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Trois dates décisives

Politique > Europe
03-01-07
Auteur : Nicolas Benard
Du 1er juillet au 31 décembre 2006, la Finlande a, pour la seconde fois de son histoire, assuré la présidence de l’Union européenne. Bilan de ces six mois de réflexions et de négociations animées.  

1995. 1999. 2006. Trois dates décisives, et trois étapes clefs dans l’histoire européenne de la Finlande. 1995, c’est l’année de l’entrée dans l’Union qui ne compte alors que douze membres. Quatre ans plus tard, les Finlandais assurent pour la première fois la présidence tournante.

Enfin, du 1er juillet au 31 décembre 2006, la Finlande, représenté par son Premier ministre Matti Vanhanen, s’est une seconde fois retrouvé à la tête du Conseil européen. Pays le plus septentrional de l’Europe, la Finlande est aussi l’un des moins peuplés : sa population représente seulement 1% de l’ensemble des habitants de l’Union européens (5,3 millions sur 462).

Au terme de la présidence finlandaise, on ne peut pas dire que cette marginalité démographique et géographique ait été un frein à la conduite des principales missions. Durant ces six mois, la Finlande a dû faire face aux évènements (guerre au Liban), tout en reprenant certains dossiers délicats entamés par ses prédécesseurs (élargissement, relations turco-chypriotes, réforme des institutions).


Mais d’abord, quelles ont été les responsabilités concrètes des dirigeants finlandais ? Pendant sa présidence, la Finlande a présidé les réunions du Conseil européen, dont 3.000 se sont tenues à Bruxelles, et environ 130 sur son territoire. A ce calendrier très chargé se sont ajoutées 3 réunions majeures : le sommet ASEM 6 (Asie-Europe) à Helsinki au mois de septembre, celle des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est tenue à Lahti le 20 octobre et, plus récemment, celle du Conseil européen à Bruxelles, au mois de décembre.

Dans son discours de présentation devant le Parlement européen le 5 juillet dernier, Matti Vanhanen a surtout voulu dire que l’UE n’était pas en crise, ce malgré l’échec du projet de constitution. Le message transmis par les citoyens européens – ou plutôt, les Français et Néerlandais, qui sont les seuls à avoir rejeté le texte – est clair, et doit être reçu comme tel. Il faut « permettre au citoyen d’accéder très en amont aux documents en cours d’élaboration. La question de l’ouverture du Conseil des ministres au public devrait également être relancée ». Ensuite, sans doute ému par le « non » des Français et des Néerlandais (Vanhanen était en 2003 l’un des 105 membres de la Convention sur l’avenir de l’Europe à l’origine du texte), il a indiqué que la Finlande poserait les bases de nouvelles réflexions sur les suites à donner au traité constitutionnel. Six mois plus tard, rien ne semble avoir vraiment changé. Cet échec, s’il ne peut être endossé seulement par la Finlande, est le point noir du bilan. Car pour le reste, elle semble avoir correctement assumé son rôle de leader.


La première mission engagée par Vanhanen a donc été de s’attaquer au déficit de légitimité de l’Union auprès des citoyens, en prouvant que les 25 étaient capables de dépasser leurs divergences pour se retrouver sur des questions fondamentales. Avec comme objectif l’amélioration de la situation juridique des citoyens, ainsi que la transparence et l’efficacité des modes de fonctionnement des institutions. Les Finlandais sont réputés savants négociateurs, et champions de la conciliation. Selon un récent rapport de l’organisation Transparency International (www.transparency.org), les Nordiques seraient aussi des modèles de transparence et d’incorruptibilité. Dont acte. Dans les faits, cette volonté de recréer un lien entre les peuples et leurs dirigeants s’est manifestée par l’ouverture des sessions plénières pour le public via Internet. En outre, pendant toute la durée de la présidence, le ministre des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja, a tenu un blog rapportant le quotidien des activités de l’UE (www.tuomioja.org). 


A l’intérieur de l’Union, la Finlande a dû se plonger dans un certain nombre de dossiers sensibles. Le problème de l’élargissement, d’abord. La Bulgarie et la Roumanie, peu convaincantes dans un premier temps, ont néanmoins fini par satisfaire aux conditions requises. Quant aux négociations avec la Croatie, elles se sont poursuivies selon le calendrier initial. Reste le sujet le plus sensible, la Turquie. L’UE a dû faire face à un double problème. Celui, d’abord, des relations tendues qu’entretiennent Ankara et Chypre, partenaire au sein de l’UE, mais non reconnu par les Turcs. Autre difficulté : la gestion du calendrier des négociations relatives à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Très rapidement, la Finlande a organisé un certain nombre de rencontres et de consultations. L’objectif était de permettre la poursuite des négociations et d’améliorer la situation qui prévaut à Chypre entre les communautés grecque et turque. Au moment où la Finlande prend la présidence de l’UE, Ankara n’a toujours pas mis en œuvre l’accord d’union douanière avec Chypre. Le risque de suspension des pourparlers est grand.

Fin septembre, la Finlande a présenté un plan visant à relancer le commerce et les échanges entre l’UE et la communauté chypriote turque. Le 8 novembre, Bruxelles juge insuffisants les progrès réalisés en Turquie, notamment pour ce qui concerne l’accès des ports et aéroports turcs aux navires et avions chypriotes. Fin novembre, la Finlande lance un ultimatum à Ankara pour accéder à ses exigences, faute de quoi une suspension du processus de négociations pourrait être décidée. Le 1er décembre, Vanhanen se rend en Turquie pour tenter de résoudre le problème. En vain. Le 11 décembre à Bruxelles, à la suite de débats houleux, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont mis d’accord sur un gel partiel des discussions à propos de l’adhésion de la Turquie. 8 des 35 chapitres sur l’agenda des négociations sont suspendus.

C’est un coup d’arrêt certain au processus d’intégration. Ankara a beau pester contre cette décision, Erkki Tuomioja, voit lui un encouragement donné à la Turquie : « Personne n’a mis en doute la possibilité pour la Turquie de rejoindre l’Union européenne, une fois qu’elle aura rempli tous les critères ». Reste que ce gel des discussions est un affront pour Ankara. Côté finlandais, on peut se targuer d’avoir pris ses responsabilités.


A l’international, la Finlande a aussi dû faire face à un calendrier chargé. Le sommet ASEM 6 (Asie-UE) s’est tenu à Helsinki le 11 septembre. Les dirigeants de 38 pays européens et asiatiques se sont retrouvés pour instaurer ou réaffirmer des échanges et des partenariats entre les deux continents. Même si l'organisation Reporters Sans Frontières regrette que la Finlande n’ait pas inclus aux débats la question des droits de l’homme, et que des représentants de la junte birmane aient été conviés, le sommet a abouti à un certain nombre de résolutions : une déclaration commune sur les changements climatiques, ainsi que l’accroissement des programmes de coopération.


De par son positionnement géographique septentrional, la Finlande a aussi tenu à améliorer les relations avec son voisin russe. Le 20 octobre, à Lahti, le sommet entre Européens et Russes, prévu à l’origine pour aborder des questions énergétiques, a cependant failli tourner au pugilat, et offert un coup de projecteur sur les tensions actuelles qui règnent, notamment entre la Russie et certains de ses anciens satellites (Pologne, Lettonie). Les représentants de ces jeunes nations européennes n’ont pas hésité à s’affranchir des règles diplomatiques, et ont demandé des comptes au Président Poutine sur la situation en Géorgie et en Tchétchénie.

Last but not least, la Finlande a su gérer la crise au Liban durant l’été dernier. Sous son impulsion, l’Union a réussi à adopter une position commune. Pour ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, on peut aussi saluer le succès de la conférence Euro-Méditerranéenne (Euro-Med) à Tampere les 27 et 28 novembre dernier. Les représentants de 40 nations européennes et de l’Autorité palestinienne se sont mis autour de la table pour discuter de l’avenir au Proche-Orient. Cette réunion a abouti à un cessez-le-feu entre Israël et son voisin arabe, tandis qu’un accord visant à améliorer la coopération à l’intérieur de la zone Euro-Méditerranée était conclu.

Loin des affres du monde et des crises en tous genres, les Scandinaves ont aussi profité de ces six mois pour présenter leurs productions culturelles souvent méconnues du reste des citoyens européens. Ainsi, c’est le groupe Apocalyptica, qui propose une musique estampillée Métal, mais jouée par des violoncelles, qui s’est produit sur la Grand Place de Bruxelles pour ouvrir la session, le 1er juillet 2006. Un grand nombre de manifestations culturelles ayant trait au théâtre, au cirque, à la bande-dessinée ou encore aux espaces naturels a été organisé à Bruxelles.

Le second semestre de l’année 2006 a donc tenu ses promesses... en termes de dossiers lourds à gérer. La Finlande a assumé sa Présidence avec une volonté d’ouverture, de dialogue, mais aussi de fermeté, comme en témoignent ses prises de position dans le dossier turc. Elle a profité de cette période pour prouver sa capacité à assumer des responsabilités importantes. Son image et sa popularité, sans doute, en sortent grandies.

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