CultureEconomiePolitiqueSociétéTourisme
Recherche
Entreprendre
Etudier
Travailler
Visiter
La coopération nordique

Politique > Institutions
17-03-07
Auteur : Nicolas Benard
Après avoir assuré la présidence européenne lors du second semestre 2006, la Finlande vient de prendre la direction du Conseil nordique des ministres. L’occasion de revenir sur un demi siècle de coopération nordique qui a vu la Finlande accroître son influence septentrionale.
La Finlande et la coopération nordique



Si la Finlande est depuis 1995 l’un des membres de l’Union européenne, dont elle vient juste d’assurer la présidence, on oublie souvent qu’elle s’inscrit aussi, depuis plus de 50 ans, dans un processus de coopération régionale avec ses voisins nordiques.

La coopération nordique résulte d’une volonté, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de rapprocher des nations ayant une culture, une religion (le Luthérianisme) et une vision de la société communes. Déjà, dans la seconde moitié du 19ème siècle, le scandinavisme, mouvement intellectuel et nationaliste, cherche à rallier les élites des pays nordiques. Dans les années 1920, les premiers accords interviennent entre le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande. Le traumatisme de la guerre accélère le processus de rapprochement entre ces pays.

En 1952, le traité d’Helsinki entérine la création du Conseil nordique. Les premiers signataires sont la Norvège, la Suède, le Danemark et l’Islande. La Finlande, en raison de ses relations avec l’Union soviétique, ne rejoint le groupe qu’en janvier 1956. A l’origine, la coopération porte essentiellement sur des questions culturelles et d’éducation. Mais rapidement, d’autres initiatives voient le jour dans les domaines législatif, social, économique, ainsi que pour ce qui concerne la circulation des hommes et des marchandises. Ainsi, le traité nordique pour la libre circulation, signé en 1952, puis la création d’un marché du travail commun, en 1954, offrent la possibilité aux travailleurs et aux étudiants de se déplacer librement, sans passeport, dans les pays signataires. Résultat : chaque année, 40.000 citoyens partent vivre dans un autre état de la région. Quant aux questions politiques, elles s’ajoutent aux discussions bien plus tard, au lendemain de la Guerre froide.

Quels sont les principaux rouages de cette coopération ?


Le Conseil nordique, d’abord, est un forum destiné à la coopération interparlementaire entre les états membres. Composé de 87 représentants, parlementaires élus dans leur pays d’origine et désignés par leurs partis politiques, il fonctionne, depuis 1996, sur la base de sessions ordinaires. Les membres du Conseil nordique sont le Danemark, la Finlande (16 sièges chacun), l’Islande (7 sièges), la Norvège, la Suède (20 sièges chacun), les territoires autonomes des Iles Féroé, du Groenland et des Iles Aland (2 sièges chacun). La session se déroule une fois par an, en général durant l’automne. Des comités temporaires peuvent s’adjoindre à l’organisation de base pour débattre de sujets divers. Entre les sessions, le Conseil fonctionne sur la base d’un Présidium composé de 21 membres. Pour l’année 2007, la Finlande dispose de quatre représentants : Arja Alho (SDP, parti social-démocrate), Tarja Cronberg (Verts), Simo Rundgren (Centre) et Martin Saarikangas (Rassemblement national, conservateur). En 2007, c’est la Norvège qui assure la présidence tournante du Conseil nordique, par l’intermédiaire de Dagfinn Hoybraten. Ce sera au tour de la Finlande en 2008.

Le 1er janvier 2007, la Finlande, justement, a pris la direction du Conseil nordique des ministres. Créé en 1971, il a pour objectif la coopération intergouvernementale. La présidence, détenue pour une période d’un an, revient donc, pour toute l’année 2007, à la Finlande. Le ministre finlandais pour la coopération nordique, Stefan Wallin, dirige les discussions et les actions du forum. Le Conseil nordique des ministres consiste, en réalité, en une dizaine de conseils des ministres, spécialisés aussi bien dans la culture que l’environnement, l’éducation, la recherche ou l’emploi. Les responsabilités sont dévolues aux Premiers ministres des cinq pays, mais dans la pratique, ce sont les ministres pour la coopération nordique qui sont aux responsabilités. Le Conseil nordique des ministres suit les recommandations du Conseil nordique mais il peut aussi soumettre un certain nombre d’initiatives. Les décisions, in fine, sont transmises aux différents gouvernements. Ceux-ci sont dans l’obligation, selon les règles instituées, de faire appliquer ces décisions, sur le modèle de l’Union européenne.


A l’automne 2006, le Conseil nordique a publié les résultats d’une enquête d’opinion qu’il a lui-même diligentée. 80% des personnes interrogées indiquent qu’elles souhaiteraient une coopération accrue entre les pays scandinaves. En même temps, une majorité d’entre elles estime que la coopération actuelle n’apporte pas grand-chose à leur quotidien. Surtout, les jeunes avouent n’avoir qu’une vague idée de ce en quoi consiste la coopération nordique.

La présidence finlandaise du Conseil nordique des ministres a pris acte de ces remarques dans la présentation de son programme pour l’année 2007. L’objectif numéro un est d’aller vers les citoyens et de leur redonner confiance dans le « modèle de société scandinave ». Dans un premier temps, une vingtaine de conférences se tiendra dans toute l’Europe du Nord pour informer les citoyens sur le rôle et les objectifs de la coopération nordique. Ensuite, la Finlande souhaite éliminer les derniers obstacles bureaucratiques pour faciliter la mobilité des travailleurs et des étudiants dans la région. Le Conseil souhaite par exemple mettre en place une sorte de bureau d’emploi online inter-nordique pour permettre aux citoyens de valoriser leurs compétences. Dans le domaine de la recherche et de l’innovation, la présidence finlandaise veut dynamiser l’économie de la région et consolider la coopération en matière énergétique. Les préoccupations d’ordre environnemental seront aussi au centre des discussions : protection de la mer baltique, renforcement de la sécurité maritime, etc. Dans le domaine de l’éducation et de la formation, la Finlande souligne l’importance de l’intensification des échanges en matière d’études supérieures (programme « Nordplus »).


La coopération nordique a de beaux jours devant elle. L’objectif, pour les prochaines années, est de mieux intégrer la jeunesse à ce processus de coopération, et de se rapprocher des préoccupations des citoyens. Le Conseil de la jeunesse nordique, organe très actif de cette coopération, souhaite par exemple que les débats du Conseil nordique soient diffusés à la télévision finlandaise, comme c’est le cas au Danemark et en Suède. Par ailleurs, il propose une collaboration intensifiée avec les pays baltes (tous membres de l’Union européenne), ainsi qu’avec les membres du Conseil arctique (créé en 1996, il est défini par un traité de stratégie pour la protection de l’environnement arctique), notamment le Canada, la Russie et les Etats-Unis. Avec pour ambition non seulement d’encourager le développement des énergies non polluantes, mais d’intervenir efficacement dans la lutte contre le réchauffement climatique.


La coopération nordique pose cependant un certain nombre de questions. Même si les membres du Conseil nordique réfutent l’idée de création d’un bloc distinct de l’Union européenne, force est de constater que, face à l’échec du traité constitutionnel européen, les pays du Nord pourraient être tentés par une coopération renforcée en dehors du cadre européen. La coopération nordique s’inscrit d’ailleurs dans d’autres systèmes de relations régionaux, comme le Conseil des Etats de la mer Baltique (CEMB) et le Conseil Euro-arctique de Barents (BEAR), créés respectivement en 1992 et en 1993.

Impliquée dans toutes ces organisations, la Finlande, par l’intermédiaire de son Premier ministre de l’époque, Paavo Lipponen, a défini, en septembre 1997, le concept de « l’Initiative de la dimension nordique ». Ce concept, qui pose les bases d’une collaboration accrue avec les voisins nordiques et la Russie, illustre l’importance de cet espace régional dans la définition d’une approche globale des questions de sécurité et de gestion des crises de l’Union européenne, notamment pour ce qui concerne sa politique extérieure. Cette volonté d’accentuer le dialogue avec le voisin russe pourrait permettre à la Finlande d’accroître, dans un futur proche, son influence régionale, tout en exerçant un rôle de plus en plus important au sein de l’Union européenne.

 


Liens

www.norden.org
(site Internet du Conseil nordique)

www.baltinfo.org
(site Internet du Conseil des états riverains de la mer baltique)

www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/FD001448.pdf
(article de Jérôme Vanachter sur « L’initiative de la dimension nordique).

 

 
Vos commentaires
Vous souhaitez réagir sur cet article, écrivez-nous.
Retour à la liste

 
Essentiel de la Finlande
 
  Octobre
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31