Erkki Vihtonen, le “père” de cette idée est un Finlandais, chef de projet Internet pour YLE, la chaîne publique de radio-télévision de Finlande. | Père de la remotivation? |  |
Le Sélecteur de Candidats (SdC) qu’Erkki Vihtonen a conçu dès 1996, permet à l’utilisateur de cerner les idéaux, les choix politiques et les valeurs d’un candidat, au moyen d’un questionnaire comprenant une trentaine de questions. Après synthèse, le SdC permet de vous “sortir” le candidat dont les options politiques sont les plus proches des vôtres. À noter que le SdC n’est qu’une machine ne tenant aucun compte des autres critères subjectifs tels que la notoriété, la beauté ou la richesse du candidat.
En ce sens le SdC s’avère un outil d’une totale neutralité. L’utilisateur-électeur - dispose d’une trentaine de questions, de type quiz, à cocher, auxquelles il répond selon ses idées. Il peut leur donner une importance plus ou moins forte en cochant une dernière case “plus” ou “moins”.
Cette tâche accomplie il obtiendra le nom du candidat dont les idées sont les plus proches des siennes. “Chez nous, à YLE, la mise au point des questions a nécessité plusieurs semaines, presque deux mois. Nous avons tenu à consulter une trentaine de personnes issues de tous les milieux sociaux.”, commente Erkki Vihtonen.
Le SdC semble fait sur mesures pour les jeunes électeurs, habitués à l’Internet et qui, à l’origine, ne sentent pas spécialement intéressés par la politique tout en ne connaissant que les quelques stars de la politique :
“Comme le SdC traite tous les candidats de la même façon, il rectifie certains écarts. Mais la grande problématique se situe entre les questions que nous avons sélectionnées pour le SdC et celles que nous avons laissées de côté. Il y a aussi des questions générales portant sur des valeurs qui ne sont pas en jeu lors d’une élection législative”, précise Erkki Vihtonen.
Erkki Vihtonen pense qu’un nombre de questions allant de 25 à 30 suffit pour arriver à profiler un candidat (et un utilisateur?): “Le plus important est de trouver des questions provoquant des divisions dans l’opinion. Une “mauvaise question” typique serait “Est-ce que le gouvernement devrait investir dans la protection de l’environnement?”: en effet, il va de soi que tous les candidats y répondront par l’affirmative car placer de l’argent sur l’écologie ne coûte pas grand chose sur Internet!”, ironise Erkki Vihtonen.
Pour ce qui concerne la France, M. Vihtonen pense que l’utilisation du SdC permettrait d’insister davantage sur les problématiques sociétales ou écologiques à résoudre que sur les personnalités politiques:
“Cela donnerait aussi une chance à des inconnus, lors d’un premier tour de présidentielles de sortir de l’anonymat”, affirme Erkki Vihtonen. Erkki Vihtonen aurait-il inventé la machine à remotiver l’électeur? Son Sélecteur de Candidats sera-t-il le miracle qui permettra aux abstentionnistes de retrouver le chemin des urnes? Et en pratique, que s’est-il passé aux dernières élections finlandaises? Comment a-t-on utilisé le SdC? | Nouvelle culture politique |  |
A l’Université d’Helsinki, au département de Sociologie, Juri Mykkänen étudie l’impact sur les utilisateurs et électeurs finlandais. Toutefois il prévient que le SdC n’a pu être utilisé valablement en Finlande que lors de cinq élections sur quatre ans: les Législatives de 2003, les Européennes et les Municipales de 2004, les Présidentielles de 2006 et les Législatives de 2007.
Le SdC a encore une histoire trop courte, selon lui, pour qu’on tire des conclusions hâtives. Pourtant certaines tendances se dessinent. D’après Juri Mykkänen, les Finlandais utilisent le SdC essentiellement pour obtenir des informations sur les divers candidats mais les mêmes Finlandais ne se fient pas encore suffisamment au SdC: “Seuls 5% des utilisateurs disent avoir une confiance absolue et seulement 3% avouent avoir voté pour un autre candidat à cause du SdC”, révèle-t-il. L’intérêt du SdC semble se situer ailleurs: “Nous avons déjà recensé qu’un électeur finlandais sur trois l’avait utilisé, la plupart étant des moins de 30 ans”.
Signe que le SdC peut remotiver un électorat jeune enclin à s’abstenir? Actuellement le nombre des utilisateurs du SdC se répartit également entre les hommes et les femmes. Le niveau de revenus ne fait pas de différence non plus. En revanche, le niveau d’éducation et l’âge forment des clivages: “Naturellement les moins de 30 ans, la génération Internet utilise plus facilement cet outil.
En outre, la génération des plus de 50 ans a généralement choisi une ligne politique et ne considère pas le SdC comme nécessaire”, observe Juri Mykkänen. Montrant du doigt la courbe qui se trace déjà depuis les premières élections de 2003, Juri Mykkänen prétend que ce double clivage - générationnel et éducationnel - va tendre à disparaître. Très encourageant pour l’impact du SdC sur la participation de l’électorat est que tous les électeurs-utilisateurs du SdC ont admis que utiliser le SdC avait augmenté leur intérêt pour la politique. Une information non négligeable quand on sait que depuis les années 1970, très politisées en Finlande, l’intérêt pour la politique a été déclinant. Juri Mykkänen se veut optimiste: “Je prévois l’arrivée d’une nouvelle culture politique dans les dix prochaines années. Car, nous avons constaté que plus un électeur prévoyait s’abstenir et plus il était influencé par le SdC”, remarque Juri Mykkänen. Malgré ces signes positifs, Juri Mykkänen met en garde contre le danger de n’utiliser le SdC que comme source unique pour effectuer son choix politique: “Si nous arrivions à une telle situation il y aurait vraiment de quoi s’inquiéter”, se soucie-t-il encore modérément. | Mission et morale journalistique |  |
De nos jours, en Finlande, toutes les chaînes de TV et de radio, tous les quotidiens mettent des Sélecteurs de Candidats en libre-service sur le Net. Un must incontournable. L’argument des journalistes politiques? Le SdC permet de mieux connaître l’électeur, l’auditeur, le lecteur et donne ainsi matière à des articles, à du contenu.
À Helsingin Sanomat (HS), le grand quotidien d’Helsinki, le “géant” de la presse de Finlande, Antti Kokkonen, responsable du service politique, explique que lui et son équipe rédactionnelle ont formulé une liste de 27 questions (voir www.hs.fi): “En plus de la liste normale, nous avons posé des questions plus générales comme: “Êtes-vous pour ou contre une 6ème centrale nucléaire en Finlande?” (la Finlande possède déjà quatre centrales et une cinquième est en construction), “Pour ou contre l’aide au Pays en voie de développement?”. Pour les Législatives de 2007, 193 députés élus (sur 200) ont rempli le questionnaire-réponse sur lequel vient se greffer le questionnaire quiz.
Précurseur en la matière, HS a lancé un SdC-pilote déjà en 2000, pour les Municipales. “Malgré tout, notre premier SdC complet a fait ses débuts pour les Législatives de 2003: 1384 candidats sur 2013 (soit 70%) y avaient participé et répondu aux questions. C’était déjà bien!”, dévoile Antti Kokkonen. L’année suivante, pour les Européennes de 2004, 87% des candidats répondaient et qu’aux Législatives de 2007, 92% des candidats finalement élus ont accepté de répondre. Quant aux Présidentielles de 2006, avec 9 candidats en piste, tous les candidats ont accepté d’y participer.
“Songez que pour les dernières Législatives, HS a eu 400.000 visiteurs sur son SdC!”, s’enthousiasme Antti Kokkonen. Lui aussi prétend que le SdC offre beaucoup d’avantages aux candidats: “Le SdC, motive encore plus les candidats car, pour eux, y prendre part les rend encore plus crédibles sur leurs promesses électorales. Et puis, encore une fois, les candidats ayant des moyens limités y trouvent une publicité gratuite et accessible pour leurs idées.” Quant à l’électeur-utilisateur du SdC: “Un utilisateur sur quatre reconnaît que le SdC a eu un impact sur la façon dont ils ont voté. Un sur six a voté pour le candidat que le SdC leur désignait comme le plus proche de leurs idées.
Plus de la moitié des adultes de 18 à 30 ans a utilisé notre SdC. En revanche, on n’en dénombre que un sur dix dans la tranche des plus de 64 ans”, déplore Antti Kokkonen. Tout cela peut soulever le problème de la sélection des questions, surtout quand il s’agit d’une aussi petite équipe de journalistes et d’un quotidien aussi dominant qu’Helsingin Sanomat. Erkki Vihtonen, le “père du SdC” admettra que le SdC permet également de s’interroger sur la “mission” et la “morale” du journalisme.
Dans le contexte finlandais Erkki pense que le SdC se trouve entre de bonnes mains (malgré l’écrasant - et dérangeant - monopole de Helsingin Sanomat?): “La fierté d’exercer leur profession de journaliste doit les empêcher de formuler des questions biaisées ou ne menant qu’à certaines réponses”, assure-t-il. Certes. En attendant, force est de reconnaître que le Sélecteur de Candidats remotivent une partie non-négligeable de l’électorat jeune, ce qui n’est pas une mince affaire dans une démocratie occidentale. | En bref… |  |
- Le Sélecteur de Candidats (SdC dans le texte, “Vaalikone” en finnois) est une application Internet pour ordinateur donnant à l’utilisateur une liste de questions avec des options-réponses, comme dans un quiz. Au bas de chaque question, il est possible d’accentuer ou de diminuer le choix qui a été fait.
- Auparavant, tout candidat ayant joué le jeu a de son côté répondu aux questions en dévoilant ses options politiques.
- En fin de questionnaire, le SdC donne le nom du candidat correspondant le mieux aux attentes et aux idées de l’utilisateur. Le site Internet du candidat est également donné.
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