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Désespéré le cas de la Baltique ?

Société > Environnement
24-10-05
Auteur : Jean Pierre Frigo
Alerte maximale: début 2005, des scientifiques suédois prétendent que la mer Baltique est condamnée, sans aucun espoir d’inverser cette tendance. Quelques mois plus tard, l’inauguration d’une station d’épuration géante à Saint-Pétersbourg matérialise un nouvel espoir.
50 millions de pollueurs


En surface, les mers se ressemblent étrangement. En profondeur c’est autre chose et seule la composition de l’eau différencie une mer d’une autre. Par exemple, les eaux de l’Océan Atlantique bénéficient d’un brassage perpétuel, du Nord au Sud et d’Amérique en Europe. Les eaux de la Méditerranée, étranglée au goulot de Gibraltar, sont cernées de côtes surpeuplées et polluantes. Pourtant, en dépit de ces handicaps, les profondeurs considérables (de 1000 à 4000 mètres) de la Méditerranée en lui donnant un considérable volume d’eau la sauvent du pire. Contrairement à la mer Baltique, qu’il faut plutôt voir comme un grand lac intérieur, peu profond (60 mètres en moyenne), doté de deux  détroits resserrés vers sa voisine, la Mer du Nord. Ces étroits passages d’Oresund, entre Suède et Danemark, et de Fehmarn Belt, entre Danemark et Allemagne, tiennent plus de canaux que de bras de mer. Leur étroitesse donne au brassage de l’eau  de la Baltique une lenteur d’escargot. Il faut trente ans pour arriver à un renouvellement significatif, le temps pour la cinquantaine de millions de riverains entourant la Baltique de polluer généreusement leur “mare nostrum”. Car, en mer Baltique, tout tourne autour de la fragilité écologique.

Un danger venu de l’air


la carte www.helcom.fi

“Il y a dix ans on comptait encore 149 points-critiques (hot spots) en Baltique, c’est-à-dire d’endroits où une ville importante, une industrie polluante déversent leurs rejets non-traités directement dans la mer. Il n’en reste que 89 aujourd’hui”, annonce fièrement Kaj Forsius, expert à Helcom, l’organisme de contrôle de la Baltique regroupant les neuf pays riverains. L’enthousiasme momentané de Kaj Forsius se transforme en inquiétude à l’évocation de l’eutrophisation de la mer Baltique. Ce vocable éminemment scientifique recouvre le phénomène de saturation par l’azote et le phosphore des eaux de la Baltique: “L’eutrophisation résulte des pollutions liquides, urbaines, industrielles et agricoles mais aussi de la pollution par l’air, les vents déposant de fines particules nocives à la surface de l’eau et la contaminant ainsi”, explique Kaj Forsius. L’expert d’Helcom ajoute que le trafic maritime pèse aussi son poids dans la dégradation de la mer Baltique: “L’effondrement de l’URSS et l’indépendance des pays baltes ont totalement changé la donne: les Russes ont dû ouvrir un terminal pétrolier à Primorsk, non loin de Saint-Pétersbourg, au fond du Golfe de Finlande, ce qui allonge considérablement les distances”, continue-t-il.

Double de bateaux


Auparavant, le brut soviétique arrivait en pipe-line par la Lettonie mais du fait des coûts élevés et de la dépendance géopolitique que cela suppose, les Russes ont jugé meilleur de faire transiter leur pétrole par Primorsk. Pour les tankers, cette configuration nouvelle allonge les distances à couvrir. Surtout elle les fait défiler pratiquement à la queue leu leu, entre les côtes estonienne et finlandaise du Golfe de Finlande, décuplant ainsi les risques d’accidents et, probablement, de marée noire: “Nous sommes prêts à toute éventualité mais il demeure encore des problèmes d’harmonisation des normes. Ceci dit, la mer Baltique reste la mer relativement la mieux équipée du monde contre un désastre pétrolier”, nous a dit Christoffer Walgrén de Lamor, compagnie finlandaise spécialisée dans la lutte anti-marées noires et dont le siège est à Porvoo. “Actuellement transitent quelques 100 millions de tonnes de trafic maritime par la Baltique. Nous savons que ce chiffre va quasiment doubler d’ici 5 ans pour atteindre les 190 millions”, s’inquiète Nikolay Vlasov d’Helcom. Une situation rappelant déjà les sorts dramatiques subis par la mer Caspienne et de la mer d’Aral. Encore naissante, une vraie conscience écologique russe semble devoir se mettre en place pour éviter la répétition. 
 

Course contre la montre

En attendant une marée noire future à imputer à la Russie, ce sont bien les pays industrialisés de l’UE qui polluent le plus la Baltique avec les engrais agricoles qui, tôt ou tard, y arrivent par l’hydrographie. Et c’est loin d’être terminé: “Grâce aux subventions agricoles de Bruxelles, nous prévoyons déjà une augmentation de ce type de pollution venant de Pologne et de Lituanie, pays qui jusqu’ici ne posaient pas problème”, reconnaît Kaj Forsius. Ironie du sort: d’un côté Bruxelles contribue à financer l’épuration et le traitement des eaux rejetées dans la Baltique, de l’autre, indirectement, l’UE va booster la pollution par l’agriculture. “Au final, nous ne pouvons actuellement rien contre ce genre de nuisances agricoles: comment pourrions-nous filtrer les eaux de tous les cours d’eaux débouchant dans la mer?” constate impuissant Kaj Forsius. Un optimiste avancerait que Bruxelles s’efforce d’interdire certains produits fertilisants particulièrement nuisibles à l’environnement: “Effectivement, mais cela prend longtemps et la course contre la montre, sera décisive pour l’avenir de la Baltique et nous sommes déjà en retard”, déplore Juha-Markku Leppänen, autre expert d’Helcom.

Après trois siècles


Justement l’UE, accompagnée de banques russes et nordiques, a contribué à financer la modernisation de la station d’épuration de “Saint-Pétersbourg Sud-Ouest”,  inaugurée le 22 septembre. En traitant quotidiennement 330.000 m3 d’eaux usées, elle couvrira les besoins de 720.000 des 5,2 millions d’habitants que compte la métropole russe, exactement la population de la Finlande entière. Heureusement que toutes les déjections de Saint-Pétersbourg ne partent pas en Baltique! Pour l’instant la deuxième ville de Russie est responsable pour 80% de la pollution du Golfe de Finlande, avec des nuisances affectant les villes de Hamina et Kotka situées sur le littoral sud de la Finlande. La nouvelle station d’épuration permettra de réduire de 50% le volume des eaux non-traitées rejetées en Baltique par l’aglomération de Saint-Pétersbourg. Démarré en mars 2003, le projet aura coûté 180 millions d’euros, une somme finalement modeste pour une tâche si cruciale. A quand la mise en chantier d’une seconde station d’épuration des eaux pour traiter le reliquat? Sans se répandre en précisions, les autorités locales russes déclarent que la région russo-balte sera à niveau pour 2015. Lors de la fondation de Saint-Pétersbourg, sa nouvelle capitale, en 1703, le tsar Pierre le Grand ne pouvait se douter que trois siècles plus tard cette métropole pèserait si lourd sur l’avenir écologique de la Baltique.

 

Liens

    
Sites à consulter:

www.helcom.fi
www.lamor.com

 
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