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Les Parisiens de Hanasaari

Société > Education
20-02-07
Auteur : Jean Pierre Frigo
En sortant d’Helsinki par l’Ouest et la route de Hanko, on aperçoit deux kms après la traversée de l’île de Lauttasaari, sur la gauche, un petit îlot boisé, à l’écart des autres: Hanasaari. Ça fait refuge, cocon, symbiose. Au milieu des eaux de cette baie de la Baltique, Hanasaari représente un symbole. Photo: kesälukioseura
Deux langues

Face au siège de Nokia, à mi-chemin de Helsinki et d’Espoo, tel un poste-frontière sur une ligne invisible, Hanasaari semble destinée aux rencontres. De fait, le lieu fonctionne comme centre de conférences, prioritairement pour les suédophones finlandais.

Début février, Hanasaari accueillait exceptionnellement un groupe d’une vingtaine de Français, tous Parisiens, venus en Finlande dans le cadre de l'Association des Lycées d’été (Kesälukioseura). Cette organisation a été mise sur pieds en 1965 pour donner un coup de fouet aux échanges entre lycéens des pays nordiques (Suède, Danemark, Norvège, Islande et Finlande):

“Mais en 2007 nous organisons toutes sortes de cours, de stages et de séminaires destinés aux jeunes de tous les pays, pendant les vacances d’été, principalement en juin et juillet, ”, explique Katri Yli-Viikari, directrice de l'association. Ces activités reposent sur trois piliers: en premier, des cours pour lycéens en phase avec les programmes scolaires en vigueur. Ensuite des cours pour étrangers “nouveaux arrivants en Finlande”, leur permettant d’apprendre le finnois ou le suédois en deuxième langue, en supplément de leur propre langue maternelle, option intelligente permettant d’apprendre en douceur deux langues à la fois sans brusquer le jeune étudiant. “Enfin, nous organisons toutes sortes de coopérations internationales avec des partenaires européens, comme nos amis français de cette semaine!”, poursuit Katri Yli-Viikari.

Absences


Ces Français venus passer une semaine dans la région d’Helsinki sont tous des travailleurs sociaux de la région parisienne s’occupant des jeunes des banlieues.

Parallèlement ils sont tous responsables de leur antenne qu’elle soit située à Epinay au Nord, à Nanterre, à l’Est, à Marly, à l’Ouest ou à Evry au Sud. Le but de leur voyage: s’immerger le plus possible dans les problématiques d’immigration et de jeunesse de la région d’Helsinki afin “d’accepter de perdre ses repères habituels pour mieux les enrichir au contact d’autrui”, comme le dit élégamment l’un d’eux, Azzedine Zoghbi, médiateur social et culturel de la ville d’Orly (94). Azzedine pense que la Finlande ne doit pas trop s’illusionner:

“Il me semble que les autorités finlandaises ont du mal à faire la différence entre le multiculturel et l’interculturel.” Selon lui ce manque de clarté peut amener de désagréables surprises à moyen terme. “Tout au long de ma visite j’ai ressenti une frilosité, une méfiance, une absence de prise de risque, de questionnement sur le vivre ensemble. Comment accepter de cohabiter avec plusieurs cultures en même temps, de surmonter un certain nombre d'obstacles liés à la communication résultants de différences culturelles? Selon moi, les Finlandais ont une manière d'évacuer la question en affirmant à chaque fois qu'ils n'ont pas beaucoup d'étrangers. Et pourtant sur l'espace public il y avait plein de Somaliens, d'Égyptiens, d'Estoniens" et cela ils ne veulent pas le voir, les voir…”, constate Azzedine qui avertit: “Les autorités finlandaises semblent raisonner comme on le faisait en France dans les années 1980 quand on se forçait à croire que l’immigration resterait un phénomène temporaire. Mais en France on est entré dans le long terme et on a fini par comprendre que l’émigration demeurera et devient partie intégrante du pays.”

Échanges: stop and go!


Lucienne Serrat, présidente de Jeune pour le Monde, organisation domiciliée à Massy (91), a déjà fait trois séjours en Finlande et est toujours surprise par le pays:

“Lors de mon premier séjour, en 2000, j’avais remarqué d’étonnantes nouveautés comme le ramassage des jeunes “qui ont trop bu”, un centre de réinsertion comportant des ateliers allant de la menuiserie à la réalisation de fresques “grafs” ou encore des ateliers de pièces de théâtre.”

Quelques mois plus tard Massy avait reçu un groupe de responsables finlandais mais, et Lucienne le regrette, les échanges s’étaient arrêtés là. Début 2006, Lucienne a bénéficié d’une deuxième opportunité de se rendre en Finlande: “L’association de Katri Yli-Viikari - Kesälukioseura - a alors fait en sorte que l’on rencontre davantage de gens traitant des problèmes de l’éducation également avec des partenaires venus du monde entier. C’était chaleureux, tout le monde était incroyablement disponible et j’ai rencontré une accompagnatrice parlant le français”, se souvient Lucienne.

Cette rencontre lui a permis de préparer l’envoi de douze jeunes de l’Essonne (91), le département de Massy, en juillet 2006. “En retour nous avons accueilli douze Finlandais en août de la même année”, précise Lucienne. Cette fois-ci elle a encore d’autres projets: “Nous allons refaire des échanges de jeunes avec Katri. J’aimerais être un relais pour mettre en place des échanges de techniciens de centre multimédias ou d’éducateurs entre les diverses associations de ma région et les structures que nous avons visitées. En fait, je souhaiterais passer à l’étape supérieure: dynamiser les échanges entre structures françaises et finlandaises”, affirme Lucienne.

Perversité


Directeur de la Mission Locale des Bords de Marne, au Perreux (94), Moncef Jendoubi abordait la Finlande pour la première fois:

“Après ce séjour mon sentiment est à l'optimisme parce que les acteurs de terrain sont pour la majorité prêts à agir pour développer les relations franco finlandaises. La volonté politique parait sincère également”, s’enthousiasme-t-il.

Lors de notre entretien Moncef a souligné la façon différente de financer les activités en Finlande: “J’ai trouvé formidable qu’au conseil municipal de la commune, l’instance chargée du financement des activités sociales soit en place pour sept ans, soit à cheval sur deux mandats municipaux (4 ans en Finlande).”

Moncef est convaincu que cette “séparation des pouvoirs” entre le politique et le financier permet davantage d’indépendance, et donc de pérennité dans le suivi des activités: “En France on vit dans une situation perverse: si tout va bien vous recevez très peu de crédits mais dès que ça chauffe, alors on vous inonde!”, déplore Moncef. Il raconte qu’après les émeutes de fin 2005, il a obtenu très facilement 120.000 euros et a pu lancer un grand nombre d’activités pour les jeunes de sa commune. “Puis, comme tout allait mieux, je n’ai reçu que 45.000 euros en 2006 et cette année cette somme sera réduite à 35.000 euros. Comment voulez-vous poursuivre?”

A ce rythme, Moncef explique que certaines activités vont devoir s’arrêter, ce qui entraînera de la frustration chez les jeunes. Visiblement il attend beaucoup d’une collaboration à venir avec les Finlandais: “Lors de la dernière soirée, la retenue des Finlandais s’est brisée et des sentiments très forts ont été exprimés de part et d’autre. Le chantier qui s'ouvre à nous est immense mais également passionnant.”

 

Liens

www.kesalukioseura.fi

www.jeunesse-sports.gouv.fr

 

 
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