| État des lieux |  |
Pour les parties renforcées, aux deux-tiers de cette large allée se trouve une haute clôture, (deux-tiers du côté russe, un tiers du côté finlandais). Un sentier la longe, du côté finlandais, alors que, côté russe, on trouve un no man’s land assez étendu. “Nous savons que les Russes surveillent leur frontière d’une autre façon que nous: à une distance d’environ trois kilomètres, à l’intérieur de leur territoire, ils ont tracé une route parallèle qui leur permet de la contrôler à distance. C’est un système qu’ils vont abandonner puisqu’ils sont en train de s’équiper de matériels de surveillance électronique, comme nous en avons depuis longtemps”, spécifie Isto Mattila. Le long de la frontière-Est on compte huit points de passages internationaux (du sud au nord: Vaalimaa - principal point de passage routier entre Finlande et Russie -, Vainikkala (chemin de fer), Nuijamaa, Imatra, Niirala, Vartius, Salla, Raja-Jooseppi) et dix-sept points de passages pour marchandises uniquement, essentiellement des transports de bois.
Faux papiers
Isto Mattila reconnaît que le problème actuel le plus alarmant est le trafic d’être humains, surtout de femmes, et des bus venus de Russie ou des États voisins (Géorgie) étant régulièrement appréhendés: “C’est un problème plus important que les drogues, actuellement. Mais je crois beaucoup à une coopération meilleure et accrue avec les autorités russes. En effet, les Russes considèrent cette frontière commune comme une frontière modèle, une vitrine à montrer à l’Ouest. Par conséquent, ils essayent de la gérer le mieux possible afin de prouver bonne volonté et crédibilité.” Du côté finlandais on porte un soin extrême à la détection des faux papiers: “Chaque document d’identité est lu électroniquement grâce à un système spécial. Sur chaque grand point de passage international, par exemple à Vaalimaa, nous avons une unité spécialisée dans les faux papiers”, affirme Isto Mattila. S’il s’avère que le document est un faux ou que le porteur est recherché par un pays-membre de Schengen, selon le SIS (Schengen Info System), ou par Interpol, l’individu est immédiatement arrêté.
Intrusions
On ne déplore qu’une cinquantaine de passages illégaux qui sont généralement constatés dans des zones très peu peuplées du nord de la Finlande: “Il faut dire que les Russes ont 30.000 hommes de leur côté et que de Saint-Pétersbourg à la mer de Barents ils exercent une surveillance très efficace. Plus on va vers le nord, plus on trouve des régions désertes, sans aucune agglomérations, ce qui fait que ce secteur est très calme”, avertit Isto Mattila. Ce calme ne devrait pas s’éterniser puisque, selon le Colonel Mattila, une fois que la surveillance des frontières Sud entre Russie et Espace Schengen aura été renforcée (lorsque les nouveaux membres de l’UE: Pologne et Pays baltes, notamment, auront adhéré à Schengen), la pression devrait revenir sur la frontière russo-finlandaise. “Nous laissons passer les gens qui n’ont rien à se reprocher mais si nous avons affaire à un entrant illégal recherché en Russie, nous devons l’y renvoyer. En revanche s’il vient d’un pays tiers, africain ou asiatique, nous le gardons pour faire les vérifications d’usage. S’il est recherché par nous ou tout autre pays Schengen, nous l’arrêtons immédiatement”, précise Isto Mattila. Là où la frontière est moins matérialisée, la surveillance se fait par vidéo. En Laponie, les gardes-frontières utilisent des hélicoptères. Pour les fréquences, il y a des patrouilles une fois tous les trois jours dans le Nord, plusieurs fois par jour au Sud: “Nous avons divisé la frontière entre zones de moindre importance et d’importance maximale. Ainsi nous perdons un minimum de temps et pouvons concentrer nos moyens là où c’est nécessaire”, explique Isto Mattila.
Alliances douanières
Sur mer, les gardes-frontières finlandais ont aussi pour mission de repérer les bateaux responsables de pollution maritime, pétroliers, méthaniers, cargos. Pour le trafic maritime, Isto Mattila révèle qu’il arrive aux gardes-frontières de décider, un dimanche, par exemple, d’une opération coup-de-poing et de contrôler tous les bateaux en circulation dans les golfes de Finlande et de Botnie, les deux zones de la Baltique entourant la Finlande: “Mais toujours en coopération avec l’armée, la douane et la police, sans cette triple coopération nous n’y arriverions pas”, admet Isto Mattila. En réalité, la coopération la plus étroite se fait entre la douane et les gardes-frontières puisque si un bateau de plaisance non-finlandais arrive dans un port, il est contrôlé par un garde-frontière aussi bien au niveau des identités qu’au niveau des marchandises. Inversement si un bateau marchand accoste en Finlande, c’est un douanier qui effectuera tous les contrôles. Autrement, à Vaalimaa, comme sur les autres grands points de passage il y a toujours un douanier et un garde-frontière pour chaque véhicule. Quant aux points de moindre importance (toujours vers le nord), ce sont uniquement les gardes-frontières qui effectuent tous les contrôles d’identité et douaniers.
L’union fait la force
“Je pense que notre grande force repose sur notre système de coopération. On peut dire que la surveillance de la Finlande est intégrée puisque les tâches que nous ne pouvons pas accomplir, la police les règle à notre place, et vice-versa”, continue Isto Mattila. Cette coopération sans obstacle peut aller jusqu’à l’arrestation d’un ivrogne dans un village du nord de la Finlande, une opération bégnine qui, en principe, devrait être accomplie par la police locale, mais celle-ci étant souvent éloignée du lieu de l’infraction, ce sont les gardes-frontières locaux qui s’en chargent. “Une autre de nos forces incontestables est notre recrutement local: nous nous efforçons toujours de recruter nos personnels sur place, dans la proche région du poste-frontière où ils devront exercer leurs fonctions. Il ne nous viendrait pas à l’esprit d’envoyer quelqu’un d’Helsinki en Laponie ou vice-versa. Pour nos collègues de Salla ou Vartius il est forcément naturel d’être responsables de la surveillance de leurs terres, de ces coins de Finlande où ils sont nés. Cela les motive encore plus!”, martèle Isto Mattila. On ne peut parler de surveillance de la frontière Est sans évoquer la situation dans les airs et les violations répétées de l’espace aérien finlandais par des avions des forces aériennes russes se rendant de Saint-Pétersbourg à Kaliningrad. Ça n’a rien à voir avec des passages illégaux ou de la contrebande mais méritait d’être rappelé. Tout en précisant que ces intrusions ne durent que quelques minutes, voire quelques secondes. Comme le dit un autre proverbe: vite entré, encore plus vite sorti!
Chiffres:
Avec la Norvège, la Finlande possède 736 km de frontière commune et avec la Suède 614 km. La frontière des eaux territoriales - longueur des côtes finlandaises - mesure 1250 km, ce qui fait un total de 3940 km de frontières à surveiller. La Finlande compte également dix-huit aéroports, dont Helsinki-Vantaa est le plus important avec 2.775.000 contrôles effectués en 2004. On dénombre également 36 postes-frontières et 27 stations de garde-côtes. Les moyens utilisés par les gardes-frontières finlandais vont , sur mer, de 7 patrouilleurs à, dans les airs, 11 hélicoptères et deux avions. On recense aussi 254 chiens. En 2004, les gardes-frontières ont effectué plus de 15 millions de contrôles, secouru 3200 personnes en mer, constaté 4772 infractions et refusé l’entrée du territoire finlandais à 1929 personnes. Au total, on ne déplore que 54 passages de frontières illégaux. De fait, les gardes-frontières insistent largement sur leur coopération avec les gardes-frontières des pays voisins, que ce soit la Russie, les Pays Baltes, la Suède ou la Norvège. La coopération avec les pays-membres de l’espace Schengen est très active également: “Récemment encore j’étais à Lyon pour rencontrer mes collègues d’Interpol et de France. Ce genre de visite s’avère toujours fructueux”, souligne Isto Mattila.
|