Derrière chaque arbre de Finlande se cacherait-il un pilote automobile talentueux ?
Ari Vatanen, Timo Salonen, Tommi Mäkinen, Markku Alén, Keke Rosberg, Mika Häkkinen ou encore Kimi Räikkönen : depuis trente ans, Rallye et Formule 1 réussissent plutôt bien aux Finlandais. Le nouvel espoir s’appelle Heikki Kovalainen.
Mercredi 6 septembre 2006. Sans surprise, Flavio Briatore, directeur technique de Renault, annonce que Fisichella et Kovalainen seront, pour la saison automobile 2007, les fers de lance de son écurie. Le constructeur français a donc privilégié la solution interne et puisé dans son riche vivier en designant le Finlandais qui s’occupait, depuis 2004, des essais privés. A son compteur : 28.000 kilomètres de tests pour le compte de Renault F1 Team. Certains observateurs s’inquiètent de l’inexpérience du jeune coureur. Pourtant, son histoire personnelle et son parcours professionnel plaident largement en sa faveur.
Heikki Kovalainen est né le 19 octobre 1981 à Suomussalmi, bourgade située à proximité de la frontière avec la Russie, et haut lieu de la guerre d’Hiver russo-finlandaise (1). Il touche son premier volant à l’âge de six ans, après avoir emprunté le kart d’un copain. Selon ses dires, il s’agit d’un véritable coup de foudre pour le pilotage, et le détonateur d’une belle aventure.
Heikki fait ses débuts en karting à dix ans. Issu d’un milieu modeste (son père est chauffeur de bus, sa mère vendeuse de bougies), il est pourtant soutenu par ses parents dès ses premières courses sur les goudrons finlandais. A partir de 1998, il effectue déjà quelques sorties internationales lors des Championnats d’Europe. Le karting lui permet de se faire les dents et il s’impose rapidement au niveau national et international. 2000 est une année faste : sacré pilote de l’année en Finlande, il termine 1er du championnat de Scandinavie, 3ème du championnat du monde et remporte les Elf Masters de Bercy.
Dans un premier temps, à l’instar de ses compatriotes Timo Salonen (2) et Tommi Mäkinen (3), le Finlandais est attiré par le rallye et son ambiance incomparable. D’ailleurs, son modèle s’appelle Markku Alén, victorieux à 19 reprises lors des Championnats du monde, dans les années 1970 et 1980. Heikki met en avant ses qualités d’attaque, une mentalité de gagnant et sa volonté de ne jamais renoncer.
Cependant, lorsqu’il quitte les pistes de karting, c’est pour se tourner vers la monoplace via la Formule Renault. En 2001, il finit 4ème du Championnat de Formule Renault Grande Bretagne en tant que meilleur rookie (4) avec deux victoires, deux pôles position et trois meilleurs tours. L’année suivante, il hausse encore son niveau et s’aventure en Formule 3 anglaise. Les résultats suivent : il finit 2ème lors de son premier Grand Prix, à Macau, et termine 3ème du championnat avec cinq victoires, trois pôles position et deux meilleurs tours. Sa route vers les sommets est toute tracée…
Conduire une Formule 1 est un rêve depuis l’enfance, et devient un objectif réaliste à partir de 2002, année où Heikki intègre le Renault Driver Development Programme (programme créé en 2002 et destiné à de jeunes pilotes talentueux, afin de faire gravir aux plus prometteurs d'entre eux tous les échelons du sport automobile). En progression constante, Kovalainen s’inscrit aux World Series de Nissan où il se classe 2ème en 2003 et 1er en 2004. Le coureur finlandais affiche déjà un fort potentiel qui ne manque pas d’interpeller les spécialistes.
En 2005, avec l’écurie Arden, il participe à une nouvelle série monotype : le championnat de GP2, antichambre de la Formule 1 et véritable tremplin pour les jeunes pilotes. Résultat : Heikki termine 2ème de l’épreuve avec cinq victoires à son actif, juste derrière son compatriote Nico Rosberg. Pendant toute la durée de la compétition, il se fait remarquer par son style de conduite, son sens tactique et ses réflexes.
En avril 2006, il rejoint Renault F1 Team en tant que pilote d’essai, comme son compatriote Kimi Räikkönen quelques années auparavant. Les ingénieurs de la firme vantent ses qualités de transmission des informations techniques et sa capacité à apprendre très vite, et voient en lui l’un des espoirs pour les futurs championnats de F1.
Néanmoins, lorsque Renault a annoncé que Kovalainen remplacerait Alonso l’an prochain, les premières critiques n’ont pas tardé. Le constructeur français savait depuis longtemps qu’il perdrait son champion du monde Alonso. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour recruter son remplaçant ? Ensuite, certains observateurs font remarquer que le jeune pilote d’essai n’a aucune expérience en Grand Prix. D’ailleurs, sa dernière course remonte au mois d'octobre 2005, lors de l’ultime week-end de GP2, à Bahreïn.
Face à ses détracteurs, Flavio Briatore reste de marbre. Le directeur de Renault (qui vient d’ailleurs de renouveler son contrat pour 2007 et 2008) a une confiance totale en son poulain : « Heikki a fait un travail fantastique cette année. Il connaît la voiture, il connaît l’équipe et après un an en tant que troisième pilote, on peut dire qu’il connaît l’univers de la Formule 1, du point de vue technique bien entendu, mais aussi en ce qui concerne le marketing, les relations presse et tout ce qui s’y passe […] Heikki est un futur talent de la Formule 1 […] De notre point de vue, nous ne perdons pas un pilote qui a décroché un titre mondial, au contraire, nous écrivons une nouvelle page de l’histoire avec un futur champion […] Nous pensons que les jeunes pilotes doivent avoir leur chance. Nous l’avons déjà fait par le passé avec un jeune Espagnol nommé Alonso et cela s’est plutôt bien passé. Maintenant, le challenge est d’être capable de refaire la même chose. » (5)
De son côté, même s’il ne figure sans doute pas parmi les favoris, Heikki voit la saison prochaine comme un nouveau départ. Ses objectifs ? Dans un premier temps, terminer sa première course, ensuite marquer des points et progresser tout au long de l’année.
En France, le jeune Finlandais s’est fait connaître auprès du public après sa victoire surprise de la Course des Champions, à l’hiver 2004, au Stade de France. Devant Michael Schumacher. Son engagement au sein de l’écurie française devrait rapidement accroître sa popularité dans l’hexagone. En attendant, Heikki doit déjà répondre aux nombreuses sollicitations des journalistes. Ce qui ne semble pas pertuber ce jeune homme réputé sympathique, jovial et, selon ses propres dires, un tantinet charmeur. Reste à savoir si ce fan d’hélicoptères (il est titulaire d’un brevet de pilotage) et du coureur moto Valentino Rossi, arrivera à faire oublier Fernando Alonso, plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1. Un exemple à suivre ? | Repères : |  |
2000 : Champion de Scandinavie de Karting. 2001 : Formule Renault Grande Bretagne (4ème – meilleur rookie). 2002 : Formule 3 Grande Bretagne (3ème). Intègre le Renault Driver Development Programme. 2003 : World Series by Nissan (2ème). 2004 : World Series by Nissan (champion). Vainqueur de la Course des Champions (Stade de France). 2005 : GP2 (2ème) – Pilote-essayeur F1 chez Renault. 2006 : 2ème pilote Renault officialisé pour la saison 2007 (avec Giancarlo Fisichella).
1. L’Armée rouge connut là-bas l’une de ses plus grosses défaites militaires lorsque la 44e division d’infanterie soviétique fut presque intégralement détruite par une poignée de soldats Finlandais. 2. Champion du monde des rallyes en 1985 sur Peugeot 205. 3. Champion du monde des rallyes de 1996 à 1999 sur Mitsubishi Lancer. 4. Terme anglais signifiant « débutant » ou encore « néo-professionnel ». 5. www.eurosport.fr/formule1/saison/2007/sport_sto958683.shtml.
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