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Les élections parlementaires le 17 avril

Politique > Institutions
14-04-11
Auteur :
Qui aurait pu deviner que les propos de cet homme pourraient avoir 
un effet sur les débats au seuil des élections parlementaires en 
Finlande? Le premier ministre du Portugal, José Socrates, parle de la 
situation économique. L'auteur, Riikka Uosukainen, est chef de la rédaction des affaires politiques aux Actualités de la radiotélévision finlandaise YLE.

 
Cela, personne ne l’avait prévu. La gestion économique débridée de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal ainsi que les paquets d’aide à ces pays constituent le  sujet le plus brûlant des débats électoraux que mènent les Finlandais. Les chefs des partis haussent la voix et pointent du doigt lorsque l’on tente de faire comprendre aux citoyens de quoi il retourne lorsque l’on parle des paquets d’aides aux pays endettés de la zone euro, pourquoi et comment on a besoin de nous pour les aménagements complexes de garantie. La situation est exceptionnelle. La Finlande est membre de l’Union européenne depuis 1995 mais c’est la première fois que les questions européennes y dominent les élections parlementaires nationales du  17 avril prochain.
 
Tout au long de cet hiver, le parlement finlandais (l’Eduskunta) a examiné les  paquets de stabilisation qui ont été négociés. Dans la bataille électorale, la ligne de démarcation, désormais bien tranchée, qui oppose le gouvernement et l’opposition a vu le jour dans ce contexte. Réunis dans la coalition gouvernementale, le Parti de rassemblement (Conservateurs modérés), les Verts et le Parti populaire suédois (RKP) ont pris, sans réserve, la défense des aménagements pour la stabilité économique. Mais des voix discordantes se sont élevées parmi les ministres du Parti du Centre - parti du premier ministre - malgré les efforts de la cheffe du gouvernement, Mari Kiviniemi, pour les minimiser. Pour une partie de la plate-forme électorale de ce parti, l’adhésion à l’Union européenne et l’adoption de la monnaie commune ont été comme des  pilules difficiles à avaler et ce, dès le début. Désormais, le bât blesse également à propos des paquets de financement destinés aux pays endettés de la zone euro et présentement au cœur des débats.

Le commissaire européen Olli Rehn, chargé des affaires économiques et financières, s'efforce aussi, pour sa part, de trouver un remède à la situation économique portugaise.

Au parlement, le front de l’opposition a voté contre le paquet d’aides accordé à la Grèce. Les petits partis d’opposition que sont l’Alliance des Gauches et les démocrates-chrétiens disent également non à une aide au Portugal ; ces partis exigent aussi que le gouvernement renonce à accorder des aides supplémentaires aux pays endettés de la zone euro. L’Alliance des Gauches voit dans les fonds de stabilisation des crises et dans le processus décisionnel qui y mène une dérive vers un État fédéral; elle exige que chaque État de l’Union prenne soin de sa propre gestion de l’économie.

Lors du vote à l’Eduskunta, le Parti social-démocrate (SDP), leader de l’opposition,  s’est opposé au paquet d’aide à la Grèce; désormais, ce parti fixe des conditions à une aide au Portugal : le SDP propose notamment un report du remboursement des emprunts de l’État portugais. Selon la présidente du parti, Jutta Urpiainen, cette ligne sera maintenue si le SDP est au gouvernement après les élections. Les sociaux-démocrates n’adopteront le paquet d’aide au Portugal que si les investisseurs prennent assument la responsabilité de leur part de risque.

L’un des motifs de la ligne stricte, préconisée par le SDP, est la poussée du parti populiste des Vrais Finlandais, élément-surprise des prochaines élections finlandaises. Leur président Timo Soini, à qui son parti doit sa formidable progression dans les sondages, s’oppose vigoureusement à l’aide aux pays endettés.  Ce sont surtout les sociaux-démocrates, déchirés par des contradictions internes  durant toute la législature, qui ont fait les frais de la poussée de Soini et de ses protégés.  Par ses discours critiques sur l’UE, Jutta Urpiainen cherche peut-être à regagner des électeurs de son parti qui se sont rangés derrière les Vrais Finlandais.

Jutta Urpiainen, la leader du parti social-démocrate finlandais, pourrait bien convaincre certains électeurs, eurocritiques, de son pays.

Pour le SDP, faire tanguer le navire communautaire est une nouveauté. Chacun se souvient encore de Paavo Lipponen, l’ancien chef de file du SDP et premier ministre, qui pilota la Finlande jusqu’au noyau dur de l’UE, au côté de l’Allemagne ; au quotidien, il s’en prenait volontiers aux critiques de l’UE dans la classe politique finlandaise. Ce changement  d’orientation exprimé par la présidente Jutta Urpiainen pourrait bien rester au stade de l’effort électoral. Le maintien de cette orientation modifierait l’équilibre de la politique européenne de la Finlande.
 
Les regards  se tournent désormais vers Timo Soini. Siégeant, au parlement, dans les rangs de l’opposition, le groupe des Vrais Finlandais est quasiment invisible; il ne compte que cinq députés (sur 200), dans la rangée du fond de l’hémicycle; mais leur président, qui est eurodéputé, fait figure de croque-mitaine  autrement plus impressionnant que son parti. Soini a déclaré que les élections du mois d’avril sont un référendum où s’affronteront les partisans des aménagements de stabilité de la  zone euro et les partis qui s’y opposent. Les partis habitués au consensus, y voient une déclaration de guerre.

Dans le sondages, les Vrais Finlandais emmenés par Soini ont progressé jusqu’à devenir un des quatre grands partis du pays. Si la popularité de Soini se vérifie lors des élections, et si le verdict des urnes fait du SDP le plus grand parti, le peuple aura pratiquement voté contre l’aide aux pays endettés. Une situation nouvelle et inattendue pour les négociations en vue de former le gouvernement et dans un pays resté, jusqu’ici, fidèle à  l’UE !

Les élections parlementaires en Finlande ont lieu le 17 avril. Le parlement qui sera élu lors de ce scrutin décidera de la position de la Finlande relativement au paquet d’aide au Portugal.

 

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