| Survol des continents |  |
Et chaque jour de ce début mai 2005 Mirja se rapproche de la Finlande! L’hiver dernier, elle a hiberné dans la chaleur du Cameroun, autour de la rivière Moinum. Le printemps revenu elle est repartie vers le Nord et sa Finlande natale où elle a vu le jour en juillet 2002. Mirja a quitté le Cameroun le 30 mars dernier. Fait remarquable: depuis le 2 avril, troisième jour de la migration du balbuzard, Helsingin Sanomat, quotidien n° 1 du pays, a régulièrement donné la position de Mirja ainsi que des informations sur ses différentes étapes. Un article tous les trois jours. A ce rythme, Mirja était attendue en Finlande Centrale vers entre les 10 et 15 mai. Elle aura alors survolé la moitié du continent africain, traversé la Méditerranée, l’Europe et la Baltique pour probablement passer l’été dans la région de Jyväskylä-Tampere.
Dotée d’un émetteur de 30 grammes depuis sa naissance (elle pèse près de 2 kg), Mirja envoie régulièrement des signaux par satellite ce qui permet de la suivre avec précision lors de ses déplacements et pauses. À bientôt trois ans d’âge elle est en train d’effectuer sa deuxième migration de printemps vers le Nord. En effet, à l’automne 2002, toute jeune, elle a décollé une première fois de Finlande vers l’Afrique. Sa toute première migration lui a pris deux mois, un voyage de près de 7000 km, avec deux longues escales pour ravitailler en poisson et reprendre des forces. “Nous savons que Mirja a passé toute l’année 2003 au Cameroun: elle était encore trop jeune pour repartir vers le Nord. Ce n’est qu’au printemps 2004 qu’elle est revenue nous voir pour la première fois”, explique le Professeur Pertti Saurola, ornithologue, scientifique, et spécialiste incontestable et passionné des balbuzards et de quelques autres rapaces. Malgré une expérience de quarante ans, le professeur a eu une première surprise avec Mirja, lors de son premier retour au pays: “Le 5 juin 2004, une fois arrivée à Uurainen, au nord de Jyväskylä, elle a continué vers le nord-ouest pour se poser à Perho, non loin de Vaasa. Puis elle est immédiatement repartie vers le Sud! Elle n’était restée que quatre jours en Finlande!”, s’étonne encore le professeur Saurola. Durant son trajet de retour elle s’est attardée sur plusieurs semaines dans la zone des marais de Polésie (Pripiat), aux confins de la Belarus et de l’Ukraine, puis à nouveau un mois et demi dans les îles grecques, avant de reprendre son envol, à la mi-septembre 2004 pour arriver au Cameroun le 17 novembre. Selon le professeur ses mouvements sont étranges. Mais il faut se souvenir que l’Homme ne suit les oiseaux migrateurs par satellite que depuis 1999. Les scientifiques ne sont donc certainement pas au bout de leurs surprises.
Du 17 novembre 2004 au 30 mars 2005, après quatre mois et demi de Cameroun, Mirja a redécollé pour le Nord. Mais qui est elle exactement? Qui sont ces balbuzards, migrateurs que l’on peut rencontrer partout dans le monde? Rapace diurne, le balbuzard a une envergure moyenne de 140 cm, une longueur moyenne de 50 cm avec un poids tournant autour de 2 kg. En vol il peut faire des pointes à 50 km/heure et peut vivre au-delà de 20 ans, (“Nous avons déjà répertorié un balbuzard ayant atteint l’âge canonique de 26 ans!”, nous dira le professeur Saurola). Actuellement, c’est une espèce qui n’est pas menacée, ce qui n’a pas toujours été le cas: “La population de balbuzards a été en nette diminution en Finlande, au début des années 1970, à cause des pesticides qu’on trouvait dans la nature et qui empoisonnaient les oiseaux”, précise le professeur. Le deuxième ennemi du balbuzard est le chasseur. Sinon, nous savons que les autres animaux ne peuvent s’attaquer à lui: il perçoit très tôt ce qui se passe au sol et s’envole tout aussi vite. Les autres oiseaux ne s’y frottent pas: c’est quand même un rapace! Le nid du balbuzard est toujours construit au plus haut, dans les dernières branches d’un arbre dominant, ce qui pose un autre problème: “L’exploitation rationalisée de la forêt finlandaise a fait disparaître la plupart des arbres géants, gîtes de prédilection des balbuzards. Puisqu’ils ne peuvent construire leurs nids dans des arbres de taille moyenne, nous avons dû leur fabriquer des tours artificielles, suffisamment hautes, afin qu’ils puissent nidifier. Ces tours comptent actuellement pour plus de la moitié des nids de balbuzards en Finlande”, précise le professeur Saurola. L’édification de ces tours-nids est l’oeuvre de la Fondation Finlandaise pour la Protection du Balbuzard, association dont le professeur Saurola est le fondateur.
| Détour par les ornithologues |  |
Ce genre d’initiative en faveur des oiseaux est monnaie courante en Finlande où l’ornithologie a gagné ses lettres de noblesse, tant les habitants sont habitués à s’occuper des oiseaux. En Finlande, s’activer pour la préservation des oiseaux commence par leur observation et leur nutrition: “Je pense que les Finlandais se sentent plus proches de la nature que beaucoup d’Européens et que l’oiseau est l’animal qu’on peut observer le plus facilement dans la nature (essayez avec un lynx, un loup ou un ours!)”, estime Lauri Hänninen de BirdLife Finlande, la plus importante association d’ornithologues du pays. Il existe 10.000 espèces d’oiseaux dans le monde dont 1.200 sont en danger d’extinction: “En Finlande nous en comptons 445 espèces, dont 240 oiseaux résidents (non-migrateurs). Sur ces 445 oiseaux différents, les effectifs d’un tiers sont en déclin, d’un autre tiers stables, enfin ceux du dernier tiers sont en progression”, continue Lauri. BirdLife Finlande compte 10.000 adhérents actifs, un chiffre en augmentation constante depuis dix ans (7.000 membres en 1996), une donnée qui permet d’extrapoler à 20 ou 30.000, au minimum, le nombre d’amoureux des oiseaux en Finlande, personnes qui les nourrissent et leur fournissent les matériaux nécessaires à la confection des nids à la charnière de l’hiver et du printemps, période la plus meurtrière pour eux.
Nouvelle conquête de l’espace
En 2005, Mirja et ses copains balbuzards ne font plus partie des espèces en danger: “Le balbuzard ne s’accouple jamais avant l’âge de 3 ans. Prudent, il débute toujours par une phase de fiançailles, l’année précédant l’accouplement. Pour cette raison, nous pensons qu’une fois arrivée au pays, Mirja va tenter de trouver un fiancé pour construire un nid avec lui. Mais, aussi curieux que ça puisse paraître, ils ne feront pas de petits: ça, ça sera pour l’an prochain!”, se réjouit le professeur Saurola. Il y a gros à parier que la technologie de plus en plus élaborée du traçage-satellite permettra de suivre de plus en plus d’oiseaux migrateurs et de la façon la plus précise possible. L’intérêt porté à ces fascinants animaux devrait se faire de plus en plus vif au fil des années à venir. Imaginons un instant ce que donnerait une mini-caméra embarquée sur l’un d’eux! Plus sérieusement et plus envisageable: la miniaturisation et la fiabilité des émetteurs dont on les équipera ira de l’avant pour accroître la connaissance de leurs mœurs, ce qui permettrait de les protéger au mieux. Pour l’instant, Mirja représente pour une conquête de l’espace d’un genre nouveau. Tels ces vaisseaux spatiaux, ces avions expérimentaux, qui quittent le sol, font le tour du monde ou passent des mois dans l’espace, sans qu’on sache s’ils vont jamais revenir sur terre, Mirja s’envole d’un lieu sans certitude d’être jamais revue ou retrouvée. Comme les pionniers de l’aviation, les Nungesser, Coli, Mermoz, nous savons quand elle nous quitte mais ignorons le moment de ses retrouvailles avec la terre. Grâce à elle, les ornithologues finlandais partent à une conquête de l’espace d’un nouveau genre.
Le 16 mai 2005 Mirja est en Finlande à l'est du pays (Puumala). Elle a volé 7630 km depuis le Cameroun pendant 44 jours et en moyenne 173 km par jour.
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