La course extrêmement serrée aux sièges de députés du Parlement finlandais a pris fin, avec des résultats surprenants, mais les choses sérieuses ne font que commencer.
Les résultats des élections législatives finlandaises du 17 avril 2011 ont été qualifiés de spectaculaires, le parti du Rassemblement national s’adjugeant 44 sièges, les sociaux-démocrates parvenant à en obtenir 42 et le parti populiste des « Vrais Finlandais » faisant un bond stupéfiant de six à 39 sièges.
L’acteur Jani Toivola (à gauche), le premier député noir au Parlement finlandais, s’arrête pour poser avec la chef du parti des Verts, Anni Sinnemäki. Photo: Jussi Nukari / Lehtikuva.
Bien qu’ils chutent de 15 à dix sièges, les Verts comptent désormais en leur sein le premier député noir, l’acteur Jani Toivola.
Le taux de participation a été honorable, faisant de ces élections une victoire pour la démocratie : 70,4 pour cent de la population finlandaise pouvant voter l’a fait, un chiffre en nette progression par rapport aux élections de 2007. Les femmes représentent 43 pour cent du nouveau Parlement, soit 86 députées, deux de plus que lors de la législature précédente et un record absolu.
L’irruption théâtrale des « Vrais Finlandais » |  |
Le bond de 33 sièges des « Vrais Finlandais » sur les 200 que compte le Parlement s’est fait au détriment des autres partis, et, dans de nombreux cas, en taillant directement dans leur électorat. Le parti du Centre, qui occupait auparavant la première position au Parlement, a perdu 16 sièges et passera très probablement les quatre années à venir dans l’opposition.
Bien qu’arrivé en tête et quasi certain d’obtenir le poste de Premier ministre pour son chef Jyrki Katainen, le parti du Rassemblement national a néanmoins perdu six sièges. Les sociaux-démocrates ont dû laisser partir trois députés. En fait, tous les partis au Parlement ont perdu du terrain, à deux exceptions près : les fringants « Vrais Finlandais » et le parti du Peuple suédois, qui fait du sur-place avec dix députés (en incluant le représentant des îles semi-autonomes d’Åland). L’Alliance des gauches, les Verts et les Chrétiens-démocrates ont tous connu un certain recul.
Un finish à couper le souffle : le leader populiste des « Vrais Finlandais » Timo Soini fait la fête avec ses partisans après que son parti s’est adjugé 39 sièges au Parlement. Photo: Martti Kainulainen/Lehtikuva.
Les Vrais Finlandais », souvent qualifiés de parti d’un seul homme, ont exploité les talents d’orateur et l’agilité politique de leur leader Timo Soini pour s’adjuger ce qui s’apparente le plus proche à une victoire écrasante dans la sphère politique multipartite de la Finlande. C’est là que réside toute l’intrigue. Mais ce n’est que le début – pour les aficionados de la politique, le suspense va se poursuivre avec les progrès des négociations pour former un gouvernement et choisir les ministres. Le Portugal et après |  |
Certains commentateurs ont vu un élément dramatique dans la plateforme politique des « Vrais Finlandais », ou plus exactement dans le fait que celle-ci a réussi à appâter tant de voix. La rhétorique populiste du parti se concentre sur un nombre limité de questions, notamment la politique d’immigration, qu’ils cherchent à rendre plus stricte, et une attitude critique envers l’Union européenne. Celle-ci devint le point de mire dans la dernière ligne droite avant le jour du scrutin, avec la publication des détails du plan de sauvetage du Portugal.
Les « Vrais Finlandais », tout comme les sociaux-démocrates, ont exploité le soupir général du « Oh non, pas encore une fois », de nombreux Finlandais songeant à ce qu’on pourrait réaliser en Finlande avec 1,4 milliards d’euros, le montant de la participation qui leur est demandée, sous forme de garanties, pour aider le Portugal. Le nouveau Parlement devra bientôt se prononcer sur l’approbation du montant, au milieu de craintes dans le reste de l’Europe qu’un refus finlandais fasse capoter l’ensemble du plan de sauvetage. Les analystes insistent sur le fait que les « Vrais Finlandais » seront sous pression pour concrétiser leurs discours de campagne critiques du plan pour le Portugal et sont persuadés, à tout le moins, qu’ils voudront mettre tout leur poids fraîchement acquis dans la balance et tenter de négocier.
Qu’en est-il du nouveau Parlement ? Les choses sérieuses ont commencé presque immédiatement, les partis tentant de forger un accord les uns avec les autres. La Finlande a une forte tradition de gouvernement de consensus, plusieurs partis s’associant pour former une coalition au Parlement, et tout semble indiquer que les « Vrais Finlandais » en seront. Cela entraînera assurément de nombreux rebondissements dans le processus, les « Vrais Finlandais » ayant davantage l’habitude d’exprimer leur opposition que de parvenir à un compromis.
Après une période de spéculation quant aux bénéficiaires des différents portefeuilles ministériels, et peut-être même quant au nombre de ces portefeuilles, le calme reviendra sur la principale artère de Helsinki, Mannerheimintie, devant un Parlement comprenant 87 députés totalement nouveaux. Le programme officiel du gouvernement sera dévoilé et tout le monde pourra se mettre au travail, ou retourner à la vie réelle, ou peut-être même les deux.
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