CultureEconomiePolitiqueSociétéTourisme
Recherche
Entreprendre
Etudier
Travailler
Visiter
Enseignement performant

Société > Education
31-10-06
Auteur : Malika Maclouf
Pisa a acquis au système éducatif finlandais une durable réputation de sérieux. Désormais, les experts de tous les pays n’ont plus qu’une idée en tête : découvrir le secret qui permet à la Finlande de classer son enseignement parmi les plus performants, si l’on en croit les résultats de cette enquête de l’OCDE.
photo : Tero Pajukallio

Depuis son lancement, en 1998, le programme Pisa pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans publie tous les trois ans des évaluations menées dans un groupe de pays. Elles ont porté sur  la lecture et l’orthographe en 2000 (43 pays évalués), et sur les mathématiques et la résolution de problème en 2003 (41 pays).

Les tests prévus cette année dans 58 pays porteront sur les sciences naturelles.

Surclassant les élèves français, les jeunes Finlandais ont, jusque-là, raflé la mise dans toutes les matières, sauf la résolution de problèmes. Et il paraît tentant d’importer de Finlande un onguent miracle pour panser les plaies du système scolaire français. « Il faut toutefois garder à l’esprit l’extrême disparité entre les deux pays, insiste Pascal Moulard, proviseur adjoint au lycée franco-finlandais de Helsinki. La France compte autant d’élèves du premier degré qu’il y a d’habitants en Finlande, et encore autant dans le second degré ! La population finlandaise est très homogène financièrement, sociologiquement. Il n’y a pas d’élèves exclus ni marginalisés par manque d’argent car le matériel est fourni et la cantine est gratuite.

Il n’y a pas non plus de zones « dures » telles qu’on en voit chez nous. C’est difficile de comparer avec la France ! Enfin, l’accès aux études supérieures obéit à une logique radicalement différente dans les deux pays : le bac est encore parfois considéré comme la sanction suprême en France, puisqu’il est le sésame pour l’université. En Finlande, c’est après le secondaire qu’il faut faire ses preuves, au moment de passer des concours d’entrée pour l’enseignement supérieur. »

Il n’empêche, l’école, le collège et le lycée français pourraient peut-être s’inspirer de quelques éléments propres au système finlandais.

« Ici, on ne subit pas d’inspection et cela a favorisé mon innovation pédagogique, vante Estelle Fohr-Prigent, professeure d’histoire-géographie au lycée franco-finlandais. En France, les enseignants veulent à tout prix éviter de déplaire et l’inspection les paralyse. En un sens, elle obère aussi la collaboration au sein de l’équipe enseignante. Cette liberté-là présente toutefois un risque pour les professeurs qui s’affranchissent un peu trop des programmes ou ceux qui allègent exagérément leur charge de travail… »

Une aide personnalisée et systématique

Autre mesure à adapter chez nous, selon la professeure, « cette obligation de faire appel à des enseignants spécialisés dès qu’un élève est en difficulté ». A la demande du professeur de matière, des parents, et parfois de l’élève, peuvent intervenir un tukiopettaja (professeur de soutien) ou un erityisopettaja, sorte de pédopsychiatre spécialisé dans les difficultés d’apprentissage des dyslexiques par exemple, ou des enfants incapables de s’organiser. L’élève peut choisir d’être accompagné par eux pendant la classe ou en-dehors, pendant ou en plus des heures de cours.

Ce dispositif n’est pas sans rappeler les Rased, ces Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté, instaurés en France en 1990, mais dont la portée semble limitée par la lourdeur de leur mise en œuvre, la faiblesse de la prise en charge offerte et la méfiance dont ils font l’objet de la part de certains enseignants y voyant une menace à leur indépendance (1).

Le soutien scolaire finlandais est, pour sa part, tout à fait institutionnalisé et en moyenne, 1 élève sur 20 y a recours. Les 3 enseignants spécialisés placés à temps plein au lycée franco-finlandais d’Helsinki suffisent à peine aux mille élèves du primaire et du secondaire. « Nous avons aussi un 4e enseignant spécialisé, détaché auprès d’un élève en grande difficulté par la ville dont celui-ci est originaire, pour l’accompagner à temps plein », s’émerveille Pascal Moulard. « L’idée est de ne jamais laisser un élève couler seul, d’éviter de faire peser sur lui tout le poids de la faute, ajoute Estelle Fohr-Prigent. Et l’on admet que l’enseignant ne puisse pas tout faire tout seul. En France, les retardataires sont plutôt stigmatisés. »
Le système a ses limites, bien sûr :

« Les professeurs de soutien, bien souvent, ne connaissent rien à la matière, lui répond le proviseur adjoint. Et l’on peut quelquefois s’interroger sur l’efficacité de cette méthode qui consiste, en somme, à isoler l’élève en difficulté : ceux qui ont recours au soutien ne rattrapent jamais leur retard, en fin de compte. Ca valorise les élèves, c’est sûr, mais c’est parfois de l’acharnement pour éviter à tout prix le redoublement. Et puis s’appliquer à ne laisser personne derrière implique souvent de niveler la classe par le bas. En fin de compte, les meilleurs élèves s’ennuient ! »

Un élève autonome, placé au cœur du système


L’enseignement français pourrait tout de même « s’inspirer de cette place donnée à l’élève, davantage mis en valeur, poursuit Pascal Moulard. Le corps enseignant n’est pas là pour l’écraser avec du contenu à ingurgiter. Il l’aide au contraire à s’épanouir, à se construire. Cela passe par la valorisation des savoirs-faire, notamment, car dans la conception finlandaise, la formation doit rester en prise directe avec la vie. Ainsi, en Finlande, il n’y a rien d’infâmant à choisir une filière professionnelle » et plus du tiers des élèves choisissent cet enseignement-là à l’issue des 9 ans de scolarité obligatoire (correspondant à la fin du collège en France). « Les enseignements manuels et artistiques bénéficient d’une attention particulière et je trouve ça bien qu’ils sachent cuisiner ou coudre », ajoute encore Estelle Fohr-Prigent.

Pour s’assurer que l’élève reste au cœur du système, la Finlande a choisi de décentraliser à la fois l’application des programmes et le financement des établissements scolaires. Cela permet de s’adapter aussi finement que possible à la situation locale. « Cette liberté nous surprend, note Pascal Moulard, mais elle constitue peut-être la force de ce système. »

Cette conception implique aussi de faire participer les élèves autant que possible. Le système scolaire finlandais applique pour cela la « philosophie de la tâche » : les élèves apprennent à s’acquitter d’un objectif pour lequel on leur a fourni les outils nécessaires. « Au lieu de leur fournir un diagramme, par exemple, je leur confie les données, leur explique ce que le diagramme doit indiquer et c’est à eux de s’en débrouiller », indique Estelle Fohr-Prigent. Ils peuvent aussi organiser une exposition sur le climat, pour laquelle il leur aura fallu collecter des données, prendre des photos, recourir à l’informatique, etc.

 
Manque d’ambition

D’aucuns estiment toutefois que le système pêche par manque d’ambition : si les élèves acquièrent des savoirs en évitant les cours magistraux à l’ancienne, ils « ne bénéficient pas toujours d’une ouverture culturelle riche, diversifiée, et surtout critique, estime Pascal Moulard. Les outils qu’on leur donne sont souvent trop limités. » Entre 7 et 14 ans, les petits Finlandais passent 5 523 heures sur les bancs de l’école, contre 7 544 pour leurs homologues français. « Pendant ce supplément d’heures, les Français emmagasinent des connaissances que n’auront jamais les élèves Finlandais, assez démunis pour exprimer leur point de vue sur des œuvres ou des textes d’idées et souvent peu à l’aise avec l’histoire ou la géographie planétaire », remarque le proviseur adjoint. Le système français ne serait même pas plus onéreux puisque dans le secondaire, un élève coûterait 8 653 dollars par an, contre 7 400 pour un Finlandais, pour un nombre d’heures de cours bien supérieur.

« Mais c’est tout de même ce système-là qui rend les jeunes parfaitement autonomes, insiste Pascal Moulard. Nous fonctionnons sans surveillants dans le lycée; imaginez un peu ce que cela donnerait en France… » L’enseignement français devrait sans doute s’inspirer de l’auto-évaluation des élèves, pratiquée systématiquement en Finlande. « Il faudrait généraliser chez nous, dans toutes les matières, un outil comme le Portfolio européen que connaissent bien les professeurs de langues. Il permet à l’élève d’effectuer un bilan des compétences acquises, de constater ce qu’elles lui permettent de faire, et ce qu’il lui reste à apprendre. En France, trop d’élèves se découragent faute de bien connaître les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. L’élaboration et l’adaptation de ces documents d’auto-évaluation est un travail considérable pour les enseignants, mais il en vaut la peine ! » Les élèves  finlandais savent ainsi mettre l’accent sur les matières qui les intéressent en vue des concours d’entrée à la fac ou dans les écoles polytechniques et l’enseignement  supérieur finlandais attire des élèves bons et motivés.


Formation continue

Enfin, le système finlandais présente un indéniable point fort : l’existence de filières de formation continue de qualité, accessibles à tous car beaucoup moins onéreuses que leurs homogues françaises. « En Finlande, on considère que la formation doit se poursuivre tout au long de la vie, analyse Pascal Moulard. Le bac n’est pas considéré comme une sanction et on ne demeure pas tout au long de son existence la personne qui a passé un diplôme dans sa jeunesse : on change de casquette assez souplement au fil de son parcours. »

Bien sûr, rien n’est transposable tel quel : les situations des pays sont trop radicalement différentes –ce qui n’a pas empêché la ville de Shangaï, dit-on, de se lancer dans un vaste plan d’importation du système éducatif finlandais en bloc, programmes scolaires compris….

 

Liens

1 Sur les RASED, voir : daniel.calin.free.fr/rased.html et www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3

 
Vos commentaires
Vous souhaitez réagir sur cet article, écrivez-nous.
Retour à la liste

Sites en vue

National board of education

Ministry of education Finland

Ecole suèdoise à Paris


 
Essentiel de la Finlande
 
  Février
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
             
             
 
 
 
 
free tutorials