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Martti Ahtisaari fait la guerre à la guerre

Politique > Politique étrangère
07-02-05
Auteur : Jean Pierre Frigo
Président de Finlande de 1994 à 2000, Martti Ahtisaari fait reparler de lui en ce début d’année 2005: comme ombudsman dans la tentative de règlement du conflit indonésien entre le gouvernement et les représentants du GAM, comme président de la commission de contrôle finlandaise sur la catastrophe asiatique du Tsunami. Premier président finlandais directement élu par son peuple, Martti Ahtisaari a toujours mis en avant une Finlande ouverte ayant à sa tête un président ouvert. Pour lui, la démocratie ne sera jamais une coquille vide et au cours de son mandat aucun dialogue n’a jamais été interrompu: “Je n’ai aucune envie de vivre dans une société où une fois que l’autorité suprême s’est exprimé tout le monde se terre sans réagir”, a-t-il dit dans une de ses premières interviews.
Casquettes et casques

Farouchement antiraciste, l’homme s’est toujours fait l’avocat d’une Finlande tolérante envers ses immigrés: “Si nous construisions un mur autour de notre pays, que deviendrait notre culture après une vingtaine d’années? Je préfère ne même pas y penser!”, a-t-il aussi déclaré. Habile diplomate, Martti Ahtisaari n’est pas un homme de conflit et répond volontiers à une question par une autre question. En outre, il ne se laissera jamais enfermer dans une alternative à deux termes: il lui en trouvera régulièrement un troisième. Une des armes secrètes d’un des diplomates les plus respectés? Justement la reconnaissance internationale. En français moderne on dira que l’ancien Président finlandais, Martti Ahtisaari, collectionne les casquettes tellement il empile littéralement les fonctions et les titres. Parfois il s’agit aussi de casquespuisque cet homme qui aime les boutades et les symboles parlants a coutume de dire que les Finlandais excellent là où le port du casque est nécessaire! À la réflexion ce n’est pas totalement faux: saut à ski, rallye automobile, F1, casques bleus de l’ONU, voilà quatre disciplines où les Finlandais ont souvent brillé. Pour Martti Ahtisaari le bleu est la couleur qu’il préfère, surtout s’il s’agit des couleurs de l’ONU ou de celles de son contingent de Paix, les fameux casques bleus.


De l’inédit

Pourtant le président n’est pas connu pour ses exploits militaires. Le bruit et la fureur des champs de batailles ne font pas partie de ce monde plus feutré qui est le sien, celui des pourparlers et des tables de négociations. À Helsinki, en ce début 2005, il tente de régler un des plus anciens conflits actuels, celui opposant depuis 1976 le gouvernement indonésien et les séparatistes musulmans du GAM (Mouvement pour l’indépendance d’Aceh). La région d’Aceh a été la plus durement touchée par la catastrophe du 26 décembre dernier, puisque simultanément frappée par le séisme et le Tsunami. Amener des belligérants à s’asseoir à une table de négociations est une activité à plein temps. Pour la couvrir sur toutes les parties du monde Martti Ahtisaari a mis en place le CMI (Crisis Management Initiative / en français: Initiative de Gestion de Crise), une structure totalement inédite qu’il a lancée dès la fin de son mandat présidentiel, début 2000.

 

45 pour 89

Diplomate de carrière depuis 1965, Martti Ahtisaari s’est depuis longtemps illustré dans le secteur sensible de la diplomatie de crise. Entre 1973 et 1978 il a été ambassadeur de Finlande dans ces pays d’Afrique Australe que sont la Tanzanie, la Namibie, la Zambie et le Mozambique. En 1978, il a été nommé Représentant spécial du Secrétariat Général de l’ONU pour la Namibie. Plus tard, en 1987, Javier Perez de Cuellar, alors Secrétaire Général de l’ONU, le nomma Sous-secrétaire général pour la gestion et l’administration, un poste clé. A ce titre Martti Ahtisaari a dirigé l’opération UNTAG en Namibie (1989-1990) qui a débouché sur la paix et l’indépendance de la Namibie. Après un court passage au Ministère des Affaires Étrangères de Finlande, il fut nommé Représentant spécial de l’ONU en ex-Yougoslavie, en 1992, ce qui contribua à régler partiellement le conflit des Balkans et conduisit à l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. En arrière-plan de ses missions diplomatiques, Martti Ahtisaari applique une philosophie mettant en avant le développement économique dans le respect de la loi. Selon lui il ne peut y avoir de démocratie sans transparence du système économique adopté par un pays. Pour preuve, dans un discours prononcé fin 2004 devant le Conseil Permanent de la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe, processus lancé à Helsinki en 1975), à Vienne, il soulignait: “Il est notoirement reconnu que démocratie et économie de marché avancent main dans la main. Alors que les démocratie libérales comptent pour 45 % de la population mondiale, ces mêmes nations produisent également 89 % des richesses du globe.”

 

Asie Centrale et tolérance

Et pour traduire sa philosophie en mesures concrètes, Martti Ahtisaari a créé le CMI, puisque faire cesser les hostilités représente le premier pas avant la mise en place de la démocratie. David contre Goliath. A ma droite, tous les complexe militaro-industriels du monde et autres organisations terroristes, à ma gauche le CMI œuvrant à désamorcer les guerres, à maintenir le lien entre les belligérants et à préserver les possibilités de négociations. Les résultats de cet organisme sont d’abord dus au prestige de son président finlandais ainsi qu’à la place de la Finlande dans le monde, le pays ayant donné un bon exemple de neutralité et de non-engagement dans le monde de l’Après-Guerre. Indubitablement les résultats engendrent les résultats et le règlement d’une crise, le règlement d’une autre crise. La résolution des crises en Asie Centrale en présente un excellent exemple. Très actifs dans les nouvelles républiques d’Asie Centrale que sont les Kirghizistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan, et ce depuis l’origine, Martti Ahtisaari et son CMI ont réussi à y faire avancer des réformes principalement vers la tenue d’élections libres mais également sur la peine de mort, la torture et la corruption. Parallèlement les contacts entretenus pas Martti Ahtisaari avec les instances dirigeantes de ces pays portent sur l’instauration de la tolérance politique, la promotion de l’éducation, l’indépendance des médias et le règlement des litiges frontaliers afin que d’éviter tout prétexte à de nouveaux conflits.

Le CMI est ses quatre partenaires

Un mot encore sur le CMI (voir site en pied d’article). C’est une ONG coopérant avec quatre partenaires. D’abord avec l’Institut Est-Ouest (EastWest Institute / EWI) dont la mission est de désamorcer les tensions et conflits menaçant la stabilité géopolitique en Europe Centrale et Orientale, en Russie et dans les autres États d’Eurasie. Martti Ahtisaari occupe le poste de co-président du EWI. Ensuite, la Fondation pour la Jeunesse et l’Enfance dans les Balkans, dont Martti Ahtisaari est président, a pour but d’améliorer les conditions et perspectives des jeunes de la Péninsule Balkanique par l’activation d’opportunités de réseaux et des distinctions ciblées. En troisième position vient la Fondation Soros pour une Société Ouverte (OSI) a lancé une gamme de programmes liés aux réformes nécessaires dans l’enseignement et sur les plans social et juridique. Le Président Ahtisaari compte parmi les conseillers de l’OSI. Enfin, le WSP (War-torn Societies Project / en français: Projet pour sociétés dévastées par la guerre) aide les habitants de pays sortant d’une guerre à reconstruire leurs sociétés de façon à promouvoir une paix durable et à diminuer les possibilités d’une reprise du conflit. Martti Ahtisaari est le président du WSP dont le siège est à Genève.

 

Bâton de pèlerin

Il semble évident que l’efficacité des entreprises menées par Martti Ahtisaari et son CMI repose largement sur le réseau de relations internationales tissé au fil du temps, depuis plus de trente ans, par l’ex-Président finlandais. A ce propos il ne faut pas oublier que Martti Ahtisaari a été élu à la magistrature suprême de la Finlande, en 1994, quasiment par hasard, à un moment de l’histoire du pays où les candidats naturels ne pouvaient plus prétendre se présenter suite à la nouvelle donne résultant de l’effondrement de l’URSS. A l’époque, M. Ahtisaari avait une réputation de “diplomate volant”, peu présent sur le terrain, en Finlande, et c’est justement cette image de virginité, d’éloignement des affaires intérieures, presque de non-alignement politique, bien qu’il soit Socialiste, qui s’avéra très favorable à son élection. En 2000, la Constitution finlandaise l’autorisait à se représenter mais il ne l’a pas souhaité désirant vraisemblablement poursuivre une authentique vocation, la pratique de la diplomatie pacifique. C’est ainsi que le CMI a été porté sur les fonds baptismaux et que Martti Ahtisaari a repris son bâton de pèlerin afin d’oeuvrer pour la paix dans le monde. Tout en rondeurs, en bonhomie et sérénité, ce Finlandais semble être né pour accomplir cette tâche immense.

Liens

www.cmi.fi

www.ewi.info

ww.balkanyouth.org

www.soros.org

 
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