Récemment encore, le Premier ministre Matti Vanhanen (premier ministre jusqu'à 22.6.2010) envisageait de dominer la scène politique finlandaise jusqu’en 2015. Désormais, il renonce, ouvrant la voie aux spéculations sur sa succession, La veille de Noël – le jour où le Père Noël apporte les cadeaux longuement attendus – le président du Parti du Centre Matti Vanhanen, qui est aussi le Premier ministre en exercice, a livré un « paquet » pour le moins inattendu : il a en effet annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat à la tête de son parti, dont le congrès se réunira en juin prochain. Cette annonce a rapidement – et on ne peut mieux – été surnommé « la bombe de Noël de Vanhanen. »
Une surprise? Oui et non! Quoi qu’il en soit, c’est un jalon majeur dans la vie politique intérieure de la Finlande. Il n’y a pas si longtemps, Vanhanen aspirait à dominer la scène politique de son pays jusqu’en 2015, en visant un troisième mandat consécutif – fait rare – aux prochaines élections parlementaires, prévues en 2011. Ce fait l’aurait même rendu exceptionnel puisque son accession au poste de Premier ministre, en juin 2003, quelques heures seulement après avoir été prévenu, était un pur hasard. Il succédait en effet à Anneli Jäätteenmäki, qui avait été contrainte à la démission moins de deux mois après le début de son mandat. Une opération digne d'attention |  |
Vanhanen a fait savoir dans son blog et dans un article publié dans Suomenmaa, quotidien du Parti du Centre qu’il changeait d’avis. Selon toute apparence, seuls quelques privilégiés avaient été avertis de ses intentions. Timo Laaninen, ancien assistant de Vanhanen, éditeur du Suomenmaa et personnalité chevronnée du Parti du Centre, était, semble-t-il, au courant deux jours avant la publication. Le ministre des Finances Jyrki Katainen, président du Parti conservateur, principal partenaire du Centre au sein de la coalition gouvernementale a été informé, pour sa part, juste avant que la nouvelle éclate.
En public, Vanhanen n’a fait état que de raisons de santé pour expliquer son soudain revirement ; mais les vraies raisons – même si elles sont occultes - étaient bien sûr liées, purement et simplement, à la politique. Agé de 54 ans et, visiblement, dans la fleur de l’âge, Vanhanen n’est pas le premier homme politique finlandais à penser mettre un frein à ses activités voir même se retirer.
Vanhanen écrit qu’au début du mois de novembre il avait réservé une date, pour une intervention chirurgicale, au début du printemps prochain. « L’intervention porte sur mes pieds et leurs os. Les maux se sont aggravés, au cours des deux dernières années écoulées ; je veux être débarrassé des douleurs lancinantes et périodiques dont je souffre», déclare-t-il dans ce texte soigneusement rédigé. Si Vanhanen ne développe pas davantage le propos, le Helsingin Sanomat, premier quotidien finlandais, croit savoir que celui-ci soufre d’ostéoarthrite, une maladie dégénérative des articulations.
Le motif sous-jacent de cette décision de quitter le poste le plus influent de la politique finlandaise est apparu clairement lorsque Vanhanen a mentionné que l’intervention chirurgicale pourrait être remise jusqu’aux élections parlementaires. Les propos de Vanhanen pourraient être interprétés comme signifiant son éventuel désir de rester à la tête du gouvernement après le congrès de son parti, en juin, jusqu’aux élections.
Dans la pratique politique finlandaise, si un parti est représenté au gouvernement, le président de cette formation occupe un poste ministériel et le chef de file du plus grand parti est le Premier ministre. Il existe des exceptions à cette règle, mais celles-ci ont régulièrement conduit à des tensions politiques, dans la mesure où se tenir à l’écart du gouvernement permet d’être en déphasage par rapport à la politique de celui-ci. Les propos ambigus tenus par Vanhanen ont suscité une vague de spéculations et, pratiquement, un rejet général de la part des autres partis et des médias. Le président du Parti conservateur, Jyrki Katainen, a indiqué que la nomination du nouveau Premier ministre ne saurait être une affaire interne au Parti du Centre. | Un double échec |  |
Avec Vanhanen à la barre, le Parti du Centre n’a jamais remporté une élection de manière décisive, qu’elle soit parlementaire, municipale, présidentielle ou européenne. S’il avait continué, Vanhanen aurait pu essuyer une double échec: un revers lors du congrès de son parti (moins vraisemblable) et une défaite aux élections parlementaires (plus vraisemblable). Ainsi, en se retirant, Vanhanen a fait d’une nécessité une vertu.
Lors d’une conférence de presse tenue ultérieurement, Vanhanen n’a nullement exclu la possibilité de s’accrocher au poste de Premier ministre jusqu’au terme de la législature. « La volonté du nouveau chef de file du parti est (le facteur) le plus décisif», a déclaré Vanhanen. Toutefois, il a choisi de ne pas ajouter le moindre éclaircissement sur les raisons politiques qui sous-tendent sa décision, parlant uniquement d’un « jugement d’ensemble. »
Les motifs politiques à la manœuvre de Vanhanen sont perceptibles, sans qu’il soit nécessaire pour lui d’être plus candide. Son parti n’est pas au mieux dans les sondages et la masse n’est guère enthousiasmée par son style d’intérimaire. Il sert des explications qui pourraient être vues comme des prétextes. Ainsi, Vanhanen a expliqué qu’en tant que Premier ministre et comme chef de parti il n’aurait pas la possibilité d’une convalescence prolongée. En second lieu, il visera la réélection au parlement en 2011 ; enfin, il serait disposé à assumer « des tâches intéressantes », ce qui signifierait, par la suite, au moins un poste ministériel au gouvernement.
D’un autre côté, tout en étant au pouvoir, Vanhanen a survécu à d’innombrables tempêtes, dont il était, le plus souvent, lui-même la cause. Il a d’abord divorcé, ensuite il a rompu - par texto- avec sa compagne avant d’être mêlé à un scandale lié au financement électoral et d’être accusé de corruption. Après plus de six ans au poste de Premier ministre, pourquoi ne pas profiter de la vie – concrètement, selon les propres termes de Vanhanen : « Un steak, une pomme de terre au four, un verre de Coca froid, mon lit et Everwood à la télé. »
Le Parti du Centre et le succès électoral, personnel, de son chef de file ont peut-être été la principale raison au revirement de Vanhanen. Ce qui a rendu surprenant ce retournement, c’est que ses mesures politiques les plus récentes étaient, pour une fois, décisives ; elles ont été perçues comme des signes de force. Habituellement, de tels signes étaient plutôt interprétés comme des signes de sa volonté de se maintenir que de faire un pas en arrière. Par exemple, face à la présidente de la République, il était resté ferme sur sa décision : désormais, avait-il déclaré, seul le Premier ministre représentera la Finlande aux sommets européens. Deuxièmement, il avait demandé que des impôts élevés frappent les gros revenus et les profits de capitaux. Ces deux décisions sont intervenues après la décision prise par Vanhanen de renoncer à ses fonctions. Ceci laisse supposer qu’il pourrait tout autant continuer des démarches audacieuses durant le temps qui lui reste avant le mois de juin. La version finlandaise du canard boiteux ? | Des noms à profusion |  |
L’annonce de Vanhanen a ouvert la voie à plusieurs, peut-être même à plus d’une demi-douzaine de candidats pleins d’espoirs, même si seulement un petit nombre d’entre eux a la pointure nécessaire pour devenir chef du parti, sans parler du poste de Premier ministre. A tous égards, la mieux placée est l’actuelle ministre de l’Environnement, Paula Lehtomäki, mais elle a annoncé qu’elle ne sera pas disponible. Lehtomäki a deux jeunes enfants et elle est soucieuse de ne pas commettre d’erreur ou de ne pas s’user politiquement, c’est volontairement qu’elle a gardé un profil bas.
Le premier à ouvrir le feu, toutefois, a été le ministre du Commerce extérieur et du Développement, Paavo Väyrynen. Il a récemment annoncé sa candidature.
Parmi les autres candidates possibles, on trouve la ministre des Pouvoirs locaux Mari Kiviniemi, l’ancien ministre de l’Environnement Kimmo Tiilikainen et le vice-président du parti, le député Antti Rantakangas. Toutefois, la question qui titille le plus est la suivante : le commissaire européen Olli Rehn pourrait-il être convaincu de s’aligner ans la compétition? Dans le passé, Rehn avait décliné l’offre; cette-fois-ci, il s’est bien gardé de souffler mot.
Pour ses concurrents politiques, la décision de Vanhanen est une lame à double tranchant. Le Parti de rassemblement, conservateur, qui survole chaque sondage d’opinion, tient à ce que le nouveau chef du Parti du Centre assume également les fonctions de Premier ministre.
La raison : ne pas permettre à celui ou à celle qui l’emportera de glaner des points politiques en se tenant à l’écart de la ligne de conduite du parti au gouvernement à la veille des élections parlementaires. Pour le Parti social-démocrate, principale formation de l’opposition, le retrait de Vanhanen peut ouvrir de nouvelles opportunités ; les sociaux-démocrates pourraient bien accuser ce dernier de désertion en pleine récession économique. Une chose est sûre : dans les mois à venir, le Parti du Centre retiendra formidablement l’attention des médias, au grand dam de ses concurrents politiques.
Lire la suite : Le Nouveau Premier Ministre est Mari Kiviniemi
|