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Politique étrangère et de défense en 2005

Politique > Politique étrangère
14-05-06
Auteur : Jacques Mer
Comme les années précédentes, trois thèmes ont été intensément discutés au cours du premier semestre 2005 : les affaires de défense et de sécurité ; les questions relatives aux progrès de l'Union européenne (institutions, élargissement, problèmes de sécurité et de défense, etc.) ; les relations avec les pays voisins, dont les autres pays nordiques et la Russie. par Jacques Mer
Ancien Ambassadeur, Docteur ès sciences économiques

Mais, le contexte international a évolué. Le projet de traité constitutionnel pour l’Union européenne a « capoté » en raison du « non » de la France et des Pays-Bas, et l’Union semble un peu « en panne », même si des progrès sont enregistrés dans l’affaire de la candidature turque. La Russie, sous la direction de V. Poutine, semble, malgré une embellie économique (largement due à la hausse des cours du pétrole), reculer sur la voie de la démocratisation et a observé avec méfiance des États voisins, naguère sensibles à son influence, prendre leurs distances à la faveur de changements de régime (Géorgie, Ukraine, etc.)

En Finlande même, on a vu, comme en 2004, s’étaler dans les médias et au sein du monde politique, deux questions impensables dans un passé récent: la sphère décisionnelle (l’exécutif) du pays est-elle unie en matière de relations extérieures ? ; et n’observe-t-on pas de profondes divergences entre ses trois têtes : le Chef de l’État Tarja Halonen, le Premier ministre (centriste) Matti Vanhanen et le Ministre des affaires étrangères (social-démocrate souvent considéré comme « de gauche» ) Erkki Tuomioja ?

Tout en étant moins présente dans les affaires extérieures, principalement européennes (sur lesquelles la responsabilité du Premier ministre est décisive, avec la nouvelle Constitution), la Présidente Tarja Halonen a continué, en effet, à jouer un rôle non négligeable dans les problèmes de politique internationale et de sécurité : notamment à l’occasion de visites officielles à l’extérieur (France, Caucase) et d’entretiens avec ses homologues de nombreux pays. Elle a fréquemment souligné l’importance que son pays attachait au multilatéralisme, et au respect des compétences des organisations internationales, telles les Nations Unies. C'est peut-être à propos de la sécurité et de la défense qu'elle a tenu à affirmer sa prééminence : elle ne cesse de souligner que la politique de non-appartenance à une alliance militaire demeure la règle ;  rien, dans les circonstances actuelles, ne justifiant une adhésion à l'OTAN. Elle se montre en outre très attentive aux problèmes posés par les opérations multilatérales de « maintien de la paix ». soutenant pendant longtemps que les opérations ainsi envisagées par l’UE devaient avoir un mandat de l’ONU ou de l’OSCE, avant d’admettre -à partir de mars 2005-.que dans certains cas limités, elles pourraient s’en passer.

Elle a continué, enfin, à s’exprimer avec force en matière d’aide aux pays pauvres et sur divers effets négatifs de la mondialisation. Sur de nombreux points et notamment les derniers, ses positions ne seraient pas très éloignées de celles du Ministre Tuomioja.
Matti Vanhanen, accusé au départ par les plus « européens » du monde politique (et par les Conservateurs), de manquer de « vision » en politique étrangère, spécialement européenne (à l’inverse de Paavo Lipponen), et de flotter ou d’hésiter un peu, s’est révélé, au fur et à mesure qu’il maîtrisait les dossiers, d’un redoutable pragmatisme. Ne se voulant prisonnier d’aucune idéologie et d’aucune passion, et s’efforçant de concilier des points de vue souvent différents -quant aux objectifs et à la méthodologie- au sein de la coalition gouvernementale et de chacun des partis la constituant, il a finalement fait progresser des solutions largement consensuelles, que ce soit en matière de sécurité et de défense, de relations au sein de l’UE ou de rapports avec la Russie, par exemple.

Sécurité et défense


- Après la ratification du Livre Blanc (rapport élaboré périodiquement par les experts, et approuvé par le gouvernement, il définit les grandes lignes de la politique du pays dans les années à venir en matière de sécurité et de défense) par le Parlement le 21 décembre 2004, on a commencé à mettre en œuvre une de ses conclusions : une réorganisation des formes armées, dans le sens d’une diminution des effectifs et des dépenses, et d’une rationalisation du dispositif. Le processus en est à ses débuts et nécessitera, sans doute, des arbitrages très sensibles (fermeture de garnisons, etc.).
- La question des relations avec l'OTAN a continué à faire l'objet de réflexions au sein du monde politique et des médias, sans que la ligne "officielle" ait varié. Du fait de l’élargissement récent de l’Alliance (incorporant des “voisins” de la Finlande, tels les États baltes et la Pologne), les principaux responsables nationaux ont fait des déclarations prudentes, qui, tout en défendant la “ligne finlandaise”, n’excluent pas pour l’avenir une évolution et ont donné lieu à des commentaires contradictoires.

Dans ce domaine, le Parti Conservateur (dans l’opposition depuis avril 2003), ses présidents successifs, Ville Itälä et Jyrki Katainen, et surtout son candidat à l’élection présidentielle Sauli Niinistö (notamment entre les deux tours), ont réaffirmé des prises de position “ouvertes” sur l'OTAN, sans trop ouvertement prôner une adhésion. Les mêmes, rejoints par des membres du Parti Suédois (dont le candidat à la Présidence, Henrik Lax, s’est déclaré partisan de l’adhésion) ont souligné qu’une participation à l’Alliance ne serait pas une décision aussi considérable qu’on le croit, compte tenu de l’évolution de l’Organisation et de ses rapports avec la Russie, l’UE et la Finlande. L’opposition de gauche (Verts et VAS) reste fidèle à son refus d’envisager tout rapprochement, même si la présidente du VAS, Mme Siimes formule ce refus avec une certaine modération. Le ministre des Affaires étrangères a, comme par le passé, rejeté l’idée selon laquelle l’entrée dans l’OTAN permettrait à la Finlande de faire partie du noyau dur -notion ne correspondant à aucune réalité, selon lui- de l’UE.

La Présidente Halonen a confirmé, notamment lors de la campagne présidentielle, qu'il n'était pas question, dans les circonstances présentes, d'entrer dans l'Alliance atlantique : la priorité restait la participation à la lutte internationale contre le terrorisme et la mise sur pied de la "gestion de crises" par l'UE. En sens inverse, l'ancien diplomate Max Jakobson et l’ex-Président Ahtisaari mettent leur notoriété et leur autorité morale au service d'un réexamen de la politique d’Helsinki, dans le sens d’un approfondissement des relations avec les États-Unis et d’une ouverture accrue sur la question de l’OTAN. Plus prudemment, l’ex-Premier ministre Lipponen, au nom d’un “européanisme” militant, semble voir d’un œil relativement favorable une coopération accrue UE-OTAN.
L’opinion, dans sa majorité (55 % en novembre contre 26 % de favorables), continue à s’opposer à une adhésion du pays à l’Alliance.

Enfin, la question des relations entre la politique de sécurité de l’UE et l’OTAN a fait l’objet de nombreuses prises de position allant généralement dans le sens d’une coordination plus étroite.
- Une question a nettement progressé en 2005 : elle est liée aux opérations de maintien de la paix. Jusqu’ici, la Finlande ne pouvait légalement y participer que si elles avaient été lancées suite à un mandat de l’ONU ou de l’OSCE. Le problème s’est posé de savoir, si, en son absence, un mandat de l’Union européenne ne suffirait pas (ce qu’envisageait le projet de Constitution européenne). Il a fait l’objet de nombreux affrontements. Finalement le ministère des Affaires étrangères a accepté en mai que, dans certains cas, l’absence de mandat onusien ne bloque pas la participation finlandaise ; le gouvernement l’a suivi le 1er septembre, et le Parlement allait en 2006 approuver cette réforme. En même temps une autre ambiguïté était également levée : celle des conditions dans lesquelles, à l’occasion d’opérations d’imposition de la paix, l’usage de la force serait rendu possible pour des forces finlandaises.

La Finlande et l'Union européenne


Comme les années précédentes, priorité a été donnée aux affaires européennes.

- Les institutions européennes
Le Sommet européen de Bruxelles, en juin 2004, s’était mis d’accord sur un projet de Constitution européenne (préparé par la Convention qu’avait présidée V. Giscard d’Estaing), que chacun des États ensuite ratifierait selon ses procédures propres : le texte en gros, malgré quelques lacunes, donnait satisfaction à la Finlande.
S’agissant de la procédure de ratification, le 3 mars 2005, le gouvernement Vanhanen, malgré une proposition de 51 députés en faveur d’un référendum, confirma le choix, annoncé dès 2004, de la ratification parlementaire.

Le rejet, par les référendums français et néerlandais, du projet de traité, fut à l’origine d’une réelle déception en Finlande, mais, au gouvernement, on s’accorda pour se donner le temps de la réflexion et n’en tirer aucune décision prématurée.
La « pause de réflexion » décidée au Sommet européen des 16 et 17 juin amena Matti Vanhanen à retarder la ratification parlementaire de ce texte. Il se contentera en novembre de présenter au Parlement -pour discussion- un rapport sur le projet de traité. Cependant, vers la fin de l’année, de nombreux parlementaires de tous bords émirent l’idée que le Parlement devrait ratifier le texte du traité lui-même, donnant ainsi aux autres Européens un signal fort de leur attachement à l’Union. Cette ratification pourrait être acquise lorsque la Finlande aura la présidence semestrielle de l’Union, c’est-à-dire durant le second semestre 2006. M. Lipponen, Président de l’Assemblée, mit tout son poids au service d’une telle procédure.
Le Sommet de juin déçut en son temps Helsinki dans la mesure où il fut incapable de prendre des décisions à propos du budget de l’Union pour la période 2007-2013, tant pour les contributions des États membres que pour les aides que ceux-ci recevraient. Le problème se pose de manière d’autant plus délicate pour la Finlande que celle-ci craint de voir, en raison de la présence au sein des 25 des 10 nouveaux membres au niveau de vie inférieur à la moyenne européenne, réduire certains des soutiens qu’elle recevait jusqu’ici au profit de ces nouveaux entrants.

C’est en décembre, à la fin de la présidence britannique, qu’un compromis fut adopté par le Sommet européen. La Finlande n’eut pas satisfaction sur toute la ligne, mais obtint que l’augmentation de sa contribution soit modérée (sa contribution « nette » ne sera que de 0,23 % du PIB) et que les aides (au développement rural notamment) ne diminuent, pour elle, que de 6 %, suite à l’élargissement. Les agriculteurs manifesteront toutefois leur mécontentement et demanderont des compensations nationales au gouvernement.

Enfin d’année, des enquêtes d’opinion faisaient état d’un scepticisme grandissant de la population : 27 % seulement des Finlandais ont une image positive de l’Union.

- L'élargissement de l'Union
L’élargissement (à 10 États) réalisé en mai 2004 est « digéré » progressivement, ce dont le gouvernement finlandais se félicite. Nombre de craintes exprimées au préalable se dissipent peu à peu. Et notamment celle d’un afflux de travailleurs immigrants en provenance des nouveaux membres, de l'Estonie par exemple. Les partenaires sociaux et le gouvernement seront d’ailleurs d’accord pour mettre fin prochainement (en 2006) à la « période de transition » en vigueur depuis 2004 et concernant la circulation des travailleurs. On ne redoute plus guère une délocalisation significative d’activités économiques finlandaises provoquée par les législations attrayantes des “nouveaux entrants”. Certes le coût financier de l'élargissement ne sera pas négligeable, mais à moyen terme, les exportateurs nationaux trouveront des débouchés croissants à l'Est. Par ailleurs (voir plus haut) un compromis a été trouvé dans la question « sensible » des aides structurelles et régionales, qui, devant aller en priorité aux zones de l’Union les plus défavorisées, voient à terme leur montant et leur proportion diminuer pour la Finlande.

S’agissant de l’entrée prochaine dans l’Union de la Roumanie et de la Bulgarie, le cabinet Vanhanen suit de près l’évolution de la situation. Il a sans doute été attentif aux remarques de M. Rehn, le membre finlandais (en charge de l’élargissement) de la Commission de l’UE, qui en février 2005 constatait que les deux pays, vu leurs faibles coûts de production, attireraient des entreprises qui, autrement, auraient « délocalisé » des activités en Chine et ainsi resteraient en Europe.

La Finlande reste même d’un optimisme prudent en ce qui concerne l’avenir des relations avec la Turquie, qui ne semble pas trop « effrayer » ses nationaux et n’a pas télescopé, comme cela a été partiellement le cas en France, la question de la Constitution européenne. Le Premier ministre Vanhanen s’est à plusieurs reprises déclaré partisan de jouer le jeu de la négociation et ne se réfugie pas derrière l’éventualité d’un « partenariat privilégié », refusé au départ par Ankara. Mais, sensible aux conseils d’Oli Rehn (pour qui, en outre, l’entrée de la Croatie et de la Turquie suppose que l’Union ait préalablement réglé les problèmes liés à ses institutions et à leur fonctionnement), il suggère un vaste débat public préalable.

La dimension septentrionale


Le gouvernement finlandais, malgré des déclarations de principe rassurantes, semble suivre avec une attention moindre que par le passé l’évolution de son initiative de 1997 sur la "dimension septentrionale". Avec l’entrée de la Pologne et des États baltes dans l’Union Européenne, la Russie du Nord-Ouest est désormais le seul bénéficiaire de cette politique commune de l’Union. Comme toujours avec Moscou, les réalisations sont marquées du sceau de la lenteur, les Russes donnant parfois l’impression de ne pas s’impliquer ou manquant de projets concrets à proposer rapidement à Bruxelles. Le scepticisme marque alors des points en Finlande, même si Matti Vanhanen se déclare attaché à l’initiative, observe qu’elle a porté des fruits dans les domaines de l’environnement -épuration des eaux de Saint-Petersbourg- et de la sécurité nucléaire et envisage d’en faire une priorité de la prochaine présidence finlandaise de l’UE (2006).

Mentionnons que quelques parlementaires européens finlandais (Conservateurs notamment) ont au début de 2005 proposé de remplacer la « dimension septentrionale » par une « stratégie baltique » plus large et dotée d’un budget propre. L’idée a reçu des soutiens dans les pays baltes et un bon accueil au Parlement européen. Finalement une réunion des Ministres des affaires étrangères de l’Union (à laquelle étaient invités leurs homologues russe et norvégien), fin novembre, a décidé d’étendre après 2006 la « dimension septentrionale » à la région de la mer Baltique et aux régions arctiques du Groenland à l’Oural. Il y aura alors lieu, avec leur accord, d’impliquer la Norvège, la Russie (et l’Islande ?) comme parties souveraines au niveau de la prise des décisions, qui ne relèveront plus de la seule Commission de l’Union. La « dimension » concernera, outre l’environnement, la santé, les affaires sociales, la sécurité intérieure et extérieure, la formation, les sciences, la culture et l’économie.

- Les problèmes de sécurité et de défense
Comme précédemment, Helsinki a accordé beaucoup d'importance aux discussions européennes sur les questions de sécurité et de défense.

La question de la gestion de crises a été au centre des discussions en Finlande. Ainsi, la législation sur les opérations de maintien de la paix a fait l’objet de révisions substantielles (voir plus haut), et, même si au départ, Tarja Halonen était réticente, la possibilité de participer à des opérations de l’Union sana mandat de l’ONU existe dans quelques cas. La seule difficulté viendra du fait suivant : la Commission des lois du Parlement a considéré (voir l’article sur la « politique intérieure ») à l’automne 2005 que la personne qui aura le dernier mot en matière d’engagement des troupes devrait être le Premier ministre (« il s’agit d’une « affaire européenne, relevant de la compétence du gouvernement ») et non le Président (en tant que chef suprême des armées), comme le prévoit le projet de loi gouvernemental. Cette difficulté sera résolue seulement en mars 2006 par l’adoption d’une loi d’exception, confirmant la compétence du Président.

Lors de la campagne présidentielle, une polémique s’est développée entre M. Niinistö, candidat Conservateur et quelques-uns de ses rivaux (dont M. Vanhanen), pour savoir si les clauses du projet de « traité Constitutionnel » européen, relatives à la Politique Extérieure et de Sécurité Commune et à la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, pouvaient déboucher sur un engagement de solidarité de la part des États membres au cas où d’entre eux ferait l’objet d’une agression extérieure. Le triomphe final de Tarja Halonen a permis de mettre fin à ce débat
De manière plus générale, Helsinki a insisté pour que les engagements pris de 2000 à 2004 et qui tendent à doter l’Union des capacités indispensables pour mener les opérations de gestion de crises soient tenus et les délais respectés. En outre, avec les Suédois, la Finlande continue à souligner la nécessité de développer ladite gestion, avec ses aspects “civils” et pas seulement militaires.

Au terme de nombreuses discussions internes et « européennes », les Finlandais se préparent à mettre à la disposition de la force européenne de déploiement rapide, des troupes participant à deux « groupements tactiques » : avec les Suédois, les Estoniens et les Norvégiens, d’un côté ; les Allemands et les Néerlandais de l’autre

- Les problèmes de l’agriculture
Le monde agricole et la classe politique se sont penchés avec un intérêt soutenu sur l’évolution, en cours et à venir, de la Politique Agricole Commune. S’agissant d’une question très sensible et qui divise les États membres de l’UE, les Finlandais (au sein desquels, également, on relève des points de vue et des intérêts divergents, y compris entre agriculteurs de régions différentes) ont rappelé combien ils étaient attachés au maintien d’avantages -subventions et aides diverses- obtenus dans le passé -et confirmés notamment en 1999-. Ces avantages conditionnent le maintien d’un secteur agricole limité mais viable, malgré des conditions naturelles défavorables. Eux seuls permettent la " survie " d’une production nationale correspondant à des critères de qualité et aux goûts des consommateurs.

L’élargissement de l’Union met en péril ces avantages, et des sacrifices étant inéluctables après 2007, le gouvernement a dû, lors des débats européens sur les « perspectives financières » de l’Union, faire preuve de détermination pour limiter ces sacrifices (voir plus haut). Il a largement réussi. Mais c’est en 2006 qu’on verra clair sur la question (électoralement importante) des « compensations » attendues par le monde agricole : en provenance de l’Union, de la Finlande ? ?

On notera qu’en juin, la Commission de Bruxelles a publié un projet de réforme du régime des prix garantis pour le sucre. Ce projet léserait la culture et la production sucrières dans certains États membres dont la Finlande. Le gouvernement a combattu les modalités de ladite réforme. Après des négociations difficiles entre les États de l’Union et la Commission, un compromis a été trouvé le 24 novembre (dans la perspective des négociations agricoles au sein de l’OMC). Le prix du sucre baissera sensiblement, ainsi que la production européenne. Diverses compensations sont prévues par l’UE tant pour les agriculteurs que pour les industriels des sucreries, mais, s’agissant de la Finlande, celle-ci devra prendre à sa charge un complément d’indemnisation jugé par elle indispensable, compte tenu des conditions climatiques.
Le gouvernement finlandais considère avoir remporté une « victoire », avec un compromis qui permet le maintien dans le pays de la culture du sucre et d’une usine sucrière (propriété d’un groupe danois). Le monde rural est beaucoup plus réservé.

Les relations avec les pays voisins


- Russie
Les rapports avec la Russie tiennent évidemment une place non négligeable dans la politique extérieure d'Helsinki. Le dialogue entre les hauts responsables finlandais et le Président Poutine et son équipe est en général de bonne qualité.
Certes, des difficultés subsistent. L’accord sur la protection des investissements est toujours « en panne », du fait de Moscou, malgré des déclarations optimistes du ministre des Finances russe en février 2005.
Au printemps a éclaté l’affaire des violations de l’espace aérien finlandais par des avions russes en déplacement entre Kaliningrad et Saint-Petersbourg. Bien que ces pratiques existassent depuis de nombreux mois, les autorités d’Helsinki ont décidé en mai 2005 de les porter sur la place publique, de demander officiellement des explications à Moscou et, après une courte période de tension, se sont mises d’accord avec leurs interlocuteurs sur une procédure destinée à éviter le renouvellement de telles violations.

Peu après, le vice-président de l’administration présidentielle russe déclarait que la politique finlandaise à l’égard des minorités finno-ougriennes de Russie cacherait un intérêt d’Helsinki pour les réserves pétrolières russes.

Malgré ces « accidents », les rencontres entre dirigeants des deux pays ont été multiples. M. Vanhanen a rencontré à Moscou son homologue les 7 et 8 juin. Le ministre russe des Affaires étrangères, les hauts responsables finlandais le 27 juin. Le 1er août Vladimir Poutine a eu, à Helsinki, des conversations approfondies (coopération économique, trafic ferroviaire, canal de Saimaa, économie forestière, coopération douanière et frontalière, investissements, etc) avec Tarja Halonen. Enfin cette dernière a participé, le 22 septembre, avec V. Poutine, à l’inauguration de l’usine d’épuration des eaux de Saint-Pétersbourg.
Certains ont fait remarquer que ces rencontres avaient lieu à un moment où l’ambiance dans l’Union européenne s’était nettement refroidie à l’égard de la Russie, que la possibilité de voir la Finlande servir de « médiateur » était de nouveau d’actualité, qu’en tout cas, il était primordial pour Moscou d’entretenir de bonnes relations avec son voisin. 

Du côté finlandais, divers cercles politiques, dont S. Niinistö se fera l’interprète lors des élections présidentielles, reprocheront à Tarja Halonen de négliger cette région après s’y être intéressée, au gouvernement d’être incapable de sortir de la routine et de lancer des initiatives du type de celle de la « dimension septentrionale » naguère. D’autres (à droite) accuseront les mêmes dirigeants de se laisser influencer, en ce qui concerne l’évolution des rapports avec l’OTAN, par la crainte (héritée du passé) d’éventuelles réactions russes. Même si ces critiques cachent souvent des arrière-pensées de politique intérieure, on constate que, vis-à-vis de la Russie, Helsinki n’a plus le même dynamisme que dans les années suivant son adhésion à l’Union Européenne. Et pourtant la place prise dans le commerce extérieur finlandais par les échanges avec la Russie a nettement pris de l’importance, notamment en 2005. La Russie est devenue le second partenaire de la Finlande, suivant de très près l’Allemagne.

États baltes
Les visites réciproques de hauts responsables politiques (la Présidente Halonen, et les dirigeants des trois États baltes, etc.) ont été nombreuses et chaleureuses. Helsinki s’est efforcée, à maintes occasions, vis-à-vis de Tallinn, de dissiper les insinuations la visant et lui prêtant une attitude exagérément « protectrice » (de « grand frère »), émises à son encontre par certains Estoniens. 

L’aide publique au développement et les rapports Nord-Sud
Depuis un certain temps (en partie en raison de la crise économique du début des années des années 90, qui fut à l’origine de lourdes coupes budgétaires), Helsinki est à la traîne des (généreux) pays nordiques en matière d’Aide Publique au Développement. Celle-ci, en 2005, n’égalait que 0,39 % du PIB. S’inspirant des conseils de la Présidente Halonen elle-même, le gouvernement a décidé de la faire passer à 0,42 % du PIB en 2006 et 0,7 % en 2010. Compte tenu des difficultés rencontrées pour réaliser ces performances dans de bonnes conditions, l’idée est venue en 2005 aux responsables finlandais de diminuer le nombre de bénéficiaires (57 pays en 2004, sans compter l’aide multilatérale), et de rationaliser les procédures d’attribution...

Par ailleurs, la Présidente avait initié en 2003 avec son homologue tanzanien un processus, repris par les gouvernements des deux pays : le processus d’Helsinki, ayant pour but de rassembler des représentants des gouvernements, des entreprises et des ONG autour de la même table afin de discuter de la mondialisation et des inégalités entre les deux hémisphères de la planète. Le 8 septembre, la Présidente et le ministre Tuomioja ont, dans ce cadre, participé à une importante réunion de travail, avec leurs homologues tanzaniens et d’autres personnalités, à Helsinki.

Résolution de la crise d’Aceh

Il n’est pas inutile de rappeler que c’est grâce au travail de médiation obstiné, subtil et efficace de l’ancien Président de la République Marti Ahtisaari, agissant à titre personnel (mais le bénéfice d’un tel succès a en partie rejailli sur la Finlande) avec son organisation « Crisis Management Initiative », qu’une solution a pu être trouvée au différend qui opposait depuis de nombreuses années le gouvernement indonésien et les séparatistes du mouvement GAM, de la région d’Aceh (nord de Sumatra). Une large autonomie est accordée à la région. L’accord a été signé, après plusieurs phases de discussions en 2005, le 15 août à Helsinki. La surveillance du respect de l’accord sera effectuée par l’Union européenne (un rôle décisif revenant aux Finlandais) et l’Association des Nations du Sud-Est asiatique.

 

 

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