CultureEconomiePolitiqueSociétéTourisme
Recherche
Entreprendre
Etudier
Travailler
Visiter
Alexander Stubb

Politique > Politique étrangère
29-04-08
Auteur : Kyösti Karvonen
Comme on s’y attendait, le ministre des Affaires étrangères, M. Ilkka Kanerva, a du renoncer à son poste à la suite d’un scandale embarrassant. Il est remplacé par M. Alexander Stubb ; expert en affaires communautaires (UE), celui-ci est étranger à  la politique intérieure, écrit Kyösti Karvonen, rédacteur en chef au journal Kaleva.

M. Alexander Stubb, un néophyte au Parlement européen, a atteint le cap de la quarantaine mardi dernier, le 1er avril. Le même jour, son parti l’a désigné pour devenir le nouveau ministre des Affaires étrangères de la Finlande.

Mauvaise journée pour le chef de la diplomatie sortant, M. Ilkka Kanerva, et pour le Parti de Rassemblement, conservateur modéré ! Mais pour M. Stubb, nouveau venu sur la scène politique intérieure finlandaise, la journée a été plutôt faste.

La chute de M. Kanerva et la nomination de M. Stubb sont intervenues après un drame déchirant – en fait, du jamais vu  en Finlande ! M. Jyrki Katainen, le président du Parti de Rassemblement national et ministre des Finances, n’avait pas d’autre alternative que de « remercier » M. Kanerva.

Un cercle vicieux


Après un humiliant scandale impliquant une danseuse érotique, les jours de M. Kanerva au poste de ministre des Affaires étrangères – qu’il occupa moins d’un an, au total – étaient comptés; une affaire qui devait l’entraîner dans un cercle vicieux.

Une histoire étonnante s’il en est ! M. Kanerva, qui vient de fêter ses 60 ans, avait un emploi du temps de damné, parsemé de fréquents voyages à l’étranger ; il avait trouvé le temps, en deux semaines, de bombarder  mademoiselle Johanna Tukiainen – une danseuse érotique - de quelques 200 SMS - des messages coquins et suggestifs pour un certain nombre d’entre eux.

La demoiselle a vendu l’histoire au magazine Hymy (Sourire), qui eut ses heures de gloire. Son téléphone mobile, SMS infamants compris, faisaient partie de la transaction. Ce magazine a publié le 1er avril un choix de 20 SMS, lesquels, s’ils ne comptaient pas parmi les plus vils, n’en étaient pas moins embarrassants.

Essuyant un angoissant feu de questions pendant des semaines, M. Kanerva a donné des réponses évasives - et pas toujours sans failles - aux questions des médias, semble-t-il. M. Kanerva a maintenu, jusqu’au bout et jusqu’à l’amertume, qu’il ne démissionnerait pas de son plein gré, brandissant même une fois, lors d’une conférence de presse, des copies de SMS envoyés par des supporteurs.

Ce renvoi a mis un terme à l’une des plus longues carrières politiques de la Finlande contemporaine, Trois fois ministre, fort d’une des plus longues carrières de député, M. Kanerva a connu des hauts et des bas. Le portefeuille des affaires étrangères devait être le sommet de sa carrière, un poste de rêve.

L’œil humide, M. Katainen a déclaré : la décision de renvoyer M. Kanerva a été « la plus difficile de ma carrière. »  Selon lui, M. Kanerva a fait montre d’une mauvaise faculté de jugement dans sa vie privée et fait des déclarations déconcertantes.

Ce scandale est une première, en Finlande, à plusieurs égards. Dans ce pays, où le politiquement correct est parfois entaché, les scandales impliquant des personnalités politiques de haut rang ont rarement conduit à des démissions ou a des renvois. Les médias ont fait preuve de mesure, se gardant d’aller trop loin dans la vie privée des hautes personnalités. Ce scandale pourrait servir de mise en garde : toute chose  a ses limites, même dans sa vie privée !

Une nouvelle génération


La nomination de M. Stubb marque la relève par la jeune génération au ministère des Affaires étrangère. M. Stubb a vite donné l’assurance qu’il ne s’écarterait pas de la ligne qui est celle de la Finlande en politique étrangère et qu’il ne jouerait pas les trouble-fête avec des vues peu orthodoxes – ce qui est, plus ou moins, sa marque de fabrique dans le débat politique.

M. Stubb est particulièrement bien versé dans la politique de l’Union européenne. Titulaire d’un doctorat, il a été chercheur au ministère des Affaires étrangères, expert à la représentation de la Finlande près de l’Union européenne, à Bruxelles,  et membre de la délégation de la Finlande aux négociations intergouvernementales en vue du Traité de Nice. Par la suite, il fut conseiller du Président de la Commission européenne, M. Romano Prodi, et membre de la Task Force de la Commission sur la Convention sur l’avenir de l’Europe.

Bien avant les élections européennes de 2004, il était de notoriété, en Finlande, que M. Stubb aurait des visées sur la vie politique. Lors de cette consultation électorale, il recueille 115.000 voix - principalement de jeunes électeurs et d’électeurs des villes - le deuxième meilleur score des 14 élus. Auteur et éditorialiste assidu, il parle couramment suédois, finnois, anglais, français et allemand.

S’il est un point faible, chez M. Stubb, c’est son manque d’expérience en politique intérieure. Alors qu’il était député européen, il avait l’habitude d’user d’un style improvisé au pied levé et d’employer un franc-parler qui contraste avec la politique étrangère et de sécurité de la Finlande, voire de la ligne de son propre parti.

M. Stubb s’est déclaré, sans équivoque, favorable à l’entrée de la Finlande à l’Otan et pour la révision de la doctrine militaire du pays. Il a également avancé, avec force, que le Président de la République ne devrait pas assister aux Sommets européens. Sur toutes ces questions, la Présidente de la République, Madame Tarja Halonen, a des vues différentes.  

En vertu de la constitution, le Président de  la République conduit la politique étrangère de la Finlande, en coopération avec le gouvernement. Tous les acteurs-clés, Madame Halonen incluse, ont assuré qu’il ne fallait pas s’attendre à des soubresauts de la politique étrangère.

M. Stubb a également chaussé les bottes de M. Kanerva en devenant le président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour le reste de l’année. Beaucoup de travail et de déplacements en perspective, à tel point qu’il pourrait bien devoir renoncer à participer au triathlon pour lequel il s’entraînait.



Article publié le 4 avril 2008

Liens
Pas de sélection à vous proposer pour le moment.
Si vous souhaitez nous proposer un contenu éclairant le sujet, utilisez le formulaire commentaire.
 
Vos commentaires
Vous souhaitez réagir sur cet article, écrivez-nous.
Retour à la liste

 
Essentiel de la Finlande
 
  Octobre
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31