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Eau douce

Société > Environnement
29-10-07
Auteur : Jean Pierre Frigo
Un simple coup d’oeil à une carte de Finlande révèle l’omniprésence de l’eau. Photo Matti Tirri.

Tant par l’importance des lacs et des rivières sur le territoire finlandais continental, que par le véritable encerclement du pays par la mer Baltique.

Une géographie unique transformant, de facto, la Finlande en une presqu’île.
L’impact de la problématique de l’eau en Finlande sera traité en deux volets: eau douce (Une fragilité surprenante) et eau salée (Haro sur l’agriculture)


Une fragilite surprenante

Comme la Belgique de Jacques Brel, la Finlande mériterait le surnom de “plat pays”. Le manque de relief du territoire finlandais fait jouer à l’eau un rôle différent et fragilise considérablement les ressources naturelles en eau douce.

Grande superficie, faible profondeur

Il pleut beaucoup en Finlande (320mm/ an) et cours d’eau et lacs ne sont jamais à sec.

Au total, la Finlande approche des 200.00 lacs (la légende des “100.000 lacs” a vécu), très exactement 187.888. Leurs superficies cumulées représentent 10% du territoire tout en donnant cet aspect lacustre au paysage, une des images typiques colportées sur la Finlande.

Pourtant le volume d’eau total des lacs (235 km3) ne représente que deux semaines de débit du fleuve Amazone et qu’un seul petit tiers de toute l’eau contenue dans le Lac Ladoga, grande étendue d’eau située de l’autre côté de la frontière russe, en Carélie ex-finlandaise.

Il y a aussi entre 20.000 et 25.000 kms de cours d’eau s’écoulant sur un territoire trop plat - le bouclier nordique ayant été considérablement écrasé par le poids des glaciers le recouvrant au cours de l’ère glaciaire. Donc, des lacs un peu partout, surtout dans l’Est, dus à un relief aplati et, par conséquent, des cours d’eau à débit lent, presque paresseux. Ces conditions exposent les eaux douces à toutes les pollutions et ont poussé les Finlandais à prendre le plus grand soin possible de leur hydrographie. Certaines entités plus que d’autres, les autorités des villes davantage que les industriels et ces derniers nettement plus que les agriculteurs.

Déséquilibres


“C’est durant les années 1960 que le problème de la qualité de l’eau a commencé à faire débat en Finlande. Pourquoi?

Parce qu’on s’est aperçu que les eaux commençaient à souffrir d’eutrophication (diminution alarmante de l’oxygène contenu dans les eaux profondes et causée le plus souvent par un excès de déchets organiques déversés).

A l’époque les eaux usées, industrielles et urbaines, étaient rejetées sans le moindre traitement”, explique Seppo Rekolainen, directeur de recherches à l’Institut Environnemental Finlandais (SYKE).

Ce qui faisait que les produits les plus toxiques, y compris le mercure, partaient dans l’eau. Particularité finlandaise: la circulation d’eau entre les lacs est très importante, des chenaux, parfois artificiels, les reliant entre eux.

Pourtant la répartition en lac est inégale: “Le Sud-Ouest en compte peu et ils sont le plus souvent isolés du système hydrographique”, confirme Seppo Rekolainen. C’est également dans le Sud-Ouest et l’Ouest que l’on trouve les rivières les plus lourdement polluées, comme la Kyröjoki (région de Vaasa) ou l’Aura (région de Turku). “Par contraste, c’est au Nord que vous trouverez les eaux les plus pures d’Europe avec des fleuves comme les Torniojoki, Tenojoki et le lac Kilpisjärvi”, précise Seppo Rekolainen.

Pureté au Nord et à l’Est


75% de la population vivant dans le quart Sud de la Finlande, le Nord demeure relativement épargné par les activités humaines. Une autre particularité finlandaise: certaines grandes villes puisent leur eau de consommation courante dans un lac.

Par exemple Turku (lac Pyhäjärvi) et Lahti (lac Päijänne) consomment l’eau de ces lacs après l’avoir légèrement traitée: “Le niveau de qualité de l’eau des lacs finlandais se situe largement au-dessus de la moyenne acceptable. A travers le monde ce n’est pourtant pas spécialement fréquent de se fournir en eau potable dans le lac d’à côté”, souligne Seppo Rekolainen.

Une opportunité offerte par le traitement systématique et rigoureux des eaux urbaines et industrielles. Depuis 1995, la situation pour les rejets urbains et industriels n’a été qu’en s’améliorant. En fait c’est à la fois l’État, par le Ministère de l’Environnement, et la commune, sur le terrain, qui prennent toutes les décisions importantes.

“Grâce à ces efforts nous sommes parvenus à trois progrès majeurs: un traitement nettement plus poussé et sophistiqué des eaux, une réduction de l’acidification de nos lacs, une quasi disparition de composants toxiques tels que le mercure, le DDT, le plomb”, révèle Seppo Rekolainen. Pourtant la question de nouveaux déchets chimiques, souvent toxiques, issus des industries pharmaceutiques ou du secteur du bois-papier, continue à se poser ouvertement. Reste que les régions du Nord et de l’Est, moins densément peuplées, disposent aussi des eaux les plus pures.

les moins


Un autre aspect, étrange, touche à la motivation individuelle des citoyens finlandais: c’est dans les zones les moins peuplées, présentant l’habitat le plus clairsemé que les gens se comportent avec le plus de négligence à l’égard de l’eau.

Paradoxalement une ferme isolée de la région de Kuusamo sera plus polluante, proportionnellement, qu’un immeuble de la banlieue d’Helsinki. Et puis il y a l’agriculture: malgré les sommes considérables (on parle de 2,3 milliards d’euros depuis 1995) versées par l’Union Européenne aux agriculteurs au titre de la protection de l’environnement, force est de constater que les résultats restent négligeables.

Les eaux polluées, drainant phosphates et engrais par le biais des champs et des rivières et les amenant à la Baltique, ont déjà endommagé, de façon quasi définitive, certaines zones côtières en favorisant les invasions d’algues parasites en tout genre. La situation s’avère gravissime dans le Sud et le Sud-Ouest du pays. Le Golfe de Botnie, est, quant à lui, relativement épargné (voir article “Haro sur l’agriculture!”).

Le gouvernement actuel envisage d’inciter chaque agriculteur à filtrer les eaux émanant de ses champs donnant sur des cours d’eau. Un projet de longue haleine avec 2015 pour horizon. Mais il est déjà très tard.

 

 

Liens

Sites Internet à consulter:

- www.ymparisto.fi : site (en anglais également) du Ministère de l’Environnement finlandais.
- www.helcom.fi : site (en anglais également) de la Commission d’Helsinki, chargée du contrôle de la mer Baltique.
- www.greenpeace.org: site (en finnois et suédois) de l’ONG sur la situation écologique de la Finlande.

 
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