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La crise en Géorgie

Politique > Politique étrangère
09-09-08
Auteur : Kyösti Karvonen
La guerre entre la Russie et la Géorgie a également causé une certaine agitation en Finlande.

Pourtant, l’incertitude plane sur la nature des conclusions à tirer de ce conflit dans le prochain Livre blanc sur la politique de sécurité et de défense, écrit Kyösti Karvonen, rédacteur en chef du journal Kaleva.
 
Bien que situées à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, la Finlande et la Géorgie ont un voisin commun : la Russie. C’est pourquoi les grondements de cette guerre, brève mais violente, qui a fait rage entre la Russie et la Géorgie, au mois d’août, ont également été ressentis et jaugés dans cette nation du Nord de l’Europe.
 
Le conflit et ses conséquences ont été suivis de près car la Finlande est activement impliquée sur le front diplomatique ; le ministre finlandais des Affaires étrangères, Alexander Stubb a vivement capté l’attention dans le monde. La Finlande exerce présentement la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), chargée de suivre le respect du cessez-le-feu et d’observer la situation humanitaire dans la région en crise.

Le conflit, marqué par une rapide escalade et à une démonstration de force par la Russie, intervient à un moment décisif. Le prochain Livre blanc sur la sécurité et la politique militaire de la Finlande doit, en effet, être finalisé dans les semaines et les mois à venir.
 
Le débat politique intérieur a tourné autour de deux questions-clés :

 1) Quel effet la lointaine guerre dans le Caucase pourrait-elle avoir
   sur ce document)
 
2) Le conflit aura-t-il un impact et, éventuellement, lequel, sur la
 politique d’attentisme, relative à une possible adhésion à
 l’Otan ?


Des conséquences indirectes seulement

Il y a un large consensus sur le fait que conflit militaire dans le Caucase n’aura probablement pas de conséquences directes sur l’environnement sécuritaire de la Finlande. Il pourrait, par contre, y en avoir d’autres, indirectes, résultant de la dégradation des relations, d’une part entre l’Otan et la Russie, d’autre part entre l’Union européenne et la Russie. La seconde est source de préoccupation Finlande, en particulier du fait que c’est un État membre de l’UE qui a une longue frontière commune avec la Russie.
 
Au début du conflit, les réactions au sein de l’élite politique finlandaise étaient assez modérées. Par la suite, le ton est monté, et il est devenu plus vif. En particulier, le Premier ministre Matti Vanhanen et le ministre des Affaires étrangères Alexander Stubb se sont exprimés publiquement, sur la Russie, dans des termes rarement sinon jamais entendus en Finlande depuis la seconde guerre mondiale. Un fait est frappant : la Présidente de la République Tarja Halonen s’est montrée réservée dans ses commentaires.
 

Un langage candide

Dans une interview à la radiotélévision finlandaise (YLE), le professeur Esko Antola, un expert fréquemment consulté, s’est exprimé à ce sujet dans ces termes : « Elle (la guerre) divise (l’opinion politique finlandaise) en deux voire en plusieurs camps. Ceux qui souhaitent l’adhésion de la Finlande à l’Otan voient dans la crise une raison d’adhérer à l’Organisation. Ceux qui ne veulent pas voir la Finlande dans l’Otan invoquent cette crise. »
 
Au plus haut échelon politique, le premier à s’exprimer dans des termes candides a été M. Jyrki Katainen, qui est ministre des Finances et président du Parti de rassemblement national (conservateur modéré). L’environnement sécuritaire amélioré, autour de la Finlande, a généré une nouvelle situation, dans laquelle les menaces de crise militaire traditionnelle ont été sous-estimées, aux dépens de ce que l’on appelle les nouvelles menaces, a déclaré M. Katainen. Il en est résulté un sentiment de fausse sécurité, assorti d’une assez rude leçon. »

S’exprimant lors de la session d’été du groupe parlementaire de son parti, M. Katainen a rappelé que lorsque M. Dmitry Medvedev a été investi dans la fonction de président de la Russie, il y avait des attentes positives dans l’air. « La crise en Géorgie a ramené beaucoup de gens au sens de la réalité. Dans l’Europe moderne, elle (la guerre) n’était qu’une interaction entre des États modernes. » M. Katainen a conclu en disant qu’il faudra dûment tirer les leçons conséquentes lorsque viendra le moment de peaufiner le Livre blanc.
 
De son côté, le Premier ministre et président du Parti du Centre, Matti Vanhanen, a fait plusieurs commentaires. Il a même osé spéculer sur l’enchaînement que les événements survenus dans le Caucase auraient pu entraîner. Tout en suivant les Jeux olympiques à Pékin, M. Vanhanen a dit que la Géorgie semble être tombée dans un piège russe, faisant place, dans un premier temps, à une réaction géorgienne exagérée, suivie par un recours à la force disproportionné de la part des Russes.
 
De retour en Finlande, le Premier ministre Vanhanen a déclaré que les répercussions de la guerre devront, bien sûr, être prises en compte dans le Livre blanc. Par la suite, M. Vanhanen a ajouté qu’il voulait dire par-là que le niveau des dépenses militaires pourrait être réexaminé.
 
Le style a changé, à la fin du mois d’août ; en effet, lors de la session d’été du groupe parlementaire de son parti, le chef du gouvernement finlandais s’est exprimé dans ces termes. « C’est, pour nous, une déception de constater que le recours à la force militaire reste, aujourd’hui, une composante de la politique étrangère de la Russie. Il y a là un sérieux écart par rapport aux principes convenus au sein de la communauté internationale. La Russie, pas plus qu’aucun autre pays, ne saurait avoir une sphère d’influence s’étendant à d’autres pays, » a-t-il déclaré.
 
Contrairement à la Suède, pays voisin, aucune révision majeure de la politique militaire et de sécurité de la Finlande ne sont en vue au lendemain de la crise dans le Caucase. Même durant les années qui suivirent la fin de la Guerre Froide, la Finlande n’a pas dévié de sa traditionnelle politique de défense, fondée sur la conscription, la défense territoriale et de solides forces armées.

Pour ce qui est de l’adhésion à l’Otan, il est évident, depuis des années, que la Finlande garde cette option en réserve, peut-être plus encore après le conflit dans le Caucase. Le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement, Pertti Salolainen, un autre Conservateur, a réitéré son point de vue : en raison d’une réapparition de la Russie comme puissance mondiale, toute la question de l’adhésion de la Finlande à l’Otan est devenue plus complexe.
 
De son côté, dans un discours aux ambassadeurs finlandais, le ministre des Affaires étrangères Stubb, de son côté, a apporté sa touche personnelle. « Et qu’en est-il d’une adhésion à l’Otan ? Chacun, je pense, connaît mon point de vue (favorable à une telle adhésion) à la matière. Toutefois, je ne veux, en aucun cas, proposer une entame précipitée, même s’il existe de solides raisons d’envisager une adhésion à l’Otan», déclare M. Stubb. Sur cette question, le Premier ministre Vanhanen est en désaccord avec le chef de la diplomatie finlandaise.


Profil bas pour la Présidente de la République

Les commentaires les plus réservés sont venus de la Présidente Halonen, suscitant quelques réactions étonnées, en particulier dans les éditoriaux et dans les colonnes de la presse écrite. A deux reprises, la Présidente s’est entretenue au téléphone de la crise avec le Président Medvedev.

Dans sa conférence de presse, la Présidente Halonen s’est bien gardée de prendre position et d’indiquer qui de la Russie ou de la Géorgie doit être blâmée pour le conflit. « Je pense que l’essentiel n’est pas d’apprécier lequel des deux pays est le plus blâmer, » a-t-elle déclaré.
 
Dans un sondage publié par la Radiotélévision finlandaise (YLE), un bon tiers des personnes interrogées estiment que la Russie est la plus à blâmer dans ce conflit. Le poids du blâme infligé à la Géorgie quelque peu moindre.
 
La Présidente a expliqué, particulièrement tôt, le bas profil qu’elle entend garder dans le conflit ; un engagement public plus actif n’aurait pas amélioré la position, particulièrement délicate, du ministre des Affaires étrangères Stubb, dans les efforts diplomatiques visant à instaurer un cessez-le-feu. D’aucuns, en Russie, ont même prétendu que l’OSCE devait être blâmée pour n’avoir pas mis la Russie en garde contre l’offensive géorgienne. M. Stubb a qualifié d’inepties ces allégations.
 
A la fin du mois d’août, la Présidente Halonen a qualifié le conflit « de phénomène surprenant», qui mérite d’être sérieusement examiné. Elle a également tiré la conclusion que la crise n’aurait pas d’effet majeur sur le futur Livre Blanc évoqué plus haut. Il semble que le Premier ministre Vanhanen et que le ministre des Affaires étrangères Stubb soient, en la matière, d’un avis différent.
 
M. Stubb, qui un nouveau venu en politique, est rapidement devenu un chef de la diplomatie apprécié : tenant des réunions de très haut plan avec des dignitaires de la planète, il fait figure de bolide sur la scène politique finlandaise. Le plus récent sondage d’opinion réalisé par YLE mesure sa performance énergique, en tant que ministre des Affaires étrangères. Il y vient en troisième position parmi les futurs présidentiables. Ce sondage avait été réalisé avant la crise dans le Caucase ; les téléspectateurs finlandais avaient même assisté à un échange de bises entre celui-ci et la Secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice.
 
Tout bien considéré, les avis sur la question politique-clé – c’est-à-dire les conclusions à tirer de la guerre dans le Caucase, telles qu’elles seront énoncées dans le prochain Livre Blanc sur la politique de sécurité et de défense – semblent encore très nuancés. Et, en ce qui concerne l’Otan, il ne semble pas qu’il faille, dans l’immédiat, s’attendre à un revirement, sur le plan politique.
 

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