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Roms de Finlande

Société > Population
03-11-08
Auteur : Damien Lecarpentier
Avec une population d’environ 10000 personnes, les Roms (Romaanit) constituent la première minorité ethnique de Finlande.

Les Roms de Finlande appartiennent au groupe des Kaale. Originaire des Balkans, ils sont arrivés dans le royaume de Suède au 16ème siècle, et ont commencé à peupler la partie Est du royaume – la Finlande – au 17ème.

Durant la première moitié du 20ème siècle, les Roms de Finlande ont fait l’objet d’une politique d’assimilation. A partir des années 1960, ils ont progressivement vu leur identité culturelle reconnue et ont acquis de nouveaux droits dans le cadre de la politique de protection des minorités mise en place par le gouvernement finlandais.

Si la situation des Roms de Finlande s’est considérablement améliorée depuis, de nombreux efforts restent encore à faire pour que cette minorité puisse trouver pleinement sa place en Finlande.

La politique d’assimilation des Roms en Finlande

« Dès le 16ème siècle, lorsque les Roms ont commencé à s’installer dans les pays du nord, ils ont été perçus de manière ambivalente par les populations locales », analyse Panu Pulma, historien à l’université de Helsinki et auteur d’un récent ouvrage sur la politique nordique à l’égard des Roms (1) :

« D’un côté, de part les activités qu’ils exerçaient en tant que commerçants ambulants – les Roms vivaient à cette époque principalement du commerce de leurs productions artisanales et de leurs activités de diseurs de bonne aventure - ils rendaient certains services à la population et réussirent à créer des liens avec les municipalités ; mais de l’autre, leur mode de vie dérangeait. Leurs croyances étaient suspectes aux yeux des autorités religieuses, et leur nomadisme était incompatible avec des Etats qui avaient besoin de contrôler la population et de pouvoir la mobiliser rapidement pour les guerres ».

La question rom ne fait cependant pas à cette époque l’objet d’un traitement spécifique. Elle est noyée dans la politique plus large de lutte contre le vagabondage. Ce n’est qu’à partir de la fin du 19ème siècle que des politiques d’intégration, puis d’assimilation, de cette minorité sont pensées, notamment en Finlande.

« Il faut remettre cette volonté d’assimilation dans le contexte de l’époque, en tenant compte de la spécificité de la question Rom en Finlande et du contexte national », souligne Panu Pulma : « Alors que dans les autres pays nordiques, les Roms se sont progressivement mélangés à d’autres groupes venus des vagues successives d’immigration – ce qui fait que la communauté rom avait pratiquement disparue en tant que telle dans ces pays – la population rom de Finlande est restée très homogène, ethniquement et linguistiquement.

Au sein d’une jeune nation comme la Finlande, qui était à cette époque à la recherche de valeurs communes sur lesquelles elle pouvait fonder son identité nationale, la question de la minorité rom soulevait donc des enjeux particuliers ».

Dans les années 1890, un Comité chargé de réfléchir sur la politique à adopter à l’égard des Roms est crée, et préconise de rassembler les enfants Roms dans des écoles, afin de leur enseigner les valeurs civiques et religieuses finlandaises, mais aussi afin de leur faire abandonner leur langue, le romani:

« L’idée était que par l’éducation, les Roms abandonneraient peu à peu leur style de vie, qui posait problème pour de nombreux finlandais. On pensait pouvoir ainsi créer une nouvelle génération de Roms. On pensait aussi qu’en abandonnant leur langue, les Roms perdraient aussi leur culture et se fondraient ainsi dans la population, ce qui était l’objectif à long terme », affirme Pulma.

Certains hommes politiques, sensibles à la question linguistique, dans une Finlande qui se battait elle-même pour son indépendance nationale, se montrèrent cependant réticents à l’idée d’éradiquer une culture de la sorte. La Finlande était par ailleurs occupée par d’autres problèmes plus importants à cette époque et les idées du Comité ne reçurent finalement pas d’application concrète immédiate. Le traitement de la question rom fut laissé à la discrétion des municipalités et des autorités locales.

Après la seconde guerre mondiale la question Rom se pose à nouveau, dans un contexte différent. La Finlande a perdu la guerre et doit abandonner la Carélie aux Russes. Or, une grande partie de la population rom vivait dans cette région. S’ensuit alors un exode massif et une détérioration brutale des conditions de vie de beaucoup de Roms, qui s’agglutinent dans des bidonvilles à la périphérie des grandes villes.

Face à ce nouveau problème social, la Finlande décide alors de placer les enfants dans des foyers – parfois avec l’assentiment des familles, mais aussi parfois de force. Avec l’appui de certaines associations roms comme Romano Missio, et sous le pilotage du Comité Consultatif sur les Affaires Roms, créée en 1956, cette politique sociale sert en même temps les velléités assimilationistes de l’Etat. Il s’agit aussi, en plaçant les enfants dans des foyers, dans lesquels  le romani est interdit, d’inciter les Roms à changer de mode de vie. Cette politique durera des années 1950 aux années 1970, et on estime aujourd’hui qu’environ la moitié de la population adulte actuelle a passé une partie de son enfance dans ces foyers.

Vers une reconnaissance  identitaire et culturelle des Roms

Dans les années 1960, un changement de politique s’amorce. Le traitement de la question rom par les autorités et la passivité des organismes existants à l’égard de la situation des Roms font l’objet de critiques de plus en plus vives au sein de la minorité.

De nouvelles associations se créent, à l’instar de l’Association des Roms de Finlande (Suomen Romaniyhdistys) en 1967, qui reprend le combat associatif jusque là essentiellement mené par des associations religieuses plus ou moins pilotées par l’Etat, en le déplaçant sur le terrain des droits civiques et de la reconnaissance de l’identité culturelle des Roms.

Les Roms de Finlande prennent exemple sur les mouvements des minorités qui émergent un peu partout à travers le monde à cette époque et, à un niveau plus local, sur leurs voisins suédois, qui bénéficient de conditions de vie plus enviables.

Les Roms s’emparent ainsi eux-mêmes de la question rom. Ils demandent à être représentés dans les organes institutionnels et font leur entrée au sein du Comité consultatif sur les Affaires Roms en 1968 qui, à partir de cette date, ne sera plus dirigé que par des représentants de la communauté rom.

Sous l’impulsion du nouveau Comité, on assiste au développement des études sur la condition des Roms en Finlande, et surtout à la mise en place d’un programme ambitieux de logement en faveur de cette minorité, avec notamment l’octroi aux Roms de prêts préférentiels pour l’accès à la propriété.

A partir des années 1990, la Finlande se dote d’un arsenal législatif destiné à protéger ses minorités. Les Roms sont reconnus comme minorité ethnique et obtiennent de nouveaux droits.

En 1995, un amendement constitutionnel leur garantit le droit – ainsi qu’aux Sâme et aux autres minorités du pays – de préserver et de développer leur culture et leur langue.

Des dispositions sont également prises pour faciliter l’enseignement du romani comme langue maternelle au sein du système éducatif, et un Comité de la langue romani est crée.

La Finlande ratifie également au cours de la décennie la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, et la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales. Par ces deux traités, la Finlande reconnaît les Roms comme minorité nationale de Finlande, et le romani comme langue minoritaire nationale.

Une situation qui reste préoccupante

Si les progrès législatifs ont considérablement amélioré la situation de la minorité rom en Finlande, la politique d’assimilation a laissé des séquelles, notamment au niveau de la langue, que les nouvelles générations ont peu à peu abandonnée.

« On a perdu beaucoup de personnes parlant le romani comme langue maternelle. Les jeunes, en particulier, ne le parlent plus beaucoup », souligne Sarita Friman-Korpela, Secrétaire Générale du Comité consultatif sur les Affaires Roms. « L’Etat finlandais est prêt à faire beaucoup d’efforts, y compris financiers, pour préserver le romani, mais on manque de professeurs et de matériel éducatif dans cette langue ».

La politique de logement entreprise à partir des années 1960 a permis d’améliorer sensiblement les conditions de vie des Roms : « Au niveau du logement, la situation des Roms en Finlande est bien meilleure que celles des Roms des autres pays européens. La plupart des Roms ont des conditions de logement comparables à celles de leurs concitoyens », affirme Friman-Korpela.

Cependant, l’augmentation des loyers et la persistance des préjugés à l’égard des membres de la minorité rom font qu’il est aujourd’hui toujours plus difficile de se loger pour un Rom que pour les autres finlandais.

Les Roms ont par ailleurs un taux d’emploi très largement inférieur à celui de la moyenne nationale: « Les Roms subissent encore des discriminations sur le marché du travail, particulièrement les femmes, lorsque celles-ci ont décidé de garder le costume traditionnel. Certains abandonnent l’idée de trouver un emploi face à la peur de la discrimination et des préjugés », souligne Friman-Korpela.

« Il y a aussi le fait que les Roms possèdent un plus faible niveau d’éducation et de qualification par rapport au reste de la population, ce qui ne facilite pas leur embauche », ajoute-t-elle.

Le taux d’échec scolaire est en effet encore très élevé au sein de la population rom. On a longtemps affirmé que les enfants roms n’étaient pas encouragés par leur parents, que ceux-ci étaient sceptiques à l’égard d’un système scolaire perçu comme hostile à leur culture.

« Je pense que les Roms doivent aujourd’hui avoir davantage confiance dans le système scolaire », affirme Friman-Korpela. « D’un autre côté, il reste encore beaucoup d’efforts à faire pour faciliter l’intégration scolaire des Roms. Les enseignants ne connaissent généralement pas grand chose des Roms. Il ne savent rien de leur culture, de leur mode de vie ou de leurs habitudes. On est en train de mettre en place des cours sur la culture des Roms dans le programme de formation des enseignants. La solution aux problèmes des Roms passera par le développement de la compréhension et de la confiance mutuelle entre les Roms et le reste de la population ».

Joakim Eskildsen

Les photos de cet article sont de l’artiste danois Joakim Eskildsen (né en 1971).

Il a photographié des communautés Roms en Europe et en Inde. Entre 2000 et 2006, Joakim Eskildsen a effectué de nombreux voyages à la rencontre des Roms. Il a ainsi réalisé des reportages photographiques, complétés par des entretiens effectués par l’écrivaine finlandaise Cia Rinne, qui l’a accompagné dans tous ses voyages.

La plupart de leurs rencontres n’étaient pas planifiées à l’avance. L’ouverture aux opportunités qui surgissaient au cours de leur périple leur a permis d’entrer directement en contact avec des Roms. Ils ont ainsi pu observer leur vie quotidienne et prendre connaissance de leur culture. Le résultat de leur travail a été publié en 2007 sous la forme d’un livre paru aux éditions Steidl et intitulé The Roma Journeys by Joakim Eskildsen and Cia Rinne.

Les photographies de Joakim Eskildsen montrent quelques représentants des communautés Roms finlandaises dans leur environnement quotidien. La série comprend quelques paysages, mais l’accent est mis sur l’humain.

www.joakimeskildsen.com




1 Panu Pumla, Suljetut ovet. Pohjoismaiden romanipolitiikka 1500-luvulta EU-aikaan, Suomalaisen Kirjallisuuden Seura, Helsinki, 2006 [un résumé de l’ouvrage en anglais accompagne le texte en finnois]


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