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L’éducation en France et en Finlande

Société > Education
15-10-06
Auteur : Nicolas Benard
L’O.C.D.E. (l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques) a publié, le 12 septembre 2006, son rapport annuel sur l’éducation dans ses 28 états membres, ainsi que dans 4 pays partenaires.

Intitulé « Regards sur l’éducation », ce rapport fournit des informations fiables et précises sur le fonctionnement des systèmes éducatifs dans les pays affiliés. Il permet aussi un comparatif intéressant entre des nations qui figurent parmi les plus riches dans le monde. Alors, pour qui la meilleure note ? 

Ce n’est un secret pour personne : la Finlande remporte, depuis plusieurs années, la palme du meilleur système éducatif au monde. Cité en exemple en France comme à l’étranger, le pays des mille lacs semble détenir la recette miracle pour offrir à sa jeunesse les clefs d’une éducation et d’une formation réussies. Cette réputation est-elle usurpée ? Et quid de la France ? Le système éducatif français est-il si différent de celui de son voisin européen ?

Au travers de ce rapport, l’ambition des analystes de l’O.C.D.E. est la suivante : « fournir aux pays membres un large éventail d’indicateurs actualisés et comparables sur le rendement des systèmes d’éducation […] Les indicateurs identifient les acteurs de l’éducation, chiffrent les budgets qui lui sont consacrés, donnent un aperçu du mode de fonctionnement des systèmes d’enseignement et d’apprentissage et passent en revue toute une série de résultats de l’éducation. » Ce document précieux permet donc d’évaluer les performances des 34 systèmes éducatifs analysés, dont ceux de la France et de la Finlande. 

Avant toute chose, il convient d’indiquer que, d’une manière générale, le niveau de formation est en nette augmentation depuis 30 ans, ce dans tous les pays de l’O.C.D.E. Autre bon point : les disparités entre les hommes et les femmes sont progressivement en train de se résorber. Par ailleurs, le nombre de diplômés s’est considérablement accru ces dernières années. En 2004, le taux d'obtention d'un diplôme de fin d'études secondaires atteint 90% en Finlande, contre un peu de plus de 80% en France (moyenne de l'O.C.D.E. : 81%). Dans l'enseignement tertiaire, le taux d'obtention d'un diplôme en France, en 2004, est de 26%, contre 48% en Finlande. Pour l’anecdote, les mathématiques semblent mieux convenir aux écoliers Finlandais. Leurs performances sont assez exceptionnelles, et les indicateurs de l'O.C.D.E. les placent en tête du classement établi pour l'année 2003, assez loin devant la France qui, elle, affiche un niveau moyen. La Finlande, à première vue, offre donc des résultats largement supérieurs.

Concernant la charge de travail, les Français sont plutôt mal lotis. Le nombre d’heures passées sur les bancs de l’école, pour les jeunes âgés de 7 et 15 ans, est de 7.500, contre 5.500 en Finlande. Mais la durée des études est plus faible dans l’hexagone que dans le Nord : un enfant de 5 ans est en moyenne scolarisé durant 17 années, contre 20 ans en Finlande. 

Poursuivons dans la pyramide éducative. La France affiche des résultats très moyens en termes de formation universitaire. Ainsi, 64% des étudiants sortent du système (universités, grandes écoles…) avec un diplôme au moins équivalent à la Licence (Bac +3). 15% se réorientent vers une formation technologique (I.U.T., B.T.S.). 21%, enfin, quittent le système sans le moindre diplôme. En conséquence, le pourcentage de diplômés dans la population en âge de l’être est assez faible : moins de 30% en France, contre près de 50% en Finlande. 

Qu’en est-il de l’investissement des pouvoirs publics ? En France, tradition historique oblige, l’éducation est une des priorités des gouvernements. L’état dépense ainsi, pour les collèges et lycées, 20% de plus que la moyenne des autres pays membres de l’O.C.D.E. : 8.000€ par an pour un élève au lycée. C'est à peu de choses près la même chose en Finlande. De leur côté, les sommes allouées aux établissements, tous niveaux confondus, avoisinent les 6% du P.I.B. en 2003, en France comme en Finlande. Quant aux frais d’inscription dans le supérieur, ils sont relativement modestes : moins de 500€ dans les deux pays, contre 4.500€ aux Etats-Unis pour l’année scolaire 2003-2004 ! L’école coûte donc très cher à l’état en France, d’autant plus que c’est dans l’hexagone que l’on redouble le plus. 40% des élèves de 15 ans ont redoublé au moins une fois au cours de leur scolarité, contre 13% dans l’ensemble des pays de l’O.C.D.E. En Finlande, le taux de redoublement est inférieur à 5%.

Du côté des enseignants, Français et Finlandais gagnent à peu près autant : environ 35.000€ annuels. Par contre, les revalorisations salariales ont été plus importantes dans le Nord ces dix dernières années.

Assiste-t-on, comme on l’entend souvent ici et là, à une privatisation de l’éducation ? La réponse est clairement non. Même si la part du financement privé dans l’enseignement tertiaire est en train de s’accroître (moins de 5% en Finlande, 20% en France), la part de l’investissement public reste largement majoritaire pour l’enseignement primaire et secondaire (plus de 90%).

Une fois leurs études achevées, que deviennent les diplômés français et finlandais ? Leurs parcours sont assez similaires. 60% de ceux qui ont un niveau de formation inférieur au deuxième cycle secondaire possèdent un emploi. Logiquement, le taux d'emploi augmente avec le niveau de formation. En outre, les travailleurs des deux pays diplômés du tertiaire aiment la formation continue. Ils passent ainsi près de 1.000 heures pendant leur carrière dans ce type d’activités, contre 300 heures aux Pays-Bas, en Italie et en Grèce.

Enfin, l'évolution démographique chez les jeunes de 5 à 14 ans s'annonce bien différente entre les deux pays. Entre 2005 et 2015, la France devrait connaître une légère augmentation de cette population (environ 2%), tandis que la Finlande pourrait subir une baisse de plus de 10%. Ces évolutions auront évidemment des conséquences très différentes sur l'offre des services d'éducation dans ces pays, et sur l’orientation des futures politiques qui seront mises en œuvre.

La conclusion du rapport de l’O.C.D.E. est la suivante : « malgré une forte amélioration de ses performances ces 30 dernières années en matière d’éducation, la France voit son retard s’aggraver à plusieurs niveaux par rapport aux autres pays riches, ceux-ci ayant progressé plus fortement ». Le match France – Finlande tourne donc à l’avantage des Scandinaves. Les élèves travaillent moins et, paradoxalement, mieux. Les très bons résultats du Bac ainsi que la relation directe entre le niveau d’étude et l’obtention d’un emploi mettent la Finlande au firmament de la réussite scolaire et professionnelle. Celle-ci semble capable de conserver sa place de premier de la classe. Reste à savoir si la France, elle, saura se hisser au rang de son lointain voisin européen.

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