L'un après l'autre, les partis politiques finlandais semblent avoir été secoués par un bouillonnement interne. Cette fois-ci, c'est l'Alliance de Gauche, formation à l'extrême gauche de l'échiquier politique du pays, qui semble faire les frais de cette effervescence. La crise qui secoue ce parti a éclaté avec l'annonce soudaine par Suvi-Anne Siimes, présidente de l'Alliance de Gauche depuis 1998, de sa démission du poste de présidente de cette formation, fonction qu'elle occupait depuis 1998.
La décision prise par Suvi-Anne Siimes, au début du mois de mars, contraint son parti à chercher rapidement un nouveau chef de file. L'Alliance de Gauche se réunira en mai en congrès extraordinaire; il y sera, en fait, question de bien plus que du choix d'un nouveau président. Le parti décidera aussi s'il veut s'en tenir à la ligne de conduite préconisée par la présidente démissionnaire, c'est à dire entrer au gouvernement ou bien s'il s'engage plus durablement sur la voie de l'opposition. À plus long terme, il s'agira aussi, dans ce choix, de savoir si l'Alliance de Gauche saura rester une composante politique de taille moyenne ou bien si certains de ses partisans reporteront massivement leurs voix en faveur du Parti social-démocrate (SDP).
À l'issue des élections parlementaires de 2003, l'Alliance de Gauche n'a plus trouvé place au gouvernement, au grand dam de sa présidente. Durant les deux précédentes législatures, c'est à dire pendant huit ans, son parti avait siégé dans un gouvernement dont la composition, sans précédent dans la vie politique finlandaise, lui avait valu d'être qualifié de gouvernement arc-en-ciel. Il réunissait en effet les Sociaux-démocrates, le Parti de Rassemblement (droite conservatrice modérée), l'Alliance de Gauche, les Verts et le Parti populaire suédois.
Suvi-Anne Siimes, qui a fait, dans les années 1990, une ascension fulgurante à la tête de l'Alliance de Gauche, s'est retrouvée aux prises avec le groupe parlementaire de son parti. D'une part, sur l'attitude à adopter à propos de la loi relative à la gestion des crises et, d'une manière générale, jusqu'où la Finlande doit aller dans l'intégration de l'UE.
Sur cette loi, Siimes avait une position pratiquement similaire à celle du gouvernement, tandis que la majorité du groupe parlementaire de son parti aurait voulu que le texte de la loi mentionne expressément un mandat des Nations Unies. Adoptée en avril par la Chambre, la Loi sur la gestion des crises autorise la Finlande à participer aux missions de gestion des crises de l'Union européenne sans le mandat du Conseil de sécurité de l'ONU. L'ancienne loi impliquait un tel mandat. | Le brillant avenir relégué au passé |  |
Représentant l'extrême gauche, le Parti communiste finlandais (SKP) et son organisation électorale, la Ligue démocratique du peuple finlandais (SKDL) comptèrent pendant des décennies parmi les plus grandes formations politiques du pays; leur force était comparable à celle du Parti Social-Démocrate et du Parti du Centre. La SKDL compta jusqu'à 50 députés soit un quart des sièges à la Chambre, succès remporté aux parlementaires de 1958. Cette formation rivalisa même avec le SDP pour le rôle de plus grande formation politique du pays.
Avant la seconde guerre mondiale, les activités de l'extrême gauche furent longtemps interdites. Auparavant, en 1918, la Finlande avait traversé une guerre civile de courte durée mais sanglante; les Rouges qui tentèrent la Révolution, furent rapidement acculés à la défaite. Bon nombre d'entre eux se réfugièrent en Russie soviétique. Par une de ces bizarreries de l'histoire, on a dit du SKP que c'est le seul parti communiste au monde qui fut fondé à Moscou.
La seconde guerre mondiale, les communistes, qui avaient mené leur action dans la clandestinité, agirent au grand jour; soutenus par Moscou, leur influence dans la politique intérieure finlandaise fut considérable. Immédiatement après la guerre, les communistes exercèrent, par exemple, un solide contrôle sur la police secrète. Le parti fut sous la férule des staliniens jusqu'à une époque avancée des années 1960 ; les forces qui préconisaient une voie nationale pour le socialisme prirent alors le dessus au sein du parti. Pendant longtemps, les communistes furent aussi très influents au sein du mouvement syndical.
Au seuil des années 1980, le soutien électoral à l'extrême gauche commença à s'essouffler. Maintes raisons à ce recul, notamment l'amère dissension entre le courant majoritaire et la minorité au sein du SKP ou encore la rapide élévation du niveau de vie, entamant ce qui constituait le substrat nourricier de l'extrême gauche. Mais ce qui précipita sa baisse de popularité, ce fut le déclin de l'URSS et du socialisme réel, déclin amorcé au milieu des années1980. L'Alliance de Gauche fut fondée en 1990 pour se couper du passé.
| Déclin continu |  |
Au début, malgré un regain de popularité, l'Alliance de gauche a vu son score plafonner à moins de dix pour cent, lors de plusieurs élections récentes. Les Verts, en progrès, rivalisent avec elle et briguent le rang de quatrième parti après le SDP, le Centre et le Parti de Rassemblement (les Conservateurs).
Lorsque Suvi-Anne Siimes présidait aux destinées de son parti, celui-ci a vu baisser ses scores à chaque consultation électorale. Difficile d'incriminer la seule présidente du parti car sans sa personnalité radieuse, sa jeunesse, son sens de l'à-propos, ces scores électoraux auraient probablement baissé davantage. Siimes, qui est de confession orthodoxe fait figure d'oiseau rare comparé à l'adhérent moyen au parti. Elle n'est pas issue d'une des formations antérieures à l'Alliance de Gauche et, selon ses dires, elle ne croit pas aux "-ismes ". Siimes est connue pour sa coupe en brosse couleur platine, son look soigné et ses ongles longs et laqués rouges. Elle introduisit aussi dans la politique du parti des valeurs écologistes, ce qui explique pourquoi ses relations avec l'aile extrémiste du mouvement syndical.
| Des problèmes relationnels non réglés |  |
Derrière ce départ précipité de la présidente Siimes, on retrouve, au fond, les vieilles disputes irrésolues. Lorsque l'Alliance de Gauche fut créée, l'aile gauche " stalinienne " du parti communiste se joignit au nouveau parti. En d'autres termes, le nouveau parti hérita des dissensions vieilles de plusieurs décennies. D'un autre côté, il s'ensuivait aussi que la force politique de cette aile gauche n'éclata pas en petits partis.
Ces derniers temps, Siimes s'en est prise à l'aile gauche du parti dans des termes très virulents. "Je trouve que la situation de l'Alliance de Gauche est un peu comme le couple où la violence familiale s'est installée. S'attaquer à ses problèmes et tenter de les résoudre ne sera possible que si l'on ose parler de cette violence", écrivait-elle dans son blog quotidien. De plus, à l'annonce de sa démission, elle qualifia de mou le groupe parlementaire de son parti. Plusieurs personnes ont affiché leur intérêt pour prendre la succession à Siimes. Aucune de ces personnes ne représente clairement l'ancienne minorité du parti communiste même si cette dernière compte plusieurs députés au sein du groupe parlementaire. Le candidat le plus sérieux pour prendre la tête du parti est le président du groupe parlementaire, l'ancien ministre Martti Korhonen. Le départ de Siimes a rapidement lancé des bruits sur son intention de rejoindre les rangs du SDP. Siimes a indiqué qu'elle envisageait déjà cette perspective il y a un an. L'éventualité d'une fuite massive d'adhérents de l'Alliance de Gauche partant rejoindre le SDP suscite chez les sociaux-démocrates deux réactions. Le président du SDP Eero Heinäluoma qui se trouve être aussi ministre des Finances, leur souhaite la bienvenue. Par contre, l'ancien chef de file du parti, Paavo Lipponen aujourd'hui président du Parlement, a lancé une mise en garde: si c'est le cas, le SDP héritera aussi des différends qui ont secoué l'Alliance de Gauche.
La gauche politique finlandaise éclata - sociaux-démocrates d'un côté, communistes de l'autre - il y a environ un siècle. Le départ de Siimes a donné un coup de fouet au discours : le moment serait-il enfin venu d'unir les forces de gauche.
Au cours des dernières décennies, le rassemblement des forces de gauche culmina en 1966 à la suite de leurs résultats aux élections parlementaires. Le SDP et la SKDL obtinrent alors ensemble la majorité absolue à la Chambre. Les rapports de force furent cependant inversés, dès les élections suivantes, en faveur des formations non-socialistes. À l'heure actuelle, les partis de gauche recueillent ensemble environ 35% des voix.
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