A l'origine, cet article a été écrit pour traiter de l'éducation aux médias et de la coopération entre l'Ecole et le travail des jeunes.
Avec les changements que l'on constate dans le paysage des médias, le concept de l'alphabétisation s'ouvre de plus en plus vers ce que l'on entend habituellement par l'éducation aux médias ou par l'éducation à l'image. L'alphabétisation comprise dans son sens traditionnel ne suffit plus, tout le monde devrait être capable, de nos jours, d'utiliser les moyens que donnent les différents médias, qu'ils soient verbal, visuel, oral, numérique iconographique ou qu'ils soient une combinaisons de toutes ces techniques. Cette exigence était et reste toujours extrêmement valable. Ce sont les savoirs des jeunes, les relations qu'ils entretiennent, leurs intuitions, leurs esprits et leurs expertises qui passent ainsi des uns aux autres. Là est la magie de ce monde interconnecté. | Constance et imconstance |  |
Les jeunes Européens vivent quelque part entre des cultures traditionnelles et des cultures en rupture avec ces mêmes traditions. Comme dans les rayons d'un supermarché, ils peuvent choisir les traditions qu'ils veulent suivre et celles dont ils ne veulent plus. Et, en même temps, la notion d'individu est mise au centre et les jeunes sont encouragés à vivre et à inventer leur propre vie. Mais que signifient réellement ces cultures à la clé que l'on peut choisir ? Qu'en est-il de la responsabilité des adultes ? En leur laissant une telle liberté, ne sommesnous pas en train d'abandonner nos jeunes ?
L'Ecole représente inévitablement les traditions. Si l'on en croit des études menées récemment dans différents pays, les élèves accordent de la valeur à l'éducation qu'ils reçoivent à l'école, mais pour ce qui en est de la connaissance, des modèles à suivre ou des compétences pratiques, tout ce dont ils sentent bien l'importance pour leur vie à eux et le travail qu'ils vont avoir, ils l'acquièrent en dehors de l'école ! Les loisirs, les médias, les jeux sur l'ordinateur, la consommation ou les groupes dont ils sont membres, tous ces éléments d'apprentissages, d'environnements informels ont bien plus d'impact sur eux que l'éducation formelle qu'ils reçoivent à l'école.
Pour tenter de résoudre les problèmes que l'école rencontre aujourd'hui, nous devons prendre en compte, et sérieusement, ces changements (j'ai choisi sept de ces problèmes pour les traiter dans les paragraphes qui vont suivre) qui sont devenus inévitables dans notre environnement médiatique et dans le monde de l'information au cours de ces dernières années. Pour changer le monde et en faire un endroit où l'on puisse mieux vivre, l'école, tout comme le travail que doivent y fournir les élèves, ne doit pas avoir un rôle réactif mais un rôle actif. La politique de l'éducation dans la nouvelle Europe va devoir, avant tout, prendre sérieusement en compte les jeunes et la vie qu'ils mènent. | Du behaviourisme au constructivisme |  |
Le concept du processus de l'apprentissage a radicalement changé. Ceux qui reçoivent l'enseignement ne cherchent plus seulement à intégrer une information entendue mais veulent l'intégrer d'une façon qui leur permette d'avoir une compréhension nouvelle du processus de ces acquisitions de savoir, cela influençant le dessein d'ensemble et le développement des systèmes d'information et les relations existantes entre l'enseignement et l'apprentissage de cet enseignement.
Si l'on en croit le constructivisme et sa notion de l'apprentissage, la connaissance ne peut être transférée et l'élève doit par lui-même construire les structures qui aideront au développement de sa compréhension. Le choix et l'interprétation sont au centre : nous n'enregistrons pas les objets de notre observation, nous les construisons. En termes de processus d'apprentissage, les moyens utilisés pour parvenir à l'objectif doivent être aussi importants que l'objectif lui-même. Ce qui est important, ce n'est pas seulement la quantité de choses apprises mais comment on les a apprises L'interaction joue un rôle important dans la conception constructiviste de l'apprentissage. Nous vivons dans un monde de significations, et la façon dont les choses communes sont comprises est cruciale.
Le chemin menant du behaviourisme au constructivisme passe par les voies qui mènent du seul fait d'observer à celui de construire, de celle d'imiter les autres à celle de penser par soi-même, d'un monde prêt-à-être-utilisé à un monde que l'on construit soi-même. Il est très probable que l'univers soit dans votre propre esprit. Et il apparaît de plus en plus illusoire de croire que l'on peut maîtriser la provenance de l'information ; on ne peut maîtriser que sa destination : l'esprit de celui qui la reçoit.
| De l'apprentissage au jeu |  |
La toute nouvelle conception de la notion du divertissement éducatif, une combinaison des différents concepts de l'éducation associée au divertissement, devrait être vraiment prise au sérieux. L'expérience du plaisir motive est motrice ; le divertissement est un facteur essentiel dans l'éducation. le divertissement est un facteur essentiel dans l'éducation.
Traditionnellement, l'apprentissage est associé à l'idéal protestant du travail dur et du labeur. Et pourtant, il est possible d'apprendre par la pratique de jeux apportant du plaisir; l'homme est par essence, ne l'oublions pas, homo ludens.
On trouve une bonne illustration de ce fait dans ces chirurgiens “Nintendo” hyper qualifiés, car il a été dit qu'il y a une très grande différence entre l'excellence technique des jeunes chirurgiens qui ont grandi dans le monde des jeux sur ordinateur et leurs collègues de la vieille école. Du média papier à l'hypermédia
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Quand on s'occupe de l'histoire culturelle, il faut considérer l'histoire de la communication humaine en la découpant en trois grandes ères : orale, textuelle et visuelle. Dans la préhistoire, la communication orale était tout à fait concrète et dépendait du lieu et du temps, de l'ici et du maintenant. Au cours de l'ère textuelle, l'information a franchi les frontières du lieu et du temps et, en s'affranchissant elle-même de la seule connaissance individuelle, elle a permis la naissance des concepts.
Enfin, l'ère des communications visuelles est caractérisée par la cumulation de la connaissance technologique et de l'industrialisation. Avec le XXe siècle, à l'heure de “la culture de l'oeil”, la communication orale est maintenant possible en temps réel et à travers les enregistrements audio ou audiovisuels, ce qui nous conduit à parler d'une nouvelle phase de l'ère orale. Le cercle s'est refermé, nous voilà revenus au temps de la communication orale, mais d'une communication orale qui ne dépend plus du lieu et du temps.
Bien que le livre a cinq siècles d'avance sur le multimédia, l'Ecole ferait bien d'opérer le transfert de la seule pensée par le verbe à la pensée par le verbe combinée à la pensée visuelle, car cela devrait être l'une des conséquences naturelles de l'émergence des technologies convergentes, à savoir, justement, la possibilité de cette convergence. Il faut d'ailleurs noter que, comparé aux “textes sur papier”, les « hypertextes » sont, par nature, non linéaires, qu'ils tendent à l'interactivité et sont beaucoup plus, par conséquent, des processus que des produits.
Un des résultats de ce changement est que nos jeunes, qui se considéraient comme étant mis à l'écart et qui, de fait, l'étaient, deviennent des acteurs de réseau à part entière avec le rôle qu'ils souhaitent choisir parmi toutes les possibilités différentes qui leur sont proposées. Notre but ultime serait d'offrir le plus large éventail possible de menus médiatiques afin que les médias soient utilisés dans des contextes adéquats et par des moyens adéquats.
Les réalités sont nombreuses. A côté de la réalité “réelle”, il y a la réalité médiatique, la réalité multimédiatique, la réalité virtuelle… Elles sont toutes à valeur égale, mais chacune a ses propres symboles, ses propres signe, et elles répondent toutes à différents types de régularités. | De la technologie aux resources humaines |  |
Le pouvoir réel des communications électroniques réside dans le fait que les gens en sont la source ultime de connaissance - je ne parle pas en termes physiques de la masse des câbles électriques mais des réseaux complexes ou des bases de données de grand rayonnement. Ce sont les savoirs des gens, les relations qu'ils entretiennent, leurs intuitions, leurs esprits et leurs expertises qui passent ainsi des uns aux autres. Là est la magie de ce monde interconnecté. “Nous devons apprendre à trouver l'équilibre entre les merveilles matérielles de la technologie et les aspirations spirituelles de la nature humaine”, écrivait John Naisbitt dans Megatrends, le livre qu'il a écrit il y a une vingtaine d'années, et cette prétention reste aujourd'hui tout à fait valable.
Pour le moment, il y a un sérieux déficit en enseignement pédagogique et culturel et de matériaux d'enseignement adéquats à la situation. Il est temps de prendre en compte ce besoin pour dépasser le problème du matériel informatique disponible et de pouvoir s'attaquer à celui des logiciels ; il est en fait grand temps de passer des problèmes techniques aux problèmes éthiques !
Dans l'univers de la technologie, les jeunes ont un besoin urgent de ressources humaines en ligne, d'entretenir des rapports réciproques avec des spécialistes, des enseignants, des tuteurs et avec des autres étudiants. Ce genre de réseaux combinant l'information et les individus peut être à la source de nouvelles possibilités.
| De la panique morale à la pensée critique |  |
Dans l'environnement de l'information d'aujourd'hui - tout comme dans celui de demain -, tout le monde est en mesure d'accéder à de vastes sommes d'informations et de bases de données mises en ligne sans avoir besoin du concours d'un quelconque médiateur. Cet état de fait nécessite, réellement, d'avoir des outils pour penser dans un esprit critique. Car dès lors que n'importe qui peut évaluer ce qu'il recherche en matière d'information, localiser ce qu'il recherche, l'utiliser et l'évaluer, il doit aussi avoir la capacité d'évaluer les conséquences de la recherche documentaire qu'il a menée et également du processus même de cette recherche.
La pensée critique indique la voie pour sortir de la confusion et accéder à la compréhension. Elle est une activité positive et productive. Ceux qui pensent avec un esprit critique voient le futur comme quelque chose d'ouvert et de malléable et non comme quelque chose de fermé et de figé.
Ils ont conscience de la diversité des valeurs, des comportements, des structures sociales et des formes artistiques qui ont cours dans notre monde. La pensée critique est un processus et non une fin en soi, elle repose tout autant sur l'émotion que sur la rationalité. Ceux qui pensent avec cet esprit critique essaient ainsi d'imaginer et d'explorer des alternatives.
Voilà pourquoi il devrait être temps de ne plus céder à la panique morale et d'aller vers la liberté d'expression. Quand la Commission européenne publie son Plan d'action pour promouvoir une utilisation sécurisée d'Internet, nous pourrions tout à fait lui demander : sécurisé pour qui ? Il y a toujours eu, en Finlande, un grand intérêt pour les fonctions positives et les qualités de l'Internet. Pour nous, en Finlande, censurer Internet n'est pas seulement techniquement impossible mais est encore moralement suspect. Et dire que nous sommes toujours enthousiastes à l'idée de créer telle et telle éthique ou telle et telle étiquette... Du national à l'européen et à l'international |  |
L'Ecole a horreur du vide. Elle doit s'ouvrir encore et toujours plus, et pas seulement à son entourage proche mais encore au monde entier. L'internationalisme est devenu le quotidien des jeunes, dans le temps qu'ils passent à l'école comme dans celui qu'ils passent en dehors de l'école. Dans un futur très proche, la mobilité physique comme la mobilité mentale vont être mises en avant comme exemplaires par les médias reposant sur la technologie sans fil.
Nous, Finlandais, sommes peut-être les plus européens detous les peuples des nations européennes. Nous sommes probablement le seul pays à avoir toujours été influencé par les deux plus grands courants de l'histoire culturelle de notre continent, à savoir le courant latin-germanique et le courant byzantin-slave. La pensée finlandaise tente de combiner les influences mythiques et poétiques de l'Orient avec l'influence d'un temps linéaire et de la rationalité de l'Occident. Et quand les médias sont aussi éminemment anglo-américains, il est temps de mettre l'accent sur le pluralisme européen.
| De l'alphabétisation classique à l'éducation aux médias |  |
Dans l'alphabétisation traditionnelle, les lecteurs parvenus aux stades les plus avancés se construisent des approches personnelles en synthétisant l'information et en acceptant ou en rejetant les points de vue qu'ils ont eu à décrypter. Mais connaître les faits n'est qu'un début. Être capable de relier ces faits entre eux, d'en rejeter un en faveur d'un autre, d'en faire une synthèse pour les intégrer dans sa vision propre de ce que soit être sa vie, voilà ce qui parachève vraiment les buts de l'alphabétisation.
Mais, dans un paysage médiatique en perpétuelle évolution, le concept classique de l'alphabétisation s'est ouvert à ce que l'on appelle communément “l'éducation aux médias”. L'alphabétisation au sens traditionnel n'est plus suffisante car l'on doit être capable, dorénavant, de lire et d'écrire des textes utilisant des supports médiatique de plus en divers, ils peuvent être de type verbal, visuel, oral, auditif, numérique, iconographique ou se combiner entre eux et n'être accessible qu'en ligne. Et comme l'intégration et la convergence sont devenues une réalité technologique, il est devenu nécessaire d'acquérir les compétences requises pour pouvoir décrypter ces textes intégrant différents médias et de pouvoir en produire soi-même. Les connaissances traditionnelles en matière de lecture sont, par exemple, requises pour lire des documents informatisés mais, pour lire un texte sur un écran, il faut être capable de le lire dans la verticalité et dans la profondeur des dimensions de cet écran et non plus seulement horizontalement.
Être éduqué aux médias, c'est être capable d'analyser, de débattre et de pouvoir exercer une influence dans son sens pour lire, écouter ou regarder activement ce que nous propose un média. C'est en appréhendant ces différentes dimensions d'un média que nous pouvons devenir un véritable citoyen.
Le fait de pouvoir analyser signifie que le consommateur est qualifié : la personne médiatiquement éduquée est consciente de pouvoir négocier activement avec les textes médiatiques. Être capable de débattre signifie que l'utilisateur a des connaissances : la personne médiatiquement éduquée est capable de chercher des informations supplémentaires pour approfondir l'étude d'un sujet qui l'intéresse, cela impliquant qu'elle est capable de se servir des technologies adéquates.
Le processus intellectuel et le processus technologique qui sous-tendent une recherche d'information sont d'une égale importance. Il faudrait que le processus d'acquisition de ces deux compétences reposent à la base sur un enseignement valorisant le sens de l'initiative, la réflexion et les intérêts propres à chacun. Avoir les moyens d'exercer une influence dans son sens signifie que l'on a des capacités à produire : la personne médiatiquement éduquée est capable de changer délibérément l'impact de la signification de messages et tout aussi capable de créer et d'envoyer ses propres messages.
Les rôles de lecteur et d'auteur, de producteur et de récepteur sont réciproques. Le lecteur devient écrivain et vice versa. On peut ainsi définir l'éducation aux médias comme un ensemble de différents types de compétences et de connaissances en média, et dans un sens qui peut être aussi professionnel. Les enseignants doivent ainsi avoir des connaissances en médias nécessaires pour pouvoir enseigner en les utilisant et de pouvoir également enseigner sur ces médias elles-mêmes. Ces exigences signifient que l'Ecole doit être prête à enseigner les médias et à apporter des approches pédagogiques sur ces dernières. | L'éducation aux médias |  |
Depuis plus de trente ans, l'éducation aux médias - et cela concerne aussi bien les anciens que les nouveaux médias -est une tradition en Finlande. Le programme d'études sur les mass médias a été conçu en 1970 en collaboration avec l'UNESCO. Mais, plus de vingt ans après ce premier plan et les changements radicaux qui ont alors bouleversé l'univers es médias, nous avons tout aussi radicalement hangé, en 1994, ce programme d'études nationales sur les mass médias en un programme d'éducation aux édias intégré à part entière dans les directives nationales sr les programmes scolaires. Les frontières délimitant les différents types de médias avaient peu à peu disparu avec le développement des technologies, et cette évolution est particulièrement visible aujourd'hui avec la convergence des technologies et la convergence des contenus.
Les nouveaux buts de l'éducation aux médias ont trois dimensions :
- En recevant des messages, l'élève ressent le plaisir que lui procure le média, il interprète et fait la critique de toutes les espèces de textes médiatisés. - En communiquant, l'élève fait l'expérience de la joie que procure la création, apprend les concepts qui sont à la base des médias est qualifié pour les utiliser dans toutes leurs formes. - Dans son environnement propre, l'élève utilise les médias pour accéder à la connaissance, il/elle connaît les valeurs culturelles, esthétiques et éthiques du média et - le plus important - il/elle a conscience de sa nature constructive.
| La société de la communication |  |
Nous pourrions décrire la société de l'information - c'est un concept très utilisé mais très vague - par ces mots : “riche en informations, pauvre en connaissances”. Voilà pourquoi il me semblerait plus juste de remplacer cet attribut de “de l'information” par celui de “de la communication”.
Dans sa définition la plus entendue, la communication est associée aux mots de partage, de participation, d'association, de camaraderie… Cette définition se déduit de la racine commune aux mots “communauté”, “communion” et “communication”. Nous devrions, à mon avis, nous détacher des aspects seulement techniques de l'information et des données informatiques pour arriver à concevoir une communication reposant sur une interactivité réelle et aux contenus riches, aller d'une société de l'information vers une société de la communication où le partage de la connaissance est la notion dominante.
Il y a des domaines où les besoins de connaissance partagée se font cruellement ressentir, ceux où il pourrait y avoir de la coopération entre l'Ecole et le travail des jeunes. Il est surprenant de constater le peu de connections entre le travail scolaire et le travail des jeunes. Il s'agit pourtant de la même génération de jeunes gens et de la création d'un espace médiatique pour ces jeunes gens.
Et l'éducation aux médias pourrait être le moyen de construire un tel pont.
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