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Les élections législatives en avril

Politique > Institutions
11-03-11
Auteur : Info-finlande
Selon les sondages, le parti populiste est en passe de provoquer une tornade sans précédents aux élections parlementaires d’avril.

Pekka Ervasti est journaliste politique au magazine finlandais d’actualités Suomen Kuvalehti.

Voici son analyse sur le paysage politique juste un mois avant les élections

Les élections parlementaires qui s’annoncent sont le rêve de tout journaliste ! Il y a du drame dans l’air et l’on peut s’attendre à des surprises.

Les Finlandais de base (Perussuomalaiset) risquent de provoquer la tempête; leur parti, actuellement la plus petite formation représentée au parlement, ne compte que six des 200 sièges de député.

La situation va cependant changer du tout au tout, le 17 avril prochain, date des prochaines élections parlementaires en Finlande. Les sondages prédisent que les Finlandais de base emmenés  par leur chef de file Timo Soini, sûr de lui, pourraient bien enlever plus de 30 sièges.

La Finlande n’a connu un tel bouleversement politique que dans les années 1940, au lendemain immédiat de la guerre. D’aucuns vont jusqu’à dire que la victoire électorale des Finlandais de base va les faire entrer au gouvernement, par la grande porte.

Les trois grands malmenés 



L’ascension des Finlandais de base entame la popularité des plus grands partis. En particulier le Centre, parti de l’actuel premier ministre, mais aussi le parti social démocrate (SDP), principale formation de l’opposition, risquent de faire les frais de la forte poussée des Finlandais de base.

Le troisième grand parti politique finlandais, le parti du Rassemblement (Kokoomus), perdrait lui aussi plusieurs sièges de députés, selon les sondages.
Face à la menace de défaite, les trois plus grands partis peuvent faire  leur autocritique.

Durant des décennies, le parti du Rassemblement, le Centre et les sociaux-démocrates se sont généralement partagés le pouvoir gouvernemental: deux de ces formations formant, habituellement, l’ossature du gouvernement tandis que la troisième était, reléguée dans l’opposition, avec des alternances. Ou faisait semblant d’être dans l’opposition car, depuis longtemps, une politique opaque, faisant peu de vagues et particulièrement soucieuse de consensus était  de mise. Le gouvernement pouvait compter sur la loyauté du principal parti de l’opposition, laquelle  ne souhaitait pas brûler les ponts avec le gouvernement. Sur la photos les présidents des parties politiques finlandais en réunion d'été.

De l’avis des observateurs politiques, une opposition véritable et crédible manquait depuis longtemps en Finlande. Les Finlandais de base ont désormais comblé ce vide. Ils ont  peu à peu accumulé une crédibilité jusqu’à ce que leur popularité explose, finalement, au grand jour, il y a tout juste un peu plus d’un an. Pourquoi en a-t-il été ainsi?

Surfer sur la vague du mécontentement


Ce partage du pouvoir, sans alternative, pratiqué par les trois grands est arrivé à son terme. Les Finlandais de base ont su cibler leur frappe, avec précision, touchant les points sensibles qui agacent et partagent, depuis longtemps, les citoyens.

L’Union européenne (UE) compte parmi eux. Lors du référendum sur l’adhésion à l’UE, les Finlandais étaient partagés. Les perdants n’ont jamais complètement digéré leur défaite. Les difficultés politiques actuelles de l’UE, mais surtout les difficultés économiques de la zone euro ont accru l’opposition à l’UE. Désormais, les Finlandais de base qui, pour leur part, ont toujours été opposés à cette dernière, se font un plaisir d’enfoncer le clou.

Fixer l’agenda de l’immigration


Les Finlandais de base ont aussi été les premiers à commencer à donner de la voix sur les problèmes d’immigration en Finlande. Les chiffres  de l’immigration y sont loin de ceux que connaissent, par exemple, la Suède et le Danemark; mais, ici aussi, des problèmes se posent sans toutefois atteindre les proportions observées ailleurs en Europe.

Pour leur ligne de conduite, les Finlandais de base étaient considérés comme opposés à l’immigration, voire  xénophobes. Durant la campagne il est cependant apparu qu’au chapitre de l’immigration, les autres partis ont adopte, à leur tour, un ton plus critique. Les Finlandais de base sont parvenus à cette situation: ils peuvent fixer la liste des questions électorales. De quoi nourrir la crédibilité des Finlandais de base et apporter de l’eau à leur moulin dans la perspective des élections!

Durant la campagne, les Finlandais de base ont aussi échappé aux scandales politiques qui ont secoué les grands partis. Les révélations  liées au financement électoral ont donné lieu à des enquêtes policières, ont fait place aux accusations et elles ont même conduit à la démission du premier ministre Matti Vanhanen en pleine législature. Là encore, du pain béni pour les Finlandais de base !

Un ”one-man show”


Les Finlandais de base sembleraient n’avoir qu’un point faible: c’est le parti d’un seul homme. A part Soini, ce parti ne compte pas dans ses rangs d’autres acteurs politiques de premier plan. Force est, désormais, de se poser la question: où le parti va-t-il trouver des personnes compétentes, aptes à occuper les postes ministériels auxquels, en cas de victoire électorale, il peut prétendre.

Les candidats du parti sont soit d’anciens députés du parti rural de Finlande, formation populiste qui précéda les Finlandais de base, ou d’individualités politiques populistes, présentes un peu partout dans le pays. Ces personnes ne semblent avoir d’autre lien politique qu’une formidable soif de victoire électorale et une forte capacité à critiquer les grands partis actuels.

Les Finlandais de base ont été comparés aux partis populistes de droite, voire fascistes, qui ont émergé ailleurs en Europe. Cette définition leur sied mal. Dans le populisme du parti il s’agit plutôt d’une contre-réaction cent pour cent finlandaise au processus, trop rapide, d’intégration européenne et d’internationalisation.

Selon les enquêtes réalisées, le partisan typique des Finlandais de base est de sexe masculin, il a satisfait aux neuf années de l’instruction obligatoire À l’école de base, il sort  d’une école professionnelle et il rêve de posséder une Mercedes-Benz. C’est aussi, souvent, un petit entrepreneur au revenu moyen. Il ne s’agit donc nullement d’un mouvement protestataire de pauvres.

Les partisans de Finlandais de base sont des électeurs finlandais ordinaires qui, aux élections qui s’annoncent, entendent taper sur les doigts de ceux qui ont longtemps exercé le pouvoir et qui ont été secoués par les scandales. On peut s’attendre à une protestation électorale qui bouleversera la vie politique finlandaise mais qui pourrait aussi lui donner un coup de fouet.

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