée dans un engin-brosse, par exemple, permet de trier différentes qualités de brut et de séparer l’eau du pétrole, deux aspects essentiels dans le nettoyage d’une marée noire. En outre, le modèle de production “Lamor” présente l’originalité d’avoir toutes les activités conceptuelles (design et gestion) concentrées au siège de Porvoo, à 30 kms d’Helsinki et couplées à une production flexible reposant sur une dizaine de fournisseurs-clés. “Lamor a des bases en Russie, dans les Émirats arabes, en Chine, en Malaisie, en Amérique du Nord et, naturellement en Finlande. Malheureusement, il ne se passe pas une semaine sans désastre pétrolier, même minime, et nous expédions sur place du matériel ou envoyons nos experts”, assure Bent qui raconte comment sa société a été appelé au dernier moment pour combattre les dernières grandes marées noires de la Côte Atlantique, celles de l’Erika et du Prestige:poursuit. “Pour le Prestige on nous a immédiatement commandé 20 camions de matériel mais nos équipements étaient incompatibles avec ceux des Espagnols ce qui a posé pas mal de problèmes. Récemment, nous avons été appelé en Turquie à la suite d’un naufrage dans le Bosphore.” Avec une dizaine de nouveautés par an, Lamor détient le taux de R&D le plus élevé sur le marché de la lutte anti-marées noires. Pour Bent Larsén, la prévention des catastrophes représente le futur: “Notre nouveau concept de centres anti-marée noire (EAC: Environmental Action Centers) comprend un petit centre de formation pour personnels et sauveteurs ainsi que les équipements indispensables à la lutte contre les différentes formes de marées noires. En principe, les EAC devraient être édifiés sur des côtes à risques (détroits, isthmes), là où le trafic maritime se densifie car un EAC doit être prêt à fonctionner 24h/24 de façon à éviter que les pays victimes de tels désastres ne soient pris de cours. ”Nous évaluons à un minimum de deux cents le nombre de EAC nécessaires pour couvrir le monde ce qui permettrait de faire des économies puisque plus une marée noire est attaquée tôt, plus elle est facile à résorber”, prévoit Bent Larsén.
En bref:
Vacon: > CA = 128 M d’€ (9 M de profits)
- Effectifs = 458 personnes dont 47% dans les ventes et le marketing.
Vaisala: > CA = 180 M d’€ (24 M de profits)
- Effectifs = 1092 personnes.
Marioff: > CA = 70 M d’€
- Effectifs = 308 personnes.
Lamor: > CA = 20 M d’€
- Effectifs = 35 personnes en Finlande + 400 travaillant pour eux (sous-traitants).
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