| Politique intérieure et économie |  |
Pour la Finlande, 2005, sur le plan de la politique intérieure et extérieure s’inscrit dans une continuité prévisible avec l’année qui l’avait précédé. Dans le domaine intérieur, en effet, l’échéance primordiale, qui demeure le scrutin présidentiel de janvier 2006, se rapproche. Petit à petit les acteurs à venir de la prochaine joute électorale se sont dévoilés, avec l’entrée en scène confirmée de Tarja Halonen, candidate à un second mandat, et la présence de Matti Vanhanen, le Premier ministre -centriste- depuis l’été 2003 et de Sauli Niinistö ancien chef du parti Conservateur. Dans le domaine économique, la conjoncture finlandaise, quels que soient les atouts propres du pays, ne peut qu’être fortement influencée par la langueur qui continue à affecter la zone euro, l’approfondissement de la crise pétrolière et les incertitudes planant sur les relations entre les grandes monnaies.
Sur le plan des relations internationales, la Finlande, qui maintient ses grandes orientations, s’efforce de tirer les leçons des évènements, complexes et d’une portée parfois préoccupante, qui sont intervenus au-dehors, et notamment de la crise affectant la construction européenne, et, à un moindre degré, de l’évolution interne de la Russie et des péripéties récentes affectant les relations de Moscou avec son ancienne zone d’influence.
Politique intérieure : l’approche de l’ « échéance présidentielle »
A) L’action gouvernementale, « en phase avec l’opinion » Le cabinet Vanhanen, constitué à l’été 2003, après des mois troublés, a poursuivi son existence tranquille, et aucun obstacle sérieux n’a entravé sa route, sa cohésion interne demeurant solide et l’opposition n’étant pas en mesure de le faire trébucher. Ce gouvernement est d’ailleurs assez populaire, si l’on en croit des sondages d’opinion, qui fin janvier le créditaient de 74 à 79 % d’opinions favorables et de 75 % en décembre 2005 (soit une légère « érosion), dont d’assez nombreuses émises par des électeurs Conservateurs. D’une manière générale, l’audience des partis politiques dans l’électorat est demeurée à peu près stable : fin décembre 2004, elle était de 24,6 % pour le PSD, 24 % pour le Centre, et 20,1 % pour les Conservateurs ; suivis de l’Alliance des gauches (9,8 %), des Verts (9,3 %), des Démocrates-Chrétiens (5,7 %) et des Suédois (4,1 %), des Finlandais de base (2 %). En janvier 2006, les chiffres seront quasi-identiques, avec un bon « score » des deux partis du gouvernement (25,2 % et 22,8 %), suivis des Conservateurs (20,9 %).
Réuni début février 2005 pour faire le bilan de son action passée, le gouvernement s’est délivré un satisfecit quasi-général. Le Premier ministre Vanhanen tombe d’accord avec son ministre des Finances social-démocrate et avec le président du Parti suédois Jan-Erik Enestam pour se féliciter de la pertinence et des résultats bénéfiques de la politique économique menée, notamment sur le plan budgétaire, en accord avec les « partenaires sociaux ». Que les objectifs chiffrés au départ en matière de créations d’emploi (100 000 nouvelles créations d’ici 2007) paraissent toujours hors d’atteinte ne semble pas avoir tempéré l’euphorie des partenaires de la coalition. En dehors de critiques assez modérées venant de l’extrême gauche (VAS) et des Verts, cet échec relatif -verbalement mis en cause par les Conservateurs qui prônent des remèdes ultra-libéraux- n’a donc pas affecté le climat de relative satisfaction avec laquelle l’opinion accueille les performances, jugées honorables, vu les contraintes extérieures, de l’équipe en charge du pays.
C’est dire que les diverses oppositions ne sont pas créditées d’avancées significatives depuis les élections législatives de 2003. L’Alliance des gauches (VAS) stagne. Les Verts (qui le 22 mai se donnent pour président la dynamique députée Tarja Cronberg, battant le « sortant » Osmo Soiinvaara) piétinent. Leur éviction du cabinet en 2003 ne les a pas servis, divisés qu’ils restent sur le choix d’une stratégie efficace. Quant au parti Conservateur, il a de la peine à trouver ses marques. Succédant en 2004 au terne Ville Itälä, son président, Jyrki Katainen (un jeune parlementaire de 33 ans) ne s’impose pas, à première vue, comme porteur de projets et d’initiatives à même de provoquer un choc favorable à sa formation. Celle-ci se borne à reprendre ses thèmes favoris, que ce soit en matière économique (moins de fiscalité, actions en faveur des classes moyennes et aisées, etc) et dans le domaine international (choix plus ou moins explicite de l’adhésion à l’OTAN, critiques tous azimuts de la politique européenne jugée « floue » du gouvernement, etc,), en y ajoutant maintenant des flèches plus ou moins acérées vis-à-vis de nombre des prises de position de la Présidente Halonen.
Le Parti Conservateur a pressenti, cependant, que l’élection présidentielle pouvait lui offrir l’occasion de sortir du marasme dans lequel il survit depuis le départ de la scène de son ancien Président Sauli Niinistö, que le choix d’un bon candidat pour le scrutin en cause serait déterminant et que, sans aucun doute, le meilleur postulant ne serait autre que … Sauli Niinistö lui-même, s’il accepte de sortir de son exil volontaire de la Banque Européenne d’Investissement. Fin mars 2005, le Bureau du Parti l’a donc choisi comme candidat, avec son accord, cette décision devant être ratifiée par les instances compétentes en novembre.
B) L’élection présidentielle de 2006 : une échéance qui se rapproche et domine désormais le jeu politique intérieur
La Constitution entrée en vigueur en 2000 a rogné les pouvoirs du Chef de l’État et la Présidente Halonen a, après deux années de « transition », accepté de bonne grâce de jouer le rôle des nouvelles institutions et d’adopter, en matière de politique intérieure notamment (mais aussi s’agissant des relations avec l’Union Européenne), un profil relativement bas. Nonobstant, le scrutin présidentiel continue de jouer un rôle essentiel dans la vie politique du pays, la stratégie des formations concurrentes, les rapports entre les principaux dirigeants. Il devient dès lors naturel que les péripéties parlementaires et partisanes en 2005 auront de plus en plus comme toile de fond l’enjeu de ce scrutin, qui approche. Dans ces conditions, le choix des candidats par les principales formations et le profil des concurrents en piste seront d’importance primordiale. La première question étant de savoir si Madame Halonen entend être candidate à un second mandat, ce qui, quels que soient ses rivaux, « prédéterminerait » largement l’issue de l’élection.
1) Le choix de Tarja Halonen
Depuis l’automne 2004, la sphère politique et médiatique guettait l’annonce de la décision de la « sortante ». C’était sans compter sans une tendance des Finlandais à préférer les campagnes courtes à des affrontements qui, s’étalant sur des mois et des années, risquent de paralyser la vie parlementaire et la liberté d’action des dirigeants. En outre, Tarja Halonen n’était pas sans savoir que sa décision aurait de toute façon des conséquences dépassant de loin son destin personnel. Si, pour des raisons de convenance, elle jetait l’éponge (au besoin pour briguer une fonction de caractère international), son renoncement nuirait à sa formation d’origine -les Sociaux-Démocrates- et à la gauche en général, aucun postulant de cette « famille » de pensée -pas même l’ancien Premier ministre Paavo Lipponen- ne faisant le poids face à un bon candidat centriste (Matti Vanhanen ?) ou conservateur (Sauli Niinistö ?). Ajoutons que, dans la conjoncture présente, elle apparaît comme la seule femme « présidentiable » dans le pays, ce qui a peut-être joué un petit rôle dans sa décision finale. Elle figurait, en outre, parmi les très rares personnalités du pays, à avoir, par ses prises de position répétées, une aura internationale dépassant le cadre de l’Union Européenne et disposant de bons « contacts » dans le Tiers Monde.
Si elle choisissait de se représenter, elle devait s’attendre à affronter, avec une quasi-certitude, le Premier ministre, candidat incontournable du Centre. Quelle que soit la courtoisie présidant à cette confrontation, l’action de l’exécutif en serait affectée, même si les rapports entre les deux « têtes » de cet exécutif ont été parfaitement harmonieux depuis juin 2003.
Tarja Halonen a donc choisi d’attendre le 19 mai avant de faire connaître son intention de briguer un second mandat. Dans le début de l’année 2005, elle s’est contentée, en politique intérieure, de s’exprimer sur les plus “rassembleurs” parmi ses thèmes favoris de toujours : maintien de l'Etat Providence, accent mis sur l’éducation, la formation et la recherche (les meilleurs « atouts » face à la globalisation), condamnation de la violence et de l'intolérance, défense des droits des défavorisés et de la diversité culturelle. Dans le domaine de la politique étrangère, l’intéressée a joué, comme les années précédentes, un rôle non négligeable (mais sans empiéter -selon elle-. sur les compétences du gouvernement). Elle a poursuivi sa politique de déplacements à l’étranger (Caucase, fin septembre, etc.). Elle a assisté à certains sommets européens (mais pas à tous), avec le Premier ministre qui a, sur les sujets en discussion, présenté en détail et défendu les positions de la Finlande. Mais c’est surtout à propos de la sécurité et de la défense qu'elle a tenu à affirmer sa présence. Par exemple, sur le problème de la « gestion de crises » mise en place par l’Union Européenne et sur la participation, dans ce cadre, de la Finlande aux opérations de maintien de la paix, ainsi que sur la nécessité d’un mandat de l’ONU pour le lancement de telles opérations, bien que sur ce dernier point, elle ait fini par se rallier à un compromis. Surtout elle estime comme par le passé que la politique de non-appartenance à une alliance militaire demeure toujours de circonstance et que rien, dans les circonstances actuelles, ne justifie une adhésion à l'OTAN, mais on note dans ses formulations plus de souplesse : en cas de nécessité pressante, l’option OTAN reste ouverte ; l’OTAN n’est plus ce qu’elle était au temps de la guerre froide, et est amenée à multiplier ses liens avec l’Union européenne. De telles affirmations la rapprochent d’ailleurs des positions du ministre des Affaires étrangères E. Tuomioja et, dans une moindre mesure, du Premier ministre Matti Vanhanen.
La fin de l’année 2004 et les débuts de 2005 ont vu les milieux conservateurs, et certains cercles patronaux exprimer des critiques acerbes à l’égard du Chef de l’État, lorsqu’elle s’est déclarée favorable à un débat international sur le principe d’une taxe particulière (du type taxe Tobin) pour accroître le financement du développement. Il en a été de même quand elle a affirmé que le président devait avoir le dernier mot en matière de participation du pays aux groupements tactiques européens : pour beaucoup de Conservateurs et certains experts, ces « groupes » (qui inspirent des réactions de prudence sinon de méfiance à Mme Halonen), appartenant à la politique de défense « européenne », sont, comme tout ce qui concerne l’UE, de la compétence du gouvernement, et d’abord du Premier ministre. L’attachement très fort -pendant longtemps- de Tarja Halonen au mandat de l’ONU pour le lancement des opérations de gestion de crise, provoquera également des incompréhensions, et de vives réserves, principalement dans le secteur précité de la sphère politique, avant qu’une « solution de compromis » se dessine.
Surtout, en fin d’année, un « imbroglio » subtil sur les pouvoirs présidentiels survint, lorsque le gouvernement, dans les dernières semaines de novembre, soumit au Parlement le projet de loi sur la participation du pays aux opérations de gestion de crises et de maintien de la paix décidées par l’UE. Ledit projet stipulait, conformément d’ailleurs aux souhaits de Tarja Halonen (partagés par le Premier ministre), que, en dernier ressort, l’engagement des troupes relevait de la compétence du Chef de l’État, en tant que chef des armées. La majorité de la Commission des Lois (avec des divisions au sein de chaque parti) estima ce projet inconstitutionnel, car, s’agissant d’une question de « politique européenne », la compétence adéquate était celle du gouvernement, et non du Président. M. Vanhanen retira alors (28 novembre) le texte gouvernemental. Il annonça qu’il soumettrait rapidement au Parlement un nouveau projet de loi, donnant (ou confirmant) au Président l’autorité pour engager, en toutes circonstances, les forces armées. Cela se fera après la « rentrée parlementaire » de 2006 suivant l’élection présidentielle.
Les sondages effectués tout au long de l'année 2005 ont montré que Tarja Hanonen jouissait d'une popularité immense. En juin, on la créditait d’une élection facile au premier tour lors du futur scrutin de 2006. À la fin de l’année, toutefois, un tel résultat paraissait moins assuré, et le « score » s’établissait autour de 50 %, compte tenu des progrès accomplis dans l’opinion par Matti Vanhanen, et surtout Sauli Niinistö, ses principaux concurrents. Toutefois, la « sortante » l’emporterait aisément au second tour, en raison de son charisme. Un sondage réalisé en novembre 2005, alors même que tous les candidats sont connus, prévoit une très courte victoire au premier tour, avec 52 % des intentions de vote (contre 58 % en octobre), contre 24 % à S. Niinistö (qui au cours de l’été a dépassé le Premier ministre) et 18 % à M. Vanhanen : les voix obtenues par la « sortante » dépasseraient de beaucoup le total des électeurs de gauche, vu qu’elle mordrait sur l’électorat centriste comme sur celui des Conservateurs, particulièrement sur leur électorat féminin. En cas de second tour (jugé improbable quelques semaines auparavant), sa victoire serait nette, quelque soit le « challenger ». De fait, au dernier moment, dans une élection très « politique » et compte tenu du rôle des partis, les clivages politiques et les oppositions partisanes commencèrent à réapparaître au détriment du large consensus l’ayant longtemps auréolée (certains hommes politiques du Parti Conservateur ou quelques cercles patronaux étaient naguère les seuls à la juger parfois avec une sévérité non dissimulée). C’est ce qu’on allait redécouvrir, de manière éclatante et un peu brutale en janvier 2006. D’abord, la « sortante » fut mise en « ballottage » le 5 juin, n’ayant contre toute attente obtenu que 46,3 % des suffrages, Sauli Niinistö en recevant 24,1 % et Matti Vanhanen étant éliminé avec 18 %. Mais, fait plus surprenant encore, le second tour déjoua tous les pronostics antérieurs : le Centre de M. Vanhanen, bien qu’associé aux Sociaux-Démocrates au gouvernement, prit parti en faveur de S. Niinistö, candidat de l’opposition de droite, et Tarja Halonen ne fut réélue qu’avec une légère avance, soit 51,8 % (à peine mieux qu’en 2000 : 51,6 %) contre 48,2 % à son rival, le clivage Partis « bourgeois »/Gauche étant réapparu avec force.
La décision de Tarja Halonen avait évidemment tué dans l’œuf toute velléité de candidature d’une autre personnalité sociale-démocrate (vouée d’ailleurs à l’échec, selon tous les sondages). On s’est longuement interrogé fin 2004 et début de 2005 sur une possible tentative de Paavo Lipponen. Après sa défaite de 2003, beaucoup pensaient qu’en se mettant provisoirement en retrait (comme Président du Parlement) des luttes intérieures, il se réservait pour un « destin européen » (Présidence de la Commission ?). La chance ne lui a pas souri, de ce côté. Les élections au Parlement européen ont donné, dans l’Union, la première place au centre droit ; et par ailleurs le gouvernement finlandais a désigné comme membre de la Commission un « centriste » Oli Rehn, bien introduit à Bruxelles et lié au Premier ministre Vanhanen.. S’agissant d’une candidature à la magistrature suprême de son pays, et une fois évanouies ses chances d’un « destin international », M. Lipponen avait laissé planer le suspense pendant longtemps, se contentant de signaler dès mars 2005 qu’il ne solliciterait pas le renouvellement de ses fonctions comme président du parti -fonction qu’il occupe depuis douze ans- lors du Congrès de juin. De fait, il attendait la décision de la Présidente sortante. Mais de nombreux sondages montraient que, même si le Président du PSD restait le plus populaire des Sociaux-démocrates après Tarja Halonen, il serait éliminé dès le premier tour par les candidatures de M. Vanhanen et S. Niinistö. La candidature de la Présidente lui a donc évité un choix difficile et un échec programmé, et en juin il a été remplacé à la présidence du parti -réuni en Congrès- par le Secrétaire Général Eero Heinäluoma, un bon « organisateur » ayant des liens étroits avec le monde syndical, qui l’emporta largement (201 voix contre 138) sur le ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja.
2) Les candidats « bourgeois » et autres….
Un mois environ avant l’annonce de la candidature de la Présidente sortante, le Premier ministre Matti Vanhanen (dont on venait d’apprendre qu’il s’apprêtait à divorcer) n’avait pas créé la surprise en annonçant le 17 avril qu’il serait, si son parti en était d’accord, candidat aux prochaines présidentielles. Son « avant-programme » n’avait rien de très original : accélérer les « réformes » en préparation, préserver à la fois la compétitivité du pays et son modèle social ; le mettre en état de profiter des bienfaits de la globalisation. Fin octobre, le Centre investira officiellement Matti Vanhanen.
Le 18 avril, le Comité exécutif du Parti suédois (petit partenaire de la coalition gouvernementale tripartite) faisait savoir qu’il présenterait un candidat. Son président, le ministre Jan Erik Enestam n’étant pas intéressé, la formation aurait à choisir en juin entre deux parlementaires chevronnés Mme Eva Biaudet et Henri Lax, la première pouvant susciter des réticences chez la partie conservatrice de l’électorat « suédois » mais rallier des « fennophones ». En fin de compte, Henri Lax sera élu par le Congrès le 12 juin. Le 23 avril, ce sera au tour des Verts de choisir à l’unanimité la députée européenne Heidi Hautala comme candidate. Il s’agit d’une candidature « de témoignage », et il semble admis qu’au second tour, les voix « vertes » seront appelées à se reporter sur Tarja Halonen (certaines lui étant même acquises dès le premier tour, ce qui fragilise Mme Hautala). Simplement, Heidi Hautala, partisan d’une réduction des pouvoirs du Chef de l’État (réduits à un magistère moral et symbolique) se sent plus « libre » que Tarja pour soulever certaines questions sensibles : droits de l’homme en Russie, méfaits de la globalisation, détérioration du sens civique en Finlande et progrès de l’exclusion et de la « violence » : elle se voudrait la « conscience morale » de la gauche.
En juin la liste des prétendants à la magistrature suprême s’est encore allongée, puisqu’à leurs Congrès respectifs, le 19, les Démocrates-chrétiens ont choisi leur ancien président, Bjarne Kallis et les « Finlandais de base » (extrême droite populiste) ont investi leur chef Timo Soini. Les organes compétents du PSD et du VAS -l’Alliance des gauches- (sur proposition de Mme Siimes, sa présidente, fervente admiratrice de Tarja Halonen, et bien que quelques voix déplorent l’absence -inhabituelle- de l’extrême-gauche de la compétition) se sont le 21 octobre « formellement » prononcée pour la « sortante ». Le 12 novembre, enfin, le Congrès Conservateur ratifia avec chaleur le choix -effectué fin mars par le Bureau- de Sauli Niinistö. Pour clore la liste des postulants une personnalité indépendante, universitaire apprécié (Helsinki School of Economics and Business), Arto Lahti, recueillera les 20 000 « signatures » nécessaires et s’inscrira. Dans son programme, on trouve l’adhésion de la Finlande à l’OTAN (point commun avec H. Lax) et la récupération (par quels moyens ? ?) des territoires caréliens annexés par la Russie il y a soixante ans.
3) Résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 15 janvier 2006
Avec un taux de participation de 73,9 % (contre 76,9 % lors du premier tour de la présidentielle de 2000), soit 3 023 894 suffrages, les résultats des huit candidats en lice s’établirent ainsi : Tarja Halonen obtenait 46,3 % des voix ; son rival Sauli Niinistö (Conservateur) 24,1 %. Le Premier Ministre centriste Matti Vanhanen recueillait 18,6 % ; Mme Heidi Hautala (Verts) 3,5 % ; Timo Soini (Vrais Finlandais) 3,4 %. Fermaient la marche Bjarne Kallis (Démocrate-chrétien) avec 2 % ; Henrik Lax (Parti du peuple suédois) 1,6 % et Arto Lahti (candidat indépendant) 0,4 %. Le fait que Mme Tarja Halonen ne l’ait pas emporté dès le premier tour était prévisible depuis quelques jours seulement. Après avoir bénéficié pendant longtemps de sondages très favorables autour de 54 % d’opinions favorables, le Chef de l’État avait enregistré un recul progressif, la faisant « descendre » à 52 % vers le 10 janvier.
Le pourcentage des voix obtenues par Mme Tarja Halonen dépasse nettement le total des « audiences » des deux partis de gauche l’ayant formellement investi : le Parti social-démocrate et l’Alliance des gauches (VAS). Ce total, mesuré à la fin du mois de décembre 2005, s’établissait autour de 35 à 36 %. Outre la « prime au sortant » explicable par un premier mandat jugé positivement par un grand nombre de citoyens, d’autres facteurs ont joué en sa faveur, largement liés au rayonnement de sa personnalité. En revanche, elle a pu souffrir d’une mobilisation insuffisante au sein de son électorat potentiel, en raison des sondages qui laissaient entrevoir son triomphe inéluctable.
Le résultat de Sauli Niinistö, dont le Parti était crédité de 21 % d’intentions de vote à la fin de l’année 2005, s’explique par la vigueur d’une campagne qui a permis de « ratisser large » parmi l’électorat « bourgeois ». Les autres candidats du centre et de la droite réalisent des contre-performances, notamment le Premier ministre, nettement au-dessous de la « cote » du Parti du Centre, autour de 23 % fin 2005. Appliquant un accord conclu en 2004, Matti Vanhanen indique dès la proclamation des résultats que ses préférences pour le second tour vont au candidat Conservateur. Sauli Niinistö ne dissimule pas une satisfaction prudente et indique qu’il entend associer le Centre à sa campagne du second tour.
4) Victoire finale de Tarja Halonen
Après que cinq des six candidats éliminés (Mme Hautala exceptée) eussent fait part de leur préférence pour Sauli Niinistö, Tarja Halonen emporta le 29 janvier une victoire « à l’arrachée » (51,8 % des voix). Ce succès relatif est largement le fait des mérites personnels de l’intéressée (le fait qu’elle soit une femme a sans doute moins joué en sa faveur qu’en 2000, auprès des électrices « bourgeoises »), des réussites de son premier mandat, peut-être aussi de ses positions prudentes en matière de politique extérieure, S. Niinistö ayant trop -surtout en fin de campagne- paru vouloir engager le pays vers l’adhésion à l’OTAN. Mais, finalement, le dynamisme du candidat conservateur a surpris plus d’un électeur. Il a fait un étonnant retour sur la scène politique. Il faudra sans doute attendre la fin de 2006 pour voir si et comment cet « homme d’avenir » (rentré à la BEI après le scrutin) participera aux nouvelles batailles politiques (dont les législatives du printemps 2007). Dans la perspective de ces joutes, il faudra sans doute également attendre le second semestre 2006 pour voir si l’alliance des « partis bourgeois » lors du combat présidentiel a eu des conséquences en profondeur sur les relations entre le Centre et le PSD, associés au gouvernement.
C) Le remaniement ministériel de septembre 2005
Le remplacement de Paavo Lipponen de la présidence du PSD (en juin 2005) par Eero Heinäluoma (voir ci-dessus) ne fut suivi de l’entrée au gouvernement du nouveau promu que fin septembre. À cette occasion, un remaniement ministériel concernant les seuls ministres sociaux-démocrates eut lieu. Devenant vice-Premier ministre, Eero Heinäluoma prit aussi le Ministère des Finances, où il succéda à Antti Kalliomäki, qui passa sans déplaisir à l’Éducation. La titulaire de ce dernier poste, Mme Tuula Haatainen obtint le portefeuille des Affaires sociales et de la Santé, succédant à Mme Sinikka Mönkare, éliminée du gouvernement. De même fut éliminé Johannes Koskinen, ministre de la Justice, poste attribué à l’ancienne ministre des Transports et Communications Leena Luhtanen, elle même remplacée par une jeune parlementaire, Susanna Huovinen. Ce remaniement, hors quelques critiques des Conservateurs, ne provoqua pas de réactions immédiates : il serait temps de voir comment fonctionnerait la collaboration du Premier ministre et de celui des Finances. Peu après, toutefois, M. Vanhanen fut agacé par une remarque du second, lui demandant de veiller à la pleine solidarité des ministres centristes sur les décisions et choix budgétaires (terrain favori des « querelles » à l’intérieur du cabinet). Il n’est pas inintéressant de noter qu’à l’opposé de Paavo Lipponen, Eero Heinäluoma n’a pas d’expérience internationale et, sans manquer de personnalité, apparaît plus comme l’homme traditionnel d’un « appareil de parti » que comme un innovateur créatif. Mais l’exercice du pouvoir peut transformer ceux qui le détiennent. Conjoncture et politique économiques
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La situation économique a été relativement médiocre, en raison notamment de la longue grève dans le secteur forestier en mai, qui a fait baisser sensiblement la croissance du PIB, mais aussi d’une conjoncture internationale moins favorable qu’en 2004. Certes, malgré des déficits extérieurs croissants, la croissance est restée robuste aux Etats-Unis jusqu’à la survenue de l’ouragan Katrina, et la demande intérieure n’a pas été affectée par la hausse du prix du brut. La conjoncture n’a pas faibli en Chine ni au Japon. L’économie russe bénéficie de l’ascension des cours du pétrole. En revanche, la situation de la zone euro, partenaire important pour la Finlande, reste morose (chômage, moral des ménages, confiance des entreprises) dans l'ensemble et l'appréciation de l'euro pose des problèmes aux exportateurs : on enregistre cependant un léger « mieux » vers la fin de l’année, mais la croissance ne devrait pas y dépasser 1,3 % en 2005.
S’agissant du PIB finlandais, faisant suite à des années contrastées (+5,1 % en 2000, mais seulement +1,1 % en 2001, 2,2 % en 2002, 2,4 % en 2003, et 3,6 % en 2004), le chiffre provisoire donné par le Ministère des Finances avoisine 2,1 % pour l'année 2005. Mais, en tablant sur une reprise (en particulier pour la production industrielle, la construction et la plupart des services), qui se produisit fin 2005 et se poursuit en 2006, les prévisions pour 2006 sont -en mars 2006- d’environ 3,7 %.
2005, année relativement médiocre ? La tenue hésitante de la croissance en 2005 (plus particulièrement au premier semestre) a été caractérisée par un comportement différent des diverses composantes de la demande. La demande extérieure a été relativement satisfaisante, et l’on a même enregistré un progrès par rapport à l’exercice précédent. Les exportations avaient, pour l’année 2004, augmenté en volume de 5,6 %, en même temps que les prix de ces ventes se raffermissaient (en raison de la situation sur les marchés mondiaux). La tendance s’est détériorée dans les six premiers mois de 2005, à la fois à cause du ralentissement des échanges internationaux et de la grève du secteur forestier finlandais. Mais les performances sont bonnes pour les industries métallurgiques et électroniques (télécommunications, etc.). Compte tenu d’un redressement net et général au second semestre, la progression doit être proche de 7 % pour l’exercice 2005. Au regard des dernières données sur la conjoncture internationale, les perspectives pour 2006 sont positives : +7,9 % en volume, avec une croissance appréciable pour les industries électroniques.
Les importations ont enregistré en 2005 une accélération de leur progression : + 10,3 % (estimations) contre 6 %, en 2004. Pour 2005, le surplus de la balance courante avoisine 2,4 %, en retrait sur les années précédentes (6,9 % en 2001 ; 7,3 % en 2002 ; 3,8 % en 2003, 4,1 % en 2004). Il remonterait légèrement en 2006 (3 %).
Du côté de la demande intérieure, le moral des ménages en 2005 a été meilleur qu'on l'anticipait, grâce à une réduction du chômage, une légère amélioration du pouvoir d'achat, et à la baisse des impôts. Leur consommation s'établit à +3,4 % (prévisions pour 2006 : + 2,8 %, les ménages étant de plus en plus endettés). La consommation du secteur public, elle, n’a crû que de 1,5 % (rigueur budgétaire) en 2005.
L'investissement a connu une relative morosité en 2005 (1,7 %, contre 5 % en 2004) : seul, l'investissement privé (3,1 %), comprenant la construction d’habitations et la modernisation des machines, se maintenant ; celui du secteur public se révélant en revanche négatif : - 6,2% . Un certaine prudence teintée d’optimisme semble prévaloir pour 2006 (+ 4 %).
Au total, le PIB devrait enregistrer une augmentation modeste en 2005 : +2,1 % (contre 3,6 % en 2004). La production industrielle aurait même diminué de 1,2% . Pour 2006, les incertitudes internationales (prix du pétrole, fluctuations monétaires, etc.) rendent toute prévision délicate ; mais un optimisme tempéré règne actuellement, envisageant une croissance de 3,7 %.
Malgré le contexte, le taux d'emploi, qui avait fléchi en 2003 (67,3 %) et en 2004 (67,2 %), s’est relevé en 2005, autour de 68% , vu les créations de postes dans la construction et dans de nombreuses branches des services (50 000 pour 2005). Même le secteur industriel, propice aux délocalisations, qui se poursuivent (emploi forestier, etc.), en a bénéficié. Le mouvement devrait se poursuivre en 2006 (taux d’emploi : 68,8 % ?)
Le taux de chômage, à 8,8 % en 2004, a régressé en 2005 jusqu'à 8,4 % ; le sous-emploi frappant certains secteurs (industrie, agriculture) plus que d'autres (services) et certaines régions périphériques plus que le Sud. En 2006 le taux est prévu à quelque 7,8 %. N’oublions pas que 3,5 % de la force de travail bénéficie de programmes de formation ou d’emplois subventionnés.
Conséquence de ces évolutions, les pressions inflationnistes ont été faibles, malgré la hausse des cours du pétrole et des prix des logements, et grâce aux effets de la concurrence (services). L'indice des prix à la consommation s'est accru de 0,9 % seulement en 2005 (0,2 % en 2004). L'ascension de l'euro a eu, dans ce domaine, des effets positifs ; tout comme la modération des augmentations de salaires. La compétitivité de l'économie ne s'est que très légèrement dégradée ; le pouvoir d'achat des Finlandais s'est amélioré. 2006 devrait voir pour diverses raisons (hausse du pétrole ; fluctuations des changes) une hausse des prix légèrement plus forte (1,1 %).
En 2005, la politique budgétaire a été relativement restrictive, malgré des baisses d’impôt (qui, pour le contribuable, ont été compensées par des hausses de taxes locales et de certaines contributions sociales). La pression fiscale a atteint 44,4 % du PIB (44,2 % en 2004) mais devrait baisser d’un point en 2006. La dépense publique s’établit autour de 50 % du PIB. Le ratio de la dette publique diminuera de plus d’un point entre 2005 (41,1 %, contre 45,1 % en 2004) et 2006 (39,6 %). L’excédent des dépenses publiques (au sens de l’UE) reste très honorable : 2,4 % en 2005 ; 2,5 % en 2006.
S’agissant des réformes structurelles, l’OCDE préconisait dans ses derniers rapports une diminution de la pression fiscale. Un tel effort, mis en œuvre en 2005, se poursuivra les deux années suivantes. Était aussi conseillée une réduction de la présence de l’État dans l’économie. Les recettes des privatisations ont augmenté en 2005, et la part des prestataires du secteur privé dans les services municipaux a continué de s’accroître modérément. Le système centralisé de négociations salariales est, par ailleurs, conformément aux recommandations, assoupli en partie au niveau local. Par contre rien n’a été tenté pour réduire sensiblement l’indemnisation du chômage et encourager la recherche d’emploi.
À suivre.
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