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Portrait: Léa

Société > Portraits
06-10-08
Auteur : Damien Lecarpentier
Originaire de Carpentras dans le Vaucluse, Léa Renoux est étudiante à Sciences-Po Paris. Elle a choisi pour sa troisième année d’étude de partir en Finlande, à Helsinki, dans le cadre du programme d’échange universitaire européen Erasmus.
Mika Häkkinen et le régime politique finlandais

« J’ai d’abord connu la Finlande grâce à Mika Häkkinen. Mon père est un grand fan de Formule 1 et, depuis que j’ai 5 ans, je suis les compétitions à la télé. J’ai suivi les débuts de Mika Häkkinen, puis ceux de Kimi Räikkönen. C’est comme ça que j’ai connu la Finlande. Les pilotes finlandais m’ont toujours intriguée. Les journalistes se moquaient souvent de leur accent, ils avaient l’air timides et réservés.

J’ai ensuite commencé à m’intéresser à la Finlande comme pays, surtout à partir du Lycée. C’était un pays un peu à part en Europe, un pays progressiste. Dès le Lycée, je savais que j’irais un jour ou l’autre passer quelques temps en Finlande. Quand je suis entrée à Sciences-Po, mon choix était déjà fait pour la troisième année, que l’on doit obligatoirement passer à l’étranger: ce serait la Finlande. Il fallait justifier ce choix auprès de l’école, j’ai dit que la Finlande était un pays intéressant sur le plan des institutions politiques car le pays avait adopté en 2000 un régime primo-ministériel. J’avais mis comme 1er choix Helsinki, en deuxième Tampere et ensuite la Suède. J’ai eu Helsinki. »

Léa fait ses valises en juillet 2007 et rejoint la Finlande après un périple en train à travers l’Europe, en compagnie de quelques amis : « On avait décidé de rejoindre le nord en train, par InterRail. On est passé par la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, la Suède, on a pris à Stockholm le bateau jusqu’à Turku, où on a déposé une amie, et ensuite le bus pour Helsinki. Je suis arrivée le 31 juillet, il pleuvait, c’était horrible. Mais ça n’a heureusement duré qu’un jour. Ensuite le temps a été extraordinaire. J’ai passé le mois d’août à la plage et aux bords des lacs, en attendant la rentrée universitaire. »

Plus de flexibilité et moins de distance entre les étudiants et les profs

La rentrée universitaire commence en Finlande au début du mois de septembre. Après avoir profité de l’été nordique, Léa fait connaissance avec le système universitaire finlandais. Toute une gamme de cours en anglais est proposée aux étudiants étrangers. Elle s’initie ainsi à la géopolitique des Balkans vue de Finlande, au droit constitutionnel finlandais, et assiste à un cours sur l’environnement, avec pour professeur l’ancien ministre finlandais de l’environnement, Pekka Haavisto.

Pour Léa, la fac en Finlande et la fac en France sont vraiment « le jour et la nuit » : « A Sciences-Po, on a tendance à être considéré comme des enfants, on est très cadré, on ne doit pas avoir plus de trois absences non justifiées et on a des ‘deadlines’ très strictes à respecter pour rendre les travaux. Ici, on nous considère davantage comme des êtres responsables, c’est notre problème si on loupe le cours ou si on ne rend pas l’essai à faire en temps et en heure. La relation avec les profs est aussi différente, elle est plus simple, et les profs ne se mettent pas au-dessus des élèves. Il y a aussi plus de liberté dans le choix des cours et le système de notation est plus flexible. La notation va de 1 à 5 et on peut choisir, soit de passer un examen, soit d’écrire un essai, soit de rédiger ce qu’ils appellent des ‘lectures diaries’ qui sont des résumés de l’ensemble du cours qu’on a eu, auxquels on ajoute une réflexion personnelle. »

La vie Erasmus

Etre étudiant Erasmus – en Finlande comme ailleurs – ce n’est cependant pas passer son année à bûcher les cours : « On n’est pas là que pour étudier, on est surtout là pour en profiter. On a fait beaucoup de soirées, toute l’année, toutes les semaines. Je dirais d’ailleurs que c’était notre activité principale ! On faisait les soirées ESN (Erasmus Student Network) tous les jeudi dans des bars-clubs assez cheap comme le KY, Onnela ou le Barfly.

On organisait nos propres soirées, à n’importe quel moment de la semaine, on fréquentait aussi les autres bars de la capitale comme le Molly Malones, le Beatroot ou encore le club Redrum et, en fin d’année, on a également fait la tournée des bars dans le quartier ouvrier de Kallio. J’en garde encore des souvenirs mémorables. On a au final pas mal dépensé en matière de sorties, mais au moins on en a profité ! »

« Mes amis étaient globalement tout sauf français, c’était un choix de ma part. Les francophones ont tendance à rester ensemble, comme d’ailleurs les italiens, les espagnols  ou les germanophones. J’ai rencontré des gens de toutes les nationalités : des canadiens, des écossais, des irlandais, des anglais, des espagnols, des néerlandais, des italiens, des suisses…et bien d’autres encore ! On parlait tous anglais entre nous, à en perdre notre langue maternelle. »

Timidité finlandaise

Le seul regret de Léa est de ne pas avoir davantage fait connaissance avec des finlandais pendant cette année passée en Finlande: « Le problème est que dans les cours en anglais, il y avait surtout des Erasmus.

Mis à part la semaine d’intégration qu’on a eue et quelques voyages organisés pour les étudiants, c’était pas toujours évident de se faire des amis finlandais. Je crois que c’est plus facile pour eux de rester entre eux et de parler finnois. Ils sont assez timides, surtout les garçons. Ils ont peur de ne pas bien parler anglais, alors qu’ils ont un niveau nettement supérieur à celui des français. »

Léa apprécie néanmoins le caractère des finlandais : « Ce que j’aime chez eux, c’est leur tranquillité et leur honnêteté. Ce sont des gens calmes, loyaux, et pas fourbes. Ils sont assez serviables dans les boutiques et les cafés, ouverts, curieux de savoir d’où on vient. Mais en même temps, ils sont un peu étrangers les uns aux autres dans la rue. Ils ne disent pas pardon, ni merci quand on leur tient la porte. C’est assez bizarre parce qu’ils sont quand même tellement dans le partage et la solidarité au niveau politique qu’on pourrait s’attendre à la même attitude dans les relations quotidiennes. Mais non, c’est plutôt anonyme. Je crois qu’ils ont peur de déranger, ils ne veulent pas s’occuper des affaires des autres. »

Une société qui fonctionne bien

« Ce que j’aime bien en Finlande, c’est cet esprit de la vie saine, les gens font beaucoup de sport, la nature est omniprésente. On prend la voiture et, en quelques minutes, on sort de la capitale et on se retrouve en forêt ou sur un lac. Helsinki est une ville à taille humaine, tout y est à portée de main. Il y a une architecture intéressante avec des immeubles colorés qui côtoient des immeubles modernes, comme à Kamppi. Je trouve aussi que la société fonctionne bien. Tout est moderne, on peut tout faire par Internet, on peut résilier son abonnement téléphonique du jour au lendemain, on peut correspondre par mail avec le médecin, on ne fait pas la queue, et ça c’est appréciable. »

Relativiser les clichés

En ce qui concerne le climat finlandais, Léa tient à relativiser les clichés : « Quand j’étais au lycée et que je parlais de mon souhait d’aller en Finlande, les gens se demandaient pourquoi je tenais absolument à aller dans un pays où il fait noir et froid, mais c’est pas ça la Finlande.

Août et septembre ont été des mois géniaux, avec beaucoup de soleil. C’est vrai que l’hiver il n’y a pas beaucoup de lumière et c’est ce qui dérange le plus, d’autant plus que cette année on n’a pas eu beaucoup de neige non plus. Quand je suis revenue pour Noël dans ma famille, dans le sud de la France, j’en avais mal aux yeux, tellement je n’étais plus habituée à tant de lumière.

Mais quand on est en Finlande, on s’y habitue et quand on est dans le contexte Erasmus, on n’a pas le temps de déprimer. Au printemps, la lumière revient et la ville devient plus agréable. On se retrouve dans les parcs. Le 1er mai c’était Vappu, tout le monde était au parc de Kaivopuisto pour l’occasion. C’était de la pure folie, c’est vraiment le genre de fête qu’on ne retrouve pas en France. Y’a un esprit mai 68, c’est un grand rassemblement, il n’y a plus de barrières culturelles ni sociales, toutes les générations font la fête ensemble, et là on voit bien que les finlandais sont capables de se lâcher et de faire la fête. C’était incroyable. »

Vappu a aussi marqué pour Léa le début de la fin de la vie Erasmus en Finlande. L’année universitaire se termine, les étudiants repartent les uns après les autres, les soirées Erasmus ont laissé la place aux soirées d’adieu. Il va falloir rentrer en France, reprendre les études, les vraies. « L’année est passée très vite et le retour va être dur. Mais c’est sur que je reviendrai, au moins pour Vappu, et cette fois-ci, je ramènerai des amis avec moi. »

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