| Jenni: visage de la police finlandaise |  |
En Finlande on ne voit presque jamais de policiers en uniforme car la police circule discrètement en voiture ou en moto. À y regarder de plus près, la police finlandaise accompagne davantage qu’elle ne réprime. Il nous a semblé qu’une femmes agent de police était la plus à même d’expliquer ce rôle particulier joué par une police nordique. C’est le portrait n° 2 dans la série des professions exercées par des femmes.
Grande, mince et blonde, Jenni Saari incarne la Scandinave-type. Au premier coup d’oeil, on pourrait l’imaginer mannequin ou actrice… si notre rencontre ne se passait dans un commissariat de police et si Jenni ne portait pas l’uniforme bleu marine des forces de police de Finlande.
Dès le début de l’interview elle explique pourquoi elle fait ce métier, pourquoi, peu après, elle partira dans son car de police, au lieu de pousser la porte d’un studio de cinéma ou de photo: “Depuis que je suis toute gosse j’ai eu en tête uniquement deux métiers que je voulais faire: ou bien professeur d’éducation physique, ou bien policier. Et c’est cette dernière profession que j’ai choisie, d’abord parce que je suis très sportive, ensuite parce que je veux aider les autres, leur être utile”, annonce Jenni Saari, d’une voix ferme, pleine d’énergie.
Elle a 29 ans et décrit son parcours depuis la sortie du lycée. Immédiatement après son baccalauréat elle a fait son service militaire (la conscription existe toujours en Finlande) en tant que volontaire, près d’Helsinki, à Upinniemi: “On était en 1999, je sortais du lycée et quand je suis partie pour la caserne j’ai soudain eu peur d’être la seule fille volontaire. Je me suis dit que si j’étais la seule je laissais tomber! En réalité, nous étions une vingtaine, donc c’était très bien! Je suis restée mais il y avait 300 garçons avec nous, quand même!” | Les femmes calment le jeu |  |
Sortie de l’armée, Jenni travaille deux ans dans une compagnie de sécurité à l’aéroport de Helsinki-Vantaa. Ensuite elle fait 2 ans et demie de formation police: à Tampere (3ème ville de Finlande) pour un an d’études puis “en paire”, sur le terrain, accompagnée par un policier plus expérimenté.
Suite à cette première période elle est retournée à l’école de police pour un mois. Ensuite elle est repartie sur le terrain pendant six mois pour être évaluée. Enfin elle a obtenu son diplôme de policier, après quelques semaines supplémentaires de cours. La formation d’un policier finlandais inclut des tests psychologiques et une approche approfondie des relations sociales: “La police bénéficie d’une image très positive en Finlande. C’est un métier dont rêvent même les petites filles. Nous revenons de loin car pendant longtemps la police avait mauvaise réputation et les policiers finlandais étaient exclusivement craints. Maintenant ils sont proches des gens et sont vus plutôt comme des “sauveurs” incarnant des valeurs d’humanité, des gens avec lesquels il est possible de discuter, de s’expliquer. Les citoyens font confiance à leurs policiers”, affirme Jenni.
En Finlande les policiers en uniforme circulent toujours par paire: “Parfois nous sommes trois si un collègue est indisponible et que son partenaire se retrouve seul. Le principe de base est de ne jamais se retrouver seul. Je pense que l’idéal serait d’avoir un homme et une femme pour composer une paire, propose-t-elle. En effet, quand il y a deux femmes dans une patrouille, les “clients” ne les prennent pas suffisamment au sérieux:
“Malgré cela, des hommes, même ivres, n’oseront jamais frapper une femme-policière: la présence féminine les calme incontestablement. Alors que deux policiers-hommes provoqueront davantage l’agressivité et certains “clients” auront la tentation de se mesurer à eux pour tester leur force!” | À l’encontre de certains préjugés russes |  |
Dans la région d’Helsinki, quels types de missions reviennent le plus souvent?:
“Deux principalement: nous sommes appelés à cause des vols avec violence, à main armée parfois, dans les commerces surtout et c’est un phénomène en recrudescence et tout-à-fait nouveau en Finlande. Plus classiquement, les soirs, nous séparons les buveurs ivres”, répond Jenni. Autre phénomène nouveau: l’arrivée des drogues en Finlande. Pour les accidents de la route, la police ne touche pas aux victimes:
“C’est le travail des ambulanciers automatiquement prévenus en même temps que nous. Pour nous il s’agit de réguler la circulation afin que le trafic retourne à la normale. Nous faisons aussi notre rapport pour établir les responsabilités et faisons souffler dans le ballon tous les protagonistes de l’accident pour nous assurer qu’ils ne sont pas sous influence d’alcool ou de drogue.
“ La police est aussi appelée fréquemment en cas de disputes conjugales avec violences: “En l’occurence il est bon que nous soyons un homme et une femme, chaque policier constatant les blessures des “clients” de son sexe.” Ce partage des tâches est indispensable lorsque la religion du couple interdit à la femme de se montrer à un autre homme. Jenni révèle qu’avec les immigrés, de plus en plus nombreux en Finlande, il s’agit aussi de faire évoluer l’image que ces nouveaux arrivants peuvent avoir de la police, image venant de leur pays d’origine:
“Par exemple avec les immigrés venus de Russie (au nombre de 35.000 actuellement, groupe le plus important en Finlande) ou d’Afrique, nous avons un travail d’explication considérable à effectuer pour effacer l’idée de répression et de violence qu’ils ont de la police” | Moments de tristesse et de bonheur |  |
Quand on demande à Jenni quel a été le moment le plus douloureux de sa carrière, elle répond étrangement: “Un soir de Noël!” Ce soir-là sa patrouille avait été appelée pour régler une dispute familiale: le père de famille, alcoolique invétéré, avait frappé son épouse une fois de trop et ses filles, comme elle s’y étaient engagées, ont défendu leur mère en se servant d’un grand couteau de cuisine. Elles avaient frappé leur père et il était assez gravement atteint:
“C’était incroyablement triste: quand nous sommes arrivés, il y avait du sang partout et tout le monde pleurait et criait, le tout sur fond de décorations et de chants de Noël qui passaient sur une radio ou une télé que personne n’avait évidemment songé à éteindre”, s’assombrit-elle. Et puis, il y a également les moments de bonheur:
“Pour nous c’est toujours extrêmement gratifiant de retrouver un enfant égaré, que ses parents ont déjà cherché pendant de longues heures. Il faut voir le soulagement des parents au moment où on retrouve le gosse pour bien saisir l’émotion… C’est dans ces instants-là que je me sens vraiment heureuse de faire ce métier-là!”, lance-t-elle. Une précision: la grande liberté dont bénéficient les enfants finlandais et l’omniprésence de la forêt font que presque chaque semaine des enfants arrivent à se perdre “dans la “nature”, au sens propre de l’expression. | Policier à 70 ans? |  |
A l’instar des policiers français, Jenni Saari cite la solidarité que partage les policiers entre eux comme un des côtés les plus forts de ce métier: “Mais toujours dans le cadre de la loi!”, précise-t-elle. Ajoutant: “Étant donné que nous passons beaucoup de temps entre nous les mariages entre policiers ne sont pas rares.”
Pour Jenni, la grande variété des missions et les défis qu’elles supposent sont aussi autant de points forts de la profession. En revanche, la face sombre en est le caractère épuisant, mentalement, de certaines missions, le sentiment d’urgence permanente et la modestie des salaires (voir encadré): “Entretenir sa forme physique aide à tenir. Personnellement, je consacre presque tout mon temps de libre à faire du sport: par exemple, avec un groupe de coureurs de la police, nous nous entraînons pour le prochain marathon de Berlin, l’automne prochain. Je fais aussi du roller-skate, du vélo, de la gymnastique et du body-building”.
Une manière de ne pas penser à l’âge de la retraite: pour les policiers finlandais la retraite arrive relativement tard, à 63 ans, comme dans les autres professions: “On a le sentiment qu’on n’arrivera jamais à prendre sa retraite puisque maintenant on repousse constamment l’âge-limite. Et, très franchement, ça serait un peu ridicule si nous devions encore faire la police à 70 ans!” INFOS SUPPLÉMENTAIRES: |  |
- Site de la police finlandaise, en anglais et en français (version plus courte): www.poliisi.fi
- Entre 20 et 25% de femmes dans la police finlandaise. Des chiffres en hausse constante, pourtant “la police restera un métier d’hommes”, selon Jenni Saari.
- La police finlandaise forme des policiers estoniens. - Les échanges se font avec la police suédoise. - Contrairement à la France, les motards-policiers finlandais opèrent seuls (“ils sont pourvus d’un équipement tellement sophistiqués qu’en cas de besoin un collègue peut en rejoindre un autre très rapidement”, explique Jenni).
- En conséquence des crises récentes de Jokela et Kauhajoki (fusillades dans deux établissements scolaires), des policiers du monde entier sont venus constater et se renseigner sur la façon dont les autorités finlandaises avaient géré ces deux crises. Là encore, la police finlandaise a été dotée d’une mission d’ouverture sur l’international.
Organisation de la police finlandaise:
Grades:
- agent débutant - jeune agent - agent titulaire (quand passé par l’école de la police), c’est le grade de Jenni Saari (vanhempi konstaapeli) - Ensuite pour passer yli-konstaapeli et commissaire, il faut passer les examens.
Zones géographiques:
Helsinki se divise en 4 zones = Itäkeskus, Malmi, Centre et Pasila. Début 2010 on réunifiera Malmi et Itäkeskus.
En situation normale, les patrouilles s’occupent de leur propre zone. Mais passent dans les autres zones, si la situation l’exige.
Durée du temps de travail :
- Les agents de terrain ont 3 tours de travail sur trois semaines = 114,45 heures de travail soit 38 heures 15 / semaine. - Par semaine on peut utiliser 2 heures de temps de travail pour faire du sport, si la situation générale le permet.
- Salaires: 1700 euros > 3940 euros. Jenni Saari gagne entre 2200 et 2300 euros par mois incluant les compensations pour les soirées, les nuits et les dimanches.
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