| Avantage Tuomioja |  |
Le 15 décembre dernier, en deux communiqués le cabinet du Premier Ministre, Matti Vanhanen, exprimait une satisfaction de bon ton pour se féliciter du bilan finlandais de cette deuxième présidence de l’UE (la première date de 1999). Néanmoins le professeur Esko Antola, du centre Jean Monnet et Teija Tiilikainen, chercheur, spécialiste ès affaires européennes à l’Université d’Helsinki, exprimaient quelques réserves, sans compter celles d’Heli Suominen, d’Helsingin Sanomat, le grand quotidien finlandais. Les principaux thèmes de cette présidence finlandaise étaient: l’élargissement de l’UE, la politique énergétique, le renforcement de la compétitivité, la lutte contre le réchauffement climatique, la politique migratoire et la coopération entre l’UE le Moyen-Orient et la Russie. C’est, finalement sur le Moyen-Orient, lors de la crise libanaise, que L’UE s’est montré le plus apte à gérer de telles crises. Et cela, sous la houlette d’Erkki Tuomioja, Ministre des Affaires Étrangères de Finlande: “Incontestablement, Tuomioja a fait preuve en l’occurence de grandes qualités de gestionnaire de crise. Grâce à lui, l’UE a efficacement poussé l’ONU à envoyer des troupes pour pacifier la région”, constate Esko Antola. Pour le reste, ce professeur de l’Université de Turku demeure réservé, surtout sur les relations UE-Russie. | Jeu Russie |  |
“En effet, les Finlandais n’ont pas réussi à faire parler l’UE d’une seule voix: les petits pays, tels les Baltes, en appellent toujours aux USA. Quant aux plus grands, comme l’Italie, l’Allemagne ou la France, ils continuent à préférer négocier bilatéralement avec la Russie et à se comporter comme des superpuissances”, ironise Antola. Sur la question russe, Teija Tiilikainen n’est pas plus indulgente: “La Finlande avait une occasion magnifique de montrer son expertise en la matière mais, principalement à cause d’une situation internationale assez tendue, nous nous retrouvons, fin 2006, dans une situation pire qu’en début de présidence”. Dans l’intervalle il y aura eu la crise de Géorgie, au cours de laquelle la Russie a fait une démonstration de force quasi impériale. À la conférence de Lahti, en octobre, Vladimir Poutine a également refusé d’ouvrir les chapitres des Droits de l’Homme ou de la Tchéchénie, n’acceptant de discuter que de politique énergétique, un sujet où la Russie se retrouve en position naturellement avantageuse. De dialogue UE-Russie, il n’y aura pas vraiment eu, la Russie déplorant toujours que l’UE, de façon endémique, ne soit pas capable de parler d’une seule et même voix: “Le comble est que l’UE ne soit même pas arrivée à un consensus sur la politique énergétique commune!”, déplore un Esko Antola, vaguement railleur. | Mauvais élèves |  |
Toujours en politique internationale, Esko Antola s’étonne que l’on soit arrivé à un aussi piètre résultat sur l’élargissement à la Turquie: “L’échec des négociations entre l’UE et la Turquie ne sera probablement pas imputé à la Finlande. Pourtant, sur ce dossier, je crois que si les négociations avaient été conduites par voie diplomatique et rendues moins publiques, la responsabilité de la Présidence de l’UE ne paraîtrait pas si engagée.” En matière de politique domestique, Esko Antola considère comme une bévue majeure d’avoir tenté de faire passer la hausse de la taxe sur les alcools, ardemment souhaitée par le gouvernement finlandais, en se dissimulant derrière une décision de Bruxelles: “C’était une tentative désespérée n’ayant aucune chance de réussir!” Et pourtant le Ministre des Finances finlandais, Eero Heinäluoma en avait fait son cheval de bataille, ce qui permet à Esko Antola de lui attribuer une très mauvaise note. Parmi les mauvais élèves il distingue également Mauri Pekkarinen, Ministre de l’Industrie et du Commerce: “Représentant de la Finlande, pays-leader dans le domaine de la compétitivité, il n’a pas été capable de tracer les grandes lignes attendues par la Commission pour - justement - stimuler la compétitivité de l’UE!” Un comble. Kari Rajamäki, Ministre de l’Intérieur et Leena Luhtanen, Ministre de la Justice ne récoltent pas de meilleures appréciations de la part du professeur Antola: “C’était le moment idéal pour aborder les problèmes de sécurité intérieure, la lutte anti-terroriste et les affaires juridiques. Mais ni l’un ni l’autre n’ont eu suffisamment d’expérience internationale ou de capacités linguistiques pour y arriver”. | Bon point pour Lehtomäki |  |
Une critique reprise en écho par Teija Tiilikainen: “Sur ces affaires juridiques, les Finlandais étaient mal préparés et n’ont pas fait avancer le dossier du vote à la majorité”. Teija Tiilikainen regrette également que la directive sur le temps de travail soit restée en l’état: “En opposition avec les autres pays-membres, les Britanniques demandaient beaucoup de dérogations sur cette directive. Les Finlandais ont tenté un compromis qui a échoué. Au final, la Finlande aura été montré du doigt par les autres membres et c’est une réelle déception!”, constate Teija Tiilikainen. Pour faire bonne mesure Heli Suominen, d’Helsingin Sanomat souligne que la soi-disant “transparence” dont se targuent tellement les Finlandais n’a pas été appliquée dans le domaine des subventions agricoles: “Les autorités finlandaises ont renoncé à ce que les montants des subventions par pays soient rendus publics, sous prétexte que ça pouvait créer des tensions”, s’étonne-t-elle. Pour parler finances, Heli Suominen fait remarquer que le budget de la présidence aura été largement dépassé: “Des 54 millions d’euros initialement prévus, nous arrivons à 74 millions (+ 37 %). La faute en est principalement au budget consacré à la sécurité, passé de 2 à 10 millions d’euros (+ 400 %).” Dans ce chœur de lamentations, un lot de consolation revient quand même à Paula Lehtomäki, Ministre du Commerce Extérieur: “Grâce à sa bonne connaissance des langues étrangères et du dossier Russie, elle est parvenue à limiter les dégâts. De plus elle a réussi à approfondir considérablement son expertise, pays par pays, sur la question de la Constitution Européenne”, se félicite Esko Antola. Ce n’est pas une mince affaire: le 5 décembre le Parlement finlandais (Eduskunta) approuvait le projet de Constitution repoussé en 2005 par la France et les Pays-Bas. |