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Une année qui s’annonce difficile

Politique > Politique étrangère
18-01-08
Auteur : Kyösti Karvonen
La Finlande reste dans les souvenirs pour le rôle majeur qu’elle joua lors des événements qui conduisirent à la détente entre l’Est et l’Ouest, dans les années  1970. Cette année, la Finlande préside l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE). L’année en cours pourrait s’avérer difficile, prédit Kyösti Karvonen, rédacteur en chef du journal Kaleva. photo: Palais de Finlandia, Helsinki.

Pour bon nombre de Finlandais, les quinquagénaires ou plus, les journées ensoleillées de juillet-août 1975 sont encore bien présentes dans les mémoires.

La petite nation septentrionale retint l’attention de la planète lors de la réunion, dans l’édifice de marbre du Palais Finlandia situé dans le centre-ville de la capitale finlandaise, des hauts dirigeants de 35 pays venus pour y signer l’Acte final d’Helsinki.


Les plus hauts représentants de tous les pays d’Europe, à l’exception de l’Albanie, ainsi que des Etats-Unis d’Amérique et du Canada se réunirent pour signer un document dont l’importance ne fut peut-être pas perçue à sa juste valeur à l’époque. Le mot d’ordre était alors « détente entre l’Est et l’Ouest « .

C’était ce que l’on a appelé l’esprit d’Helsinki, dont parlait le monde.
Bien entendu, les camps rivaux avaient à l’esprit des ordres du jour plus ou moins dissimulés. Pour le bloc soviétique, le motif le plus profond de tout le processus était d’entériner, une fois pour toutes, les frontières tracées à la fin de la seconde guerre mondiale. Pour les pays occidentaux, la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (la CSCE) offrait une chance unique de faire pression sur le bloc soviétique sur la question des Droits de l’Homme.
Et pour la Finlande et son président Urho Kekkonen, qui exerça pendant longtemps la fonction de chef de l’Etat, la CSCE était un excellent forum pour renforcer la position du pays sur la scène internationale.


Environ trois décennies plus tard, la Finlande préside actuellement l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (l’OSCE), successeur de la CSCE. Le nombre de ses membres est passé de 35 à 56 pays. Si la Finlande fut l’hôte de deux sommets de l’organisation, cette présidence est la première qu’elle exerce.


Il serait tentant de penser que les beaux jours de l’OSCE de retour. Mais l’essentiel de ce qui fit sa gloire, à l’époque, n’est plus ; désormais, un labeur fastidieux, largement esquivé par les médias, dans une certaine mesure ignorant du passé de la CSCE. Et malgré les efforts les plus notoires, il se peut que l’on n’attende pas grand chose de la présidence en exercice.

Le plus gros défi auquel le ministre est confronté


L’homme clé de la résidence de l’OSCE est le ministre finlandais des Affaires étrangères, M. Ilkka Kanerva, qui aura 60 ans en janvier. Celui-ci a décrit cette présidence comme le plus gros défi de sa longue carrière. Il ne s’agit pas seulement pour la présidence de remplir son ordre du jour ; en outre, sur le plan politique, il semble que l’on soit, en 2008, sur un baril de poudre.
La tâche de M. Kanerva est des plus complexes en raison des tensions croissantes entre les Etats membres. La Guerre Froide est bel et bien enterrée, mais le retour de la Russie sur la scène politique mondiale laisse aussi son empreinte sur l’OSCE.


Dans le passé, la CSCE/l’OSCE, étaient plus synonymes de diplomatie au sens traditionnel du terme et de réunions ministérielles. Mais la fin de la Guerre Froide et l’effondrement de l’Union soviétique entraînèrent aussi un bouleversement du modus operandi de l’organisation. Désormais, l’accent porte davantage sur  les questions pratiques comme le suivi des élections ou les vrais problèmes relatifs aux Droits de l’Homme  ou encore les valeurs démocratiques et la question de l’Etat de droit.


Compte tenu du fait que la démocratie, les élections libres et régulières ou les Droits de l’Homme continuent de revêtir des significations diverses dans les différents pays de l’OSCE, ils sont sources de frictions entre ces derniers. La plus grande divergence est, sans doute, celle qui sépare l’Union européenne et la Russie, accompagnée par certaines ex-républiques soviétiques situées dans son voisinage.


La Finlande semble avoir reconnu le difficile environnement politique en fixant pour sa présidence des objectifs réalistes, quoique modestes, dans le meilleur style diplomatique finlandais. « Nous devrions fonder notre action sur un concept de sécurité large, en mettant l’accent sur la continuité, sur la base des engagements existants,  et prendre en compte les situations fluctuantes » ; c’est dans ces termes que M. Kanerva a qualifié à Madrid, en novembre dernier, l’exercice qui attend la Finlande, un peu sur la corde raide.

Élections en Russie,

Kosovo, Forces armées conventionnelles en Europe…


L’événement politique le plus suivi à la loupe, dans les prochains mois, sera l’élection présidentielle en Russie, au mois de mars. La victoire de Dimitri Medveded, adoubé par le président Vladimir Poutine pour lui succéder au Kremlin, peut être considérée comme acquise.


Les élections à la Douma russe, en décembre, ont donné un avant-goût du scénario probable en mars prochain. La Russie ne voulait autoriser qu’un nombre limité de représentant du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (ODIHR), dont le siège est à Varsovie. L’ODIHR a répondu en n’envoyant aucun observateur. Pour la présidence finlandaise, il sera crucial d’éviter que cela se répète en mars.


L’incertitude relative au statut définitif du Kosovo préoccupe aussi l’OSCE, mais peut-être moins directement. Il existe un lien entre le Kosovo et les conflits soi-disant gelés, pour la résolution desquels l’OSCE joue un rôle majeur. Pour l’instant, dans les processus de paix en Moldova et en Géorgie, les résultats ont été modestes.


La possibilité que le Kosovo déclare son indépendance dans les prochains mois est réelle; une réaction en chaîne pourrait suivre en Moldova. La Russie a fait savoir que si le Kosovo se voit accorder le droit de faire sécession de la Serbie, le fait constituerait un précédent  et un exemple pour les enclaves russes en Moldova et en Géorgie.


Les conflits gelés sont liés au Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE). Les pays membres de l’Otan ont refusé de ratifier ce traité tant que la Russie n’aura pas retiré ses troupes de Moldova et de Géorgie. En retour la Russie a gelé son adhésion au traité FCE – qu’elle avait déjà ratifié - pour protester contre l’intention américaine de construire un système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque.
En politique, tout est lié. L’OSCE ne travaille  pas dans un vide politique. Malgré l’abondance des travaux pratiques à accomplir sous la présidence finlandaise, que ce soit la destruction des armes ou la coopération dans le domaine du transport, la présidence pourrait bien être éclipsée sinon gâchée par la politique des grands.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Liens

www.osce.org/

 
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