Inari, bourg situé à 350 kms au nord-est de Rovaniemi et à 1.300 kms au nord d’Helsinki, siège du parlement same de Finlande.
Quand on monte d’Oulu vers le Nord, par la route E75, passant par Rovaniemi puis traversant la Laponie, le paysage change assez vite: le terrain se vallonne, les forêts se font plus rares, des rennes traversent nonchalamment la route.
Sur cette E75, à partir de Sodankylä et après, toute halte dans un café, restaurant ou station-service permettra de côtoyer des Sames arborant fièrement leur costume traditionnel bleu et rouge, leurs bottes spéciales et leur bonnet “de quatre vents”. Disons, les côtoyer, seulement, car la plupart du temps ils supportent mal d’être pris en photo, d’être considérés comme des attractions touristiques.
L’énorme fierté d’être Same va de pair avec une profonde angoisse. Car la culture same est en voie de disparition ou, pour le moins, d’affaiblissement: “Garder notre culture et, surtout, notre langue, équivaut à faire des efforts constants, au jour le jour, et à faire face à de nombreuses difficultés”, explique Ritva Torikka, animatrice d’émissions en langue same pour YLE, la radio-TV nationale de Finlande. “Je suis particulièrement préoccupée par l’état de notre langue car les jeunes Sames utilisent une langue de plus en plus pauvre”, poursuit Ritva Torikka. | Volatilité d’une culture |  |
En Finlande, l’aventure des Sames a commencé il y a au moins 10.000 ans alors qu’ils vivaient sur la totalité du territoire finlandais. Puis, venus de l’Est, les Finno-Caréliens sont arrivés (2500-1500 avant JC) pour s’installer petit à petit, plus ou moins à l’intérieur des limites de l’actuelle Finlande, la Carélie en plus.
Agriculteurs, les Finno-Caréliens étaient sédentaires alors que les Sames ont toujours été nomades ou semi-nomades de façon à suivre les déplacements de leurs troupeaux de rennes. La langue same s’apparente aux finnois? Ou le finnois au same? Éternel débat. Toujours est-il que l’on sait que le choc des cultures nomade et sédentaire a lentement repoussé les Sames vers le Nord de la Finlande et la péninsule de Scandinavie du Nord.
Les Sames n’ont édifié que de rares constructions en dur, et en bois, à l’époque, et n’ont pas laissé de traces durables. Ils vivaient surtout dans ces grandes tentes en peau que l’on peut encore remarquer en Laponie. D’où la quasi impossibilité de retrouver des vestiges archéologiques précis, cette culture nomade same n’ayant fait qu’”effleurer” le territoire finlandais, du fait de sa volatilité. Telle l’”Aile du Songe”, de Kaija Saariaho? En tout cas on a la certitude que les Sames vivent en Laponie depuis au moins 2000 ans. Pourtant au Moyen-Âge encore, ils restaient présents dans l’Est de la Finlande. | Ultime désert européen |  |
Les Sames d’Inari, en compagnie de leurs compatriotes d’Enontekiö, d’Utsjoki et de Sodankylä constituent la population same de Finlande.
Officiellement, pour les autorités finlandaises, la Laponie couvre le tiers Nord de la Finlande et la capitale en est Rovaniemi, 60.000 habitants, située sur le Cercle Polaire (66° N). Ce n’est qu’un raccourci administratif. En réalité, la vraie Laponie, celle des Sames ( pays Sapmi) ne commence, au mieux, qu’à Sodankylä, à 180 kms au nord de Rovaniemi. Même si les paysages typiques de Laponie, toundra, taïga et tunturit se laissent voir plus tôt, à partir d’Oulu.
La Laponie, ultime désert européen, s’étend sur quatre pays: Norvège, Suède, Russie et Finlande. On compte environ 80.000 Sames répartis dans cet extrême Nord de l’Europe. Ils se décomptent comme suit: 40 à 50.000 Sames en Norvège, 20.000 en Suède, 3.000 en Russie et 7.000 en Finlande.
De nettes disparités linguistiques existent: les Sames de Russie (skolts de la péninsule de Kola) parlent une langue distincte, puis viennent les Sames du Nord), parlant un autre dialecte same que leurs frères du Sud, résidant plus au sud, en Norvège et en Suède. 80% des samophones parlent le same du Nord. Il existe six dialectes sames, chacun comportant ses caractères écrits propres, à l’exception de certains dialectes sames de Suède reposant entièrement sur la tradition orale. | Parlements sames et rennes |  |
Pourquoi penser “Sames” renvoie immédiatement à “Laponie finlandaise”? Probablement à cause de ces espaces vertigineux couvrant le Nord de la Finlande, un tiers de la superficie totale du territoire finlandais. Il s’agit comme d’une autre planète, d’une région où l’on perd facilement le sens des distances. Les Laponies suédoise et norvégienne sont nettement plus montagneuses.
En Laponie finlandaise, l’aspect doucement vallonné des paysages, avec leurs rythmes longs, alternant des montages peu élevées (tunturit) aux courbes étirées, comparables à des dunes, avec des vallées-plaines se refermant sur des marais et des bois de bouleaux nains (hauteur moyenne: 1,60m) font de la Laponie finlandaise un espace incroyablement ouvert, propice aux randonnées à ski ou à pied. D’ailleurs les frontières dites politiques ne jouent pas vraiment ici de rôle. Les Sames du Nord se comprennent dans leur langue dialectale sans besoin de passer par le norvégien, le finnois ou le suédois.
Sur chacun de ces trois pays les Sames ont un parlement: à Karasjok, en Norvège, Kiruna, en Suède et Inari en Finlande. Les Sames skolts de Russie ne disposent pas de parlement. Ces trois parlements n’ont qu’un rôle consultatif. Ils peuvent également alerter l’ONU au cas où les États nordiques menaceraient intégrité du territoire et modes de vie. Ce qui est déjà arrivé quand il s’est agi de construire un barrage (cas de la rivière d’Alta-Kautokeino dans les années 1970) ou, en 2005, à Nelim, au nord-est du lac Inari, d’effectuer des coupes massives d’arbres, ces derniers mettant trois fois plus de temps à croître en Laponie qu’en Europe Occidentale.
L’abattage de ces arbres aurait privé les rennes de leur nourriture de base: les feuilles de bouleaux. Également, l’apparition soudaine de lacs de retenue pour des barrages ou la disparition de forêts sont autant d’obstacles à l’élevage extensif du renne. En dépit du fait que seulement 10% des Sames vivent de cet élevage, la culture du renne restera pour longtemps intimement liée à l’identité same. | Avant les Gaulois |  |
Curieusement les Sames ne sont pas représentés, ni considérés comme peuple premier, au Musée du Quai Branly de Paris (Musée des Arts Premiers). Les Inuits du Grand Nord canadien le sont: pas les Sames.
Sans pour autant prendre la route pour Karigasniemi, Kautokeino ou Alta, le site magdalénien de Pincevent sur la rive gauche de la Seine, entre Montereau et Nemours, à moins de 100 kms de Paris, ainsi que son centre archéologique donnent un aperçu d’une culture très proche de celle des Sames.
Le datage très précis des vestiges exhumés sur place - 10.300 ans avant JC - coïncide étrangement avec ce que l’on sait de la culture same en Finlande. Y aurait-il eu à cette époque une culture reposant sur la chasse et l’élevage du renne couvrant de grandes parties du territoire européen, Finlande et France confondues? Dans ce cas, les Sames (ou Magdaléniens, en France) auraient été, bien avant les Gaulois, les ancêtres des Français.
Une recommandation: Les Sames refusent être appelés Lapons car Lapp, en allemand, désigne une personne stupide. Par conséquent la dénomination politiquement correcte est “Same”.
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