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Société > Education
09-10-08
Auteur : Jean Pierre Frigo
Ecoute-t-on suffisamment les jeunes en Finlande? Photo: Williams Paul  

Un sondage a récemment pointé le peu de motivation des Finlandais de 12-19 ans à s’impliquer dans la vie participative de leur pays. Alarmées, les autorités finlandaises ont décidé de réagir. Le 4 septembre dernier, le Ministère de la Justice finlandais a lancé une enquête Internet pour permettre aux jeunes de communiquer leurs doléances sur la société. Cette opération a été baptisée otakantaa.fi (“Exprimez-vous!”) et dure jusqu’au 15 novembre prochain.

Trois questions et 8 mails

La sonnette d’alarme avait déjà été tirée en 2001 par une enquête internationale (Civic Education Study). A l’époque les lycéens finlandais caracolaient en tête de peloton pour l’excellence de leurs connaissances sur la société finlandaise. En revanche, ils arrivaient bons derniers dès qu’il s’agissait de passer à l’action: adhésion politique, vote, participation associative. Un récent sondage émanant conjointement du SITRA et du TEKES confirme une situation qui ne s’est pas améliorée.

Les jeunes Finlandais, tout en sachant encore parfaitement comment fonctionne leur société, ne sont intéressés ni par les élections, ni par l’engagement politique.

Le Ministère de la Justice finlandais a donc pris l’initiative d’ouvrir une large enquête Internet - otakantaa.fi -  pour faire réagir les jeunes à trois questions:

1) À ton avis écoute-t-on suffisamment les jeunes en Finlande? Aux niveaux: a) de l’école b) de la commune c) du pays - Justifie tes réponses.

2) De quelle façon pourrait-on faire participer davantage les jeunes à la vie de la Cité, les inciter à s’exprimer et à se présenter comme candidats? As-tu d’autres idées sur les jeunes et la politique?

3) Évoque-t-on dans ton école, pendant les cours ou dans d’autres situations, les problématiques sociales et politiques du pays? À quels moments? Comment peut-on, selon toi, améliorer la démocratie par le biais de l’école?

À ce jour - 15 septembre 2008 - seuls 7 mails ont été enregistrés, un huitième mail étant la réponse de la Ministre Astrid Thors au premier mail. Voici ces huit mails dans leur intégralité.

On décourage les enfants comme les parents l’ont également été / Armas Koivupuu

- En Finlande personne n’écoute le citoyen, de toute façon. Les adultes sont découragés par les autorités et, logiquement, la voix des jeunes reste aussi étouffée par le pouvoir en place (Establishment).

- Un exemple illustrant cette situation vient du village de Tohmajärvi (une des 21 municipalités situées sur la frontière finno-russe, à l’Est de la Finlande,ndlr) où les jeunes ont proposé de remplacer l’enseignement obligatoire du suédois par l’enseignement obligatoire du russe, de façon à pouvoir trouver du travail plus facilement dans leur région.

Je me souviens encore de façon très vivace de la visite d’Astrid Thors (Ministre des Affaires Européennes et de l’Immigration, issue du parti suédois finlandais RKP, ndlr) venue sur place décourager les jeunes dans leur volonté d’étudier une langue nouvelle et utile (le russe) pour imposer le suédois, langue inutile.

Par la suite nous avons déposé une initiative mais le ministère nous a sèchement répondu, nous regardant de haut en bas et donnant l’impression de savoir bien mieux que nous ce dont nous avions besoin.
Il est donc évident que le système décourage les jeunes. Réfléchissez-y!

Réponse de la Ministre Astrid Thors

- Lors de ma tournée électorale et en d’autres situations j’ai toujours essayé de mettre en avant l’enseignement du russe. À Tohmajärvi il s’agissait de remplacer une langue (le suédois) par une autre (le russe), ce qui, malheureusement, n’accroît pas l’apprentissage des langues. Par conséquent j’ai refusé. La commune de Tohmajärvi a demandé une permission spéciale de la part du Ministère de l’Éducation qui n’a pas accepté que le suédois soit remplacé par le russe. Remplacer une langue par une autre n’entre pas dans nos objectifs.

- Je pense que l’apprentissage de plusieurs langues est important pour les Finlandais. Il faut favoriser cette forme d’enseignement de toutes les manières possibles. Je trouve, quant à moi, extrêmement dommageable qu’à l’heure actuelle si peu de Finlandais veuillent étudier le russe.

- L’apprentissage des langues étrangères commence bien trop tard, en Finlande. Et beaucoup de jeunes en sont durablement désavantagés. (…) Selon une enquête du patronat finlandais 2/3 des entreprises finlandaises auraient besoin de personnels sachant davantage le suédois. Si notre système scolaire oblige à étudier le suédois c’est pour répondre aux besoins des  jeunes, pas pour la minorité svédophone de Finlande.

En effet, un grand nombre d’entreprises finlandaises ont des liens commerciaux avec la Suède et ont besoin de personnels connaissant le suédois dès le recrutement. Il ne s’agit que d’un unique exemple pour montrer à quel point la connaissance du suédois est importante, indispensable même, aujourd’hui et dans l’avenir. La mondialisation et la participation à l’Union Européenne exigent des Finlandais qu’ils sachent de plus en plus - et de mieux en mieux - les langues afin d’être préparés au mieux à un monde où la concurrence se fait de plus en plus âpre.

On ne nous écoute pas suffisamment! / Mia

- A l’école, il faudrait encourager davantage les jeunes à se familiariser avec la politique et les informer sur les façons de peser sur les décisions. Le plus important pour améliorer la culture politique des élèves demeure l’éducation civique. Au niveau du lycée, faudrait-il ajouter un vrai cours de politique pure dans lequel on passerait en revue différentes problématiques politiques ce qui donnerait aux élèves la possibilité d’échanger leurs idées sur ces questions?

- Une question commune à tous les scolaires et universitaires de Finlande est le choix volontaire des langues à apprendre. Les Finlandais de demain désirent et savent choisir pour eux-mêmes la langue qui leur conviendra le mieux. Donc, je ne comprends toujours pas pourquoi les autorités les obligent encore à apprendre une langue parmi tant d’autres. Une solution consisterait à permettre à tous d’apprendre l’anglais tout en choisissant librement la ou les langues suivantes à apprendre, sachant qu’il serait obligatoire de choisir une nouvelle langue en plus de l’anglais.

Fadeur de la politique finlandaise au milieu du flot d’informations sans intérêt sorti des médias / Ani

- A mon sens le monde politique finlandais est “inodore et sans saveur”. Impossible de distinguer les partis politiques les uns des autres. Même chose pour les personnalités politiques. Personne ne m’intéresse. Dans ces conditions, qui pourrait s’intéresser décemment à la politique en Finlande? Il se passe tellement d’autres choses de par le monde…

- Il me semble que bien peu de parents finlandais ont pris la peine d’expliquer à leurs enfants pourquoi il faudrait qu’ils s’intéressent à la politique ou à ce qui se passe dans la société. Cela vient-il du fait que les parents eux-mêmes n’en comprennent pas le sens? Ainsi les problèmes deviennent “héréditaires”. Lors des interviews, les gens répondent souvent qu’ils votent pour la personnalité politique pour laquelle ils ont toujours voté (!). C’est la preuve que ces gens ne réfléchissent pas assez à la société… Et les jeunes prennent souvent en exemple  cette manière de ne pas penser.

- Les médias nous envahissent continuellement d’informations sans intérêt: exploits des stars et bizarreries en tout genre. Le choix des infos est, à mon avis, terriblement faussé ce qui dégoûte des médias les jeunes qui pourraient être motivés et, de ce fait, les écarte des milieux s’occupant des problèmes de politique et de société. Bien rares sont ceux qui arrivent à se sortir de ce flot incessant d’infos.

Le sujet est intéressant mais pas dans le contexte actuel / Nokkis

- Il me semble que ces questions ont déjà été posées régulièrement au cours des dix dernières années ce qui fait que nous en savons déjà suffisamment. Les jeunes Finlandais s’intéressent à leur environnement sociétal et aux composantes de leurs vies et aux diverses influences. Pourtant:

a) ils ne connaissent pas bien les rouages de l’administration et les postes-clés, y compris au niveau local.
b) la structure traditionnelle du système politique avec le partage des pouvoirs, ses processus et les système des partis reste éloigné et partiellement incompréhensible.
- Il serait nécessaire de faire rapidement un effort pour apprendre aux élèves, dans le cadre de l’école, à regarder en face comment leur municipalité fonctionne.

- La question n°2 est assez impossible puisque la totalité de la structure et de l’appareil d’État fonctionne selon un modèle traditionnel fixe duquel il est impensable d’attente une évolution rapide. Il faut regarder du côté des partis et espérer ardemment qu’ils arrêteront un jour de se disputer dans cette langue de bois si gênante à entendre et qu’ils arriveront à communiquer directement, seront enfin capables d’énoncer clairement le type de société qu’ils souhaitent et à quelles conditions.

Franchise / pappa62

- La capacité de l’enfant à être actif se construit à la maison. Quand il entre à l’école, son enthousiasme reste assez haut. Qu’est ce qui cloche dans le système scolaire actuel qui fait qu’au bout de trois ans l’enthousiasme de l’enfant a presque totalement disparu, ou disparaîtra durant les années d’école? De même que l’école suscite un sentiment de passivité et d’obligation, les mêmes sentiments se retrouvent envers la société.

- Aux enfants et plus tard aux adolescents vient le sentiment que leurs opinions est sans valeur, d’abord dans le cadre de l’école, puis, par la suite, dans le cadre de la société. Les nombreuses tâches domestiques alliées à une certaine indifférence renforcent encore cette passivité.

- L’intérêt pour les questions sociales pourraient s’améliorer si l’enfant et plus tard le jeune parvenaient à être écoutés. Il faudrait respecter leurs opinions et les aider à développer leurs idées avec les autres jeunes de leurs génération. Pour aller de l’avant il faudrait aussi qu’il existe un peu plus de franchise: c’est très important. Les adultes aussi sont lassés par ces complots politiques où l’on n’apprend les choses qu’après-coup. Cette façon d’appréhender les choses se transmet automatiquement à la jeunesse.

Dans tous les traitements d’affaires il faudrait de la transparence et la possibilité d’interagir, de façon directe ou par l’intermédiaire d’un représentant. Les opinions fortes exprimées dans le cadre familial se transmettent directement à la génération suivante.
La politique fait partie de cette élaboration de l’opinion.

La politique à l’école / oppilaat

- On dit que la politique n’intéresse pas les jeunes. Mais, en vérité on ne parle pas assez de politique aux jeunes. Il faudrait que la politique devienne une matière d’enseignement. Les jeunes ne connaissent pas la politique et on ne leur demande leurs opinions en la matière que très rarement. S’écartent de cette règle générale les clubs de discussions, les représentants des jeunes, etc… pourtant aussi longtemps que les jeunes n’en savent pas plus, leur intérêt ne peut qu’être assez bas. Par conséquent essayez d’éveiller l’intérêt de la jeunesse et vous verrez sûrement cet intérêt apparaître! 

La question m’intéresse / Just the one

- On écoute assez bien les jeunes à l’école. Pourtant parfois il faudrait aussi les écouter davantage. Il y a souvent un trop grand nombre d’écoliers pour arriver à être écouté.

- Je ne connais pas un seul jeune qui soit intéressé par les problématiques de société, qui exprime une opinion, qui participe ou souhaite devenir candidat à des élections.
- Malgré tout cela, j’aime m’exprimer et discuter à la maison des problèmes de société, par exemple quand ils sont évoqués aux informations.
- A l’école, les cours restent toujours dans une seule et unique ligne. Par exemple pendant le cours d’anglais on ne fait que de l’anglais, de même pour le cours de suédois, etc… Le seul cours où on arrive à parler des affaires sociales et de la politique est le cours d’Éducation Civique.

Voilà sept réactions de jeunes qui, visiblement, s’interrogent sur le contenu et le style de l’école finlandaise. Il nous paraît utile de faire figurer ces réactions ainsi que celles qui suivront d’ici le 15 novembre, date-limite de cette enquête.

Les réponses, comme ici celle de la Ministre Astrid Thors, nous semblent également d’un grand intérêt.

Ce genre de débat n’empêche pas les succès engrangés par le système scolaire finlandais (PISA): il en fait partie et y participe.

     

Liens

Site du projet = otakantaa.fi

Liens utiles:
 
- Vastuut(ON) + Valtikka = www.valtikka.fi (en finnois uniquement)
- Allianssi = www.alli.fi (en anglais) 
- Opetusministeriö = www.minedu.fi (en anglais / Ministère de l’Éducation)
- Opetushallitus = www.oph.fi (en anglais / Agence pour l’éducation)
- Historian ja yhteiskuntaopin opettajien liitto = www.hyol.fi (en finnois uniquement)
- EU:n Youth in Action = ec.europa.eu/youth (en anglais / Commission europ)

Site du Ministère de la Justice = www.om.fi (en anglais)
Contact au Ministère de la Justice: niklas.wilhelmsson@om.fi / Chef de projet

 
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