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Histoire du paysage politique

Politique > Histoire politique
08-01-02
Auteur : Info-finlande
Malgré des fluctuations apparentes et rapides, malgré aussi l'émergence de nouveaux acteurs, l'échiquier politique finlandais a pour caractéristique - à long terme - la constance. Les grands courants politiques dans la vie des partis se sont maintenus, étonnamment bien, durant toute l'indépendance de la Finlande. En marge des thèmes électoraux, liés à l'actualité et sujets au changement, il convient donc d'attirer l'attention sur l'existence d'une solide tradition de continuité.

Les huit grandes orientations dans le paysage politique finlandais

Les partis linguistiques

La réunion de la Diète en 1863 - après un demi-siècle d'interruption et la publication du décret sur les langues, la même année - a créé les possibilités qui ont permis la naissance du régime des partis en Finlande. Le mouvement fennomane amorcé par l'activité de Snellman prit forme pour devenir, peu à peu, le Parti finlandais. L'activité des Libéraux à la Diète commença, elle aussi, à prendre des traits qui évoquaient l'activité d'un parti. Les Suédophones se mirent sur la défensive et le Parti suédois prit forme, au cours des années 1870 et 1880.

En publiant en 1880 le programme du parti, le premier du genre en Finlande, les Libéraux s'efforcèrent de stopper la fragmentation de la scène politique - fragmentation qui s'opérait, de plus en plus, sur des critères de politique linguistique. Mais impuissants à stopper l'évolution, les Libéraux se fondirent, quelques années plus tard, dans le Parti suédois.

Les antagonismes au sein du Parti Finnois conduisirent à sa scission. Les jeunes partisans du libéralisme et de la constitutionnalité, au sein de ce parti, constituèrent en 1894 le Parti Jeune Finnois, à la suite de quoi le Parti Finnois devint, peu à peu dans le discours, le Parti Vieux Finnois. Ainsi, dès le milieu des années 1890, le système des partis finlandais se différenciait en trois grandes orientations de base.

Les partis d'intérêt et la réforme parlementaire

Les intérêts socio-économiques jouèrent un rôle de premier plan dans la formation des deux grandes orientations de base qui virent ensuite le jour. Créé en 1899, le Parti Ouvrier de Finlande changea de nom en 1893 pour devenir le Parti social-démocrate (SDP) et adopta un programme marxiste. Sur le plan organisationnel, il représentait un type de parti de masse sans précédent. En 1906, la Ligue ouvrière chrétienne, mécontente de l'esprit matérialiste qui régnait au SDP et qui devait rester une petite formation, fit sécession.

La Ligue agraire (ML) fondée en 1906 à l'initiative des petits exploitants agricoles du nord et de l'est de la Finlande, représentait, un esprit agrarien politique en même temps qu'un type de parti de masse, à l'instar du SDP.

La réforme parlementaire de 1906 signifia un bouleversement pour l'ensemble du système de partis. Elle obligeait les partis à moderniser leurs programmes et leurs organisations. L'élitiste Parti Suédois était le premier concerné. L'adoption d'une nouvelle idéologie se refléta aussi dans le nouveau nom de ce parti. Tandis que le Parti Suédois avait pu bénéficier, à la Diète, de l'appui de deux états, le Parti du Peuple Suédois (RKP) recherchait le soutien de la minorité linguistique tout entière. L'interruption de la politique de russification et la bataille électorale qui suivit la réforme parlementaire firent que les partis portèrent principalement leur attention sur les questions sociales.

La question russe

Durant les années d'oppression (1899-1905, 1908-1917), la question russe influença également la formation des partis. Une minorité du Parti Vieux Finnois , favorable à l'opposition passive, rejoignit en 1902 les rangs du Parti Jeune Finnois. De manière similaire, au sein du Parti Jeunes Finnois, un petit groupe favorable à une politique de concession - avec notamment J. K. Paasikivi - se joignit au Parti Vieux Finnois.

Le Parti de l'Opposition Active de Finlande - parti illégal dont l'organisation et les méthodes s'inspiraient des partis clandestins de Russie, fut créé en 1903; il devait cesser d'exister dès 1910.

Le rapprochement des orientations finlandaises de la politique vis-à-vis de la Russie à la fin de la seconde période d'oppression, suscita l'idée d'une fusion du Parti Vieux Finnois et du Parti Jeunes Finnois. Le Parti du Peuple vit le jour pour servir ce dessein.

Les premières années d'indépendance

A la suite de la Guerre civile, la scission se produit au sein du SDP. Les radicaux de gauche qui se sont enfuis en Russie créent à Moscou, à la fin du mois d'août 1918, le Parti communiste finlandais (SKP). Jugé révolutionnaire, ce parti fut interdit en Finlande. Pour les besoins de l'activité publique, le Parti socialiste ouvrier de Finlande est créé en 1920; il changera bientôt de nom et deviendra le Parti ouvrier de Finlande. Ce parti et ses journaux furent supprimés en 1923, mais il continuera de participer aux élections parlementaires, sous la forme d'alliances électorales et sous des appellations différentes.

En plus de la guerre civile, la scission du SDP s'inscrivent aussi dans le contexte international: la Révolution russe et la division du mouvement ouvrier. Avec la naissance du SKP, l'échiquier politique finlandais voyait l'apparition de la sixième grande orientation de base dans la vie politique des partis.

Pour le parti non-socialiste, la bataille constitutionnelle entraîna un regroupement. La majorité du Parti Vieux finnois et une minorité du Parti Jeune finnois fusionnèrent pour devenir le Parti du Rassemblement national, lequel mettait l'accent sur un pourvoir étatique fort, après l'échec des plans à visée monarchique.

Les majorités respectives du Parti Jeunes finnois et du Parti du Peuple (I) ainsi que la minorité du Parti Vieux finnois fusionnèrent pour former le Parti national du Progrès (ED); ce parti était favorable à une constitution républicaine, donnant à la Chambre un rôle central, et des réformes de la société destinées à d'atténuer les conséquences de la guerre civile.

La question de la constitution conduisit également à la dispersion des rangs du RKP. Une petite minorité de ce parti se regroupa pour former la Gauche suédoise, laquelle resta, sur le plan organisationnel, dans le giron du RKP jusqu'au début des années 1930. Malgré son nom, la minorité suédoise fut un groupe non-socialiste.

Les années 1930

Sous la pression de la grande crise économique des années 1930, le Parti des petits Agriculteurs de Finlande se détacha du Parti agrarien, en 1929. Sur le plan idéologique comme dans la composition de son électorat, le nouveau parti se situait entre le Parti agrarien et le SDP. Le mécontentement généré par la grave récession conduisit encore à la création, en 1932, du Parti du Peuple (II). Les deux partis fusionnèrent, en 1936, pour devenir le Parti des petits Agriculteurs et du Monde rural. Cette évolution marquait la mise en place de la septième grande orientation de base.

Cette orientation était caractérisée par l'émergence de plusieurs petits partis isolés. En même temps, cette "ligne de partis" , qui constituait une sorte de charnière entre les socialistes et les non-socialistes - semble avoir été un baromètre sensible du changement économique et social. Les réactions étaient souvent empruntes de populisme.

Parti de la plate-forme non-socialiste, le mouvement de Lapua s'est progressivement radicalisé, pour atteindre en 1932 son point culminant avec la révolte de Mäntsälä. Le Mouvement patriotique du Peuple (IKL) fut créé la même année, dans le but de poursuivre l'action du Mouvement de Lapua, mais par les moyens parlementaires. A l'exception du Parti du Rassemblement national (Conservateurs), les autres partis non-socialistes s'étaient détachées de ce mouvement avant même la révolte de Mäntsälä. Au sein du RKP, le Mouvement de Lapua provoqua - et ce, dès le contexte du débat sur la constitution - le départ de la Gauche suédoise pour former, en 1931, son propre parti. La majeure partie du Parti Conservateur continua dans l'esprit du Mouvement de Lapua, jusqu'aux événements de Mäntsälä et s'allia encore avec le IKL pour les élections parlementaires de 1933. Ce n'est qu'après la défaite électorale que le IKL quitta l'organisation pour faire cavalier seul. Revenus à la ligne parlementaire et au conservatisme traditionnel, les Conservateurs conduits par Paasikivi, leur président élu de 1934 à 1936, se démarquèrent nettement du IKL. A la fin de 1938, le ministre de l'Intérieur Urho Kekkonen interdit brusquement le IKL. Une décision cassée, toutefois, par le tribunal de grande instance d'Helsinki par deux voix contre une.

L'après-guerre

L'issue de la Guerre de Continuation 1941-1944) marqua un important changement dans le paysage politique finlandais. Jugé "fasciste", le IKL fut interdit, tandis que le SKP eut droit de cité et vit son statut légalisé. La Ligue démocratique du Peuple de Finlande (SKDL) fut créé pour servir d'organisation commune de la gauche politique pour les élections et le travail parlementaire. Le SKP compta parmi les organisations membres de la SKDL. L'opposition social-démocrate, issue du SDP, et ceux que l'on appelle "les sextuplés" formèrent, en 1946, le Parti socialiste de l'Unité (SYP)pour faire contrepoids au rôle dominant du SKP. Le SYP quitta la SKDL en 1955, mais échoua aux élections.

La période de transition de l'après-guerre affecta aussi le centre de la scène politique, où le Parti du Progrès avait enregistré un recul constant de sa popularité. L'idée d'un nouveau parti, qui représenterait plus ouvertement les intérêts de la classe moyenne, émergea au sein de ce parti. L'idée conduisit en 1949 à un regroupement baptisé Classe moyenne indépendante. A l'initiative de celui-ci et de certains dirigeants du Parti du Progrès fut créé, en 1951, le Parti du Peuple finlandais (III). L'opposition "authentiquement libérale" du Parti du Progrès estima que ce nouveau parti du peuple constituait un parti de classe qui n'avait - selon lui - rien à voir avec le libéralisme. Elle créait la Ligue des Libre-Penseurs.

Des années 1950 aux années 1960

Après l'élection de Väinö Tanner à la présidence du SDP, et la reprise en main de la direction du parti par une petite majorité, la minorité fit une sortie remarquée au congrès du parti. En 1959, elle créait l'Union social-démocrate des Travailleurs et des petits Agriculteurs (TPSL). Cette scission était la quatrième dans l'histoire du SDP. Les raisons étaient tant idéologiques que personnelles. Au niveau gouvernemental, la TPSL collaborait étroitement avec la Ligue agraire. Elle entretenait, par ailleurs, de bonnes relations avec le Président Kekkonen. Le parti réintégra officiellement le SDP en 1973. Une petite minorité, qui n'acceptait pas cette réintégration, créa le Parti socialiste des Travailleurs; celui-ci devait rester actif pendant encore quelques années.Au sein de la Ligue agraire, l'aile représentant les petits agriculteurs du nord s'organisa en groupe d'opposition et se détacha, en 1959, pour former le Parti des petits Agriculteurs de Finlande. Dans ce nouveau parti, il est possible de faire des rapprochements avec les partis des petits agriculteurs des années 1920 et 1930. Leur influence, tout en étant faible, perdurera jusqu'en 1954; par conséquent, 4 à 5 ans seulement séparent le nouveau mouvement des petits agriculteurs de l'ancien. Le parti des petits agriculteurs de Finlande peut ainsi être défini, sur l'échiquier politique, comme la septième orientation "protestataire" dans le système des partis.

La fracture dans la seconde moitié des années 1960

Les années 1960 furent marquées par un profond revirement social au sein de la société finlandaise, qui devait se refléter également sur les partis politiques, dans la seconde moitié de cette décennie. La Ligue agraire, dont l'exode rural rétrécissait la plate-forme électorale, s'efforça de faire figure de parti centriste à tous crins et de s'ancrer dans les villes. Le parti fut rebaptisé Parti du Centre (KESK) en 1965. Un changement de nom similaire était déjà intervenu en Suède et en Norvège dans la seconde moitié des années 1950. Les ambitions de la Ligue agraire/du Parti du Centre mirent tout le centre politique en effervescence. Deux successeurs du Parti du Progrès - le Parti du Peuple de Finlande et la Ligue des Libre-Penseurs - étaient "mûrs" pour l'idée d'une fusion. En 1965, ils constituèrent Le Parti libéral populaire (LKP).

Le Parti des petits Agriculteurs de Finlande chercha à tirer parti du changement idéologique et de l'appellation Ligue agraire/Parti du Centre. Le parti proclama qu'il allait vers le "peuple abandonné", auquel le Parti du Centre avait tourné le dos. En même temps, ils changea de nom et devint le Parti rural de Finlande (SMP). A la surprise générale, ce parti trouva un soutien également dans les villes, tandis que la Parti du Centre éprouvait des difficultés à y accéder. Aux élections protestataires de 1970, le "parti d'un seul homme" de Veikko Vennamo enleva 18 sièges, ce qui en faisait un "poids moyen" sur la scène politique. L'attitude protestataire ne suffit pourtant pas à maintenir l'homogénéité du parti qui se scinda en deux en 1972. L'opposition créa le Parti de l'Unité du Peuple de Finlande (SKYP), création sans lendemain devant le verdict des urnes aux élections parlementaires.

Les rangs du SKP également étaient secoués par le désaccord politique surgi dans la seconde moitié des années 1960; il était notamment lié à la position du parti au sein du gouvernement. L'aile dite majoritaire mettait l'accent sur le caractère fructueux de la participation au gouvernement, tandis que la fraction minoritaire insistait sur l'importance idéologique. Cette guerre de position usa - lentement mais sûrement - la popularité du parti.

Dispersion de la droite dans les années 1970

C'est dans les années 1970 que l'effervescence gagna la droite politique. La réorientation des Conservateurs, qui se rapprochaient du centre. Par suite de la sécularisation des partis non-socialistes, au lendemain de la seconde guerre mondiale et de l'érosion de l'homogénéité culturelle, l'Union chrétienne de Finlande avait vu le jour en 1958. Elle prit part aux élections, d'abord dans le cadre de diverses alliances électorales, jusqu'en 1970, puis comme parti indépendant. Le parti adopta, en 1972 son premier programme, lequel fut complété par la suite en élargissant l'optique chrétienne aux différents secteurs de la politique sociale.

Le Parti populaire constitutionnel de Finlande, plus tard Parti de la Droite constitutionnelle (POP), naquit en 1973 en signe de protestation , avant tout, contre l'élection du président Kekkonen par l'artifice d'une loi d'exception; mais le mécontentement était plus fort encore dans les rangs des Conservateurs et du RKP.

Les années 1980

a vie politique des années 1980 débuta par une fin de règne - celle du président Kekkonen - après un quart de siècle. L'élection de Mauno Koivisto à la présidence reflétait la popularité accrue du SDP et sa domination. L'accès du SMP au gouvernement, en 1983, indiquait aussi le degré du changement. Ce cas était le premier du genre dans l'histoire du courant politique protestataire.

"L'hégémonie" croissante du SDP eut pour effet de rapprocher la coopération entre les partis qui se situaient eux-mêmes dans la mouvance centriste - RKP, Parti populaire libéral et Parti du Centre. Le Parti populaire libéral adhéra même, en 1982, au Parti du Centre. Partie de l'esprit Jeunes finnois, la troisième orientation politique libérale n'a jamais été particulièrement forte en Finlande, comparé aux pays occidentaux. Désormais, la décision du Parti populaire libéral semblait signifier - pour la première fois dans toute l'histoire du système des partis - la fin d'une grande orientation politique fondamentale.

En juin 1986, le Parti populaire libéral décida néanmoins de quitter officiellement le Parti du Centre. Formé au printemps de 1987, le gouvernement bleu-rouge conduit par Holkeri dispersa définitivement la coopération centriste, qui avait resserré ses rangs au début de la décennie.

Les circonstances dans lesquelles le gouvernement Holkeri vit le jour étaient exceptionnelles; elles ont laissé dans l'élite politique des traumatismes qui sont encore visibles aujourd'hui. A la veille des élections de 1987, les dirigeants des partis non-socialistes avaient conclu un accord secret, relatif à la formation d'un gouvernement non-socialiste après les élections. Le président Koivisto l'apprit, et y vit quasiment un coup d'état en même temps qu'une atteinte contre sa personne. Par suite de l'action énergique du président, un gouvernement bleu-rouge vit le jour, réunissant les Conservateurs, le SDP, le RKP et le SMP.

Le gouvernement bleu-rouge de Holkeri signifiait, pour les Conservateurs, la fin de plus de 20 années d'opposition. La coopération gouvernementale évitait aussi le Parti du Centre et - littéralement - lui passait sur le corps. Le système des partis y gagna en flexibilité pour les formations gouvernementales.

Le conflit relatif à la ligne de conduite du SKP, parti pour durer pour une éternité, fut désamorcé par des démissions, à la fin de la décennie. A l'approche des élections parlementaires de 1987, la fraction minoritaire - dite SKP(y) - fut contrainte de se faire enregistrer. Parallèlement à la SKDL, l'Alternative Démocratique (DEVA) voyait le jour. La gauche à la gauche du SDP était irrévocablement dispersée.

Faisant leur apparition sur la scène politique dans les années 1980, les Verts représentaient une réflexion entièrement nouvelle. Fustigeant globalement le régime d'économie de marché, qu'ils jugeaient écologiquement impossible, ils s'ancrèrent en-dehors de l'axe traditionnel gauche-droite. L'Alliance des Verts se fit enregistrer en 1989. La "huitième orientation de base" représentée par les Verts constitue, en effet, une nouvelle dimension du paysage politique qui ne cadre pas avec l'échiquier politique traditionnel né des idéaux du 19ème siècle. Les Verts se sont fort bien adaptés en Finlande et sont devenus une composante du système politique, assimilant aussi ses méthodes de travail.

La nouvelle situation des années 1990

Les difficultés économiques du SKP aboutirent à la faillite et à la cessation des activités du parti. Dans le même temps survenait la création de L'Alliance de Gauche, qui marquait la fin des activités de la SKDL et de la DEVA. Une partie des adhérents de la DEVA/du SKP(y) poursuivait ses activités au sein d'un Parti communiste ouvrier (KTP) réduit à une peau de chagrin, une partie au sein de l'alliance de Gauche. Le KTP s'efforça de reprendre à son compte le nom du SKP et son histoire, et de maintenir l'alternative communiste sur l'échiquier politique. L'effondrement de l'URSS et la fin de l'expérience du socialisme réel se sont traduits par un recul décisif de l'attrait du communisme.

L'effondrement du communisme minait également le paysage politique, sur son aile droite. Le Parti constitutionnel de droite (POP) prononça sa propre dissolution. L'essoufflement des activités du SKP et du POP eut pour effet de rétrécir et de concentrer l'échiquier politique, ce qui reflète bien, également, la victoire de l'économie de marché libérale sur le plan idéologique.

Les élections parlementaires de 1991, dans un contexte de profond marasme, donnèrent une victoire électorale "à figer le sang" au Parti du Centre marginalisé, qui avait pris le nom de Centre de Finlande. Il en résulta un gouvernement non-socialiste conduit par Esko Aho, réunissant le Centre, les Conservateurs, le RKP et l'Union chrétienne. Les années 1990 introduisirent deux questions majeures qui partageaient les partis: l'effondrement de l'URSS initiait une réorientation de la politique étrangère de la Finlande, laquelle conduisit à l'adhésion de la Finlande à l'Union européenne, au milieu de la décennie. La récession économique, quant à elle, s'aggrava, atteignant une gravité jamais vue depuis les années 1930. On parlait déjà du démantèlement de l'Etat-providence, modèle nordique.

Le SMP, parti protestataire qui s'était vigoureusement appuyé sur des dirigeants charismatiques désormais retirés, ne sut tirer parti ni du marasme économique ni de la situation sociale qu'offrait l'opposition à l'Union européenne (UE). Le parti s'enferra dans la dissension interne et prit son nom actuel - littéralement les Finlandais de base.

Alors leader de l'opposition, le SDP maintint assez bien sa cohérence sur la question de l'adhésion à l'UE, et réussit à exploiter l'avantage de la récession économique donné à l'opposition.

La question de l'UE partageait surtout le Centre. Sur cette question, le parti se présentait en rangs dispersés aux élections présidentielles de 1994. L'Association pour la Libre Finlande (VSL), enregistrée en mai 1994, devait d'ailleurs être interprétée, en partie du moins, comme une déchirure parmi les partisans du Centre. Le nouveau parti peut, naturellement, être situé à côté du Centre, mais au rang de parti protestataire, le septième du genre.

Dans le paysage politique, les Jeunes Finlandais faisaient figure de nouveaux venus à l'esprit entreprenant. Ce parti s'efforça d'occuper la place du libéralisme, laissée quasiment vacante, dans la troisième grande orientation politique de base. Bon exemple de l'amalgame de la tradition et d'une nouvelle manière de voir les choses. Le triomphe international du libéralisme soutenait l'entreprise. Sur le plan idéologique, les Jeunes Finlandais souhaitaient, avant les élections de 1995, se démarquer nettement des partisans du parti libéral. Les Jeunes Finlandais étaient d'ailleurs, de manière caractéristique, le parti d'une nouvelle génération, un parti jeune, taxé parfois d'élitisme.

Ainsi, 18 partis se présentèrent aux élections parlementaires de 1995. Les uns s'efforcèrent de trouver un appui sur le thème de "l'indépendance perdue" dans le contexte de l'adhésion à l'Union européenne. D'autres tablaient sur la récession économique. Pour d'autres encore, le "parti" n'était qu'un moyen de vendre quelque chose qui n'avait pas grand-chose à voir avec la politique. Pour plusieurs - comme le Parti de la Loi de la Nature, le Parti des Femmes et le Parti des Retraités - se situer sur l'axe gauche-droite était une impossibilité. Les résultats furent désastreux pour ces petits partis. Les trois plus grandes formations politiques s'adjugèrent 66%, et les six plus grands partis plus de 89% des suffrages.

Les élections eurent pour effet de rejeter le Centre dans l'opposition. Le nouveau gouvernement "arc-en-ciel" conduit par Paavo Lipponen s'articula, avant tout, autour de l'axe formé par le SDP et les Conservateurs, complété par l'Alliance de Gauche, les Verts et le RKP. L'association de la droite et des héritiers de l'ancienne extrême-gauche indique bien un assouplissement accru du système des partis. La montée des Verts au niveau national, leur arrivée au gouvernement étaient également exceptionnels sur le plan mondial. La récession économique a fait place, vers la fin des années 1990, à une vigoureuse conjoncture favorable, sans pour autant enregistrer le recul du chômage dans la proportion souhaitée. Il en est résulté une situation nouvelle, sans précédent: des taux de croissance et des taux de chômage élevés, simultanément.

 

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