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Portrait: les Français de Finlande

Société > Mode de vie
21-07-08
Auteur : Damien Lecarpentier
Résident finlandais depuis 2005, Jean-Philippe Jehan enchaîne depuis quatre ans les saisons hivernales en Laponie, en tant que guide. Une région et un métier qu’il a découvert…par hasard.

Français de Finlande 

« La Finlande parce que c’était pas loin de la Russie »

Son DEUG de psycho en poche, Jean-Philippe souhaitait prendre une année pour partir à l’étranger. Il voulait aller en Russie mais le programme d’échange Erasmus de son université caennaise ne lui proposait au nord que la Suède ou la Finlande : « J’ai choisi la Finlande, parce que c’était pas loin de la Russie. L’université avait un accord avec la ville de Joensuu. J’ai regardé sur la carte et j’ai vu que c’était seulement à 80 km de la frontière russe. Je me suis dit au moins c’est pas loin, et c’est comme ça que je me suis retrouvé la première année, en 2003, à Joensuu, au nord de la Carélie ».

Arrivé à Joensuu, Jean-Philippe découvre les joies de l’automne et de l’hiver finlandais : « C’était un peu bizarre. On m’avait dit qu’il y aurait plein de neige mais en fait y’en avait pas. On ressortait de l’amphi à deux heures et il faisait nuit. C’était assez dur au début ». Jean-Philippe fait cependant connaissance avec les autres étudiants Erasmus de la ville et avec la population locale, découvre la nature finlandaise, les chalets en forêt, le sauna, et même la chasse à l’élan, dont il garde cependant un souvenir mitigé : « En tant qu’étudiant, j’avais une sorte de famille locale qui me parrainait pendant le séjour. Le grand-père de la famille m’a un jour proposé d’aller chasser l’élan avec son club de chasse, à Liperi. On est donc parti à la chasse ; je m’attendais à ce qu’on se ballade en forêt, j’y allais surtout pour ça, mais en fait, les chasseurs ont quadrillé la forêt et ont passé la journée à attendre l’élan sur leur chaise pliante ! »

Coup de foudre lapon

Sa rencontre avec la Laponie doit encore une fois au hasard : « Des amis avaient loué une voiture pour partir visiter le nord du pays. Il leur manquait une personne et donc je me suis retrouvé embarqué avec eux. On est parti visiter la Laponie et là ça a été le coup de foudre. Je suis tombé amoureux d’un paysage sur la rivière Muoniojoki, près de la frontière suédoise. Je me suis dit qu’il fallait que je revienne ici ».

De retour à Joensuu, Jean-Philippe termine son année et passe l’été en Russie à travailler pour une ONG sur le lac Baikal, en Sibérie, à côté de la Mongolie. Peu avant de partir, un ami l’appelle et lui annonce que quelqu’un cherche une personne parlant français pour travailler l’hiver suivant à Muonio, en Laponie. « C’était encore une fois un coup du hasard. A mon retour de Russie, je me suis dit pourquoi pas, et à la mi-décembre, j’étais engagé comme guide à Muonio ».

Saisons touristiques

A partir de cet hiver, Jean-Philippe va enchaîner les saisons hivernales en Laponie, de décembre à avril. D’abord à Muonio, où il apprend le métier de guide sur le tas, en compagnie d’un autre guide français, puis au pied du parc national de Pallastunturi, et enfin à Ivalo, où il vient tout juste de terminer sa dernière saison, passée à emmener des petits groupes de français faire des ballades en motoneige jusqu’en Norvège.

Le quotidien du guide français en Laponie, ce sont des activités qui font rêver : safari en motoneige sur les lacs gelés qui s’étendent sur plusieurs dizaines de kilomètres, ski de fond,  chiens de traîneau, raquettes, etc.

Mais c’est aussi voir défiler chaque semaine les charters de touristes et devoir faire avec les contraintes inhérentes au tourisme de masse. « Il arrive qu’on se demande parfois ce que certaines personnes viennent faire ici. Moi, quand j’entends des clients se plaindre après une semaine passée en Laponie qu’on leur a servi de la soupe à chaque excursion, je me dis : mais mince, on est allé sur le lac Inari et c’est tout ce qu’ils retiennent ? On les emmène voir des aurores boréales, c’est grandiose, et y’en a toujours un pour dire : il fait froid, je préfèrerais rentrer à l’hôtel. Mais bon, en général, tous les gens qui viennent ici adorent leur séjour. L’ « effet-Vannier » joue à plein : le blanc, le froid, les chiens : Pour beaucoup, c’est un rêve qui se réalise ».

Ce qui intéresse surtout Jean-Philippe, c’est de faire découvrir la nature et la vie locale aux visiteurs de passage en Laponie, de pouvoir sortir des sentiers battus avec les clients, et d’être davantage un guide local qu’un simple accompagnateur.

International Wilderness Guide Course

Jean-Philippe a d’ailleurs suivi une formation de guide nature sauvage (International Wilderness Guide Course), en 2006, près de Tampere.

« Cette formation m’a beaucoup servi. J’ai beaucoup appris sur les saisons, surtout sur les autres saisons que l’hiver. J’ai appris à reconnaître le chant des différents oiseaux, les arbres, les plantes, et puis aussi tout l’aspect technique sur comment monter et mener des excursions ; comment survivre dans la nature finlandaise, faire du pain avec de l’écorce de pin comme le faisaient les finlandais pendant la guerre. C’est une formation qui m’a beaucoup apporté professionnellement mais aussi sur le plan personnel. On avait aussi beaucoup de stages pendant cette formation. J’ai fait la Carélie en chiens de traîneau avec un couple russo-néerlandais, du treckking en Russie, un camp d’hiver en Laponie, des courses d’orientation à ski en solitaire, c’était vraiment génial. Et puis, être capable de savoir où on est alors qu’on est en fait au beau milieu de nulle part, c’est jouissif ».

Jean-Philippe a également rencontré au cours de cette année de formation un explorateur français vivant à Ivalo, auprès de qui il a travaillé quelques semaines, avec des petits groupes qu’il emmenait en expédition sur le lac Inari : « On partait en petits groupes plusieurs jours dans la nature, on pistait les traces des animaux, on posait le bivouac où on pouvait pour dormir la nuit, parfois à – 40 degrés, sous une bâche et avec des peaux de rennes. C’était vraiment l’apprentissage de la vie polaire. Mais ça suppose de sortir du circuit hôtel et des parcours balisés ».

Faire ses preuves à chaque nouvelle saison

Etre guide étranger en Finlande n’est cependant pas une chose facile : « Il faut se faire accepter des guides locaux et ça c’est pas toujours évident. Les locaux s’imaginent souvent qu’il n’y a que les finlandais qui peuvent emmener les clients. Déjà que les lapons ne font pas tellement confiance aux finlandais du Sud, alors avec les étrangers… En fait, il y a très peu de guides qui ne sont pas finlandais. Les étrangers qui font les saisons en Laponie sont pour la plupart de simples accompagnateurs. Ils accompagnent les touristes et font le lien entre eux et les guides locaux. Et donc pour être guide, il faut à chaque nouvelle saison s’affirmer et faire ses preuves, pouvoir montrer qu’on est capable de sortir une motoneige de la poudreuse en quelques secondes, de guider les excursions, de pêcher du poisson, de faire à manger, etc. Mais bon quand tu veux survivre dans la forêt, que tu sois finlandais ou pas, c’est la même chose, ça s’apprend ».

Les fins de saison sont toujours propices aux bilans et les mêmes questions reviennent sans cesse : Rester en Laponie ? Revenir en France ? Partir ailleurs pour de nouvelles aventures ? Jean-Philippe aimerait bien rester en Finlande : « On peut venir en Finlande par hasard, mais on n’y reste pas par hasard. Au-delà des difficultés d’intégration que j’ai pu rencontrer, ce qui m’attire et me pousse à rester dans ce pays c’est surtout la nature et le rapport qu’ont les finlandais avec la nature ».

Après ces quelques années passées à apprendre le métier de guide et à apprivoiser la nature finlandaise, Jean-Philippe aimerait désormais pouvoir développer sa propre structure : « La Finlande n’est qu’à trois heures de Paris ; les gens sont attirés par la Laponie, surtout quand ils voient des documentaires à la télévision. Après, quand il s’agit de franchir le pas, c’est  autre chose. Ce n’est pas toujours facile à vendre comme produit et ça marche essentiellement pendant la saison hivernale. Si je m’engage dans ce projet, j’aimerais pouvoir proposer aux clients des circuits classiques, mais aussi des programmes qui soient plus axés sur le côté expédition et nature sauvage. Allier le tourisme et l’aventure, ça peut être une bonne combinaison ».

 

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