| Reino Paasilinna, le vétéran de la politique européenne |  |
Reino Paasilinna, 66 ans, arrive à son rendez-vous avec une demi-heure de retard et se confond en excuses : l’avion avait pris du retard. L’emploi du temps est chargé : une dizaine de réunions ou autres rendez-vous par jour.
Le travail est prenant, mais Paasilinna est passionné. Cela fait neuf ans qu’il est député européen, après une longue carrière dans la presse : rédacteur en chef à la télévision finlandaise de 1964 à 1974, attaché de presse à l’ambassade de la Finlande à Moscou de 1974-1978, puis à Washington de 1978 à 1982, président d’Yleisradio (radiotélévision finlandaise) de 1990 à 1994.
Fort de cette expérience, il s’est investi dans la délégation Russie et dans le groupe de travail sur la société de l’information au Parlement européen. Il est également coordinateur du groupe socialiste à la commission parlementaire sur l’industrie – une fonction qu’il présente volontiers comme une consécration, malgré le temps que cela lui prend. « J’étais très flatté qu’on me demande de m’occuper de ce poste. »
Depuis 1996 et l’entrée de Paasilinna au parlement, le fonctionnement de la maison a évolué. L’adhésion de dix nouveaux pays a changé les rapports de force : « Avant, il y avait toujours de grands blocs allemands, anglais et français dans les commissions. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose. La prise de décision en devient plus difficile et plus longue. »
Paasilinna ose espérer que cette nouvelle donne changera peut-être le déséquilibre entre « grands » et « petits » pays membres : « Les ‘grands’ pays sont souvent les plus lents et les plus réticents à transposer les directives européennes dans leur législation. Ils ont toujours de bonnes raisons – mais quand les ‘petits’ pays évoquent les mêmes raisons, ça ne marche pas. »
Et Paasilinna de souligner avec fierté l’exemple de la Finlande : « La Finlande est le pays le plus compétitif au monde du point de vue de l’industrie, tout en ayant un système de protection sociale que n’ont pas les autres pays. Nous avons aussi le meilleur système éducatif au monde. »
Pense-t-il à se présenter de nouveau aux prochaines élections ?
« Je suis un jeune homme ! » dit-il en riant. Pourtant, ce qui le fait rêver, ce n’est pas un quatrième mandat mais un peu plus de temps libre : « Avoir le temps de lire un livre, ce serait le bonheur ! » | Satu Hassi, l’ancienne ministre |  |
Élue au parlement finlandais en 1991, puis ministre de l’Environnement de 1999 à 2003, Satu Hassi, 54 ans, a une solide expérience de la politique finlandaise. Alors, pourquoi le parlement européen ?
« Pendant mon mandat de ministre, je me suis rendu compte à quel point les décisions européennes influençaient la politique finlandaise et les négociations internationales, notamment en matière d’environnement. J’avais envie d’y apporter mon grain de sel. »
Au parlement européen, elle a été ravie de rejoindre le groupe des Verts, « très expérimenté et professionnel ». Le fonctionnement du parlement, qui n’est pas tributaire des tensions entre une majorité et une opposition politiques, lui a fait découvrir un autre mode de travail, plus serein : « La majorité se constituant en fonction de chaque sujet traité, on échappe à ces petites mesquineries, si présentes dans la vie politique nationale. On ne peut pas se permettre de se faire des ennemis, si on veut faire passer ses idées. »
Autre surprise agréable : « La législation nationale est souvent très étroitement liée à un budget défini. Ici, ce n’est pas le cas. Nous sommes plus libres. »
Hassi savoure cette liberté, même si elle lui coûte, comme à tous les députés européens, des semaines chargées en réunions, en rencontres en tout genre, en heures d’avion passées à plancher sur les derniers comptes-rendus. Pour y pallier, le week-end est consacré à la nature : « Je m’échappe dans notre petite maison de campagne, sur une île. L’hiver, c’est sauna et baignade dans la mer glacée. Rien de mieux pour se changer les idées ! » | Alexander Stubb, le jeune loup |  |
C’est la coqueluche des médias finlandais au parlement européen. « Celui qui agace mais qui vous charme quand même », dixit une fonctionnaire de la maison. C’est Alexander Stubb, 36 ans, représentant de la Coalition nationale, parti de droite. Un jeune homme au sourire facile, présent partout, avec une expérience de 10 ans comme conseiller, d’abord au ministère des Affaires étrangères de la Finlande, puis auprès de Romano Prodi et enfin à la représentation permanente de la Finlande auprès de l’Union.
« Comme fonctionnaire, je préparais les dossiers et les politiques prenaient les décisions. Aujourd’hui, ce sont les autres qui me préparent mes dossiers et c’est moi qui décide », résume-t-il. Un état des choses qui ne semble pas lui déplaire, d’autant que son expérience dans les coulisses du l’Union européenne lui garantit un réseau de contacts influents. « Mais enfin, ça ne veut pas dire que je connais tout ni tout le monde », se défend-il.
Dans le groupe finlandais, Stubb dénote par ses idées fédéralistes et son adhésion sans faille à la constitution européenne – des prises de position qui font parfois grincer des dents ! Il croit en l’intégration européenne comme outil d’une meilleure croissance et se désole de voir que la Finlande a parfois tendance à freiner ce processus.
« Pendant longtemps, la Finlande était une sorte de petit géant au sein de l’Union. Depuis le triangle Halonen-Vanhanen-Tuomioja (Présidente de la République, Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, ndr), je trouve que nous avons une tendance fâcheuse à nous mettre dans la marge », il tonne.
Le parlement européen, ça lui plaît, à Stubb, sans aucun doute. Il ne regrette rien, si ce n’est de ne pouvoir passer plus de temps avec sa famille installée à Bruxelles : sa femme, Suzanne, et ses deux jeunes enfants, Émilie, 3 ans et Oliver, 10 mois.
« Quand je suis à Bruxelles, c’est moi qui amène Émilie à l’école. Je rentre tard, juste avant que les enfants se couchent. Ces petits moments me manquent terriblement pendant les semaines de plénière à Strasbourg », avoue ce jeune père. Alors, pour compenser, les week-ends sont consacrés à la famille. Qui sait, peut-être croiserez-vous Stubb dans un square bruxellois ?
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