| Le cap 2000 |  |
La Dimension Nordique (DN) a été porté sur les fonds baptismaux en septembre 1997, avec une déclaration de Paavo Lipponen, alors premier ministre finlandais, à Rovaniemi, capitale officielle de la Laponie finlandaise sur le Cercle Polaire (66°30’ N).
Impossible de choisir meilleur endroit pour parrainer ce concept. À l’origine les pays-membres de la DN sont ceux de l’UE (Union Européenne) à 15 de l’époque, augmentés de trois pays-partenaires - Russie, Norvège et Islande - et de deux pays-observateurs - Canada et USA.
“En 1997, il s’agissait de dynamiser la coopération entre l’UE et la Russie, d’une part, et entre l’UE et les pays baltes, d’autre part, ces derniers n’étant pas encore dans l’UE (ils le seront en 2004)”, se souvient Maimo Henriksson, directrice de la division Dimension Nordique auprès du ministère des Affaires Étrangères de Finlande.
Tous les espoirs sont permis, la Russie de 1997, avec Boris Yeltsine aux commandes laissant entrevoir une ex-URSS en pleine renaissance, pas vraiment opposée à des coopérations inter-régionales avec ses voisins frontaliers, notamment la Finlande. La DN semble ouvrir une ère de large coopération nordique, allant de la mer de Barents, au nord, à la mer Baltique, au sud. La Finlande se retrouverait en première ligne, la totalité de son territoire étant concernée, depuis Laponie jusqu’à Kotka, sur la Baltique. Il faut se souvenir que d’un monde bipolaire Est-Ouest, on revenait à une multi-polarité plus naturelle pour l’Europe:
“C’était une idée parfaite à la fin des années 1990, quand on imaginait encore que les régions finlandaises frontalières auraient la possibilité de coopérer avec leurs homologues russes voisines, que le Nord-Ouest de la Russie se tournerait vers le Nord-Est de l’UE”, explique Tarja Cronberg, députée finlandaise. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de Moscou et Saint-Pétersbourg: car à partir de l’an 2000 on assiste à un retour en puissance de la Russie de Vladimir Poutine. De plus, en mai 2004, les trois pays baltes - Estonie, Lettonie et Lituanie - deviennent membres à part entière de la nouvelle UE à 25 après avoir préalablement rejoint l’OTAN. | Succès dans l’environnement |  |
Et en 2006, la Russie n’a vraiment plus besoin d’une coopération de plus: consciente de ses atouts stratégiques, militaires et économiques elle a repris la main et ne considère pas la DN comme une priorité. Pourtant, dans la logique de la DN, un partenariat avec la Russie est incontournable. Sans une participation active de la Russie le “carrosse DN” se transformerait en citrouille: “La DN aurait dû être intégrée à une politique commune UE-Russie. Mais la politique européenne reste trop vague sur ce plan. De plus, la DN inclut des pays comme les USA ou la Norvège qui sont des concurrents de l’UE vis-à-vis de la Russie, puisqu’ils traitent leurs affaires bilatéralement”, constate Hanna Smith, experte de l’Aleksanteri-Instituutti (Université d’Helsinki).
La position officielle du gouvernement finlandais n’a cependant pas varié : ”Sur la plan “macro” la DN doit attirer l’attention sur les problématiques du Nord-Est de l’UE afin de construire des relations harmonieuses avec la Russie. Au niveau “micro”, plus concret, la DN ouvre les portes à des partenariats variés sur la santé (lutte contre le SIDA), sur les problématiques de sociétés, les ONG et les entreprises privées. Sur l’environnement reconnaissons que la DN a réellement été un succès”, assure Maimo Henriksson. Car à la fin des années 1990, la situation s’avère extrêmement préoccupante, sur le plan régional, avec la pollution incontrôlée de la mer Baltique et, sur les côtes de la mer de Barents, les 100.000 km2 de la péninsule de Kola, en sinistre état.
Circonstance aggravante: des masses de déchets nucléaires y sont abandonnés - la base militaire de Mourmansk étant toute proche. En 1999, il n’est plus plausible de prétendre que de simples frontières stoppent ces dangereuses pollutions… La DN va donc faire ses preuves en matière d’environnement: “Les membres de la DN ont investi 225 millions d’euros dans les problématiques environnementales et, à ce jour, la réalisation dont nous sommes le plus fiers est la nouvelle centrale d’épuration des eaux de Saint-Pétersbourg ouverte en 2004, une usine traitant 45% des eaux usées de la ville”, poursuit Maimo Henriksson. Mais d’autres villes baltes ont été équipées d’usines de traitements des eaux et les travaux de réhabilitation ont commencé à Kola. | Un futur controversé |  |
Erkki Tuomioja, ministre des Affaires Étrangères finlandais a récemment révélé que les plans DN 1, de 2000-2003, et DN 2, de 2004-2007, ne seront pas suivis d’un plan n°3. A la place il y aura un plan-cadre fixant les lignes directrices telles le rapprochement accéléré entre l’UE, la Russie, la Norvège et l’Islande, la nouvelle coopération régionale donnant la priorité aux questions logistiques (transports et axes routiers Russie-Pays baltes), aux infrastructures portuaires et à la coopération régionale entre acteurs privés (entreprises, universités).
“Pour devenir vraiment efficace la DN devrait être réduite à un “noyau dur” composé de la Finlande, de la Suède, de la Pologne et des trois pays baltes. Ce sont les pays les plus concernés et donc les plus motivés”, suggère Hanna Smith. Plus pessimiste, Tarja Cronberg estime que la DN est affligée d’une tare rédhibitoire: “Personne n’a jamais songé à faire de cette grande idée une institution indépendante, autonome, avec un financement propre et possédant un siège dans une ville d’Europe du Nord. En faisant ces impasses, la DN a souffert d’un grand déficit de visibilité”, déplore-t-elle.
Des mises en garde qui n’empêchent pas le MAE finlandais d’empiler les visions constructives: “La DN va évoluer vers une coopération entre les municipalités du Nord-Ouest de la Russie, la Finlande et la Norvège, sur de mini-projets effectifs en matières d’énergie et d’environnement. En outre, nous allons mettre l’accent sur les collaborations dans les domaines de la recherche et de la culture”, envisage Maimo Henriksson.
Fin juin 2006, Erkki Tuomioja annonçait que la Finlande profitera de son mandat de présidence de l’UE pour organiser des conférences sur ces thèmes. Incidemment et simultanément la Russie présidera parallèlement les Conseils de l’Europe de Strasbourg. Un heureux hasard donnant une chance de raviver cette fulgurance de Paavo Lipponen, millésime 1997, et de s’extraire de la hantise du flop.
Pourtant quoi qu’il advienne la DN aura œuvré à la protection durable des environnements nordiques.
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